Une épaule qui fait souffrir depuis deux ans, des radios et IRM normales, et une émotion bien trop grande pour la blessure. Et si une partie des douleurs classées inexpliquées relevait du trauma plutôt que d'un meilleur scanner ? Cet épisode du 1/4h LabO #146 relie trauma et douleur chronique avec Marine Blaising Remillon, kiné et hypnothérapeute, et Adrien, neurologie fonctionnelle LabO RNP.
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Une épaule qui fait souffrir depuis deux ans, des radios et IRM normales, et une émotion bien trop grande pour la blessure. Et si une partie des douleurs classées inexpliquées relevait du trauma plutôt que d'un meilleur scanner ? Cet épisode du 1/4h LabO #146 relie trauma et douleur chronique avec Marine Blaising Remillon, kiné et hypnothérapeute, et Adrien, neurologie fonctionnelle LabO RNP.
Une femme arrive au cabinet avec une épaule qui la fait souffrir depuis deux ans. L'histoire est limpide au départ : une chute en VTT, fauchée par un autre vététiste, une réception très mauvaise sur une grosse pierre. Sur le papier, de quoi expliquer une belle douleur. Depuis, elle a enchaîné les séances de kiné, testé mille choses, fait la radio, fait l'IRM. Elle est passée partout. Le verdict est toujours le même : rien. Et la douleur, elle, ne bouge pas d'un millimètre.
Ce qui finit par parler, c'est l'émotion. Quand cette patiente raconte son épaule, Marine, kiné depuis dix ans et hypnothérapeute depuis quatre, repère un truc qui cloche. Des gens qui ont mal, elle en voit toute la journée. Des gens qui pleurent parce qu'ils ont mal, aussi. Sauf que là, l'émotion est trop grande pour une simple douleur. Marine le lui dit cash : « votre émotion est mal positionnée, vous pleurez comme quelqu'un qui vient de vivre un traumatisme. » En une phrase, la patiente lâche un événement d'enfance vieux de trente-cinq, quarante ans. Et elle se remet à pleurer, exactement comme elle pleurait pour son épaule.
D'où la question que pose cet épisode, enregistré avec Marine et Adrien (neurologie fonctionnelle, LabO RNP) : et si une partie des douleurs qu'on classe « inexpliquées » n'attendaient pas un meilleur scanner, mais une autre écoute ?
Le cas de l'épaule résume tout. Deux ans de douleur installée, des dizaines de séances de kiné, une imagerie complète, et toujours autant de mal. Le travail physique seul tourne dans le vide. Quelque chose résiste, et on ne trouve pas où.
L'indice, encore une fois, c'est l'émotion. Une douleur ancienne, ça use : on est à bout, on craque, rien de plus normal. Mais l'émotion de cette patiente débordait largement de ce cadre, comme chez quelqu'un qui sort à peine d'un traumatisme. C'est ce décalage qui pousse Marine à creuser. Et elle a eu à peine besoin de creuser : il a suffi de nommer le décalage pour que l'histoire remonte d'elle-même.
Pour ce genre de situation, Marine a travaillé directement en EMDR. On parle d'un gros traumatisme, vieux de plusieurs décennies, et il fallait aller le couper net. À ce stade, sur un événement aussi ancien, les autres niveaux d'intervention ne donnent pas grand-chose : c'est l'émotion bloquée qu'il faut désamorcer.
Beaucoup de patients mélangent ces trois pratiques. Leur point commun : elles s'adressent toutes à la part inconsciente de la personne. On travaille sur ce qu'elle est réellement, pas sur ce qu'elle croit être. Voilà d'où vient leur efficacité, et voilà aussi pourquoi elles s'emboîtent si bien : qui se forme à l'hypnose se forme souvent à la PNL, puis parfois aux mouvements oculaires.
L'EMDR s'appuie sur un travail visuel et sur la mobilisation oculaire. Son gros atout : tu n'as même pas besoin d'être dans la communication verbale. Marine aime quand même ouvrir par un petit bilan où on se dit pas mal de choses, mais le cœur du travail, lui, se passe de mots. C'est ce qui permet d'aller couper certaines émotions au bon moment et de remettre la personne dans le vif, pour qu'elle se repositionne dans sa vie au lieu de traîner des émotions qui viennent hanter chacune de ses actions.
L'hypnose, elle, se pratique surtout en statique. Le patient est le plus souvent installé dans un fauteuil, en état de transe. Le corps ne bouge pas, tout se joue dans cet état modifié de conscience.
La PNL est très proche de l'hypnose, avec une mécanique un peu différente : on se déplace dans l'espace, on utilise d'autres exercices. On y est souvent en état de transe hypnotique, et à l'inverse Marine glisse parfois un exercice de PNL alors que le patient est déjà en transe profonde. Plus de flèches à l'arc, plus de façons de suggérer, le tout en complémentarité.
