Pyramide des apprentissages de Williams et Shellenberger : les 5 étages, les 22 compétences, son origine (Taylor et Trott, 1991) et ses limites.
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La pyramide des apprentissages est un modèle conçu en 1991 par l'ergothérapeute Kathleen Taylor et l'enseignante spécialisée Maryann Trott, à partir de la théorie de l'intégration sensorielle d'A. Jean Ayres, puis diffusé par les ergothérapeutes Mary Sue Williams et Sherry Shellenberger dans How Does Your Engine Run? (1996). Elle range vingt-deux compétences sur cinq étages, du système nerveux central à la cognition, chaque étage s'appuyant sur ceux du dessous.
Bonjour à toi, le professionnel du mouvement,
Tape « pyramide des apprentissages » dans un moteur de recherche et regarde les images qui remontent. Deux pyramides portent le même nom et racontent deux histoires qui n'ont rien à voir. La première aligne des pourcentages : on retiendrait 10 % de ce qu'on lit et 90 % de ce qu'on enseigne aux autres. La seconde repose sur un socle marqué « système nerveux central », avec des cases qui s'appellent vestibulaire, schéma corporel ou coordination œil-main. On reviendra sur la première, qui relève du mythe pédagogique. La seconde change ta façon de regarder un enfant qui n'arrive pas à écrire, ou un athlète qui n'arrive pas à intégrer une consigne technique pourtant simple.
En France, on dit « la pyramide de Williams et Shellenberger ». Le nom circule partout, des cours d'ergothérapie aux plaquettes remises aux enseignants. L'histoire commence pourtant cinq ans avant leur livre, avec deux autres femmes.
Le schéma naît en 1991. Kathleen Taylor est ergothérapeute, Maryann Trott enseignante spécialisée, et toutes deux s'appuient sur les travaux d'A. Jean Ayres, l'ergothérapeute américaine qui a construit dans les années 1960 et 1970 la théorie de l'intégration sensorielle. Ayres la définissait en 1972 comme le processus neurologique qui organise les sensations venues du corps et de l'environnement, et qui permet d'utiliser efficacement le corps dans cet environnement. Taylor et Trott ont mis cette idée en image : d'un coup d'œil, un parent ou un enseignant comprend que la lecture dépend aussi de l'équilibre.
Mary Sue Williams et Sherry Shellenberger, deux ergothérapeutes, ont ensuite repris la pyramide dans How Does Your Engine Run?. Ce manuel accompagne l'Alert Program, qu'elles ont créé pour apprendre aux enfants à régler leur niveau d'éveil, en classe comme en séance. L'édition de 1996 a largement circulé, et c'est très probablement par elle que le schéma est entré dans les formations francophones, avec leurs deux noms collés dessus. Pour citer la source proprement, une ligne suffit : pyramide de Taylor et Trott (1991), reprise par Williams et Shellenberger (1996).
À notre connaissance, la pyramide ne sort d'aucune étude publiée. Des praticiennes l'ont construite à partir de leur expérience et d'une théorie existante, comme un outil de travail. Elle se lit donc comme une grille de praticiennes, et on verra plus loin ce que ça change pour son usage.
La pyramide compte cinq étages. Le socle, le système nerveux central, tient en une seule case ; les quatre étages du dessus portent vingt-deux compétences, sept, six, six puis trois. Le développement la construit de bas en haut, et on la décrit ici dans cet ordre. Sur le terrain, tu la liras plutôt en partant du sommet.
Étage | Ce qu'il contient | Ce que tu vois quand il tient |
|---|---|---|
1. Système nerveux central | Le socle, une seule case (notre lecture : maturation, état d'éveil) | Une personne disponible, ni éteinte ni débordée |
2. Systèmes sensoriels | Tactile, vestibulaire, proprioceptif ; puis visuel, auditif, olfactif, gustatif | Le corps reçoit ses informations sans les fuir ni les chercher en permanence |
3. Développement sensorimoteur | Schéma corporel, maturité réflexe, filtrage des informations sensorielles, sécurité posturale, conscience des deux côtés du corps, planification motrice | Le corps connaît sa propre carte et sait organiser un geste nouveau |
4. Développement perceptivo-moteur | Coordination œil-main, contrôle oculomoteur, ajustement postural, langage et compétences auditives, perception visuo-spatiale, fonctions attentionnelles | L'œil, la main et la posture travaillent ensemble dans l'espace |
5. Cognition et intellect | Activités de la vie quotidienne, comportement, apprentissages scolaires | Ce que tout le monde regarde : les notes, l'autonomie, la conduite |
Chaque étage s'appuie sur ceux du dessous. Un étage fragile rend souvent plus cher ce qui se construit au-dessus, sans forcément le bloquer. Ce surcoût, on le voit au sommet, sous forme de fatigue ou d'erreurs qui reviennent toujours aux mêmes endroits.
