Le cerveau prédit les sensations qu'il produit lui-même et les atténue. C'est la copie efférente, et c'est aussi pour ça qu'un toucher ou une contrainte venus de l'extérieur peuvent recalibrer le système.
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Vous l'avez probablement déjà observé : quelqu'un qui n'arrive pas à se chatouiller lui-même, alors que la même caresse faite par un autre le fait éclater de rire. Un athlète qui sait, avant la fin de son saut, comment l'appui va se faire. Une personne qui devine le geste de son coach une fraction de seconde avant qu'il commence.
À chaque fois, le cerveau distingue ce qui vient de soi de ce qui vient du dehors.
Quand le cortex envoie une commande motrice à un muscle, il en envoie en parallèle une copie à d'autres structures, notamment au cervelet : c'est la copie efférente (la copie efférente dans le glossaire). Le cervelet l'utilise pour fabriquer en avance la sensation qui devrait remonter du corps. Quand votre main bouge à votre demande, le système sait déjà ce qu'elle est censée sentir.
Si la sensation qui remonte (la réafférence) correspond à la prédiction, le cerveau classe l'affaire en silence : c'est moi, rien à signaler. Si elle diffère, il déclenche un signal d'erreur, qui produit la surprise et sert à corriger les prédictions suivantes (le décalage entre prédiction et retour).
En 1998, Sarah-Jayne Blakemore et ses collègues l'ont montré en imagerie : quand on se chatouille soi-même, les zones cérébrales du toucher s'activent moins que lorsqu'un autre produit exactement le même mouvement. Le cerveau a atténué la sensation d'avance, parce que la copie efférente annonçait qu'elle venait de vous.
Si le cerveau filtre une grande partie de ce qui vient de lui-même, alors ce qui peut le surprendre et le recalibrer doit souvent venir de l'extérieur. Quand un praticien pose les mains au bon endroit, avec un contact que vous n'auriez jamais pu vous appliquer seul, le cerveau n'a pas pu le prédire, donc il ne l'a pas atténué : il doit le traiter, et ce traitement peut contribuer à mettre à jour le modèle interne que votre corps utilisait (les capteurs de la peau).
C'est aussi pour ça qu'on progresse quand un coach vous touche, vous guide ou vous pose une contrainte que vous ne pouviez pas créer vous-même : la stimulation extérieure produit du signal d'erreur, et ce signal est le carburant de la calibration.
Le cerveau atténue ce qu'il a prévu, et apprend de ce qui le surprend.
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