La peur rend performant. HIT, 25 ans de terrain à Marseille puis 8 ans de BRI, a fait de la gestion du stress sous pression le cœur de sa méthode. Ce qu'un opérateur d'élite a appris dans la confrontation se transpose directement à ton terrain de pro du mouvement.
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La peur rend performant. HIT, 25 ans de terrain à Marseille puis 8 ans de BRI, a fait de la gestion du stress sous pression le cœur de sa méthode. Ce qu'un opérateur d'élite a appris dans la confrontation se transpose directement à ton terrain de pro du mouvement.
Il annonce son nom. On vient de le désigner « B1 », premier de la colonne, sur l'interpellation d'un homme armé jusqu'aux dents, un tueur de flic. Une demi-seconde, il est super content : on a dit son nom, c'est lui qui ouvre. Puis le retournement, brutal. « Merde, le premier, c'est pas la bonne place. S'il y a quelqu'un qui doit tomber, ça va être moi. »
Cette seconde-là tient tout l'épisode. L'envie d'y être et la peur d'y rester, dans la même respiration. HIT, 25 ans de carrière à Marseille, de la police secours à la BAC puis 8 ans de BRI, formateur aujourd'hui, en a tiré une conviction qui prend le discours de salle de muscu à rebrousse-poil : la peur rend performant. C'est sa condition, pas son défaut. Tout le reste découle de là. Voyons comment un homme qui a passé sa carrière dans un métier de confrontation a appris à travailler avec son stress plutôt qu'à lutter contre, et ce que toi, pro du mouvement, tu peux en récupérer pour ton terrain.
HIT a fait le parcours classique avant de bifurquer vers l'élite. Commissariat et police secours en début de carrière, puis une brigade anti-criminalité à Marseille, puis les tests pour intégrer la BRI où il reste 8 ans. Depuis 2019, il forme à la police nationale, dans une unité qui reste opérationnelle : sur événement particulier, les formateurs sont rappelés sur le terrain. En parallèle il a monté AGX training. AGX pour antigang expérience, antigang étant l'ancien nom de la BRI, l'araignée comme symbole. Instruction au tir, progression en milieu clos (le CQB), médical, prépa physique, le tout calibré pour le primo intervenant.
Le décor, il le résume d'une phrase qu'il répète en plaisantant : « On ne t'appelle jamais parce que maman vient d'accoucher du petit dernier et qu'on fait un couscous. » On appelle la police pour un problème, toujours. Victime, témoin, opposition. Le métier est une confrontation permanente, et qui dit confrontation dit inoculation de stress en continu, peu importe la forme qu'il prend.
Voilà ce qui rend son témoignage utile bien au-delà du contexte police. Quand le stress fait partie du quotidien du métier, tu n'as pas le luxe de l'éviter. Reste une seule question : comment le comprendre pour le gérer. Et HIT le dit lui-même, dans ses formations comme dans sa vie il prend d'abord le temps de comprendre une chose, ensuite seulement il applique des leviers dessus.
Le cœur de sa méthode tient dans un classement. HIT découpe le stress en paramètres mesurables : trois qui surviennent avant que rien ne se passe, et un quatrième, à part, qu'on verra plus loin. Cette grille est le vrai outil de l'épisode. Une fois que tu sais nommer la forme de stress que tu ressens, tu sais quel levier actionner.
La première fois que tu fais quelque chose, il y a un stress, que ta vie soit en jeu ou pas. « Je vais être confronté à quelque chose que je ne connais pas, je le sais, et je ne sais pas comment je vais réagir. » Le corps répond avant la tête : le rythme cardiaque accélère, la température corporelle monte. HIT le précise honnêtement, ça vaut pour le geste banal comme pour l'opération à risque. La nouveauté seule suffit à déclencher la réaction physiologique.
Là, le geste a été appris mais pas encore éprouvé en réel. La première effraction de porte en opération : « j'ai appris, mais j'ai pas encore l'expérience de la vraie opération. » Le premier contrôle d'un groupe dans la rue : l'action est légitime, il a une raison d'y aller, mais c'est la première fois, et il est plus stressé qu'à la 15e ou la 25e fois.
