Intégrer la neuro en rééducation sans tout casser, c'est possible. Laurent Anelli, kiné et ostéo près de Lyon, le fait séance après séance : il part de la rééducation classique et glisse la stimulation neurosensorielle là où le geste plafonne. Voici sa méthode, telle qu'il la déroule au cabinet.
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Intégrer la neuro en rééducation sans tout casser, c'est possible. Laurent Anelli, kiné et ostéo près de Lyon, le fait séance après séance : il part de la rééducation classique et glisse la stimulation neurosensorielle là où le geste plafonne. Voici sa méthode, telle qu'il la déroule au cabinet.
Laurent est kiné et ostéo à Vaulx-en-Velin, du côté de Lyon. Avant la reprogrammation neurosensorielle (la neuro), il s'était formé en posturologie. Il a testé les protocoles sur lui, ça l'a accroché, il les a posés au cabinet. Et ça marchait.
Le hic : il ne comprenait pas ce qui se passait sous ses mains. Un jour, un confrère lui demande ce qu'il fait exactement. Il reste sans réponse. Faire tourner un protocole sans savoir pourquoi, voilà ce qui l'a assez gêné pour aller creuser.
Cette gêne pose la vraie question que beaucoup de thérapeutes se traînent : est-ce que la neuro tient la route pour moi, dans mon cabinet, avec le temps que j'ai ? Laurent répond oui. À une condition : l'intégrer par étapes, en l'ajoutant à ce que tu fais déjà, au lieu de tout balayer du jour au lendemain. Voici comment il s'y prend, séance après séance.
Le déclic de Laurent n'a rien à voir avec un protocole supplémentaire. Il vient du besoin de comprendre. La posturologie lui donnait des recettes qui marchaient, et le mécanisme derrière lui manquait. Du coup, il était coincé : pas d'explication possible, donc pas d'ajustement quand un cas sortait du cadre.
C'est ce qui l'a mené à LabO. Et il le dit cash : le début a été rude. Quand tu apprends un nouvel outil, tu veux ne faire que ça, et les premiers résultats déçoivent. Il lui a fallu du temps pour faire la synthèse et trouver le bon compromis dans sa pratique de tous les jours.
La leçon vaut pour tout thérapeute qui démarre : comprendre passe avant appliquer. Tant que tu sais juste reproduire un geste, tu dépends du protocole. Le jour où tu attrapes le mécanisme, tu peux te lancer sur le terrain, adapter, expliquer ce que tu fais. C'est ça qui débloque l'intégration au quotidien.
En pratique, Laurent voit ses patients sur des séances de 30 minutes, en général une fois par semaine. Avec ce format, la neuro n'arrive pas dès le départ. Il commence sur de la rééducation classique : thérapie manuelle, mobilisation, exercices de renforcement, les fondamentaux que tout le monde connaît.
La neuro entre plus tard, au fil de la rééduc. Dès qu'un truc bloque, ou que le patient progresse mais garde une petite gêne fonctionnelle qui s'accroche, il introduit la stimulation neurosensorielle. L'avantage de revoir les gens plusieurs fois : il connaît leurs déficits, il pose des progressions, il regarde comment ça bouge d'une séance à l'autre.
Ce dosage tient aussi à une histoire de temps. Un bilan postural vraiment complet, entre l'anamnèse et le reste, file vite vers une heure à une heure trente, sans rien faire d'autre que le bilan. Sur 30 minutes de rééduc, ce format n'a pas sa place. D'où l'intérêt de doser : tu glisses la neuro là où elle apporte quelque chose, au lieu d'y sacrifier une séance entière. Après dix ans de métier, Laurent le reconnaît, cette implémentation progressive est plus simple, parce qu'il revoit ses patients régulièrement et peut étaler le travail.
Le geste le plus actionnable de l'épisode tient en une idée : superposer une stimulation neuro à un exercice de renforcement que tu fais déjà. L'exemple de Laurent : un patient à l'épaule, en renforcement de la coiffe des rotateurs. Pendant qu'il fait son exercice, tu ajoutes une fixation visuelle. Tu couples les deux.
Le raisonnement vient du sport. En reprogrammation neurosensorielle chez le sportif, on cherche à améliorer la performance. Chez le patient en rééducation, tu pars d'une performance bien plus basse, et la logique reste la même : améliorer le geste en sollicitant le système sensoriel pendant l'effort.
Sur le terrain, Laurent place cette double tâche en fin de séance. Le renforcement classique est fait, et tu rajoutes par-dessus la composante neuro (la fixation visuelle) pour que le système nerveux bosse en même temps que le muscle. Simple à mettre en place, et sans réorganiser toute ta séance.
Laurent raconte le cas d'une dame vue le jour même, porteuse d'une prothèse de genou. La rééducation bloquait. Il a tenté de stimuler : balles à picots sous le pied, différentes températures, travail des yeux. Rien. Aucun gain.
La patiente retourne voir son chirurgien. Verdict : de grosses adhérences dans le genou, à réopérer pour les lever. Une vraie pathologie mécanique verrouillait tout. Elle est réopérée. Quand Laurent la revoit, elle regagne déjà de la mobilité par le travail classique. Il retente alors les mêmes stimulations : yeux en bas, sollicitations sensorielles, stimulation plantaire sous le pied. Cette fois, l'amplitude revient tout de suite.
La leçon est centrale. Quand la neuro ne donne rien, il y a peut-être une pathologie réelle derrière, et là il faut passer par d'autres cases (ici, la chirurgie). La neuro ne répare pas une adhérence. Elle reste un outil complémentaire qui remet à niveau les systèmes sensoriels et le système nerveux central, sans traiter une lésion.
