Benjamin Heckel pensait apprendre à des femmes à frapper. Le terrain lui a montré l'inverse : avant de se défendre, elles devaient réapprendre à bouger. Récit d'une self défense qui répare la motricité et régule les émotions.
1/4h LabO #121 · Regarder l'épisode sur YouTube
Benjamin Heckel pensait apprendre à des femmes à frapper. Le terrain lui a montré l'inverse : avant de se défendre, elles devaient réapprendre à bouger. Récit d'une self défense qui répare la motricité et régule les émotions.
Benjamin a passé une grande partie de sa carrière en gendarmerie, en unité d'intervention, comme référent des violences intrafamiliales. Ce poste l'a mis au contact direct de nombreuses femmes confrontées à ces situations. Il y a un an et demi, il a créé l'association Mathilde Sport, dédiée aux femmes victimes de violences conjugales.
L'idée de départ tient en une phrase : leur proposer des ateliers de self défense pour les aider à gérer leurs émotions, à gérer le stress, à répondre à la violence qu'elles subissent. Pour tenir cette promesse, Benjamin s'est formé à l'approche des traumas, puis à la box thérapie, une méthode qui se sert de la boxe pour regagner confiance et estime de soi. Autour de ça, tout un travail de préparation mentale.
Le mot qui revient quand il décrit son activité, c'est accompagnement. Loin du coaching sportif classique. Un suivi de personnes en stress post-traumatique, où la séance de sport sert de support, et où l'objectif réel se joue ailleurs : aider ces femmes à avancer dans leur cheminement.
Au début, Benjamin imaginait ses séances comme la plupart des gens les imaginent : on apprend aux femmes à frapper pour qu'elles puissent se défendre. La cape de héros, la clavicule cassée, la technique qui sauve. La première séance a démonté cette image en quelques minutes.
Le plus gros du travail, il l'a vu tout de suite, est psychologique et émotionnel. Les indicateurs étaient là, lisibles dans les corps : l'équilibre, la coordination. Le trauma avait laissé des répercussions visibles. Impossible d'enchaîner sur des techniques de dégagement d'étranglement tant que ces femmes n'avaient pas réappris à exécuter un mouvement, à se mouvoir, à gérer la montée de stress qui surgissait dès qu'une personne s'approchait d'elles.
Il y avait aussi la croyance en leurs propres ressources, fortement entamée. Le blocage commence très tôt dans la chaîne. Avant même de mettre un direct, il fallait d'abord les convaincre qu'elles allaient y arriver, qu'elles en avaient la capacité. Ce verrou-là est mental avant d'être technique.
Cette découverte a fait basculer toute l'approche. Parti d'une logique très sportive, Benjamin a dû aller chercher des outils de préparation mentale et de gestion des émotions. La technique de défense n'a pas disparu, elle a reculé à la fin du parcours, une fois le terrain émotionnel et moteur préparé.
Sur le terrain, la corrélation est nette : les personnes les plus traumatisées présentent les plus grosses pertes d'équilibre et de coordination. Benjamin parle de pertes très impressionnantes. C'est devenu pour lui un indicateur de premier plan, celui par lequel se lit l'ampleur du trauma.
Pour qui n'a jamais accompagné des personnes ayant vécu un traumatisme, l'ampleur du phénomène est difficile à imaginer. Les violences conjugales se vivent comme un stress post-traumatique, et ce stress ne reste pas dans la tête. Il vient handicaper le mouvement, parfois au point qu'une personne n'arrive plus à exécuter des gestes simples. Le lien entre traumas, stress et système moteur est réel, et il se voit à l'œil nu quand on sait le repérer.
L'exemple le plus parlant que donne Benjamin, c'est celui d'une dame qui se déplaçait en béquilles. Au fil des 6 séances, elle a récupéré la mobilité de son genou. Lors d'un rendez-vous, son chirurgien lui a demandé ce qui s'était passé pour que ce genou la laisse enfin tranquille. La réponse : son corps a traduit son évolution psychique. Elle allait mieux dans sa tête grâce aux ateliers, et le corps a suivi.