HIT enfonce le clou avec un détail que le public ne voit jamais. On imagine les policiers qui cassent une porte et qui rentrent net. La réalité, parfois, c'est que tu commences ton effraction et tu entends déjà du bruit derrière. Et là, la question monte : qu'est-ce qui va se passer de l'autre côté. Le geste appris devient soudain incertain, et le stress avec.
Le troisième facteur, ce sont les conséquences. « Je dois faire quelque chose et les conséquences vont être très importantes. » HIT prend l'exemple le plus lourd de la BRI, seule unité en France à gérer la partie terrain sur les enlèvements et séquestrations. Tu pars faire un repérage, tu sais qu'il ne faut surtout pas qu'on te voie : si on te repère, l'otage peut mourir. L'enjeu est maximal.
Et il le ramène aussitôt à une échelle qui parle à tout le monde. Tu n'as pas à passer un test pour une unité spécialisée, tu as juste à passer un entretien d'embauche. L'enjeu compte pour toi, il a une forte importance, donc il t'inocule un stress. Même mécanique, autre décor.
Voilà le contrepied central de l'épisode. « Si tu n'as pas peur, tu ne ressens pas le stress. » Pour HIT, la peur est un élément important de la gestion du stress, parce que c'est le petit truc qui te rend plus prudent que celui qui ne la ressent pas. La peur, c'est le réflexe de survie, ce qui te dit « attention, là c'est une connerie » ou « là il faut que je fasse deux fois plus attention. »
D'où sa méfiance frontale envers le discours testostéroné. Dans un milieu d'hommes, tout le monde a envie de tenir le discours du guerrier : « moi j'ai peur de rien, tu me dis fonce je fonce. » Sa réponse claque : « les gars qui te disent moi j'ai peur de rien, je ne pars pas en opération avec eux. Il y a un problème. Tu dois avoir peur. »
Reste l'autre moitié de l'équation, le courage. Avoir peur ne suffit pas, sinon tu te figes. Le courage, c'est rester en mouvement avec la peur. C'est précisément le critère qu'on cherche chez ceux qui accèdent aux unités spécialisées : on veut qu'ils aient peur, et assez de courage pour continuer à avancer avec.
Sur le terrain, HIT a vu trois réactions sous stress, et toutes les trois sont dangereuses. La première, le figement : rester pétrifié et subir. La deuxième, la fuite, qui ne ressemble pas forcément à un homme qui court. C'est souvent quelqu'un qui ralentit l'opération parce qu'il ne met pas l'engagement nécessaire, ou celui qui, alors qu'il faut y aller sur une personne signalée armée, te dit « moi je préfère rester derrière au cas où ». Il se met en danger, et il met ses camarades en danger.
La troisième, c'est l'effet tunnel. Le champ de vision se rétrécit, l'opérateur fonce droit sur l'objectif sans plus voir ce qui se passe autour. HIT relie ça directement à des drames : des gendarmes, des policiers pris à partie, parfois décédés, parce qu'on entre dans une situation sans se dire que le pire peut arriver.
Mais la pire de toutes, pour lui, c'est l'inaction. Celui qui se fige retarde les gens derrière, ne reste pas au contact de ceux devant, et bloque tout le monde, parce que les autres doivent désormais le gérer. C'est là que tu mets l'équipe entière en danger.
Et c'est pour ça qu'aucun test ne suffit. On peut faire passer toutes les sélections qu'on veut (BAC, BRI, GIGN, RAID), faire venir les psys, rien ne remplace la vraie réaction face à quelque chose de vrai. HIT l'illustre par un test que personne ne cache : le combat de boxe. Tu vas le perdre, c'est prévu pour. On te met quelqu'un de beaucoup plus fort, on te préfatigue avant. « Ce qu'on veut voir, c'est comment tu perds. » Est-ce que tu vrilles, est-ce que tu fuis, est-ce que tu te figes, ou est-ce que tu gardes de la lucidité malgré la rouste. Lui, à ses tests BRI, il a pris une rouste monumentale, défiguré, sans tourner le dos. C'est ce qui lui a permis de continuer l'aventure.
