Un athlète attrape un farmer carry, 50 kg dans chaque main. Il avance, il serre, il tient. Aucun souci. Mets-lui une barre dans les mains pour un soulevé de terre, et là, sa pince lâche. Le réflexe du milieu tombe aussitôt : on sort les straps. Comme on enfile une genouillère à la première gêne au genou. Lucas Bourguinon raconte avoir vu des straps posés sur une barre chargée à 5 kg. Ça résume notre rapport au confort. Et ça soulève une vraie question : si ton maillon le plus faible n'était ni un avant-bras paresseux ni un souci physiologique, mais une information mal câblée entre ton cerveau, ton tronc et ta main ? C'est le terrain que Lucas, ancien préparateur physique passé par la neuro, la posture et les réflexes archaïques, explore avec Sébastien Billard, coach CrossFit à temps plein, dans leurs séminaires.
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Un athlète attrape un farmer carry, 50 kg dans chaque main. Il avance, il serre, il tient. Aucun souci. Mets-lui une barre dans les mains pour un soulevé de terre, et là, sa pince lâche. Le réflexe du milieu tombe aussitôt : on sort les straps. Comme on enfile une genouillère à la première gêne au genou. Lucas Bourguinon raconte avoir vu des straps posés sur une barre chargée à 5 kg. Ça résume notre rapport au confort. Et ça soulève une vraie question : si ton maillon le plus faible n'était ni un avant-bras paresseux ni un souci physiologique, mais une information mal câblée entre ton cerveau, ton tronc et ta main ? C'est le terrain que Lucas, ancien préparateur physique passé par la neuro, la posture et les réflexes archaïques, explore avec Sébastien Billard, coach CrossFit à temps plein, dans leurs séminaires.
La thèse de Lucas tient en une phrase : l'outil compense un signal au lieu de le corriger. Tu as mal au genou, tu mets une genouillère. Sauf qu'avant ça, il y a peut-être une raison. Et c'est peut-être bon signe d'avoir mal, parce que le corps te renvoie une info. Le grip suit la même logique. Si tu n'arrives pas à tenir ta barre à 50 kg, ton maillon le plus faible est là. Mais ce maillon n'est pas toujours faible musculairement. Parfois, le vrai problème, c'est l'information que tu envoies.
Lucas pousse le constat plus loin avec une formule qu'il lâche en se reprenant : « une société d'assistés ». Les gens prennent des outils alors qu'ils n'ont aucune difficulté de départ, par simplicité, parce qu'ils ont du mal à se faire un peu mal au sens d'un vrai effort. Son refrain revient : il faut plus qu'on ait trop mal, trop chaud, trop froid. On ne sait plus aller chercher le renfort réel.
Le geste à adopter est simple. Quand tu sens la barre glisser, avant de plonger sur les straps, fais déjà la rep dur. Ne cherche pas la facilité d'un outil quand tu as parfois quasiment rien sur la barre.
Tout part d'un problème concret de transmission. En formation, tu passes trois ou quatre jours à parler théorie, beaucoup de théorie, et au final très peu de gens pratiquent. Lucas cite un chiffre qui l'a marqué : environ 10 % des participants mettent vraiment les choses en place. Pour quelqu'un qui a payé cher de bons outils, ne jamais s'en servir, c'est un peu fou.
D'où l'association avec Sébastien Billard, coach CrossFit qui tient sa box et accompagne autour de 200 athlètes par semaine. Lui apporte le terrain. Ensemble, ils ont posé des tests simples sur les pratiquants, cherché les points communs entre ceux qui n'arrivaient pas à exécuter tel ou tel mouvement, et relié ces blocages à la neuro, à la posture et aux réflexes archaïques. L'objectif d'un séminaire de deux jours est clair : à la fin, tu n'as pas tout compris, mais tu sais voir où il y a un problème, le régler, et proposer une solution directe à ton athlète ou à toi-même.
Côté sport santé, ce sont les tensions musculaires et la mobilité limitée qui dominent. S'y ajoutent certains mouvements d'haltérophilie où la tête bascule en arrière, ce qui renvoie aux réflexes du cou. La galère que Lucas voit revenir : les gens qui ont du mal à se mettre la tête à l'envers sur les handstand push-up, ces pompes en équilibre sur les mains.
L'autre grand classique : l'athlète très fort d'un bras et nettement plus faible de l'autre. Lucas observe des corrélations entre ce côté faible, le grip du même côté, et la sensibilité tactile de la main correspondante. Il y a aussi le cas du soulevé de terre qui ne fatigue rien d'autre que le grip, signe que la charge n'est pas le vrai problème.
Voilà le cœur technique. Un grip qui cède peut venir d'une absence de connexion au tronc, pas d'avant-bras trop faibles. Reprends l'image du farmer carry : 50 kg dans chaque main qui passent sans souci, puis une barre où ça lâche, parce qu'il n'y a aucune connexion entre le bras et le centre.
La consigne de Lucas est limpide : avant de mettre 50 kg au bout du bras de quelqu'un, assure-toi qu'il est capable de sentir son bras relié à son centre. Il parle d'un grip qui passe par les abdos, d'un vrai travail du noyau. Tant que cette connexion manque, charger ne fait qu'empiler du poids sur un câblage absent.