Cette palette sert d'abord à s'ajuster à la personne en face. Certains arrivent pour de l'hypnose et, au moment de s'y mettre, c'est la panique : la peur de lâcher prise. Là, Marine commence par un exercice de PNL, dans le réel, sans demander de fermer les yeux. Le patient reste dans le concret, voit la différence en fin de séance, et l'approche en hypnose devient ensuite beaucoup plus simple.
Premier réflexe à jeter : attendre que le patient annonce son trauma. Quand il franchit la porte, il ne dit jamais qu'il en a un. Certains en ont conscience, d'autres pas, et même ceux qui savent ne viennent pas pour ça. Ils viennent pour une perte de poids, un sommeil en vrac, des difficultés à bouger, des douleurs. Beaucoup arrivent à dire « je vais pas bien depuis deux ans, mais je sais pas pourquoi ». Derrière ce « je sais pas pourquoi », il y a une émotion qui s'est installée.
C'est le bilan qui fait remonter le reste. En venant chatouiller, appuyer un peu, on se rend vite compte qu'il y a bien quelque chose, et que c'est là-dessus qu'il faut travailler. Souvent, ça ne sort pas du premier coup : c'est à la deuxième ou troisième séance que les choses se libèrent.
Apprendre l'hypnose, la PNL et l'EMDR, c'est apprendre à regarder son patient. À repérer ce qui est congruent et ce qui ne l'est pas. Un exemple tout bête : quelqu'un qui te dit « tout va bien » en faisant non de la tête. Le discours et le corps racontent deux histoires différentes. Être congruent, c'est quand le comportement et les émotions valident les mots. Plus tu pratiques, mieux tu repères ces écarts.
Tout ça demande du temps. Côté hypnose, c'est le travail d'observation au fil des séances qui laisse les choses remonter. Côté neuro, Adrien mène des bilans qui durent bien une heure et demie, avec une anamnèse longue : beaucoup de questions sur le sommeil, le stress, le reste. C'est cette durée qui permet de voir ce que le patient ne formule pas, et parfois ne soupçonne même pas.
Le regard LabO RNP ajoute une couche au tableau. Adrien pose ses questions, et il entend régulièrement : « non, moi je suis pas stressé, je dors bien. » Puis il passe aux tests : tests neuro, réflexes archaïques, vestibulaire, proprioceptif. Et le constat est massif. Sur à peu près 100 % des gens vus en bilan, quel que soit le profil (personne lambda, sportif de haut niveau, enfant), on retrouve des réflexes émotionnels et des signes de reprogrammation neuroposturale qui trahissent du stress.
L'exemple le plus parlant, c'est une patiente que Marine et Adrien avaient en commun sans le savoir au départ. À chaque petit test, Adrien sentait qu'il y avait quelque chose de fort. À la fin, il s'assoit pour le débrief et pose la question franchement : « vous dites que vous êtes pas stressée. Moi je pense que vous avez vécu un trauma dans votre vie, c'est comme ça que je l'ai vu dans la marche, le vestibulaire, le proprioceptif, les réflexes archaïques. » La personne fond en larmes. Dans son bilan, Adrien recommande entre autres d'aller voir Marine.
Quelques semaines plus tard, cette même patiente pousse la porte de Marine. Et là encore, pas de « j'ai un trauma ». Elle dit « j'ai mal ». La même émotion qui ne colle pas au discours, repérée des deux côtés, par deux portes d'entrée différentes.
À un moment, le trauma finit toujours par se loger quelque part : il touche le corps ou le sommeil. Un corps qui a mal, ou un corps qui n'arrive plus à bouger, à se déplacer. C'est exactement le terrain de LabO : le corps qui se bloque à cause d'un psychologique resté verrouillé derrière. Tant qu'on ne va pas débloquer ce psychologique, on stagne.
L'effet inverse est tout aussi spectaculaire quand le verrou saute. Une autre patiente arrive avec une épaule bloquée, sur un trauma lourd, dont Adrien avait prévenu Marine. Quinze jours après, elle levait le bras comme si de rien n'était, alors que la situation empirait depuis je ne sais combien de temps.
Marine garde un souvenir précis de cette association corps-émotion, du temps où elle était encore étudiante, en stage à l'hôpital. Elle masse le dos d'une patiente, qui se met à pleurer. Inquiète de faire mal, elle propose d'arrêter : « non, non, continuez. » La patiente lui explique qu'au fil du massage, c'est comme si elle ouvrait plein de petits sacs remplis de problèmes logés dans son dos, et que pour les vider, il faut qu'elle pleure. Marine en a parlé au prof de psycho de l'école, qui raconte encore l'anecdote à ses élèves aujourd'hui. La logique qu'elle en retient : le cœur porte un moment tout ce que l'esprit n'arrive plus, ou ne veut plus, porter, et il finit par le faire sortir autrement pour l'évacuer.