Tout son système repose sur une phrase simple : « plus je suis stressé, plus j'augmente mes chances d'échec. » Si à la première fois tu commences à t'exciter tout seul, tu seras moins performant et tu vas finir par rater. Donc l'entraînement a un seul but, faire baisser le niveau de stress avant l'action, en attaquant chacun des trois paramètres. L'inconnu, tu le transformes en connu en le répétant. La non-maîtrise, tu la dissous en répétant le geste jusqu'à ce qu'on te fasse confiance pour le faire en réel (« on m'a dit cette porte tu peux la fracturer », alors « j'ouvre mes chakras » et je me détends au lieu de me contracter). L'enjeu, tu arrêtes de le ruminer : à partir du moment où le go est donné, tu ne penses plus à rien.
L'expérience, il la définit sans romantisme : « la somme de toutes les conneries que j'ai pu faire ». Ça ça marche pas, ça ça marche pas, ça ça marche. Tu accumules, tu mets à jour, et ta gestion du stress devient meilleure parce que la situation devient moins inconnue, que tu gagnes en maîtrise du geste, et que tu comprends mieux l'enjeu.
L'exemple le plus parlant, c'est la conduite. Sa première chasse en voiture, fin 2005 début 2006, à l'arrière d'une 406 essence, sa première nuit à la BAC. On roule à 200 en ville, avec une raison qui le justifie. Il se dit qu'il va mourir, pour deux raisons : ce n'est pas lui qui conduit, donc il ne maîtrise pas, et 200 la nuit dans les rues, ça paraît mortel à chaque seconde. Quinze à vingt ans plus tard, il roule à 250 sur l'autoroute, déclenché après l'attentat de Nice, dans une voiture de compétition, et il est presque détendu, « limite en train de boire un coup en même temps ». Entre les deux, l'expérience accumulée, et des formations de conduite rapide qui lui ont appris ses limites. C'est ça qui enlève le stress.
Dernier point, le mix. HIT insiste sur la nécessité de combiner théorie et pratique. Dans sa formation d'instructeur, qui dure 6 mois, deux instructeurs ont marqué le coup un jour de deuxième semaine : « aujourd'hui, les gars, on se met vraiment sur la gueule. » Leur logique : dans une promotion d'une vingtaine, il y a au moins un type qui n'a jamais pris une vraie gifle de sa vie, et comment veux-tu enseigner le dojo à de futurs policiers si toi-même tu n'as jamais senti ce que c'est d'y aller. Il faut expérimenter un peu, sans aller mourir bien sûr, et trouver le savant mix entre l'expérience qui apporte la gestion du stress et la part théorique et technique. C'est ce mélange qui donne de la valeur aux jeunes.
Au fil des expériences, HIT a développé ce qu'il appelle en anglais la « Big Picture », voir large tout le temps. Avant une action, il part du principe que ça ne se passera certainement pas comme prévu, et il se demande systématiquement : d'où l'emmerde va arriver, qu'est-ce qui peut rater. Pour une porte à casser, il déroule mentalement les différents scénarios et programme pour chacun une réponse, une ou deux solutions qu'il s'est lui-même insufflées à l'avance.
L'intérêt du procédé est mécanique. Le jour J, quand l'imprévu surgit, ça ne te cueille plus à froid, c'est juste un stimulus d'information : « tiens, ça, j'y ai pensé, et j'ai programmé une réponse qui va avec. » La préparation va au-delà de la peur de l'inconnu, de la non-maîtrise et de l'enjeu, elle répond directement à la seule question qui compte sous pression : il se passe ça, je fais ça.
HIT pose quand même la limite avec lucidité : « un plan sur le papier marchera toujours. » Le réel, lui, intègre deux choses incontrôlables. La réaction humaine en face, parce que tu donnes un stimulus à l'adversaire et tu ne peux pas prévoir sa réponse. Et l'élément qui n'était pas au plan, le civil qui sort de nulle part, ni policier ni bandit, au milieu de tout. Tu ne peux pas penser à tout, donc à un moment tu dois accepter de prendre une décision, quelle qu'elle soit, plutôt que de rester bloqué. Mais plus tu as anticipé, moins l'imprévu te submerge. Le principe se transpose à n'importe quelle performance sous pression.
Le quatrième stress est d'une autre nature. Les trois premiers arrivent avant qu'il ne se passe quoi que ce soit. Celui-là survient après un fait subi, et HIT le considère comme propre au monde des forces de l'ordre et des personnels armés. C'est le stress post-traumatique.
