Rester enfermé dans une seule discipline appauvrit le corps sans qu'on le remarque. La movement culture, le concept popularisé par Ido Portal et défendu ici par le kinésithérapeute Vincent Geraud, propose l'inverse : devenir un généraliste capable de bouger partout, et de durer.
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Rester enfermé dans une seule discipline appauvrit le corps sans qu'on le remarque. La movement culture, le concept popularisé par Ido Portal et défendu ici par le kinésithérapeute Vincent Geraud, propose l'inverse : devenir un généraliste capable de bouger partout, et de durer.
Tiens-toi sur une seule jambe, le temps de te brosser les dents. Beaucoup n'y arrivent pas. Le pire, c'est qu'ils ne s'en étaient jamais doutés. Quand Vincent Geraud propose ce test, la personne perd l'équilibre d'un coup et réalise que ça fait des années qu'elle n'avait pas essayé. Un geste idiot, et pourtant il dit quelque chose de large : à rester enfermé dans une seule discipline, ou dans la sédentarité, on perd une grosse part de sa physicalité.
C'est ce constat qui a fait basculer Vincent en 2013. Kinésithérapeute, passionné de préparation physique depuis ses études (où il voyait déjà la santé et la prépa physique comme un seul continuum), il tombe cette année-là sur le concept du mouvement tel que l'amène Ido Portal. Déclic immédiat. Le mouvement répond à une question simple : comment garder un corps capable de tout, longtemps.
Vincent découvre Ido Portal par recommandation, sur YouTube, à une époque où ces infos ne se trouvaient pas en deux clics. Il rentrait alors de Taïwan, deux mois passés auprès d'un maître d'arts martiaux exceptionnel, avec dans les bagages plus de questions que de réponses. Les premières vidéos de Portal, c'est comme voir arriver les réponses qu'il cherchait depuis longtemps.
Ce qui l'accroche, c'est la démarche. L'idée de départ : si tu veux bien bouger au-delà d'une discipline précise, tu identifies certaines qualités transversales, tu les travailles isolément, puis tu les réintègres dans une pratique globale. Rationnel, structuré. Plus Vincent creusait, plus le concept l'embarquait.
Au cœur de sa pratique, une idée : être un généraliste, un vrai. Son exemple suffit à comprendre. Tu peux faire vingt ans de taekwondo, exceller en taekwondo, et te retrouver très moyen le jour où on te met au karaté. Ça reste un art martial, un sport de combat. Quelque chose t'a manqué en route.
Sa réponse : se tester partout. Te coller à une barre très lourde pour un squat ou un soulevé de terre, puis deux minutes plus tard chercher le grand écart comme un danseur, enchaîner sur un flow de capoeira, finir par un travail de respiration en isolation comme un apnéiste. Pousser au maximum cette intelligence physique et cette adaptabilité. Le bon côté, c'est qu'il y a des points de convergence partout. La respiration, par exemple, traverse toutes les disciplines : débloque quelque chose côté respiratoire, et le bénéfice se transfère sur une foule de domaines.
Vincent le résume par une image. Tu peux avoir dix ans de planche derrière toi, être très bon en planche. Mais si on te pose un sac bulgare entre les mains et que tu n'arrives à rien, ta pratique t'a enfermé. Deviens bon sur des dizaines de scénarios différents qui sollicitent ton gainage, et là, elle t'a libéré. Pour lui, les meilleurs athlètes sont d'ailleurs ceux qui coordonnent le mieux.
Un de ses mentors, dont Portal parlait beaucoup à l'époque, c'est Charles Poliquin. Vincent en retient la théorie du maillon faible : chacun, dans différents domaines, traîne un point faible qui le retient loin d'une santé ou d'une performance optimale. Tout le jeu tient là. Tu poses ton bilan, ton diagnostic, tu repères ce maillon faible, tu le travailles, tu passes au suivant. Un bon professionnel, quel que soit son champ, ne fait rien d'autre.
Concrètement, Vincent défend un mix. D'un côté la PPG, la préparation physique générale : un peu de toutes les qualités (force athlétique inspirée de l'haltérophilie et du culturisme, mobilité travaillée en passif comme en actif). De l'autre, et c'est la grosse dose, ce qu'il appelle la CFG, la coordination physique générale. Le principe : ne pas rester juste bon sur une capacité très spécifique, genre enchaîner des tractions, mais aller tester cette force en coordination réelle, sur un mur d'escalade, sur un bloc. Là, tu es dans l'application et la fonctionnalité.
Beaucoup veulent garder leur sport et faire plein de choses à côté, sans pour autant rajouter trois heures de pratique par semaine. Bonne nouvelle : c'est possible.
Vincent cite une étude qui l'a marqué. On a mis des lanceurs de disque à la danse classique, à enchaîner pirouettes et tours. Résultat, leur lancer s'est amélioré. Pas en répétant leur geste, mais en apprenant une nouvelle façon de tourner. On est en plein dans l'apprentissage différentiel. Sa manière de convaincre passe par le résultat : amène d'abord une pincée de différent. Quelqu'un focalisé sur la force ? Ajoute de la force plus organique, du gainage avancé. Le plaisir et le transfert font le reste.
Côté pratique, ça donne des choses simples. Des entraînements croisés. Au lieu de boucler ta séance sur les mêmes plans de mouvement en poussé-tiré, glisse un mouvement complètement différent. Habitué à finir tes circuits par du gainage classique ? Va plutôt soulever un sac bulgare. Prends aussi le temps de mieux respirer en fin de séance, ça débloque des choses.