Sur le terrain, Marine note une tendance, qu'elle présente comme un constat de cabinet et pas comme une règle. Chez les femmes, ça se retrouve souvent sur les cervicales, le thoracique, l'épaule : elles entreprennent, gèrent tout autour d'elles, sont multiactives, et les épaules remontent et se crispent quand elles ne savent plus comment faire. Chez les hommes, ça descend plus en profondeur, ils gardent davantage pour eux, et la douleur file vers le bas du dos, comme si la charge finissait par les tasser. Elle précise aussitôt qu'il y a des femmes qui ont mal en bas du dos et des hommes qui souffrent de l'épaule : une tendance, pas une loi.
Adrien avance des hypothèses, à explorer plutôt qu'à graver dans le marbre. On pourrait chercher des liens entre la motricité et la neuro-anatomie : on n'est pas loin du nerf vague, du nerf X, et du nerf XI qui peut peser sur les épaules et y créer de la tension. On sait aussi que l'anxiété et le stress ont un gros lien avec le système vestibulaire, lequel connecte les muscles du dos le long de la colonne. Ce sont des choses qu'il observe en bilan et qui l'aident à reconnecter sur le stress, présentées comme des pistes intéressantes à observer, pas comme des certitudes.
L'approche défendue ici est holistique, et elle est née d'un constat très concret. Adrien s'est formé à l'hypnose parce qu'il avait des patients qu'il n'arrivait pas à aider par le physique. Tu peux masser, faire faire des exercices, tout donner sur le plan physique : si la personne a un trouble dans sa vie, au travail, à la maison, dans son enfance, et que ce trouble reste sans réponse, elle repart chez elle, retombe dans le problème et se recrispe dessus. Et ça marche dans l'autre sens : tu peux aller mieux psychologiquement, si tous tes muscles restent tendus et qu'on ne les traite pas, tu continues d'avoir mal et tu reviens au point de départ. D'où le suivi des facteurs environnementaux, parce qu'un quotidien qui ne tourne pas rond continuera de fabriquer du stress.
C'est pour ça que Marine ne fait pas toujours une séance d'hypnose « concrète ». Il lui arrive de prendre une heure, une heure et demie, à replanifier des choses dans la vie du patient, à discuter de ce qui ne va vraiment pas et à chercher comment changer tout ça. On se rapproche alors de la PNL : aller vers des solutions, plutôt que d'essayer d'aller mieux dans un contexte qui génère du stress.
Le couplage EMDR plus hypnose change tout. Marine ne se verrait plus faire de l'EMDR sans hypnose, ni de l'hypnose sans EMDR. L'EMDR coupe et recadre les choses très vite, ce qui rend l'hypnose dix fois plus efficace. Pour elle, c'est tellement complémentaire qu'on devrait apprendre les deux en même temps. Côté EMDR seul, elle rappelle qu'énormément d'études viennent appuyer son efficacité sur les traumas, notamment les syndromes de stress post-traumatique, comme celui de la patiente à l'épaule.
Quand on demande à un patient ce qui pourrait l'aider à sortir de sa problématique, il ne répond presque jamais du tac au tac. « Je n'ai pas de ressources en moi », voilà ce qu'on entend souvent. Beaucoup ne se sont jamais posé la question : ils savent qu'il y a un problème, et ils attendent une baguette magique de notre part. On peut leur tendre la baguette, mais c'est à eux d'apprendre à s'en servir.
C'est là qu'intervient le cadre « comme si ». Si quelqu'un n'a vraiment aucune ressource, ce qui est rare, il va faire comme s'il en avait. Il cherche un guide : un parent qui avait ces ressources, un ami qui s'en sort bien, un héros, un superhéros. L'idée n'a rien de magique, c'est un appui à partir duquel la personne apprend à mobiliser ses propres moyens.
Avec les enfants, le superhéros marche remarquablement bien, jusqu'à sept-huit ans. Marine prend beaucoup de plaisir à travailler là-dessus : l'enfant se découvre d'un coup des capacités. Le sujet est d'autant plus présent que le Covid a fait beaucoup de mal, avec une proportion d'enfants au cabinet devenue énorme. Un rapport ministériel de 2021 ou 2022 a établi 70 % de cas psy en plus chez les enfants depuis le Covid, et encore, uniquement parmi ceux qui sont détectés, qui parlent et qui sont pris en charge. Le taux de tentatives de suicide aurait, lui, augmenté de 500 %. Chez l'adulte, le ressort fonctionne aussi, même si Superman fait moins kiffer certains. Le « devoir à la maison » devient parfois de regarder des films de super-héros : Marvel est ton ami.
