Sport et TDAH adulte : le cas de Laure Bailacq, plusieurs fois championne de France de boxe française, éclaire le lien. Diagnostiquée tard, juste après le décès de sa mère, elle a compris que le sport avait longtemps été le traitement qu'elle se prescrivait sans le savoir. Un cas vécu, pas une fiche clinique.
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Sport et TDAH adulte : le cas de Laure Bailacq, plusieurs fois championne de France de boxe française, éclaire le lien. Diagnostiquée tard, juste après le décès de sa mère, elle a compris que le sport avait longtemps été le traitement qu'elle se prescrivait sans le savoir. Un cas vécu, pas une fiche clinique.
Laure n'a pas grandi avec une étiquette. Le diagnostic est arrivé tard, par la voie clinique, avec les tests et les psychiatres, juste après la mort de sa mère. Avant ça, rien. Pas de mot, pas de cadre, juste une sensation tenace : celle d'être « à contresens depuis toujours ».
Ce qui frappe, c'est l'effet qu'a eu ce diagnostic. Il n'a pas changé qui elle était. Il a expliqué qui elle avait toujours été. « Finalement ça a mis des mots sur ce que je comprenais pas depuis que j'étais toute petite. » Tout ce qui paraissait incohérent (les écarts scolaires, l'impulsivité, l'état triste qui revient depuis l'enfance) s'est rangé d'un coup sous une même logique.
Un détail en dit long. Sa mère était psychomotricienne, un métier où l'on côtoie parfois ces profils, et elle ne lui a jamais parlé d'hyperactivité. Laure n'a donc pas été « formatée » par une alerte précoce. Elle s'est débrouillée seule, longtemps, sans savoir ce qui lui arrivait. « Je me suis fait chier toute ma vie, mais du coup j'ai été créative. »
Laure préfère parler de super pouvoirs. Concrètement, ça donne quoi ? Dans un restaurant, elle est incapable de faire le tri : elle entend la conversation à sa table aussi distinctement que celles d'à côté, même quand les gens parlent anglais ou espagnol. Dans une pièce, elle sait où sont les choses sans avoir cherché. Tu perds tes clés, elle te dit où elles sont, sans même y avoir prêté attention.
Le mécanisme se comprend vite. Ses sens tournent à plein régime en permanence, comme un capteur qu'on ne peut pas baisser. D'où l'image du super héros. Sauf que ces capteurs ne s'éteignent jamais, et ça, c'est « hyper éreintant à gérer ».
Voilà pourquoi le métier de graphiste, assise derrière un écran toute la journée, ne lui convenait pas. Seule la création la sauvait, parce qu'elle lui permettait de s'évader. Le coaching, lui, fonctionne à rebours de ce qu'on imagine. Les gens lui disent qu'elle doit être épuisée à courir partout entre ses cours. C'est précisément comme ça qu'elle épuise son corps, et que cette énergie qui la déborde trouve enfin une sortie. Le super pouvoir a un coût, et ce coût se paie en dépense physique.
Après les tests, on lui a conseillé la Ritaline, « comme à tout hyperactif ». Elle a essayé. Ça ne lui a pas convenu. Le rôle du produit, tel qu'elle le décrit, est d'apaiser, de canaliser un peu plus les nerfs. Et c'est exactement ce qui l'a freinée : la peur de perdre ce qui fait d'elle ce qu'elle est. « J'avais pas envie de perdre ce côté-là. Oui je suis un peu barjot, mais c'est comme ça, et j'aime être comme ça. »
Elle a aussi pris du Lamictal, un traitement à la base destiné aux épileptiques, dont on s'est aperçu qu'il lissait les montagnes russes émotionnelles. Là encore, ça l'apaisait un peu, mais le poids psychologique a pris le dessus. Se savoir sous traitement chimique « me détruisait psychologiquement ». Sa conclusion : elle est comme ça, et c'est à elle de trouver les bons dosages dans sa vie plutôt que dans une boîte de comprimés. Aujourd'hui, elle ne prend aucun traitement.
La phrase de sa psychiatre résume tout son parcours. Sans savoir qu'elle portait ce syndrome, Laure s'est dirigée toute sa vie vers des activités qui jouaient le rôle d'une « Ritaline naturelle ». Le théâtre d'abord. Pas un sport, mais on s'y évade complètement, on devient d'autres personnes, une vraie manière de s'exprimer et de relâcher la pression. La boxe ensuite, présentée par sa psy comme son traitement à part entière.
