Ton cerveau pilote chaque mouvement grâce à trois GPS internes : l'oreille interne, les yeux et les capteurs du corps. Tant qu'ils s'accordent, tu roules plein gaz. Dès qu'ils se contredisent, le lien entre intégration sensorielle et performance se rompt : ton cerveau lève le pied et bascule en mode survie.
1/4h LabO #50 · Regarder l'épisode sur YouTube
Ton cerveau pilote chaque mouvement grâce à trois GPS internes : l'oreille interne, les yeux et les capteurs du corps. Tant qu'ils s'accordent, tu roules plein gaz. Dès qu'ils se contredisent, le lien entre intégration sensorielle et performance se rompt : ton cerveau lève le pied et bascule en mode survie.
Ton cerveau pilote chaque mouvement avec trois GPS internes : ton oreille interne, tes yeux, et les capteurs répartis dans ton corps. Tant que les trois affichent les mêmes coordonnées, tu roules plein gaz. Le jour où ils se contredisent, c'est le GPS de voiture dont chaque satellite annonce une position différente. Tu ne sais plus où tu es sur la carte. Tu ralentis. Tu te mets à scruter les panneaux autour de toi. Tu deviens prudent. Ton corps réagit pareil, et cette prudence, il l'appelle la survie.
La question vient d'un cours pratique : « vous avez parlé de concordance et de non-concordance sensorielle, vous pouvez développer ? ». La réponse touche le cœur du métier de coach, parce qu'elle change ta façon de lire un plateau. Et si tes blocages de progression tenaient moins à un manque de force qu'à un désaccord entre tes capteurs ?
La concordance, c'est simple. Tes systèmes sensoriels envoient au cerveau des informations qui vont dans le même sens, et qui vont dans le même sens en permanence. Plus l'info est cohérente d'un capteur à l'autre, mieux l'intégration se fait.
La non-concordance, c'est l'inverse. Plusieurs systèmes envoient des informations différentes au même moment. Le cerveau reçoit des versions qui ne collent pas entre elles, et il se retrouve à gérer un désaccord.
Pour un coach, lire ça change tout. Les entrées sensorielles obéissent à une hiérarchie, et la comprendre rend ton coaching précis au lieu d'approximatif.
Pour construire un mouvement, le cerveau s'appuie sur trois grands GPS. Le vestibulaire, c'est ton oreille interne : elle te situe dans l'espace, te dit où est le haut, où est le bas, comment ta tête bouge. L'oculaire, ce sont tes yeux. Le proprioceptif, ce sont tous les capteurs du corps qui remontent la position de tes articulations et la tension de tes muscles.
Le cerveau croise ces trois sources pour décider comment te faire bouger. Pour que ça tourne rond, deux conditions doivent être réunies.
Première condition : l'info de chaque GPS doit être claire et lisible pour le cerveau. Un capteur qui envoie un signal flou ou bancal, c'est une coordonnée illisible sur la carte.
Deuxième condition : le cerveau doit savoir intégrer toutes ces infos ensemble, les fusionner en une seule image cohérente.
Qu'un seul des GPS dysfonctionne, et l'intégration se dégrade. Reprends la voiture : un satellite qui déraille, et tout le positionnement devient incertain. Tu lèves le pied de l'accélérateur sans même y penser.
L'exemple le plus parlant, c'est le mal des transports. En voiture ou en bateau, ton oreille interne sent que ça bouge, mais tes yeux fixés sur un point fixe affirment que tu es immobile. Les deux GPS donnent des coordonnées opposées. Le cerveau encaisse le conflit, et ce conflit se traduit par une sensation de menace.
En préparation physique, on n'atteint jamais ce niveau brutal. Mais sur certains gestes, la même mécanique tourne en version plus discrète : une non-concordance entre le vestibulaire, l'oculaire et le proprioceptif. Ça suffit à mettre un frein sur la performance, autrement dit une baisse de force, de mobilité, ou de ce que tu veux. Voilà le mismatch sensoriel.
Le conflit peut même naître à l'intérieur d'un seul système. Prends les pieds : un pied remonte une info, l'autre en remonte une différente. Le cerveau veut traiter les deux, se demande laquelle est la bonne, et cherche un compromis. Toutes les compensations et les adaptations que tu observes ensuite partent de là. Le cerveau bricole un arrangement viable entre des infos qui ne s'accordent pas.
Voilà le cœur du message. Le cerveau répond toujours à une question avant toutes les autres : est-ce que c'est sécuritaire, oui ou non ? Tant que la réponse reste incertaine, il tire le frein à main et privilégie la survie. La performance, elle, attendra son tour.
Pour le visualiser, imagine un pendule, un continuum entre deux pôles. D'un côté la survie, de l'autre la performance. Et attention au mot performance : il ne se résume pas à sauter plus haut. Il englobe aussi le métabolique, l'endocrinien, l'immunitaire. À mesure qu'on approche du milieu, on trouve la performance physique et motrice à proprement parler. En dessous, tous les processus de survie : vertiges, défauts de mobilité, et le reste. Quand le cerveau doute de la sécurité, le pendule glisse côté survie, et tout ce qui relève de la performance passe au second plan.
