Deux coureurs, même fréquence cardiaque à la seconde près, et pourtant deux intensités internes qui n'ont rien à voir. Voilà la limite des zones « toutes faites », calquées sur un bête pourcentage de FC max, et tout l'enjeu des zones d'entraînement physiologiques. Avec Sean Seale, qui fait du testing physiologique pour des athlètes d'endurance et de CrossFit, on déballe le vocabulaire des seuils, la vraie histoire du lactate, ce que mesure un test, et un levier souvent oublié : la respiration.
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Deux coureurs, même fréquence cardiaque à la seconde près, et pourtant deux intensités internes qui n'ont rien à voir. Voilà la limite des zones « toutes faites », calquées sur un bête pourcentage de FC max, et tout l'enjeu des zones d'entraînement physiologiques. Avec Sean Seale, qui fait du testing physiologique pour des athlètes d'endurance et de CrossFit, on déballe le vocabulaire des seuils, la vraie histoire du lactate, ce que mesure un test, et un levier souvent oublié : la respiration.
Le constat de départ de Sean est limpide. Trop de manières de quantifier un seuil physiologique, trop de modèles qui cohabitent. Tu peux mesurer le lactate. Tu peux mesurer la ventilation. Tu peux mesurer d'autres systèmes encore. Chaque outil éclaire un angle différent, et le coach en formation qui tombe sur tout ça, en ligne ou dans son cursus, finit par ne plus savoir ce qui correspond à quoi.
De là le besoin d'un vocabulaire commun. Premier seuil, deuxième seuil : voilà les deux repères qui structurent l'intensité. Une fois ces deux bornes posées, tu comprends pourquoi les modèles divergent. Certains raisonnent en trois zones, la logique du modèle polarisé (en dessous du premier seuil, entre les deux, au-dessus du deuxième). D'autres découpent en cinq ou six pour gagner en finesse. Aucun n'est « faux » dans l'absolu. Ce sont des grilles de lecture différentes posées sur une même réalité physiologique.
L'objectif de Sean, avec sa formation très théorique sur ces concepts, tient en un mot : synthèse. Regrouper toutes ces infos éparses pour que tu disposes d'un cadre stable, et que tu saches interpréter ce que tu lis au lieu de te noyer dedans.
Pour aborder les seuils sans se perdre, il faut redescendre aux fondamentaux : les filières énergétiques. À quoi elles servent, comment elles fonctionnent, comment elles interagissent. C'est le socle du vocabulaire commun, et Sean tient à le remettre au goût du jour.
Le point qu'il martèle : on raisonne « filière » en oubliant tout ce qu'il y a derrière. Quand tu dis « je vais entraîner telle filière », tu oublies qu'il y a un système respiratoire, un système cardiovasculaire, et une foule de paramètres qui se greffent là-dessus. L'oxygène, lui, est central des deux côtés de l'équation. Côté métabolique d'abord : son utilisation, la production et le recyclage de l'ATP, la monnaie énergétique du muscle. Côté apport ensuite : c'est le système respiratoire et le système cardiovasculaire qui décident de la quantité d'oxygène qui arrive jusqu'au muscle.
L'idée des filières énergétiques ne tient donc pas debout toute seule. Elle s'inscrit dans une chaîne complète, de l'air qui entre dans les poumons jusqu'à l'oxygène consommé au fond de la cellule. C'est cette vue d'ensemble qui permet ensuite d'interpréter correctement les seuils et les zones.
Le malentendu colle à la peau. On mélange « acide lactique » et « lactate », et on traîne cette idée d'un déchet, le truc qui te brûle les jambes et qu'il faut évacuer au plus vite. Sean remet les pendules à l'heure. Oui, le lactate est bien le produit de fin de la glycolyse, ça c'est acté. Mais le ranger au rayon « déchets », c'est rater l'essentiel.
Le lactate est un substrat énergétique que le corps réutilise. Dans la fibre musculaire qui l'a produit, dans les fibres voisines, ou transporté par la circulation pour être oxydé ailleurs. Il peut servir de carburant au cœur, au cerveau, au foie. Les voies de réutilisation sont nombreuses. Et au-delà du carburant, c'est une molécule de signalisation : elle pèse notamment sur l'oxydation des graisses et sur la disponibilité des acides gras pour cette oxydation. La recherche récente a beaucoup avancé là-dessus, et on ne le cantonne plus à la seule filière anaérobie lactique.
