Le CrossFit est né fonctionnel, mais dans la plupart des box, le mouvement s'efface derrière les kilos à la barre. Quand un auditeur, Guillaume, demande quels réflexes archaïques implémenter dans le CrossFit, la réponse tient en une idée : ce qui crée le moteur, c'est le sensoriel. Avant de chercher plus lourd, tu réveilles la base neuro-développementale du mouvement, surtout quand l'épaule ou le dos coince.
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Le CrossFit est né fonctionnel, mais dans la plupart des box, le mouvement s'efface derrière les kilos à la barre. Quand un auditeur, Guillaume, demande quels réflexes archaïques implémenter dans le CrossFit, la réponse tient en une idée : ce qui crée le moteur, c'est le sensoriel. Avant de chercher plus lourd, tu réveilles la base neuro-développementale du mouvement, surtout quand l'épaule ou le dos coince.
Sur le papier, le CrossFit a été pensé pour de l'entraînement fonctionnel. En pratique, ce qu'on observe ressemble bien plus à de la performance physique qu'à de la performance motrice. On cherche du haut niveau de charge, on empile les kilos, et le mouvement passe au second plan derrière le chiffre.
Première limite : tout se joue sur le plan sagittal. On avance, on descend, on remonte. Mais on n'explore jamais ce qui se passe dans les autres plans. Le corps reste enfermé dans une seule direction de travail.
Deuxième limite, sans doute la plus problématique au regard du développement humain : tu fais énormément de choses en bipodal, sur les deux jambes. Or la vie de tous les jours te demande sans arrêt de gérer ton corps sur un seul appui. Si tu veux mériter le mot « fonctionnel », travailler sur un pied a beaucoup plus à voir avec la locomotion réelle, avec ce que tu fais vraiment au quotidien. Là, on parle de mouvement et de performance motrice. Et là, forcément, tu retombes sur les réflexes et sur le système sensoriel.
Le point de départ neuro est simple : ce qui crée le moteur, c'est le système sensoriel. C'est lui qui alimente l'acte moteur. Tu veux un geste propre, puissant, stable ? Alors tu dois d'abord nourrir l'information qui entre, par les pieds, les mains, l'oreille interne, avant d'attendre quoi que ce soit en sortie.
Pour le visualiser, prends la pyramide des apprentissages de Williams et Shellenberger. Le CrossFit, comme acte moteur, se situe tout en haut. En dessous, une succession d'étapes, et ces étapes sont liées aux réflexes archaïques. Sauter ces fondations pour aller directement chercher le sommet, c'est construire sur du sable.
On parle de 72 réflexes à intégrer dans le cheminement. Leur finalité, en tant qu'être humain, c'est l'opposition bras-jambes à la marche. Quand tu marches, ton bras droit avance avec ta jambe gauche, et inversement. On n'est pas des kangourous : on ne se déplace pas les deux pieds collés, coincés dans le plan sagittal. Cette opposition croisée, c'est précisément ce qui manque dans beaucoup de programmations CrossFit.
Quand des crossfitteurs viennent consulter, deux plaintes reviennent en boucle : les épaules et le dos. Ce sont tes deux portes d'entrée concrètes pour ramener le travail des réflexes dans la pratique.
Pour les épaules, le réflexe à tester en premier, c'est le grasping, et plus largement tout ce qui touche à la main. Garde l'image en tête : l'épaule travaille au service de la main. Sa fonction première, c'est d'aller placer la main là où le cerveau en a besoin.
Conséquence directe : une dysfonction au niveau de la main ne reste pas locale. Tout ce qui se passe sur l'axe entre le cerveau et la main se répercute en amont. Une main qui ne fait pas son travail correctement, et c'est l'épaule, voire le coude, qui paye la facture. Tester le grasping et les réflexes de la main, c'est donc souvent aller chercher la cause d'une douleur d'épaule là où personne ne regarde jamais.
Pour le dos, tu vas chercher le réflexe de Galant. Tu peux aussi explorer le réflexe de Pérez, et selon les cas un Babinski. Ce sont les réflexes à tester chez tout le monde quand la plainte vient de la colonne. La logique reste la même : remonter à l'étape de développement qui n'a pas été complètement intégrée, au lieu de masser le symptôme.