« La box a été pour vous votre traitement naturel. » Et l'avertissement qui va avec : « Le jour où vous arrêtez la box, ça va être compliqué pour les gens qui vous entourent. » Laure a contourné le problème à sa façon, en s'entourant de gens eux-mêmes hyperactifs. Pour l'instant, ça tient.
Pourquoi la boxe plutôt qu'autre chose ? Parce que c'est du 1 contre 1, et que là, « tu peux pas tricher ». C'est ton corps, rien d'autre. Quelque chose de viscéral, qu'elle porte depuis toute petite, une rage qu'elle ressort sur le ring. Elle le dit sans détour : elle est très violente, ce sport ne s'est pas choisi par hasard. Son premier entraîneur, Lionel, l'avait vu tout de suite. Même peu technique au départ, elle était faite pour ça.
La logique de régulation se prolonge dans son métier. En coaching, elle donne énormément d'énergie, court partout, voit plein de monde. C'est sa manière d'épuiser le trop-plein plutôt que de le subir.
Le besoin de stimulation ne s'arrête jamais. Quand on lui a imposé d'arrêter de travailler le dimanche, elle s'est retrouvée incapable de simplement regarder un film. Il lui faut un livre en même temps, et le téléphone à côté. « Tu ne peux pas te limiter, c'est comme ça, tu as besoin d'énergie. » Sans stimulation, l'ennui s'installe, et l'ennui, pour ce profil, n'est pas neutre.
C'est la part dont « on ne parle pas assez ». Derrière l'image de la championne, Laure décrit un état dépressif présent depuis l'enfance. Ses plus lointains souvenirs, vers 5 ou 6 ans, sont des souvenirs de tristesse. Au lycée déjà, le paradoxe était là : certaines filles rêvaient d'être elle, d'autres l'appelaient « la meuf chelou ».
Elle pointe un tabou français : la honte à parler de dépression, qu'on préfère glisser sous le tapis. Or les manifestations qu'elle décrit (l'impulsivité, les accès de colère et de violence qu'elle canalise sur le ring, l'état dépressif de fond) dessinent en creux une définition vécue du TDAH.
Le rappel d'Adrien, son hôte, vient cadrer l'enjeu. Les études montrent que beaucoup d'enfants porteurs de TDAH peuvent traverser, à l'adolescence ou à l'âge adulte, de grosses dépressions, avec un risque qui peut aller jusqu'au suicide. D'où l'importance de trouver à côté quelque chose qui te porte. Pour Laure, ce quelque chose, c'est la boxe.
Le fonctionnement de Laure tient en un mot : par à-coups. Pour son diplôme aux Beaux-Arts, elle a écrit un livre de A à Z, design graphique et multimédia, couverture en sérigraphie, affiche, objet fini, tout. En cinq jours. Son prof de typo, son maître de projet, le savait : elle est capable de produire comme ça. Un projet pensé sur trois mois, elle le monte en une nuit.
Même schéma ailleurs. À l'école de gendarmerie, une épreuve surprise de droit pénal : elle rend sa copie au bout de cinq minutes, sort de la classe, et décroche un 20. En formation d'hypnose, elle termine son examen en une demi-heure, sûre d'avoir pile les points nécessaires, et elle les avait. Le mécanisme qu'elle décrit : son cerveau pense en continu à des idées, donc le moment de l'épreuve n'est que la finalisation d'un travail déjà fait en tâche de fond. « Ça sort comme ça. » Et après, elle sèche. Si ça n'est pas sorti tout de suite, ça ne sortira pas davantage.
L'entourage y voit de la procrastination. Sa mère « pétait des câbles » en la voyant attendre la dernière minute. Pour Laure, c'est l'inverse de la fainéantise : c'est juste sa façon de travailler, dans la profusion, dans l'urgence, là où elle se sent le mieux. Les projets qui durent dans le temps, eux, l'ennuient vite. Sa vision avance par strates, à plus ou moins court terme.
Et derrière l'assurance apparente, un paradoxe qu'elle assume aujourd'hui : un manque de confiance qui l'a accompagnée toute sa vie, un vrai problème d'amour propre. Les gens la croyaient très sûre d'elle parce qu'elle fonçait tête baissée vers ce qu'elle voulait. En interne, une petite voix tournait en boucle (« tu y arriveras pas, t'es nulle »), au point que sortir d'une salle d'examen avant les autres, elle le vivait comme un échec. Comprendre qu'elle n'était pas seule dans ce fonctionnement a changé son regard.
