Pyramide de Dale : Edgar Dale n'a jamais publié les pourcentages (10 % lu, 90 % enseigné). Leur vraie origine, les réfutations et ce que dit la recherche.
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La « pyramide de Dale » prétend chiffrer ce qu'on retient selon la méthode d'enseignement, de 5 % pour un cours magistral à 90 % pour l'enseignement aux autres. Edgar Dale n'a jamais publié ces chiffres : son cône de l'expérience (1946) rangeait les expériences du concret à l'abstrait, sans pourcentage. Aucune étude d'origine n'a été retrouvée.
Bonjour à toi, le professionnel du mouvement,
Tu as forcément vu passer cette diapositive en formation : une pyramide en couleurs, des chiffres en escalier. On retiendrait 5 % d'un cours magistral, 10 % de ce qu'on lit, 20 % d'une vidéo et 30 % d'une démonstration. On monterait à 50 % en discutant en groupe, 75 % en pratiquant et 90 % en enseignant aux autres. En bas, en petits caractères : Edgar Dale.
Avant de lire la suite, fais l'exercice : cherche l'étude d'origine, celle qui aurait mesuré ces sept chiffres, avec ses participants et le délai entre la leçon et le test. Tu trouveras des centaines de reprises, et aucun article qui décrive l'expérience.
Si tu cherches la pyramide du vestibulaire et du schéma corporel, c'est la pyramide des apprentissages de Taylor et Trott, reprise par Williams et Shellenberger. Ici, on remonte la piste des pourcentages, puis on garde ce qui sert en séance.
Regarde les chiffres avec un œil de coach. Ils tombent sur des valeurs rondes et ne bougent ni avec le public ni avec le délai avant le test. Tu refuserais un 1RM annoncé sans la charge ni l'athlète. Et l'homme dont le nom figure en bas de la diapositive n'a écrit aucun de ces chiffres.
Edgar Dale, professeur à l'Ohio State University, publie en 1946 Audio-Visual Methods in Teaching. Il y propose le cône de l'expérience, retouché en 1954 puis en 1969, qui range les expériences d'apprentissage selon leur degré d'abstraction.
À la base, l'expérience directe, celle qu'on voit, qu'on manipule et qu'on sent. En montant viennent l'expérience aménagée, la mise en scène, la démonstration, la sortie sur le terrain, l'exposition, le film, la radio et l'image fixe. Au sommet, les symboles visuels, puis les mots. Dale l'illustrait ainsi : le mot « cheval » écrit sur une page n'a ni l'allure ni le bruit d'un cheval. Plus on monte, plus l'apprenant regarde au lieu de participer.
En 1969, Dale qualifie lui-même son cône d'« analogie visuelle ». Il met même en garde contre l'excès de concret, qui peut gêner la généralisation, cette capacité à tirer une règle de plusieurs cas. Pour lui, un bon enseignement combine les niveaux.
Cône de l'expérience (Dale, 1946, 1954, 1969) | Pyramide à pourcentages | |
|---|---|---|
Ce qu'il range | Des expériences, du concret à l'abstrait | Des méthodes d'enseignement, par taux de mémorisation |
Chiffres | Aucun | De 5 % à 90 %, variables selon les versions |
Sens de lecture | Un continuum où chaque niveau a sa place | Une hiérarchie où le bas vaut mieux que le haut |
Source | Un manuel signé, trois éditions | Aucune étude retrouvée |
Deux enquêtes ont fait le tri. En 2014, Deepak Subramony, Michael Molenda, Anthony Betrus et Will Thalheimer consacrent au « cône corrompu » un numéro spécial d'Educational Technology. En 2018, Kåre Letrud et Sigbjørn Hernes fouillent les bibliothèques numériques. Leurs résultats démêlent trois histoires collées l'une à l'autre.
La plus ancienne est une maxime, dont Letrud et Hernes retrouvent des versions primitives dès les années 1850, avant même que la psychologie de l'apprentissage existe. Elle ne peut donc pas sortir d'un laboratoire.
La deuxième passe par la formation en entreprise. En 1967, D. G. Treichler, employé de la compagnie pétrolière Mobil, signe dans une revue de l'audiovisuel la version chiffrée la plus reprise. On y retiendrait 10 % de ce qu'on lit et jusqu'à 90 % de ce qu'on dit en faisant, sur la foi d'études jamais référencées. Pour Michael Molenda, ces prétendues données semblent fabriquées par des formateurs pétroliers des années 1960.
Troisième nom souvent cité sur la diapositive : le National Training Laboratories, à Bethel dans le Maine. L'institut dit avoir mis au point sa pyramide au début des années 1960, mais n'a jamais pu fournir les recherches censées la fonder, réputées perdues.
Personne ne sait qui a posé les chiffres sur la forme du cône. La plus ancienne trace retrouvée par Subramony et ses collègues date de la fin des années 1970, dans un document de formation de formateurs. Depuis, le montage voyage de diapositive en diapositive, un nom d'universitaire en caution.