Quand trois sources lui racontent trois histoires différentes, le cerveau se retrouve comme au téléphone arabe. Si tout le monde te dit quelque chose de différent, tu ne sais plus qui croire ni quoi faire. Du coup il n'envoie pas 100 % de ses capacités sur le geste. Il en met un peu partout, il répartit, il s'adapte au plus prudent. Ce compromis le garde côté survie, au prix de la performance que tu cherchais à exprimer.
En entraînement classique, on travaille très souvent une seule composante, la proprioceptive, à travers le travail structurel qu'on a l'habitude de faire. Le souci, c'est qu'un mismatch peut toujours subsister avec les autres systèmes. Bosser à fond une composante ne force pas les autres à se mettre au diapason. Au mieux elles s'adaptent un peu, jusqu'à un certain point.
C'est exactement pour ça que des résultats ne tiennent pas toujours dans le temps. Si tu travailles le proprioceptif mais que tu laisses le visuel et le vestibulaire de côté, ces deux-là restent non optimaux. Et à un moment, le système proprioceptif se réadapte par rapport à un vestibulaire et un visuel défaillants à la base. Concrètement, ta mobilité ou ta force peuvent stagner, voire redescendre, parce que le proprio se recale sur des capteurs qui tirent l'ensemble vers le bas. La conclusion est nette : il faut travailler sur tous les systèmes, pas juste l'un ou l'autre.
Et tous les systèmes ne pèsent pas le même poids. Sur de la vitesse, le proprioceptif ne représente que 20 à 30 % des informations qui remontent. Le visuel pèse beaucoup plus lourd. Le vestibulaire se situe au moins au niveau du proprioceptif, voire un petit peu au-dessus.
Fais le calcul. Quand tu fais de la mobilité pour cibler les mécanorécepteurs, que tu travailles en proprio à fond les ballons, tu ne touches en réalité qu'environ 30 % du potentiel maximum d'entrées sensorielles. Tout le reste t'échappe. L'enjeu, c'est d'aller identifier ce qui coince dans le vestibulaire et dans le visuel, pour accéder à 100 % des entrées sensorielles. Tout ne vient pas du proprioceptif, loin de là.
La démarche concrète tient en deux temps. D'abord, le testing : on cherche quelles informations afférentes diffèrent, celles qui se contredisent. Ensuite, on pose des exercices simples, juste de quoi rétablir la concordance. Le cerveau finit par constater que les infos collent à nouveau les unes aux autres. Là, il peut lâcher du lest : moins de survie nécessaire, donc plus de performance possible. On lève les verrous, tout simplement.
C'est là que se joue la différence entre deux approches. Pratiquer un sport, c'est un gros coup de bazooka : oui, tu sollicites le vestibulaire, le visuel, le proprioceptif, tu travailles le tout. Mais tu ne sais pas exactement sur quoi tu agis, donc tu ne peux pas objectiver tes progrès. La logique neuro-performance vise l'inverse : un travail de sniper, qui identifie précisément les problématiques et qui permet de mesurer les gains, sur le visuel, sur le vestibulaire, sur le proprioceptif, et de voir comment ils se répercutent sur la globalité du mouvement.
Une fois que tu rentres dans cette hiérarchie sensorielle, c'est un vrai rabbit hole. Tu te rends compte que ça t'amène à revoir la manière dont tu agences et construis tes séances d'entraînement.
Parce qu'elle conditionne le basculement entre survie et performance. La première question du cerveau, c'est toujours « est-ce sécuritaire ? ». Tant que tes capteurs se contredisent, il reste côté survie et bride ta force, ta mobilité, ta coordination. Rétablir la concordance, c'est lui permettre de basculer côté performance.
Aux coachs et aux préparateurs physiques. Comprendre la hiérarchie des entrées sensorielles change la façon d'agencer et de construire les séances d'entraînement, et permet d'objectiver les progrès plutôt que de travailler en aveugle.
Par le testing. On va chercher quelles informations afférentes diffèrent, lesquelles se contredisent entre le vestibulaire, l'oculaire et le proprioceptif (et parfois à l'intérieur d'un même système, comme entre les deux pieds). C'est ce repérage qui dit où porter le travail.
Avec des exercices simples qui rétablissent la concordance des informations. Dès que le cerveau constate que les signaux redeviennent cohérents, il lâche du lest, lève les verrous et rouvre l'accès à la performance. L'idée étant de cibler en sniper ce qui coince côté visuel, vestibulaire et proprioceptif, plutôt que de tout travailler en bloc.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
L'activité physique change la donne pour le TDAH de l'enfant. Adrien Chartier, préparateur physique depuis plus de vingt ans et cofondateur de Labo RNP, le résume en une phrase : on envoie nos enfants deux heures aux devoirs et trente minutes de sport le mercredi, il faudrait faire l'inverse. Voici le mécanisme neurologique, comment juger les approches selon leur niveau de preuve, et un plan progressif sur douze semaines à lancer dès demain.
L'hyperactivité motrice de l'enfant est d'abord un signal. Quand un enfant bouge sans arrêt, son système nerveux cherche le plus souvent à se réguler, à se stimuler ou à évacuer une tension. Comprendre ce que ce mouvement résout change tout ce qu'on va lui proposer.