Tout en bas, une seule case, la plus large. Le système nerveux central regroupe le cerveau et la moelle épinière, et la pyramide le place sous tout le reste pour une raison simple : aucun apprentissage ne se fait sans lui. Sa maturation fixe le cadre. Le sommeil de la nuit et le niveau d'éveil du moment décident ensuite de ce que les étages supérieurs pourront produire ce jour-là.
Le travail de Williams et Shellenberger porte justement sur cette fondation. Leur Alert Program part d'une image que les enfants saisissent tout de suite : le corps fonctionne comme un moteur, qui tourne en régime haut, en régime bas ou juste comme il faut. Quand le moteur s'emballe, l'enfant ne tient pas sur sa chaise. Au ralenti, il décroche au fond de la classe, le regard dans le vague. Dans les deux cas, on lui réclame de la concentration alors que le réglage se fait beaucoup plus bas.
Tu connais la même scène chez l'athlète, sous un autre nom. Le joueur qui arrive après une nuit de quatre heures a les mêmes muscles que la veille. Sa fondation, elle, a baissé d'un cran, et ses gestes techniques s'en ressentent bien avant que la fatigue musculaire ne se montre.
Le deuxième étage contient sept systèmes, rangés sur deux rangées. En bas, les trois sens du corps : le toucher, le système vestibulaire et la proprioception. Au-dessus, les sens tournés vers l'extérieur : la vue, l'ouïe, l'odorat et le goût.
Cet ordre vient directement d'Ayres. Pour elle, les sens qui renseignent sur le corps lui-même se mettent en place très tôt et servent de base au traitement de ce qui arrive de loin. Le système vestibulaire, logé dans l'oreille interne, informe sur les mouvements de la tête et la direction de la gravité. La proprioception renseigne sur la position et le mouvement des segments du corps, et sur la force que produisent les muscles. Le toucher appartient lui aussi à la somesthésie. Il renseigne sur ce qui entre en contact avec la peau et aide à distinguer un contact anodin d'un contact menaçant.
Sur le terrain, cette rangée du bas se repère à des détails qu'on met souvent sur le compte du caractère. L'enfant qui refuse certaines textures, qui se raidit quand on le bouscule dans le rang, ou à l'inverse celui qui cherche sans arrêt à tourner, à sauter, à se cogner. Chez l'adulte, c'est la personne qui supporte mal les vêtements serrés ou les étiquettes, dont on retrouve le portrait dans l'article sur l'hypersensibilité tactile chez l'adulte. Le corps reçoit ses informations de travers, trop fort ou trop faiblement, ou bien il n'arrive pas à s'y habituer.
Un système nerveux qui fonctionne bien finit par s'habituer, c'est-à-dire par ignorer un stimulus répété et sans danger : le bruit du radiateur, le contact de la chaussette, le grain du maillot. Quand cette habituation ne se fait pas, chaque stimulation garde son volume d'origine, et la personne passe sa journée à gérer des signaux que les autres ne remarquent même plus. Tant que cette rangée du bas réclame de l'attention, l'énergie part à gérer le corps, et il en reste moins pour le tableau ou pour la consigne du coach. Le lien avec la performance sportive est développé dans notre épisode sur l'intégration sensorielle et la performance.
Au troisième étage, les informations sensorielles se transforment en savoir-faire moteur. La pyramide y place six compétences.
