Un avant/après qui m'a surpris, trois stimulations combinées, et un pari perdu sur la plante du pied. Ce que la pondération sensorielle apprend sur la bonne porte d'entrée, et le protocole pour ne plus parier.
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« Elle a fait quoi ? »
C'est tout ce que j'ai su écrire en voyant les deux photos.
En octobre 2023, Seb, qui a fondé LabO RNP avec Adrien et moi, a posté un avant/après dans notre groupe interne. On y voyait une personne qu'il accompagnait, photographiée à quelques semaines d'écart, et la différence se voyait de loin.
Il avait combiné trois choses :
de la proprioception du poignet et de la cheville
une balle à picots roulée sous le pied
trois exercices : dos rond et dos creux, hochement de tête, bercement
J'ai parié sur la balle.
Ce pari était logique. La plante du pied est couverte de mécanorécepteurs, c'est-à-dire de minuscules capteurs qui transforment une pression, un étirement ou une vibration en signal électrique pour le système nerveux.
On en distingue quatre familles : l'une lit la pression qui dure et la texture du sol, une autre l'étirement de la peau. Les deux dernières réagissent au changement : l'une au contact ou à un début de glissement, l'autre aux vibrations.
Quand on appauvrit ces informations, avec du froid, une anesthésie locale ou une mousse épaisse, le corps oscille davantage debout : c'est un résultat établi de la recherche sur l'équilibre. Chez LabO RNP, on considère donc ces capteurs de la plante du pied comme l'une des grandes portes d'entrée de la boucle sensori-motrice, et une balle à picots comme un moyen simple de leur envoyer un signal net.
Seb m'a répondu : « Non, ce sont tes exos qui ont le mieux marché. » Ces trois exercices ont un point commun : ils font bouger la tête et le cou bien plus qu'ils ne stimulent le pied.
Ils sollicitent donc surtout le système vestibulaire, un capteur d'équilibre logé dans l'oreille interne, qui comprend deux types d'organes. Les otolithes sont de petits cristaux posés sur une membrane, qui glissent quand la tête s'incline ou accélère en ligne droite, ce que le bercement d'avant en arrière sollicite directement. Les canaux semi-circulaires sont trois tubes remplis de liquide dans chaque oreille, qui détectent les rotations de la tête, comme celles d'un hochement.
Ces mouvements sollicitent aussi la proprioception du cou, c'est-à-dire les capteurs des muscles et des articulations cervicales qui indiquent en permanence la position de la tête par rapport au tronc.
La vraie leçon de cette histoire porte sur la façon dont le système nerveux choisit ses informations. Pour tenir debout, il combine trois sources : la vision, le système vestibulaire et la somesthésie, qui regroupe tout ce que le corps sent par la peau, les muscles et les articulations.
Il ne leur accorde pas la même confiance : c'est ce qu'on appelle la pondération sensorielle. Dans les travaux de Peterka (2002), sur un sol ferme, la somesthésie fournit environ 70 % de l'information d'équilibre, et dès que le sol se met à bouger, c'est le système vestibulaire qui prend la plus grosse part. Ce réglage varie d'une personne à l'autre et d'un moment à l'autre, si bien que la porte la plus utile chez une personne n'est pas forcément celle qu'on imagine (on a développé ce qui se passe quand un capteur ment).
J'avais parié sur le capteur que je voyais le mieux, et je ne l'aurais jamais su si je n'avais pas posé la question.
Depuis, lors de nos journées portes ouvertes, on a fait tester deux minutes de hochement de tête à 31 participants : leur distance entre les doigts et le sol, jambes tendues, a gagné en moyenne 2,8 centimètres. Il n'y avait pas de groupe témoin, donc c'est un indice et pas une preuve, mais il confirme ce qu'on observe sur le terrain : la bonne porte se mesure.
Vous connaissez peut-être ça, pour vous ou pour une personne que vous accompagnez : un exercice qui fait merveille chez l'un et ne donne rien chez l'autre. On insiste, puis on change d'exercice au hasard.
Par quelle porte le corps de la personne en face de vous accepte-t-il qu'on entre ?
Voici le protocole test, stimulation, retest qu'on utilise pour ne plus parier :
mesurer un geste de référence, trois fois, et garder le meilleur essai
stimuler une seule porte, pendant une à deux minutes
remesurer exactement de la même façon, puis comparer
Pour le geste de référence, prenez quelque chose de simple et de chiffrable. Par exemple le temps tenu pieds joints les yeux fermés, le temps tenu sur un pied, ou la distance entre les doigts et le sol, jambes tendues.
Pour la porte, n'en choisissez qu'une à la fois. Ce peut être la balle à picots sous un pied nu pendant une à deux minutes, sur un sol dur, deux minutes de hochement de tête, ou dix à vingt bercements lents à quatre pattes.
Si la mesure s'améliore nettement, cette porte comptait ; si rien ne bouge, testez-en une autre ; si la mesure se dégrade, c'est aussi une information utile. Deux limites à garder en tête : un gain obtenu dans la séance n'est pas encore une adaptation durable, retestez donc quelques jours plus tard. Et si vous empilez trois stimulations avant de retester, vous ne saurez jamais laquelle a agi.
Une variante permet de savoir sur quelle source une personne s'appuie. Chronométrez-la pieds joints sur sol dur les yeux ouverts, puis les yeux fermés, puis sur une mousse les yeux ouverts, puis sur la mousse les yeux fermés : c'est une version enrichie du test de Romberg, et on a expliqué ce que ces tests mesurent vraiment.
Si elle décroche dès qu'elle ferme les yeux, elle compte beaucoup sur la vision ; si elle décroche sur la mousse, elle compte beaucoup sur l'appui. La mousse sert ici à lire, pas à s'entraîner, et on a expliqué pourquoi tenir sur un pied ou sur une surface instable ne prépare pas au terrain.
Et si une zone de la plante du pied ne sent plus rien du tout, l'exercice cède la place à un avis médical. Pour aller plus loin sur le pied, on a détaillé ce que les pieds nus et les chaussures minimalistes changent au signal du sol.
Ce que j'en retiens, c'est qu'un bon exercice ne suffit pas : il lui faut la bonne entrée, et cette entrée se mesure.
Le corps choisit sa porte d'entrée. Notre travail, c'est de la mesurer avant d'insister.
Tester les portes une par une et lire le résultat, c'est ce que pose l'introduction à la RNP, offerte et à suivre à votre rythme.
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