Avant d'agir, le cerveau simule ce que le corps va sentir dans la seconde qui suit. C'est le modèle interne prédictif, et quand ce film est périmé, le corps lui obéit quand même.
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Vous l'avez probablement déjà observé. Un pianiste qui retient une seconde de plus avant un passage difficile, un athlète qui visualise son saut avant de s'élancer, quelqu'un qui suspend un geste parce que quelque chose lui dit que ça va faire mal, sans l'avoir essayé. Une personne âgée qui ne monte plus sur une chaise parce que son cerveau a déjà décidé qu'elle n'y arriverait pas.
À chaque fois, la même chose se produit : avant d'agir, le cerveau a tourné un film, et vous y croyez plus que vous ne le pensez.
Le modèle interne prédictif, ou forward model, est une simulation que le cerveau fait avant chaque mouvement pour prévoir comment le corps va sentir, voir et bouger dans l'instant qui suit. Il ne s'agit pas d'une prévision lointaine, mais d'un calcul très rapide qui anticipe l'état du corps quelques dizaines de millisecondes plus tard.
Une grande partie de ces simulations passe par le cervelet, à l'arrière du crâne, juste au-dessus de la nuque. Il ne représente qu'environ un dixième du volume du cerveau, mais il contient la grande majorité de ses neurones. Son rôle consiste moins à décider qu'à simuler, comparer et ajuster en continu.
Chaque fois que le cortex envoie une commande aux muscles, une copie de cette commande sert à fabriquer une prédiction de ce que les capteurs du corps vont remonter (la copie efférente). Quand la prédiction colle à ce qui remonte vraiment (la réafférence), on parle de fluidité, de technique, de geste habité. Si l'écart est minime mais régulier, le système réajuste sans qu'on s'en rende compte. S'il devient trop grand, on ressent du grain : raideur, hésitation, peur de tomber, sensation que ça ne sort pas (le décalage entre prédiction et retour).
Si la prédiction est fausse mais persistante, le corps obéit à une simulation dépassée. Quelqu'un qui a eu mal à une cheville pendant six mois garde parfois la simulation « cheville fragile » bien après la fin de la douleur : le cerveau bride le mouvement avant qu'il ne commence, parce que le film tourne encore. Un athlète qui revient de blessure ne récupère pas seulement des muscles, il doit réécrire son modèle interne, et une personne qui a chuté une fois marche souvent différemment des mois plus tard.
C'est pour ça qu'un travail sur les tissus gagne à être complété par une mise à jour du modèle interne : tant que le film prédit l'échec ou la douleur, le corps suit (la décision motrice).
Pour changer le geste, il faut parfois changer le film qui le précède.
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Une gêne qui revient trois semaines après une très bonne séance. Ce qui revient, c'est la décision motrice qui précède le geste : attracteurs, compensation, et trois tests pour savoir où vous en êtes.
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