Le schéma corporel est la carte que le cerveau construit du corps : où se trouvent les membres, quelle taille ils ont, comment ils bougent les uns par rapport aux autres. La maturité réflexe renvoie aux réflexes archaïques du nourrisson, ces réponses automatiques, comme le réflexe de Moro, qui doivent s'effacer au fil des premières années pour laisser la place au mouvement volontaire. L'idée que certains persistent et laissent une trace chez l'adulte est défendue par plusieurs praticiens et reste discutée ; on la détaille dans l'article sur les réflexes archaïques chez l'adulte. Le filtrage des informations sensorielles désigne la capacité à reléguer au second plan ce qui ne compte pas, le bruit du couloir ou l'étiquette du tee-shirt, pour garder l'attention sur ce qui compte.
La sécurité posturale décrit la confiance du corps dans son rapport à la gravité, et Ayres en avait décrit le contraire en 1979 sous le nom d'insécurité gravitationnelle. Un enfant en sécurité posturale accepte d'avoir les pieds décollés du sol, de grimper, de se pencher dans le vide pour attraper un objet. Celui qui en manque vit chaque déséquilibre comme une alerte et s'accroche au sol. La conscience des deux côtés du corps, qu'on appelle aussi intégration bilatérale, permet aux deux moitiés de travailler ensemble puis de se spécialiser, et de croiser la ligne médiane sans hésitation. L'article sur le réflexe tonique asymétrique du cou montre ce qui se passe quand ce croisement coince.
La sixième case, la planification motrice, parle tout de suite à un coach. Il s'agit de concevoir, d'organiser et de lancer un geste qu'on n'a encore jamais fait, ce que le vocabulaire technique appelle, au sens large, la praxie. L'enfant qui reproduit un geste après dix démonstrations mais bute dès qu'on change un détail te montre souvent cette case-là. L'athlète aussi, quand il maîtrise un exercice en salle et se perd dès qu'on modifie la consigne.
Cet étage se construit en grande partie au sol, pendant les premières années, à force de ramper, de pousser, de se retourner et de tomber. C'est pour ça que les mouvements au sol de la motricité primaire gardent leur intérêt bien après l'enfance.
Au quatrième étage, le corps organisé rencontre le monde, et la pyramide y range six compétences qui servent toutes à agir juste dans l'espace.
La coordination œil-main permet à la main d'aller là où l'œil a regardé, pour attraper une balle ou tracer une lettre. Le contrôle oculomoteur désigne la précision des mouvements des yeux : fixer, suivre une cible, sauter d'un point à un autre, converger sur un objet proche. L'article sur la vision et la convergence oculaire détaille ce dernier point, et celui sur la vision et l'équilibre montre combien le regard participe à la stabilité. L'ajustement postural correspond aux corrections automatiques qui gardent le corps stable pendant qu'il agit, une notion qu'on distingue nettement de l'équilibre dans l'article sur le contrôle postural.
La rangée du haut surprend davantage quand on vient du sport. Elle réunit le langage et les compétences auditives, les fonctions attentionnelles et la perception visuo-spatiale, celle qui permet de situer les objets entre eux et de distinguer un b d'un d. Leur place à cet étage se comprend : ces compétences demandent un corps capable de tenir sa posture et de stabiliser son regard. À notre avis, c'est la ligne la plus sous-estimée du schéma. Relis cette phrase en tournant doucement la tête de droite à gauche : si les mots restent nets, c'est ton système vestibulaire qui stabilise ton regard. Sans lui, chaque ligne demanderait un effort, et on comprend mieux pourquoi l'attention visuelle se trouve au-dessus du vestibulaire.
Chez le sportif, cet étage porte la lecture du jeu. Le gardien suit le ballon tout en se déplaçant, le joueur de tennis ajuste ses appuis à une trajectoire qui tourne, le basketteur voit la passe sans tourner la tête. Toutes ces compétences perceptivo-motrices reposent sur un étage sensorimoteur qui doit tenir en dessous, surtout quand la fatigue s'installe.
Au sommet, trois cases : les activités de la vie quotidienne, le comportement et, tout en haut, les apprentissages scolaires. C'est l'étage que tout le monde évalue, parce que c'est le seul qui se voit : le bulletin et le cahier, mais aussi la capacité à s'habiller seul ou à se tenir en groupe.
On juge au sommet, et le plus souvent on agit au sommet. L'enfant écrit mal, on lui donne des lignes d'écriture. Il ne tient pas en place, on reformule la consigne. La pyramide pose une autre question : qu'est-ce qui, plus bas, rend cet étage si coûteux pour lui ? Parfois rien, et le travail au sommet suffit. D'autres fois, une case du deuxième ou du troisième étage tire tout vers le bas, et on peut répéter la consigne pendant des mois sans rien changer.