Benjamin le reconnaît, avant de comprendre ce schéma, il passait à côté. En séance de sport classique, on croise des gens qui n'arrivent pas à faire certains mouvements, qu'on sent un peu stressés, et on ne creuse pas. Sans la grille de lecture du traumatisme passé, on ne va pas travailler dessus. Une fois qu'on l'a, on ne regarde plus une perte d'équilibre de la même façon.
Pour reconstruire ce qui a été abîmé, Benjamin est allé piocher dans sa formation au cross training, notamment sur le travail vestibulaire (le système de l'oreille interne qui gère l'équilibre et la perception du mouvement). Il a récupéré des exercices avec des balles de tennis et les a glissés dans ses échauffements. Dès les premières séances, l'amélioration se voit, et elle progresse de séance en séance.
Les outils restent volontairement simples et ludiques. Réceptionner une balle de tennis, se retourner, se remettre face à sa binôme : un enchaînement que beaucoup de participantes ne peuvent pas du tout réaliser en début de cycle, et qu'elles réussissent en fin de parcours. Autre exercice, une frite de piscine posée en équilibre dans la paume de la main, déplacement à maintenir, puis petits gestes à réaliser en même temps. Chaque échauffement, chaque séance, intègre ce type de travail.
Benjamin glisse aussi ces exercices entre deux techniques de défense. Il travaille une technique, intercale un petit jeu, puis passe à la suivante. Ce jeu sert deux objectifs : garder les participantes concentrées, et ramener encore du travail vestibulaire et de proprioception (le sens qui te dit où se trouvent tes membres sans avoir à les regarder). Au passage, ça injecte du ludisme dans la séance, ce qui compte quand le public arrive avec un vécu lourd.
Le bénéfice dépasse la performance motrice. Pointer du doigt l'évolution d'une séance à l'autre permet aux participantes d'en prendre conscience elles-mêmes. Réussir aujourd'hui ce qu'on ne pouvait pas faire il y a quelques semaines, c'est une preuve concrète de progression qu'on s'administre à soi-même.
Toute la logique du parcours tient dans son ordre. Benjamin travaille sur des cycles de 6 séances, et les techniques de dégagement d'étranglement n'arrivent qu'à la 6e. Tout ce qui précède relève du travail émotionnel et moteur en amont. La technique de défense fait la cerise, pas le gâteau.
Chaque atelier se structure en trois parties. La première est théorique : la légitime défense, ce qu'elle autorise, et les profils d'agresseur selon les problématiques rencontrées. La deuxième est physique : les techniques de percussion et le travail corporel. La troisième clôt systématiquement la séance avec un outil de gestion du stress.
Cet outil change à chaque séance. Visualisation, relaxation, respiration : Benjamin apporte à chaque fois un nouvel outil que les participantes emportent avec elles. L'objectif, c'est qu'elles le réutilisent dans leur quotidien pour gérer leurs propres situations stressantes, bien au-delà du tatami.
Benjamin ne travaille jamais en individuel, toujours en petits groupes de 4 à 10 personnes maximum. La taille réduite protège la confidentialité, parce que les participantes parlent parfois de leur histoire, ou amènent des éléments personnels en réaction à un exercice.
Il s'appuie sur ce qu'il appelle des binômes parachutes : des personnels soignants, des assistantes sociales, qui connaissent déjà ces femmes et l'aident à gérer le groupe. Ces binômes font exactement la même séance que les participantes. C'est précisément là que Benjamin a vu la différence se révéler. Mettre côte à côte des personnes ayant vécu un traumatisme et des personnes qui n'en ont pas, et l'écart d'équilibre et de coordination saute aux yeux. Cette mixité a un double effet : elle permet de travailler les exercices ensemble, et elle prouve aux participantes que c'est possible, en leur mettant sous les yeux à la fois le but à atteindre et leur propre évolution.
La formation box thérapie que vient de passer Benjamin sert directement l'estime de soi. La boxe devient un support pour regagner confiance, et elle s'ajoute aux outils de préparation mentale déjà transmis séance après séance. Ce qui se construit là, c'est une capacité à affronter des situations qui étaient bloquantes peu de temps avant.