En 2007, dans la revue Education, J. P. Lalley et R. H. Miller passent la pyramide au crible et ne trouvent aucune recherche crédible derrière les pourcentages. Méthode par méthode, la littérature leur montre que chacune aide à retenir dans certains contextes, sans qu'aucune gagne à tous les coups. La lecture et l'enseignement direct, relégués en haut de la pyramide, leur paraissent même sous-évalués. Cinq ans plus tard, Kåre Letrud enfonce le clou dans la même revue et demande au NTL de retirer son schéma.
En éducation médicale, discipline pourtant nourrie de lecture critique, Ken Masters recense en 2013 pas moins de 43 publications évaluées par des pairs qui citent la pyramide. Les sources sont mal lues ou circulaires, et les chiffres changent d'un article à l'autre. Il recommande de ne plus y faire référence.
Quand il refait la recherche sur 2012 à 2018, il trouve 41 documents, des citations en hausse, et des auteurs qui appellent les réfutations elles-mêmes à l'appui de la pyramide. Sa conclusion de 2020, traduite sans l'adoucir : la pyramide ne vaut rien, ses statistiques non plus, et elles ne viennent pas d'Edgar Dale. Si des gens formés à lire des études s'y laissent prendre, une diapositive bien faite mérite notre méfiance, à nous aussi.
Les chiffres tombés, on serait tenté de jeter aussi l'intuition qui les rendait plausibles, alors qu'une partie tient très bien face aux études.
Affirmation | Ce qu'on en sait |
|---|---|
On retient de 5 % à 90 % selon la méthode | Aucune source retrouvée, chiffres réfutés (Letrud 2012 ; Masters 2013 et 2020) |
Être actif aide à apprendre | Soutenu dans les cours universitaires de sciences (Freeman 2014) |
Se tester aide à retenir | Soutenu, surtout à plusieurs jours (Roediger et Karpicke 2006 ; méta-analyse de Rowland 2014) |
Enseigner aux autres fait retenir 90 % | Faux tel quel ; d'après une étude, le bénéfice passerait par le rappel (Koh 2018) |
Mélanger l'ordre des exercices aide à transférer un geste | Net en laboratoire, faible sur le terrain, presque nul chez les jeunes (Czyż 2024) |
Aucun pourcentage universel dans la colonne de droite. Un chiffre rond se retient mieux qu'une nuance, d'où ces croyances tenaces sur l'apprentissage qui résistent si bien.
Scott Freeman et ses collègues (2014) ont compilé 225 études comparant cours magistral et apprentissage actif en sciences, à l'université. Avec l'apprentissage actif, les notes d'examen gagnent environ 6 % et le taux d'échec passe de 33,8 % à 21,8 %. L'écart compte, mais on est loin du 5 % contre 90 % de la diapositive.
Henry Roediger et Jeffrey Karpicke (2006) ont fait lire des textes à des étudiants, puis les ont fait relire ou se tester par écrit, sans aucun retour. À cinq minutes, la relecture gagne. À deux jours et à une semaine, le classement s'inverse. Ceux qui relisaient se sentaient pourtant plus sûrs d'eux. Avec un gagnant qui change selon le délai, un pourcentage fixe par méthode n'a plus aucun sens.
Reste le sommet de la diapositive. Aloysius Koh et ses collègues (2018) ont séparé deux choses qu'on confond, enseigner et se rappeler. Une semaine après, ceux qui ont enseigné sans leurs notes retiennent mieux que ceux qui les avaient sous les yeux, et le simple rappel, sans rien enseigner, donne lui aussi cet avantage.
Toi, tu fais apprendre des gestes, et l'apprentissage moteur a son propre cousin de l'effet de test.
John Shea et Robyn Morgan (1979) font apprendre trois séquences rapides de mouvements du bras, en blocs ou dans un ordre aléatoire. Pendant la pratique, les blocs font mieux. À dix minutes puis à dix jours, l'ordre aléatoire retient mieux et transfère mieux sur une tâche nouvelle. Timothy Lee et Richard Magill (1983) l'expliquent ainsi : changer de tâche à chaque essai fait oublier une partie du plan d'action, qu'il faut reconstruire, donc aller rechercher en mémoire.
La séance qui a l'air la plus propre laisse donc parfois le moins de traces. C'est tout l'écart entre performance immédiate et apprentissage, et la raison pour laquelle on juge un geste à la rétention et au transfert plutôt qu'au dernier essai.
L'effet a ses limites. La méta-analyse de Stanisław Czyż et de ses collègues (2024), sur 34 études, trouve un bénéfice de l'ordre aléatoire sur le transfert. Net en laboratoire, il devient faible et non significatif sur le terrain, presque nul chez les jeunes, et se confirme chez l'adulte. L'ordre des variantes se dose donc selon le public, comme toute la variabilité de la pratique.