Le piège, c'est de te servir d'un nouvel outil exactement comme de l'ancien : faire un front squat ou une presse avec un sac bulgare, ça ne change rien. Vincent, lui, adore les sandbags et l'aspect strongman. Il pose un repère au sol et cherche à faire passer le sac sur le côté, histoire de changer le plan de mouvement et de construire un gainage qui serve à autre chose qu'à soulever dans le même axe. Derrière tout ça, le concept d'antifragilité de Nassim Taleb : te challenger intelligemment jusqu'à bâtir une architecture interne assez solide pour explorer sans te blesser.
Le mouvement ressemble à un art martial : une voie, pas un sport qu'on lâche à 40 ans faute de monde encore debout sur les tatamis. Rien ne t'empêche d'en faire à 60 ans. Des gens tiennent des équilibres sur les mains à 70, 75 ans, d'autres pratiquent l'apnée. Tu seras peut-être un peu moins performant, et alors : il n'y a pas de limite à l'exploration.
Pas besoin de spectaculaire pour démarrer. Les vidéos impressionnantes sur Instagram, ce sont des illustrations. Le vrai sujet, c'est de réapprendre certains patterns fondamentaux. Le but réel reste la longévité, l'autonomie physique, garder la santé tout en explorant.
La méthodologie s'adapte à chacun. À 20 ans, tu seras attiré par les équilibres sur un bras. Pour une personne sédentaire plus âgée, réussir une pompe à genoux puis une pompe normale, c'est déjà énorme. Même outil, même logique, problématique différente.
Vincent transpose tout ça dans sa pratique de kinésithérapeute. Il garde son idée du mouvement et l'applique au cas précis de la personne. Devant lui, un être humain : même architecture, mêmes chaînes musculaires, mêmes limitations qu'on retrouve chez l'humain moyen d'aujourd'hui. Les mêmes outils, qu'il dose selon l'objectif, la capacité et le temps de chacun.
Le ludique compte beaucoup. Travailler l'équilibre, la proprioception, le système vestibulaire par le jeu, ça éloigne la sensation d'effort tout en mettant la personne face à ses limitations.
Il insiste aussi sur l'idée d'ouvrir des portes : neurologie, posturologie, nutrition. Vincent a fait des formations en nutrition sans pour autant donner de conseils nutritionnels. Il sait repérer un problème, orienter vers un bilan sanguin, envoyer vers le bon spécialiste. Vouloir tout traiter soi-même, c'est selon lui un travers bien français. Les gens sont souvent plus reconnaissants quand tu leur amènes les bons professionnels. Personne n'est une île : entre praticiens compétents, on crée de la synergie au lieu de la concurrence.
Le tip central de Vincent tient en deux mots : prise de conscience. Prends conscience de tout ce que tu peux faire facilement, dans ta vie de tous les jours, pour améliorer ta capacité de mouvement (cardio, force, coordination).
Exemple basique et redoutable : laisse l'ascenseur, monte les escaliers, parfois en courant, en fractionnant (une volée rapide, une pause, on réaccélère). Des études montrent que cinq minutes par jour, trois fois par jour, ça donne des gains cardiovasculaires énormes. Accessible même à ceux qui se disent débordés.
Et ce rituel que Vincent emprunte à l'auteur Frank Forencich : tu n'as pas le temps ? Tu te brosses les dents de toute façon. Fais-le en équilibre sur une jambe, et change de main pour corser un peu. Rien que ça réintroduit une forme de pratique physique et une conscience de tes limites. De cette conscience naît presque toujours l'envie d'aller vers du plus physique.
Une approche méthodologique du corps : au lieu de viser une seule discipline, on identifie les qualités transversales qui servent à bien bouger partout, on les travaille isolément, puis on les réintègre dans une pratique globale. C'est ce concept, découvert en 2013, qui a servi de déclic à Vincent.
La longévité et l'autonomie physique. Développer son intelligence physique et son adaptabilité, bâtir une architecture interne assez solide (l'antifragilité de Taleb) pour explorer sans se blesser, et continuer à pratiquer toute sa vie en adaptant à son âge.
C'est refuser de rester enfermé dans une seule spécialité. Vingt ans de taekwondo et moyen au karaté, ça montre la limite. Le généraliste se teste partout (force lourde, grand écart, capoeira, apnée) et cherche les points de convergence, comme la respiration, qui se transfèrent d'une pratique à l'autre.
Par la prise de conscience et des gestes du quotidien : prendre les escaliers, fractionner sa montée (cinq minutes, trois fois par jour, suffisent pour des gains cardio), se brosser les dents en équilibre sur une jambe. Dans l'entraînement, ajouter une simple pincée de différent suffit pour commencer.
Non. On continue sa pratique et on ajoute une pincée de différent : entraînements croisés, un sac bulgare utilisé pour changer de plan de mouvement, un temps pour mieux respirer. Même un athlète qui tient à sa spécificité gagne à être mis dans des scénarios plus complexes.
Oui, en adaptant. À 20 ans on vise des équilibres sur un bras ; pour une personne sédentaire plus âgée, passer de la pompe à genoux à la pompe normale est déjà une vraie victoire. Des pratiquants font des équilibres sur les mains ou de l'apnée à 70 ans.
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