La crainte qui revient le plus : « l'hypnose, ça fait peur, j'ai peur de ne pas contrôler mon corps. » Et juste derrière, la peur de ne pas contrôler ce qu'on dit. Marine désamorce souvent en amont : « pendant cette séance, je ne vais pas vous demander d'intervenir, vous n'aurez pas besoin de parler. » Rien que ça libère, parce que dans le pire des cas la personne ne dira rien d'horrible. Et quand cette phrase fait une vraie différence chez le patient, c'est qu'il y avait justement quelque chose qui n'avait pas été dit.
L'hypnose thérapeutique n'a rien à voir avec l'hypnose de spectacle. Le spectacle, d'ailleurs, ne fonctionne pas sur tout le monde. Si on arrive à faire faire un striptease à quelqu'un sur scène, c'est qu'il était inconsciemment d'accord. Sur une personne pudique, ça ne marche pas : au moment où on énonce la consigne, elle revient à elle, et c'est terminé. Même logique avec un exercice plus léger comme « faire la poule » : si son enfant est à côté et la sollicite, l'enfant reste la priorité, la personne se déconnecte de la transe, alors que deux minutes avant on lui faisait parler chinois.
Le principe de fond rassure : sous hypnose, c'est l'inconscient qui gère, plus le conscient. Ça permet d'aller bien plus loin que les limites que le conscient impose, sans jamais entrer dans quelque chose qui irait contre ce qu'on est, ce qu'on veut être et ce pour quoi on s'est donné la permission. Tout ce qui va contre ces convictions fait ressortir ou bloque la personne.
La question de la confiance encadre les techniques les plus rapides. Au cabinet, la speed hypnose ne sert que sur des patients déjà vus à plusieurs reprises, et pas systématiquement. L'objectif est purement pratique : avec un claquement de doigts ou un chiffrage rapide, mettre la personne en transe en dix secondes au lieu de dix minutes, pour travailler un peu plus longtemps sur le fond. Sortir de ce cadre ne serait plus ok, ni pour les patients, ni pour ce que Marine a envie de créer. Un système de confiance doit être en place, et c'est le plus important.
Parce que le corps reste bloqué tant que le psychologique l'est. Le cas de l'épaule le montre bien : deux ans de douleur, des dizaines de séances de kiné, radio et IRM normales, aucune amélioration, jusqu'à ce que le trauma d'enfance soit nommé et travaillé. À un moment, le trauma touche le corps ou le sommeil, et tant qu'on ne débloque pas la partie psychologique, on stagne. À l'inverse, quand le verrou saute, le corps peut suivre très vite : une patiente à l'épaule bloquée levait de nouveau le bras quinze jours après.
En observant la congruence, c'est-à-dire l'accord entre les mots, le comportement et les émotions. Quand quelqu'un dit « tout va bien » en faisant non de la tête, ou pleure d'une émotion qui ne correspond pas à sa douleur, il y a un décalage. Les patients viennent pour le sommeil, le poids ou une douleur, jamais pour un trauma. C'est le bilan, long et attentif, qui fait surface : souvent à la deuxième ou troisième séance, parfois dès qu'on nomme le décalage à voix haute.
Les trois s'adressent à l'inconscient, à ce que la personne est plutôt qu'à ce qu'elle pense être. L'EMDR passe par le travail visuel et la mobilisation oculaire, sans avoir besoin de la parole. L'hypnose se fait en statique, le patient installé en état de transe. La PNL se pratique en mouvement dans l'espace, en cherchant des ressources et des solutions. Elles sont si proches qu'on les combine en permanence, l'une servant souvent à entrer plus facilement dans l'autre.
D'après l'épisode, énormément d'études appuient l'efficacité de l'EMDR sur les traumas, en particulier les syndromes de stress post-traumatique. C'est l'approche utilisée directement pour la patiente à l'épaule, sur un gros traumatisme ancien qu'il fallait aller couper. Couplé à l'hypnose, l'EMDR permet de recadrer très vite et gagne encore en efficacité.
Non. Sous hypnose, c'est l'inconscient qui gère à la place du conscient, ce qui permet d'aller plus loin que ses propres limites, mais jamais contre ses convictions ni contre ce qu'on veut être. Tout ce qui va à l'encontre de la personne la fait ressortir ou la bloque. L'hypnose thérapeutique se distingue ainsi de l'hypnose de spectacle, qui ne marche pas sur tout le monde et achoppe dès qu'une consigne heurte ce que la personne accepte vraiment. Au cabinet, les techniques rapides restent réservées aux patients déjà suivis, dans un cadre de confiance.
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