Il en donne plusieurs visages, du plus contenu au plus lourd. Sur un plan stup, acheteur supposé envoyé seul en premier, trente secondes en tête à tête avec deux types qui lui mettent des coups : le traumatisme vient après, quand tu réalises ce qui aurait pu arriver, le mauvais coup de couteau que tu n'as pas pris. Certains, à ce moment, décident que ce n'est plus pour eux. Un collègue, après un accident d'autoroute parce qu'il était épuisé et qu'il venait d'avoir une petite, a dit stop. Et le cas le plus dur : une unité où un copain est décédé, après quoi presque toute l'unité a demandé sa mutation. La demande venait des opérateurs eux-mêmes, pas de la hiérarchie. Parce qu'ils avaient enchaîné les victoires et les petits bobos sans jamais avoir eu la notion de risquer leur vie, et que ce jour-là la prise de conscience a tout fait basculer, chez les opérateurs comme dans les familles, l'une des femmes étant devenue veuve.
D'où le stress de la famille, qu'il ne faut pas négliger. Dans une unité spécialisée, il faut que la famille accepte, sinon tu n'es pas libéré dans ta pratique. Et chacun gère à sa façon : certains opérateurs ne racontent rien, pour ne pas inoculer de stress à leurs proches ou parce qu'ils estiment qu'ils n'ont pas besoin de savoir. D'autres racontent, parce que ça les libère, et que ça libère aussi la compagne ou la famille. Là, on retombe sur le stress de l'inconnu : tout est lié.
Sa propre méthode, après les faits qui l'ont vraiment marqué, commence par un symptôme honnête, la perte de sommeil, les nuits où tu ne penses qu'à ça. Ensuite il travaille en introspection et en analyse, et surtout il reconstruit le sens. Il crée une dualité claire : son action était légitime, il a fait ce qu'il devait faire, en face c'était illégitime. Il s'appuie sur une norme simple, celle qu'il enseigne dans le premier module des libertés individuelles pour le diplôme d'OPJ : celui qui crée une victime aura toujours sa propre légitimité interne (l'enfance difficile, mille raisons), mais à l'aune de la norme, créer une victime, c'est avoir tort. Cet ancrage lui permet d'intégrer l'événement.
Et c'est là que l'intervieweur fait le pont avec l'audience LabO. Ce que HIT fait intuitivement porte un nom en hypnose et en PNL : les sous-modalités. Le souvenir traumatique a des caractéristiques, et on peut venir en modifier une. Les sous-modalités critiques, c'est le moment où, en changeant ne serait-ce qu'un aspect de la caractéristique de la personne qui a causé le trauma, on arrive parfois à faire fi du trauma. Plus facile à dire qu'à faire, mais c'est exactement le schéma que HIT applique sans le savoir : changer la valeur attribuée à celui d'en face pour désamorcer ce que l'événement a laissé en lui.
La réponse de HIT est directe : fais baisser ton niveau de stress avant l'action. « Plus je suis stressé, plus j'augmente mes chances d'échec. » Si tu te laisses monter, tu brides tes propres capacités. Tu travailles donc en amont les trois leviers (transformer l'inconnu en connu par la répétition, maîtriser le geste, arrêter de ruminer l'enjeu), et une fois le go donné, tu ne penses plus à rien. La performance se joue dans la préparation, pas dans l'excitation du moment.
Tant qu'une unité enchaîne les victoires et ne récolte que des petits bobos, une dent cassée, un nez cassé, elle n'a pas la notion réelle de risquer sa vie. Les repères tiennent parce que rien n'est jamais venu les contredire. Le jour où un collègue tombe, ces repères s'effacent d'un coup. HIT cite cette unité où, après le décès d'un copain, presque tout le monde a demandé sa mutation, et où les familles aussi ont pris conscience du danger. La normalité n'avait jamais été testée, la première vraie défaite l'a fait voler en éclats.
L'habituation est réelle, et HIT l'assume : de la terreur à 200 km/h lors de sa première chasse, il est passé au calme à 250 km/h quinze à vingt ans plus tard. L'expérience désamorce le stress, c'est le bon côté. Mais l'épisode dit aussi l'autre côté, sans le maquiller : la confrontation permanente use. Lui-même reconnaît qu'il n'est plus l'homme qui est entré à l'école de police en 98, et il accumule les exemples de collègues qui, après un fait subi ou une prise de conscience, ont simplement décidé d'arrêter. S'habituer à l'urgence ne veut pas dire être immunisé contre elle.
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