Laure parle aussi en parent. Son fils de 6 ans présente beaucoup de traits qui rappellent le TDAH, sans que la cotation soit nécessairement très élevée à cet âge où les enfants bougent déjà beaucoup. Elle a tenté des choses avec lui, mais elle a vite vu ses propres limites : en tant que maman, sa présence met des freins. Quand il n'a pas envie, il ne fait pas.
Son constat de terrain est précieux. Le référent gagne souvent à venir d'ailleurs que du parent. Elle le sait d'expérience, ayant elle-même de grands frères et sœurs et ayant beaucoup appris auprès d'autres adultes. Pour son fils, elle s'appuie donc sur ses nombreux amis du milieu, vers qui il se tourne plus volontiers.
Elle pointe enfin un risque réel : un parent trop alerté par le sujet peut finir par « induire » des choses. Elle-même n'a pas été enfermée dans une case (« elle est hyperactive, il faut faire attention »), et elle estime que cette absence de formatage l'a aidée à se construire seule. C'est aussi, dit-elle, ce qui fait qu'elle est là aujourd'hui.
Au bout du compte, Laure a accepté son TDAH au point d'en faire un atout. Elle est aujourd'hui totalement à l'aise avec qui elle est, après des années où ça a été très dur, et après avoir compris qu'elle était simplement très en dehors des clous d'une société normée.
Son conseil de fin tient en un mot : l'instinct. « Fiez-vous toujours à 2000 % à votre instinct. » On est des animaux dotés d'instinct, rappelle-t-elle, et si quelque chose te fait mal au ventre avant de le faire, c'est qu'il ne faut pas le faire. Elle sait que neuf personnes sur dix continueront à faire des erreurs malgré ce conseil, et ça lui va : c'est comme ça qu'on apprend, à condition de se remettre en question. Les erreurs font progresser.
Et la vraie motivation, celle qui tient tout l'édifice, c'est la transmission. Elle en rêvait déjà graphiste, elle la vit aujourd'hui comme coach. « Vous êtes un exemple pour ma fille » : pour elle, il n'y a pas de plus beau compliment. Créer des femmes plus sûres d'elles parce qu'elles connaissent un bout de son histoire, c'est là que tout prend son sens.
Le parcours de Laure répond directement : plusieurs fois championne de France de boxe française, sportive de haut niveau, aujourd'hui coach à Paris, avec un combat prévu prochainement. Son TDAH n'a pas empêché la performance, il en fait même partie, à condition d'avoir trouvé un cadre qui canalise l'énergie.
Chez Laure : une hypersensibilité sensorielle permanente (entendre toutes les conversations d'une pièce, repérer les objets sans chercher), de l'impulsivité avec des accès de colère, un état dépressif de fond depuis l'enfance, et un fonctionnement par hyperfocus, capable de produire un travail entier en quelques heures ou quelques minutes.
Elle a testé la Ritaline (censée apaiser et canaliser) puis le Lamictal (un traitement d'épileptiques qui lisse les montagnes russes émotionnelles). Elle a abandonné les deux, par peur de perdre ce qui la définit et par rejet du poids psychologique du traitement chimique. Elle ne prend aujourd'hui aucun médicament et régule autrement.
Laure décrit une dépression présente depuis l'enfance. Son hôte rappelle que les études pointent un risque accru de grosses dépressions à l'adolescence ou à l'âge adulte chez les porteurs de TDAH, pouvant aller jusqu'au risque suicidaire. D'où l'intérêt de trouver une activité qui porte.
Parce qu'elle sert d'exutoire et de régulateur d'énergie. La psy de Laure a qualifié la boxe de « traitement naturel ». Le 1 contre 1 lui convient parce qu'on n'y triche pas, c'est viscéral, c'est le corps seul. Le coaching prolonge cette logique : courir partout, dépenser, épuiser le trop-plein plutôt que de le subir.
Le retour de Laure, parent d'un garçon de 6 ans aux traits TDAH : le référent gagne souvent à venir d'ailleurs que du parent, dont la présence met des freins. Elle s'appuie sur des adultes de confiance autour de l'enfant. Et elle met en garde contre le parent trop alerté, qui peut finir par « induire » plutôt que d'aider.
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