Le sportif a son propre sommet : la décision tactique, le plan de jeu appliqué, la consigne technique enfin intégrée. Quand un athlète « ne comprend pas » une consigne claire, la tentation est de la répéter plus fort ou de la découper en morceaux. La pyramide invite à vérifier avant tout ce qui la porte. Elle rejoint ici la distinction entre entraînement et apprentissage : une consigne répétée peut améliorer la séance du jour sans que le geste soit réellement appris.
L'autre pyramide, celle des pourcentages, occupe une bonne part des résultats de recherche et des réponses des assistants d'intelligence artificielle. Le tableau suivant permet de les distinguer.
Pyramide des apprentissages (Taylor et Trott, Williams et Shellenberger) | « Pyramide de l'apprentissage » attribuée à Dale | |
|---|---|---|
Origine | Ergothérapie et enseignement spécialisé, 1991 | Attribuée à Edgar Dale et au National Training Laboratories (NTL) |
Objet | Le développement des bases sensorielles et motrices de l'apprentissage | Le taux de mémorisation selon la méthode d'enseignement |
Ce qu'elle affirme | Les compétences du haut s'appuient sur celles du bas | On retiendrait 5 % d'un cours magistral et 90 % de ce qu'on enseigne |
Solidité | Schéma de praticiennes, cohérent avec la théorie d'Ayres, sans validation directe | Chiffres sans source retrouvée, réfutés par la littérature |
Le cône de l'expérience publié par Edgar Dale en 1946 dans Audio-Visual Methods in Teaching ne contenait aucun pourcentage. Les chiffres ont été greffés plus tard, et le NTL, qui les diffuse, n'a jamais pu produire l'étude d'origine. Kåre Letrud en a publié une réfutation en 2012. Un an plus tard, Ken Masters passait en revue 43 publications d'éducation médicale : les sources citées pour ces pourcentages se révélaient trompeuses ou circulaires, et il recommandait de ne plus s'y référer.
Si ces chiffres apparaissent dans une formation, tu as maintenant de quoi les remettre à leur place. Et si quelqu'un te parle de pyramide des apprentissages en évoquant le vestibulaire et le schéma corporel, il parle bien de celle de Taylor et Trott.
La pyramide décrit une logique de développement largement partagée : les sens du corps s'organisent tôt, le mouvement volontaire se construit sur eux, et les compétences scolaires mobilisent tout ce qui est en dessous. Cette logique colle à ce que l'on sait du développement de l'enfant.
Personne, en revanche, ne l'a testée comme une hiérarchie stricte. Aucune étude ne montre qu'il faudrait valider l'étage 2 avant de toucher à l'étage 3. Les chercheurs du développement moteur décrivent même un processus plus foisonnant qu'un escalier : dans leur approche des systèmes dynamiques (1994), Esther Thelen et Linda Smith voient les compétences émerger ensemble et s'influencer dans les deux sens. Un enfant apprend aussi à mieux se tenir en apprenant à attraper.
Les preuves sur les approches qui partent de la base sont nuancées, elles aussi. L'intégration sensorielle d'Ayres a gagné en solidité : la revue systématique de Sarah Schoen et de ses collègues (2019) conclut que, chez les enfants autistes de 4 à 12 ans, elle répond aux critères d'une pratique fondée sur des preuves, en s'appuyant sur deux essais contrôlés randomisés ; Bradley S. Stevenson a contesté cette lecture la même année. Chez les enfants en difficulté de coordination, la méta-analyse de Bouwien Smits-Engelsman et de ses collègues (2013) tranche plus nettement. Entraîner directement la tâche y produit un effet bien plus fort que travailler uniquement les fonctions supposées en dessous.
La pyramide aide donc à repérer l'étage qui décroche. L'ordre du travail se décide ensuite sur le terrain, au vu des retests.
Pour t'en servir sans être ergothérapeute ni enseignant spécialisé, lis-la de haut en bas, puis travaille dans les deux sens.