Au départ, on a des mouvements primaires. Avec le temps, on développe des patterns de mouvement. Le problème du CrossFit, c'est qu'on veut un entraînement fonctionnel sans jamais réintégrer ces patterns primaires. On charge lourd, on ajoute un effort intense, et on continue de surdévelopper quelques patterns au lieu de reconstruire ceux qu'on aurait dû acquérir et stabiliser en chemin. Mettre de l'intensité et des kilos par-dessus un schéma incomplet, c'est la recette des déséquilibres.
Le même raisonnement vaut pour les chaînes musculaires. Ton corps est composé de plusieurs chaînes, et tu as intérêt à toutes les solliciter. Si tu deviens super fort en chaîne postérieure pendant que la chaîne spirale et la chaîne latérale restent muettes, le déséquilibre est mécaniquement programmé. Et à un moment, ce déséquilibre crée la blessure. Clairement.
C'est pour ça que la vraie question n'est pas « quel réflexe précis pour le CrossFit » mais « qu'est-ce que veut dire fonctionnel, réellement ». Fonctionnel, c'est pouvoir bouger, pouvoir faire les choses de tous les jours. Notre corps n'a pas évolué sur 50 ou 200 ans, mais sur des milliers d'années. Respecte ce socle avant d'empiler la performance par-dessus.
La réponse honnête : non, tu ne peux pas vraiment « choisir » trois réflexes pour le CrossFit et oublier les autres. Dans le cheminement neuro-développemental, il faut tous les réintégrer. On est presque toujours en train de se développer, et on est rarement à 100 %. Il reste donc toujours des étapes à reprendre. Et c'est ça, quelque part, l'objectif d'un entraînement réellement fonctionnel : reprendre le développement là où il est resté incomplet.
Garde aussi en tête le principe « use it or lose it ». Si tu arrêtes d'utiliser une fonction, même maîtrisée à un moment, le cerveau cherche l'économie et ton corps finit par la laisser tomber, parce qu'il la juge inutile. D'où l'intérêt de réentretenir ces bases en continu.
Le principe directeur qui découle de tout ça : tu entraînes d'abord l'humain, le crossfitteur ensuite. Dans une box, il est rare d'avoir plus de 5 % de membres qui visent les Games. Monsieur et madame tout le monde, qui viennent se dépenser et atteindre leurs objectifs perso, représentent l'immense majorité, près de 99 % de la clientèle. Pour un public compétitif, tu individualises au maximum. Pour tous les autres, tu construis l'être humain avant le sportif. Le jour où une vraie prédominance compétitive apparaît, on adapte.
Bonne nouvelle : ça s'intègre facilement. Une minute par exercice de réflexes archaïques suffit souvent, parfois un peu moins, parfois un peu plus selon le moment. Tu as trois fenêtres : l'échauffement, les fillers, le retour au calme.
Démarre l'échauffement par la stimulation sensorielle. Une balle à picots, par exemple, pour réveiller le sensoriel avant tout le reste. Sur un squat, tu peux solliciter le grasping au niveau des mains, et au pied le plantaire ou l'allongement croisé. C'est juste l'éveil sensoriel d'entrée.
Ensuite, choisis quelques exercices spécifiques qui serviront de fil conducteur à la séance, en cohérence avec ce que tu vas travailler après. Quatre pistes concrètes.
Le bercement dorsal actif. Tu es sur le dos, tu te berces par les pieds ou par les genoux, pendant une minute. Ça réintègre énormément de réflexes archaïques et ça reconnecte beaucoup de choses, parce que ça stimule le vestibulaire, le proprioceptif et le niveau plantaire d'un seul coup. Si tu composes bien avec les mains, tu vas aussi chercher l'intégration de la main. Très utile quand la séance part beaucoup en flexion de jambes.
Le travail du pied avec une serviette ou un petit sac de graines de riz. Tu poses la serviette ou le sac au sol et tu viens gripper avec le pied, avec les orteils. Tu travailles la grippe plantaire, mais aussi la musculature du pied et son aspect proprioceptif. Personne n'entraîne le pied, et c'est une hérésie : le pied est à la base de quasiment toutes les chaînes musculaires. Pas besoin d'y passer 20 minutes. Une minute par pied avec le sac de riz, ou des séquences d'environ 2 min 30 avec une grande serviette, et au bout d'un moment ça chauffe vraiment fort sur les orteils.