La meilleure preuve, c'est le transfert dans la vraie vie. Une dame qui avait suivi les ateliers l'an dernier a accepté cette année de suivre Benjamin au festival Toutes nos voix, un festival sur le droit des femmes et l'égalité, pour témoigner de son évolution. Un an plus tôt, elle était incapable d'être en public, de supporter des regards sur elle. Cette année, elle est montée sur scène face à une cinquantaine de personnes et a raconté son parcours. Elle a expliqué à Benjamin que les petits exercices de gestion du stress vus en atelier lui permettaient désormais d'affronter des situations qui la bloquaient totalement douze mois auparavant.
Le deuxième transfert concerne un enfant. Une participante avait retenu en séance l'outil de visualisation avec les lieux ressources. Son fils, en phobie scolaire, ne se rendait plus au collège depuis le début de la semaine, et elle avait déjà consulté plusieurs spécialistes. Elle a tenté l'outil de visualisation avec lui. Le lendemain, Benjamin recevait un message : le garçon avait réussi à retourner en cours. L'outil avait quitté la salle pour servir dans la cuisine d'une famille.
C'est ce genre de progression qui, de l'aveu de Benjamin, donne sa motivation et son sens au métier. Voir les gens s'accomplir, plus que faire de sa passion son métier, voilà ce qui donne une âme à ce travail.
On retrouve Benjamin sur Instagram et Facebook sous le profil Ma p'tite Mathilde Sport, où il partage des tips et des extraits de ses séances. Il propose aussi, le samedi, des initiations ouvertes à toutes les femmes qui veulent apprendre à se défendre, sur le secteur de Sarrebourg où il est implanté, dans le Grand Est entre Strasbourg et Nancy. Il se déplace dans toute la région, Vosges et Moselle comprises, et envisage de créer des groupes dans d'autres grandes villes du Grand Est comme Épinal, Nancy ou Strasbourg. Avec sa formation box thérapie, il commence à ouvrir du coaching individuel et collectif sur la gestion émotionnelle via la boxe.
Aux femmes victimes de violences conjugales. Benjamin travaille en petits groupes de 4 à 10 personnes maximum, pour préserver la confidentialité, parce que les participantes peuvent évoquer leur histoire pendant la séance.
Parce que le plus gros du travail observé sur le terrain est émotionnel et psychologique. Le mouvement et le sport de combat permettent de débloquer l'expression, de gérer les montées de stress et de regagner confiance en ses propres ressources, avant même d'aborder la moindre technique de défense.
Le travail se fait sur un cycle progressif de 6 séances. Les techniques de défense, comme le dégagement d'étranglement, n'arrivent qu'à la fin du cycle, en 6e séance, après tout le travail émotionnel et moteur en amont.
Apprendre à gérer les montées de stress, restaurer l'équilibre, la coordination et la motricité abîmés par le trauma, reprendre confiance en ses capacités, et seulement ensuite savoir se défendre.
Chaque séance se structure en trois temps : théorie (légitime défense, profils d'agresseur), physique (techniques de percussion), et un outil de gestion du stress en clôture (visualisation, relaxation, respiration). S'ajoutent des exercices de proprioception et de travail vestibulaire sous forme ludique (balles de tennis, frite de piscine), et des binômes parachutes (soignants, assistantes sociales) qui épaulent le groupe.
Via les profils Instagram et Facebook Ma p'tite Mathilde Sport, et lors des initiations du samedi, sur le secteur de Sarrebourg et plus largement dans le Grand Est.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
L'activité physique change la donne pour le TDAH de l'enfant. Adrien Chartier, préparateur physique depuis plus de vingt ans et cofondateur de Labo RNP, le résume en une phrase : on envoie nos enfants deux heures aux devoirs et trente minutes de sport le mercredi, il faudrait faire l'inverse. Voici le mécanisme neurologique, comment juger les approches selon leur niveau de preuve, et un plan progressif sur douze semaines à lancer dès demain.
L'hyperactivité motrice de l'enfant est d'abord un signal. Quand un enfant bouge sans arrêt, son système nerveux cherche le plus souvent à se réguler, à se stimuler ou à évacuer une tension. Comprendre ce que ce mouvement résout change tout ce qu'on va lui proposer.