La lecture part de ce que tu observes au sommet. L'athlète n'intègre pas une consigne de placement, il se désorganise dès que le jeu s'accélère, il perd sa technique en fin de séance alors que ses qualités physiques tiennent encore. Tu descends alors d'un étage pour voir ce qui porte ce geste. Tu regardes si son regard reste stable quand il se déplace, si son ajustement postural suit quand la surface change, si sa carte du corps est aussi précise à gauche qu'à droite. Chaque réponse oriente la suite de ton travail, et aucune ne remplace le bilan d'un professionnel de santé.
Ce que tu observes au sommet | Étage à regarder en premier | Ce que tu peux vérifier sans sortir de ton rôle |
|---|---|---|
La technique se dégrade quand le regard suit une cible mobile | Étage 4 (contrôle oculomoteur) et étage 2 (vestibulaire) | Le même geste tête stable, puis tête en mouvement |
Un geste nouveau ne s'installe pas dès qu'un détail change | Étage 3 (planification motrice) | La réussite sur une variante inédite du même geste |
Écart net entre gauche et droite sur un même geste | Étage 3 (schéma corporel, conscience des deux côtés) | La comparaison côté par côté, yeux ouverts puis yeux fermés |
Désorganisation sur sol instable ou au contact | Étage 4 (ajustement postural) et étage 2 | Le même geste sur sol stable, puis instable |
Agitation ou décrochage avant même l'effort | Étage 1 (éveil) | Le sommeil de la veille et le niveau d'éveil en début de séance |
Cette grille est une lecture de terrain de LabO RNP, construite à partir de la pyramide ; elle n'a pas la valeur d'un outil d'évaluation validé.
C'est la logique que nous enseignons en Reprogrammation Neuro-Posturale : lire où le système décroche avant de charger le sommet, puis vérifier par un test, une stimulation et un retest qu'on a touché le bon étage.
Le travail, lui, se fait dans les deux sens. La tâche réelle reste au cœur de la séance, comme le suggère la méta-analyse citée plus haut, et tu ajoutes de façon ciblée ce qui consolide l'étage fragile. Un joueur dont le regard décroche en course travaillera la stabilité du regard, puis la remettra tout de suite à l'épreuve en situation de jeu. Un enfant dont la planification motrice coince fera des parcours qui changent un peu à chaque passage plutôt que de répéter la même figure, dans l'esprit de l'approche par contraintes.
Quand un étage semble lâcher chez un enfant, au point de peser sur sa scolarité ou sa vie quotidienne, l'évaluation revient aux professionnels de santé : l'ergothérapeute, le psychomotricien, le médecin qui suit l'enfant. Le professionnel du mouvement observe et oriente, puis il travaille le mouvement ; poser une étiquette sort de son rôle.
Elle ne te dira pas pourquoi un athlète de très haut niveau peut avoir une rangée sensorielle fragile et performer quand même. Le talent et des années de répétition masquent beaucoup de choses. Notre hypothèse de terrain : la base fragile se paie alors ailleurs, en progression technique plus lente ou en fatigue plus rapide dès que la tâche se complique. La pyramide t'aide à formuler l'hypothèse ; c'est le retest qui dira si elle tient.
On peut d'ailleurs mettre cette hypothèse à l'épreuve. Chez un sportif dont la technique se dégrade surtout quand le regard doit suivre une cible en mouvement, quelques semaines de travail ciblé sur la stabilité du regard devraient améliorer d'abord un test de suivi visuel, puis la qualité du geste mesurée dans la même situation. Si le test progresse et que le geste ne bouge pas, l'étage fragile se trouvait ailleurs.
Ce que tu vois au sommet te dit où regarder. C'est souvent plus bas que tu trouveras de quoi travailler.
👉 Je veux comprendre pourquoi, pas seulement quoi.
Chaque étage de la pyramide et chaque question qu'elle soulève a désormais son article. Côté étages, tu trouveras les systèmes sensoriels de la pyramide, le développement sensorimoteur et le développement perceptivo-moteur, avec un article à part sur la case maturité réflexe.
Côté usages et débats, lis la pyramide des apprentissages en sport, le match entre partir de la base ou de la tâche, le guide pour observer à quel étage ça coince, le rôle de la posture comme étage porteur et la neuromécanique derrière le schéma. Et si quelqu'un te ressort les pourcentages de mémorisation, l'histoire de la pyramide de Dale te donne de quoi les remettre à leur place.