Sean cite un papier récent de Brooks, le « Lactate Phoenix », ce phénix qui renaît de ses cendres. Belle image pour une molécule longtemps mise au placard ou décrite en mal, et qui se révèle jouer un rôle central dans l'organisme. Tout l'enjeu, maintenant, c'est de savoir la contextualiser et de comprendre à quoi elle sert vraiment dans la chaîne énergétique.
On arrive au cœur pratique. Quand Sean fait passer un profilage physiologique, son but est net : établir une distribution d'intensité précise et individuelle. Concrètement, te donner les bonnes zones d'entraînement par rapport à ta physiologie du moment, pour que tu t'entraînes à la bonne intensité, que tu déclenches les bonnes réponses physiologiques, et donc les adaptations que tu vises.
La méthode courante pose tes zones à partir d'un pourcentage de ta fréquence cardiaque max. Le souci : à un même pourcentage de FC max, la réalité physiologique varie énormément d'une personne à l'autre. Deux personnes au « même » pourcentage ne sont pas forcément à la même intensité interne. La solution de Sean : mesurer directement tes facteurs physiologiques pendant un test d'effort progressif. C'est sur cette base mesurée, jamais sur une formule générique, qu'on construit tes zones.
Le test dresse un bilan de tous les systèmes qui comptent pour la performance, surtout côté conditionnement. Sean liste plusieurs étages :
- Spirométrie au repos : la capacité respiratoire, autrement dit la place que tu as dans les poumons pour respirer. - Données ventilatoires à l'effort : comment tu utilises ensuite cet espace pendant que tu bosses, et s'il y a moyen d'optimiser ça. - Paramètres cardiovasculaires : fréquence cardiaque, récupération, manière dont le cœur encaisse les temps de repos. - Oxymétrie musculaire avec un capteur type Moxy (NIRS) : un aperçu au niveau capillaire de l'équilibre entre l'apport et l'utilisation de l'oxygène, directement dans le muscle. - Le contexte de l'athlète, que Sean juge bien trop peu mis en avant : son historique d'entraînement sur les deux ou trois derniers mois, ce qu'il a fait, ce qu'il n'a pas fait, ce qu'il aime et déteste faire. Très souvent, la réponse au « de quoi il a besoin » est planquée dans cet historique, parce qu'un athlète en autonomie a tendance à faire ce qu'il aime ou ce dans quoi il est bon, et à laisser le reste de côté.
Avec les données récoltées (premier seuil, puissance critique, deuxième seuil, VO2max), Sean dresse un profil et repère lequel de ces facteurs réclame le plus de travail à l'instant T. Tout l'intérêt est là : déterminer le maillon faible et les axes de travail en fonction de ton objectif. Quelqu'un qui prépare un 2000 m n'a pas besoin du même profil athlétique que quelqu'un qui vise un ultra à vélo. Le bilan complet sert donc deux choses : régler les intensités d'entraînement de façon individuelle, et orienter le travail vers tes besoins réels.
La question tombe d'elle-même : une fois le maillon faible identifié, en combien de temps ça bouge ? La réponse de Sean tient en une règle simple. Plus tu t'entraînes déjà à haut niveau, plus le changement est lent.
Chez un athlète confirmé, l'adaptation peut prendre 4, 6, voire 12 mois avant de se manifester pour de bon. Logique : il est déjà si proche de son potentiel que la charge d'entraînement nécessaire pour gratter un peu d'adaptation devient énorme. Chez un profil plus novice, ça arrive plus vite. Une VO2max peut grimper en quelques semaines, une puissance critique aussi, selon le travail mené.
Tout n'évolue pas à la même vitesse, attention. Le premier seuil, lui, prend plus de temps, parce qu'il repose sur des adaptations métaboliques et structurelles : la densité capillaire, la densité et la fonction mitochondriales. Des choses lentes à construire. Sean évoque enfin une piste émergente pour quantifier la fonction mitochondriale sans passer par le test d'effort classique : le test d'ischémie réactive. Le principe (à ne surtout pas reproduire chez soi sans savoir ce qu'on fait) : on pose un garrot avec un capteur Moxy sur le muscle, le quadriceps par exemple. En coupant le flux sanguin, tu supprimes l'apport d'oxygène, il ne reste que la consommation, et la courbe descend progressivement. Au relâchement du garrot, l'oxygénation remonte d'un coup, parce que l'apport revient et que les vaisseaux se sont dilatés (un réflexe du corps quand il manque d'oxygène, il ouvre les tuyaux). Ce genre de mesure ouvre la voie à une quantification de la fonction mitochondriale. C'est encore très tôt, pas mûr du tout, mais Sean y voit de belles perspectives, surtout en complément d'un test d'effort actif, parce qu'il reste essentiel d'observer la personne dans la situation réelle de sa compétition.