Constat du dernier séminaire : ils s'attendaient à voir surtout des résultats sur les réflexes liés au travail unilatéral et à l'asymétrie. Ils en ont eu davantage, et plus francs, sur les réflexes de préhension et sur la radiation du nombril.
C'est celui que Lucas dégaine d'entrée. Le test est rapide. Tu demandes à la personne de rapprocher son nombril de son épaule droite. Si la connexion manque, ça tangue de tous les côtés alors que rien n'a vraiment bougé. Les gens te disent que tout va bien, qu'ils ont juste un petit souci de grip à droite, et au test, le centre part dans tous les sens.
Pourquoi le placer avant tout le reste ? Parce que c'est le lien entre le centre et le reste du corps, donc la base des réflexes de protection. Lucas le formule ainsi : on se sentira toujours plus en danger quand on n'est pas connecté à ce qui sert à se protéger, les mains, et à fuir, les pieds. La radiation du nombril relie cet ensemble sensoriel à la protection.
Il avance aussi une hypothèse, qu'il présente honnêtement comme une théorie sans preuve. Comme nos mains et nos pieds ne touchent plus que des surfaces lisses, il pense qu'on perd des connexions sensorielles. Ce qu'il constate sur le terrain : quand la radiation du nombril est mauvaise sur la chaîne du bras droit, il y a souvent aussi un souci tactile et un souci de grip à droite. Et un effet cascade : une radiation du nombril mauvaise d'un côté annonce de grandes chances que tous les réflexes asymétriques soient perturbés. S'il ne devait en garder qu'un, ce serait celui-là.
Ce qui frappe Lucas, ce sont les résultats en direct. Sur les réflexes où il y avait de gros problèmes, 100 % des gens ont senti la différence, pas 90, 100. Le ressenti de la personne testée et le constat visuel d'un tiers allaient dans le même sens.
Les retours du premier séminaire vont plus loin. Une participante qui ne pouvait plus courir depuis deux ans, parce qu'elle avait mal de partout, a pu retourner courir sans appréhension et sans douleur après le travail sur les réflexes. Beaucoup ont écrit la semaine suivante : un record personnel au soulevé de terre, et sans les sangles.
Lucas relie tout ça à un principe qu'il appelle l'écologie de la vie humaine. Les pratiquants sont prêts à fournir énormément d'efforts et à encaisser beaucoup de contraintes. En intégrant ou en remodelant un réflexe, tu augmentes leurs capacités et tu réduis l'effort perçu. Plus de capacité, moins d'effort ressenti : un cercle vertueux.
La trame est volontairement simple : quelques réflexes à tester, repérer, corriger, et proposer une solution directe. À la fin du premier jour de séminaire, tu repars avec quatre réflexes à tester plus des éléments de neuro ; au jour deux, trois réflexes de plus, plus le travail de rampe et de quatre pattes. L'idée est de sortir avec un outil pratique, pas avec la question qui paralyse : « comment je mets ça en place ? »
Le risque est quasi nul, et c'est l'argument central de Lucas. Sur un geste comme la radiation du nombril, tu demandes le consentement avant tout contact ; si la personne ne veut pas, elle le fait elle-même. À partir de là, au pire ça ne change rien, au mieux il y a une amélioration. Le vrai frein n'est pas technique, c'est la peur de passer pour un con, qui pousse beaucoup de coachs à ne rien faire. Lucas reçoit des messages de gens qui n'osent pas, et derrière le « c'est trop tôt » se cache souvent un « je n'ai pas eu le courage ». Son conseil : foncer, tester, agir tout de suite.
Pour ceux qui veulent aller plus loin, le suivi est cadré : un programme d'exercices sur un an, avec une difficulté croissante, et le séminaire filmé de A à Z, accessible uniquement aux participants pour qu'ils puissent y revenir.
> À noter : le prochain séminaire a lieu les 18 et 19 juin à Lyon, dans une salle dédiée.
Aux coachs comme aux athlètes. Le public des séminaires est majoritairement composé de coachs CrossFit, avec quelques haltérophiles. L'approche reste pertinente même pour ceux qui n'ont pas mal et qui cherchent d'abord la performance, ce sont d'ailleurs souvent les retours les plus parlants.
Parce qu'un réflexe bien intégré augmente la capacité et réduit l'effort perçu, ce que Lucas résume par son idée d'écologie de la vie humaine. S'y ajoute une meilleure protection, puisque les réflexes concernés relient le centre aux mains et aux pieds, et le déblocage du grip et de la mobilité.
Les retours de l'épisode sont parlants : une pratiquante qui retourne courir sans appréhension ni douleur après deux ans d'arrêt, des records personnels au soulevé de terre obtenus sans sangles la semaine suivante, des gains de mobilité, et des résultats ressentis dès la séance, à la fois en sensations et au visuel constaté par un tiers.
Avant de conclure à un déficit de force, teste la connexion au tronc. La radiation du nombril (rapprocher le nombril de l'épaule du côté concerné, et voir si le centre tangue) et le réflexe de préhension donnent une lecture rapide. Si la connexion manque, c'est elle qu'il faut travailler, car charger plus ne fera qu'ajouter du poids sur un lien absent.
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