La pyramide a été conçue en 1991 par Kathleen Taylor, ergothérapeute, et Maryann Trott, enseignante spécialisée, à partir de la théorie de l'intégration sensorielle d'A. Jean Ayres. Mary Sue Williams et Sherry Shellenberger l'ont ensuite diffusée dans leur guide How Does Your Engine Run? (1996), d'où le nom sous lequel elle est connue en France.
Cinq : le système nerveux central, les systèmes sensoriels, le développement sensorimoteur, le développement perceptivo-moteur et, au sommet, la cognition et l'intellect. Au-dessus de ce socle, vingt-deux compétences se répartissent sur quatre étages : sept systèmes sensoriels, six compétences sensorimotrices, six perceptivo-motrices et trois au sommet.
La pyramide attribuée à Edgar Dale prétend chiffrer la mémorisation selon la méthode d'enseignement, avec des pourcentages qui n'ont jamais été démontrés. La pyramide de Taylor et Trott décrit les bases sensorielles et motrices sur lesquelles reposent les apprentissages. Les deux modèles ont un nom proche et rien d'autre en commun.
Sa logique générale est cohérente avec ce que l'on sait du développement, mais l'ordre strict entre les étages n'a pas été démontré. Le développement réel est plus entremêlé, et chez les enfants en difficulté de coordination, travailler directement la tâche donne de meilleurs résultats que travailler seulement les bases.
Un enfant ou un athlète peut développer un étage supérieur alors qu'une case du dessous reste fragile, souvent en compensant. Chez le sportif, on fait l'hypothèse que ce coût ressort plus tard, par exemple sous la forme d'un plafond technique. D'où l'intérêt de lire les étages inférieurs quand le sommet stagne.
Elle a été pensée pour l'enfant. Son usage chez l'adulte et le sportif est une transposition, non validée comme telle, qui garde son intérêt comme grille de lecture : quand un geste technique ou une décision se dégrade, elle invite à vérifier ce qui le porte, à commencer par le regard et la posture, avant de répéter la consigne.
Le nom de l'autrice s'écrit Sherry Shellenberger, sans « c ». On lit souvent « Williams et Schellenberger », « Shellenberg » ou « Schellenberg » dans les documents francophones : il s'agit de la même pyramide.
Vers le médecin qui suit l'enfant, un ergothérapeute ou un psychomotricien : ce sont eux qui réalisent le bilan. LabO RNP n'est ni médicale ni paramédicale, et s'ajoute en complément d'un parcours de soin, jamais à sa place.
Taylor K., Trott M. (1991). Pyramid of Learning, schéma reproduit dans Williams M.S., Shellenberger S. (1996). How Does Your Engine Run? A Leader's Guide to the Alert Program for Self-Regulation. Albuquerque : TherapyWorks.
Ayres A.J. (1972). Sensory Integration and Learning Disorders. Los Angeles : Western Psychological Services.
Ayres A.J. (1979). Sensory Integration and the Child. Los Angeles : Western Psychological Services.
Dale E. (1946). Audio-Visual Methods in Teaching. New York : Dryden Press.
Thelen E., Smith L.B. (1994). A Dynamic Systems Approach to the Development of Cognition and Action. Cambridge : MIT Press.
Schoen S.A. et coll. (2019). A systematic review of Ayres Sensory Integration intervention for children with autism. Autism Research, 12(1), 6-19.
Stevenson B.S. (2019). Response to « Application of the Council for Exceptional Children's Standards for Evidence-Based Practices in Special Education » by Schoen et al. Autism Research, 12(8), 1152-1153.
Smits-Engelsman B.C.M. et coll. (2013). Efficacy of interventions to improve motor performance in children with developmental coordination disorder: a combined systematic review and meta-analysis. Developmental Medicine and Child Neurology, 55(3), 229-237.
Letrud K. (2012). A rebuttal of NTL Institute's learning pyramid. Education, 133(1), 117-124.
Masters K. (2013). Edgar Dale's Pyramid of Learning in medical education: a literature review. Medical Teacher, 35(11), e1584-e1593.
Par l'équipe LabO RNP
Pyramide des apprentissages et neurologie fonctionnelle : tronc cérébral, cervelet, stabilité réflexe proactive et rétroactive, la neuromécanique du schéma.
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