Dernier terrain, souvent négligé : l'entraînement de la respiration et de la musculature respiratoire. Sean a testé pas mal de protocoles avec ses athlètes, et ce qu'il observe sur le terrain est très concret.
D'abord une nette amélioration du ressenti respiratoire. Or perception d'effort et respiration sont intimement liées : si tu galères à respirer, ton effort te paraît plus dur. Gagner en contrôle et en conscience de comment et où tu respires (l'air, tu peux le loger à plein d'endroits différents) change déjà la donne. Côté mécanique, Sean reste nuancé : aucune respiration n'est « fausse » dans l'absolu, ça dépend du contexte de la personne sur le moment, mais certaines façons de respirer sont plus efficaces et plus propices à la performance. Le gain le plus net, c'est l'économie, surtout en course à pied : courir demande de stabiliser la colonne pendant l'effort, et un diaphragme plus endurant et plus fort soutient mieux ce mouvement.
L'exemple parle tout seul. Des athlètes de CrossFit avaient un mal fou à tenir, en course, une fréquence cardiaque équivalente à leur zone visée. Ils étaient presque obligés de marcher, ou de partir en rando avec un sac en montagne, pour rester dans la bonne zone. Après quelques semaines d'entraînement respiratoire, leur fréquence cardiaque à vitesse donnée avait chuté de 5 à 10 battements par minute. Considérable, pour un travail ni très chronophage ni très exigeant côté effort. Un bémol quand même : la première fois, beaucoup ressentent une grosse fatigue après une séance respiratoire, parce qu'on n'a pas l'habitude d'isoler le diaphragme et les muscles respiratoires (intercostaux internes, externes). Autre bénéfice observé : la capacité à maintenir des volumes respiratoires plus conséquents pendant un effort soutenu, à des fréquences respiratoires élevées. Ça s'entraîne de façon isolée, puis ça se transfère sur l'effort dynamique.
Sean cadre les choses honnêtement. Côté recherche, les effets sur la performance se chiffrent en quelques pourcents. Pas énorme, mais pour certains athlètes, quelques pourcents, c'est beaucoup. Et tout le monde ne répond pas pareil, comme avec n'importe quelle modalité d'entraînement. Pas de pilule magique ici, plutôt une modalité complémentaire utile, par exemple pour entretenir une certaine endurance et intensité du système respiratoire pendant les phases où tu fais moins d'intensité ou quand tu es blessé. Lui-même l'utilise surtout à l'échauffement. Avant une séance de sprints répétés où il va taper des fréquences de 40 à 50 respirations par minute, il s'échauffe d'abord sur le vélo au niveau musculaire et cardiaque, puis prend trois minutes avec le sac pour quelques respirations centrées d'abord sur le volume, ensuite sur la fréquence et le volume. De quoi être « chaud » sur le plan respiratoire et prêt à fournir l'effort sans se cramer sur le vélo. Il pointe aussi des usages intéressants en récupération. Bref, beaucoup de pistes à explorer, encore trop peu d'infos pour des conclusions solides, mais du concret pour qui est motivé à faire le boulot.
Pas seulement avec un pourcentage de fréquence cardiaque max. Sean recommande de mesurer tes facteurs physiologiques pendant un test d'effort progressif, puis d'en tirer un profilage individuel. C'est cette mesure directe qui te donne des zones réellement adaptées à ta physiologie du moment.
C'est la logique qui consiste à fixer tes zones à partir d'un pourcentage de ta FC max. Sean en explique surtout la limite : à un même pourcentage de FC max, la réalité physiologique varie fortement d'une personne à l'autre, donc la FC seule ne suffit pas à garantir que tu travailles à la bonne intensité.
Ce sont des mesures complémentaires d'un même profil. Dans un profilage, Sean croise plusieurs données (fréquence cardiaque, puissance critique, premier et deuxième seuils, VO2max) pour situer l'athlète. Aucun paramètre pris isolément ne raconte toute l'histoire, c'est leur recoupement qui dessine le profil.
Il n'y a pas de zone universelle. La bonne intensité, c'est celle, individualisée, qui déclenche les adaptations que tu cherches, identifiée à partir de ton profil et de ton maillon faible. C'est tout l'objet du profilage : t'entraîner à l'intensité juste pour toi, à ce moment-là, plutôt qu'à une zone générique.
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