Une fois la cause mécanique levée, le tableau change. Laurent avance une hypothèse simple : le cerveau poserait une sorte de cran de sécurité. Sur une prothèse, quelque chose a changé dans l'articulation, et le cerveau évite peut-être de descendre trop bas pour protéger. Tant que ce verrou-là limite, une petite stimulation sensorielle ou visuelle suffit à regagner de l'amplitude. Si tu gagnes de l'amplitude comme ça, c'est le signe que le frein était sensoriel, et tu peux ensuite aller travailler plus au fond de l'articulation pour consolider.
On passe au volet ostéo de la pratique de Laurent. Il utilise pas mal les réflexes archaïques, parce qu'ils se logent bien dans son bilan sans le rallonger.
Quand il teste la mobilité en flexion et en extension antérieure, il regarde l'extension totale. S'il repère un manque d'extension, il teste vite la présence d'un réflexe archaïque. Le geste prend vraiment deux secondes. Sur des patients déjà vus une première fois, il a pu mesurer l'effet concrètement : les gens hyper galère à manipuler, stressés et tendus, devenaient manipulables une fois le réflexe levé. La manipulation passait toute seule.
Sur un réflexe tonique asymétrique (RTA), Laurent décrit une manipulation dorsale. Le niveau dorsal touche au système nerveux sympathique, là où le crânien et le sacré relèvent du parasympathique. En manipulant les dorsales, tu envoies une sorte de petit reset au système nerveux. Un signe qu'il observe souvent : après une manipulation dorsale, les patients font un rot ou se relâchent.
Derrière, il y a une logique d'inhibition. Les gens qui répondent à ce travail ont en général quelque chose du côté du Moro ou des réflexes de protection. Laurent parle de trois réflexes de stress et de protection (Moro, réflexe tonique de protection, paralysie par la peur). Tant que ces réflexes de stress restent actifs, ils bloquent d'autres réflexes archaïques qui pourraient normalement s'intégrer. En soulageant le réflexe de stress par la manipulation, tu libères les autres. Ce blocage tient souvent à un trauma, à quelque chose de l'ordre de la peur.
Le sens du geste va dans les deux directions. Parfois, tu lèves d'abord le réflexe et la manipulation passe ensuite toute seule. D'autres fois, lever le réflexe au préalable ne change rien, et c'est la manipulation elle-même qui réintègre le réflexe (pour combien de temps, Laurent ne sait pas). Quand il réintègre un réflexe, il observe un relâchement derrière, parce que le tonus musculaire se régule. Et quand il refait le test d'extension juste après, c'est gagnant : ça part bien.
Le credo travaillé au séminaire : réussir un testing rapide, en quelques minutes, pour décider vite des correctifs. Laurent a un petit gymnase au cabinet, avec la place de faire marcher les patients. Sa méthode principale, c'est la marche.
La marche lui permet de situer une problématique au niveau du tronc cérébral ou du cervelet. Et selon ce qu'il observe, il décide du côté à travailler : le même côté que la gêne, ou le côté opposé.
L'application est très concrète. Sur une épaule douloureuse, il peut alterner et faire travailler un peu plus le côté qu'il n'aurait pas sollicité spontanément, pour y mettre une stimulation. Le patient garde l'essentiel des exercices du côté lésé, mais en récupère quelques-uns de l'autre côté, souvent des gestes de rééducation classiques qui passent des deux côtés. Et sur une personne immobilisée (un plâtre par exemple), il fait travailler le côté opposé pour limiter l'amyotrophie. Le principe de fond ne bouge pas.
Laurent termine sur sa philosophie : pas de mains magiques. Le travail au cabinet ne suffit pas, le patient doit prolonger l'intégration entre les séances.
Il donne donc des exercices maison, sur 5 à 10 minutes. En général trois petits exercices : un de mobilité, un de renforcement, un exercice neuro avec une balle. L'objectif est double. D'abord prolonger le travail d'intégration entre deux rendez-vous. Ensuite rendre les gens acteurs de leur rééducation, pour qu'ils intègrent que derrière la séance, il faut quand même bosser.
Laurent l'aborde frontalement. La neuro est un outil complémentaire, pas des mains magiques. Elle remet à niveau les systèmes sensoriels et le système nerveux central, sans remplacer le reste ni réparer une vraie pathologie. Son cas de la prothèse de genou le montre : tant qu'une adhérence mécanique bloquait, aucune stimulation ne donnait de résultat. Il fallait d'abord traiter la cause par la chirurgie.
Il s'agit de remettre à niveau les systèmes sensoriels et le système nerveux central, en complément du travail manuel et du renforcement. Tu ne jettes pas ce que tu fais déjà. Tu y ajoutes une couche qui sollicite le sensoriel (fixations visuelles, stimulations plantaires, travail des yeux) là où le geste classique plafonne.
Sur 30 minutes, Laurent démarre par de la rééducation classique : thérapie manuelle, mobilisation, renforcement. Il introduit la neuro plus tard, quand un déficit résiste ou qu'une gêne persiste. Le geste type : coupler une fixation visuelle à un exercice de renforcement (par exemple la coiffe des rotateurs sur une épaule), en plaçant cette double tâche en fin de séance.
Ceux qui plafonnent ou gardent une gêne fonctionnelle malgré une rééducation qui avance. À l'inverse, un blocage purement mécanique ne relève pas de la neuro tant que la cause n'est pas levée. C'est tout le sens du cas de la prothèse de genou : la stimulation n'a fonctionné qu'après la réopération des adhérences.
Un gain d'amplitude, un déblocage fonctionnel quand le frein était sensoriel, et un relâchement musculaire après réintégration d'un réflexe de stress (le tonus se régule, la suite du travail devient plus facile). À cela s'ajoute un patient rendu acteur, qui prolonge l'intégration avec ses trois exercices maison de 5 à 10 minutes.
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