La quadrupédie type « tigre ». Tu connais déjà le dos rond / dos creux. Ici, c'est presque pareil, sauf que tu ajoutes le côté : tu cherches à regarder tes fesses à chaque fois. Tu travailles le réflexe de Galant et le réflexe tonique asymétrique du cou. Pratique, parce que le réflexe de Galant est souvent en cause quand tu mets des chiffres lourds à la barre. En prime, tu intègres la chaîne.
Le retournement segmentaire. Tu es sur le dos et tu cherches à te retourner à la force des bras, à la force des jambes, ou des deux. L'intérêt : aller rouvrir le plan transversal, complètement oublié dans un entraînement comme le CrossFit qui reste collé au plan sagittal.
Le cadrage temps est simple. Tu choisis entre 3 et 5 exercices, à faire tout de suite en début d'échauffement. C'est dans l'échauffement, pas en plus. Un bon échauffement dure 15 à 20 minutes, et tu consacres 4 à 5 de ces minutes au travail des réflexes.
Tu as forcément des temps de repos entre tes séries, que tu sois sur du technique, de la force ou de l'explosivité. Profite de ces fenêtres pour réintégrer quelques-uns de ces exercices, dans la lignée de ceux de l'échauffement. Du temps mort transformé en travail utile.
En fin de séance, pour aider les gens à récupérer, reprends du bercement dorsal, comme à l'échauffement. Ici, l'objectif est de relâcher le tonus musculaire après l'effort.
Le déclic, en découvrant ces exercices : on s'était embêtés pendant longtemps à faire ce qu'on appelait de l'entraînement fonctionnel avec 40 minutes d'échauffement, de la mobilité et de l'auto-massage en pagaille. En passant au neuro, on a obtenu les mêmes résultats. En une minute, tu obtiens des résultats équivalents voire supérieurs à 5 ou 10 minutes d'auto-massage.
Le mécanisme derrière : comme le tonus moteur se met en adéquation avec le sensoriel, le simple fait de placer ces exercices à l'échauffement fait que ton tonus moteur sera bien mieux activé pour la suite de la séance. Tu prépares mieux, en moins de temps.
L'avantage décisif, c'est la durabilité. Un auto-massage, on le sait, ça ne tient pas dans le temps. La neuroplasticité, elle, fait que les réflexes que tu réintègres s'ancrent et restent. Et le principe vaut bien au-delà du CrossFit : entraîner l'humain avant le sportif de haut niveau devrait être la règle dans toutes les disciplines. Plus tu retravailles cette base, meilleure elle devient, et plus tout le reste se décuple.
Tous. Dans le cheminement neuro-développemental, il faut les réintégrer dans leur ensemble plutôt que d'en isoler trois. En pratique, et selon les douleurs les plus fréquentes, tu commences par le grasping et les réflexes de la main pour l'épaule, et par le Galant (avec Pérez, voire Babinski) pour le dos.
Oui. L'épaule travaille au service de la main : elle est là pour placer la main. Une dysfonction de la main se répercute sur tout l'axe cerveau-main, donc sur l'épaule et parfois le coude. Tester le grasping, c'est souvent remonter à la cause d'une épaule douloureuse.
Oui. On est rarement à 100 % et on est toujours, d'une certaine manière, en train de se développer. Il reste donc des étapes à reprendre, et la neuroplasticité permet de les réintégrer et de les ancrer dans le temps.
À trois moments : à l'échauffement (en démarrant par la stimulation sensorielle, puis quelques exercices fils conducteurs), en fillers pendant les temps de repos entre les séries, et au retour au calme pour relâcher le tonus.
Compte 4 à 5 minutes à l'intérieur d'un échauffement de 15 à 20 minutes, pas en supplément. Tu choisis entre 3 et 5 exercices, avec en gros une minute par exercice.
Une minute de travail neuro donne des résultats équivalents voire supérieurs à 5 ou 10 minutes d'auto-massage. Et là où l'effet d'un auto-massage s'efface, la neuroplasticité ancre durablement les réflexes réintégrés. Meilleure base, et tout le reste se décuple.
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