Quand on te parle de vestibulaire, de schéma corporel ou de planification motrice, il s'agit de la pyramide des apprentissages de Kathleen Taylor et Maryann Trott (1991). Elle est bâtie sur l'intégration sensorielle d'Ayres et a été diffusée en 1996 par Mary Sue Williams et Sherry Shellenberger.
Ses cinq étages vont du système nerveux central à la cognition, avec le système vestibulaire parmi les sens du deuxième. Aucun taux de rétention n'y figure, et sa hiérarchie stricte n'a pas été démontrée. On la détaille dans notre article sur Williams et Shellenberger.
Quand la diapositive apparaît en formation, inutile d'en faire un procès. Une phrase suffit : « Ces chiffres n'ont jamais eu d'étude derrière eux, et Edgar Dale ne les a pas écrits. L'effet de test, lui, repose sur des dizaines d'expériences. » Puis tu le fais vivre au lieu de le projeter.
Sur la diapositive | Ce que tu dis à la place | Ce que tu fais en séance |
|---|---|---|
« On retient 10 % de ce qu'on lit » | Une lecture tient mieux si on doit la rappeler | Lecture courte, puis rappel écrit, document fermé |
« 5 % d'un cours magistral » | Un exposé coupé de rappels laisse plus de traces | Une question régulière, réponse de mémoire |
« 90 % de ce qu'on enseigne » | Enseigner aide quand ça oblige à se rappeler | Explication en binôme, fiches retournées |
« 75 % de ce qu'on pratique » | Mélanger l'ordre des variantes transfère mieux, surtout chez l'adulte | Variantes mélangées, retest à distance |
Avec un athlète, une fois le geste dégrossi, mélange l'ordre des variantes au lieu d'enchaîner dix répétitions identiques, quitte à vivre une séance un peu moins propre. L'apprentissage se juge quelques jours plus tard, sans consigne juste avant, selon la logique du test, stimulation, retest qu'on applique aussi en Reprogrammation Neuro-Posturale.
Chez l'enfant ou le débutant complet, encore au premier des stades de Fitts et Posner, notre hypothèse de praticien est de garder plus de blocs au départ. La méta-analyse de Czyż trouve un effet presque nul chez les jeunes, et rien ne montre encore qu'il soit fort chez le débutant.
Les pourcentages masquaient une question : à méthode égale, qu'est-ce qui rend un apprentissage plus coûteux pour tel athlète ou tel enfant ? Une bonne part de la réponse se joue plus bas, dans les bases sensorielles et motrices que décrit la pyramide de Taylor et Trott.
Ce qui reste d'une séance, c'est ce que l'athlète a dû aller rechercher lui-même.
👉 Je veux intervenir au bon endroit.
C'est le nom courant d'un schéma qui attribue un taux de mémorisation à chaque méthode d'enseignement, de 5 % pour un cours magistral à 90 % pour l'enseignement aux autres. Faussement attribué à Edgar Dale et diffusé par le National Training Laboratories, il ne repose sur aucune étude retrouvée.
Non. Son cône de l'expérience (1946, revu en 1954 et 1969) classe les expériences du concret à l'abstrait sans un seul chiffre. La version chiffrée la plus reprise paraît en 1967 dans une revue de l'audiovisuel, sous la plume d'un employé de Mobil, et la plus ancienne trace connue des chiffres posés sur le cône date de la fin des années 1970.
Aucune étude ne le montre. Ce qu'on retient d'une lecture dépend du contenu, du lecteur, du délai et de ce qu'on fait ensuite. Se tester sur un texte laisse, quelques jours plus tard, nettement plus de traces que le relire, comme l'ont montré Roediger et Karpicke en 2006.
Son nom exact est le cône de l'expérience. Edgar Dale y range les expériences d'apprentissage, de l'expérience directe, à la base, jusqu'aux mots, au sommet. Il le présentait comme une analogie visuelle et conseillait de combiner expériences concrètes et abstraites.
La pyramide de Dale aligne des pourcentages sans source. La pyramide des apprentissages de Taylor et Trott (1991), diffusée par Williams et Shellenberger (1996), décrit en cinq étages les bases sensorielles et motrices des apprentissages. On la présente dans l'article sur la pyramide des apprentissages.
Quand la difficulté dure et pèse sur la scolarité ou la vie quotidienne, l'évaluation revient au médecin qui suit l'enfant, à l'ergothérapeute ou au psychomotricien. Le professionnel du mouvement observe et oriente, puis il travaille le mouvement. LabO RNP n'est ni médicale ni paramédicale, et s'ajoute en complément d'un parcours de soin, jamais à sa place.
Dale E. (1946). Audio-Visual Methods in Teaching. New York : Dryden Press. Éditions revues en 1954 et 1969.
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Par l'équipe LabO RNP
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