Un enfant autiste tourne sur lui-même, vite, longtemps, puis repart marcher droit, sans vomir. Juste à côté, un autre ne tient en place qu'en gigotant. Deux comportements opposés qui parlent peut-être du même système sensoriel en train de se chercher. La recherche sur les réflexes archaïques et l'autisme donne un cadre pour les lire, là où réflexes archaïques et systèmes sensoriels forment un seul socle.
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Un enfant autiste tourne sur lui-même, vite, longtemps, puis repart marcher droit, sans vomir. Juste à côté, un autre ne tient en place qu'en gigotant. Deux comportements opposés qui parlent peut-être du même système sensoriel en train de se chercher. La recherche sur les réflexes archaïques et l'autisme donne un cadre pour les lire, là où réflexes archaïques et systèmes sensoriels forment un seul socle.
Chez Labo RNP, on suit beaucoup d'enfants qui présentent des atypies. Le mot regroupe le TDAH, le HPI, l'autisme. Posons-le tout de suite : avoir une atypie n'empêche pas une vie qui se passe bien. C'est un trait qu'on souligne, rien de plus. Avec quelqu'un qui ne présente aucun trait atypique, on travaille d'ailleurs exactement de la même façon, en collaboration.
Et cette collaboration, elle est systématique. On bosse avec Eduardo, le neuropsy, qui a fait des modules dans Labo Motricité Apprentissage. On intervient souvent ensemble, parce qu'on suit les mêmes personnes sur le même secteur. Autour de l'enfant, il y a en général du monde : orthophonistes, psychomotriciens, ergothérapeutes, parfois des kinés selon les problématiques, des psy, des neuropsy. Parfois un placement en institut type IME, avec des éducateurs spécialisés.
La logique derrière tout ça, c'est la systémie. La prise en charge doit être plurifactorielle, parce qu'on n'a pas la science infuse et que chaque intervention peut vraiment apporter un mieux. Les troubles visuels le montrent bien : il vaut parfois mieux référer à un spécialiste de la vision, qui ira plus loin que nous sur certains exercices oculomoteurs. Personne ne sait à l'avance ce qui va vraiment marcher.
Les enfants qui présentent des atypies présentent des déficits sensoriels. Et chez Labo RNP, on ne sépare pas les systèmes sensoriels des réflexes archaïques. Pour nous, c'est la même chose.
Le raisonnement est mécanique. Les réflexes archaïques soutiennent les systèmes sensoriels, et les systèmes sensoriels soutiennent les réflexes archaïques. Sans système sensoriel, aucun réflexe archaïque ne se développe. Les deux avancent ensemble, ou pas du tout.
Voilà pourquoi on ne peut pas parler de réflexes sans parler de sensoriel. Travailler l'un, c'est travailler l'autre. Et dans les cas d'autisme, un système revient sans cesse : le vestibulaire.
Le système vestibulaire, c'est le sens de l'équilibre et du mouvement de la tête dans l'espace. Selon les problématiques, il peut être hypoactif ou hyperactif. Et il se trouve à la base de nombreux réflexes archaïques.
Dans les cas d'autisme, on observe une prévalence des réflexes vestibulaires, en particulier le réflexe tonique asymétrique du cou, le RTAC. Quand on regarde quels réflexes restent non intégrés chez ces enfants, ce sont souvent ceux-là qui ressortent. Le vestibulaire devient alors un point d'entrée logique pour comprendre ce qui se joue.
Inutile d'aligner tout ce qui existe, il y a énormément d'études. Deux travaux suffisent à poser le consensus : ceux de Masgutova et ceux de Melillo.
Les spécialistes de l'evidence-based te diront que les études de Masgutova ne sont pas reconnues à 100 %, qu'elle n'a peut-être pas tout fait dans les règles, et qu'à la base elle ne vient pas du milieu scientifique, même si elle est psychologue. La limite est assumée. Sa force est ailleurs : une énorme mise en pratique sur le terrain. Quand il y a eu Tchernobyl, son équipe est allée en Ukraine. Après des tornades dans certains États américains, après des tueries dans des lycées et des facs, elle a dépêché ses thérapeutes, formés par elle, sur place, auprès des personnes qui avaient vécu le traumatisme.
Côté chiffres, elle a testé 3 700 enfants dans les années 2010, sur 30 réflexes archaïques. Pour une étude que les tenants de l'evidence-based n'aiment pas trop, 3 700 enfants, ça commence à parler. Son constat : plus l'autisme est sévère, plus il reste de réflexes archaïques non intégrés. Et elle relève cette même prévalence des réflexes vestibulaires, le RTAC en tête, chez ces enfants déjà diagnostiqués autistes.
Le suivi porte sur 1 200 d'entre eux, avec deux groupes contrôle : un groupe qui pratique quelque chose, mais pas le travail sur les réflexes, et un groupe sans suivi particulier. En venant travailler les réflexes archaïques et les systèmes sensoriels qui les portent, surtout le vestibulaire et le proprioceptif, elle constate une amélioration sensori-motrice, comportementale et émotionnelle chez les enfants suivis.
Melillo travaille depuis plus de 20 ans et sort des études de plus en plus grosses, fruit de toutes ces années de recherche. Ce qui les rend solides : elles sont très bien documentées, souvent précédées d'une revue de littérature qui présente chaque cas, et chaque article cité est référencé. On les trouve sur PubMed, et là où PubMed se contente souvent d'un abstract, Melillo laisse ses études en libre accès. Si tu es sceptique sur les réflexes archaïques, c'est l'endroit où regarder.
Sa revue de littérature de juin 2023 établit un gros lien entre les troubles du spectre et un développement insuffisant du cerveau droit. Le détail qui compte : le cerveau droit se construit dans les toutes premières années de la vie. Les réflexes archaïques se développent en majeure partie la première année, puis sur les trois premières années ce sont eux qui permettent au cerveau droit de bien s'exprimer, avant que le cerveau gauche prenne le relais vers 2 à 3 ans.
La conséquence suit toute seule. Si ces réflexes ne s'intègrent pas, le cerveau droit ne peut pas s'exprimer convenablement. Et un cerveau droit mal développé s'accompagne d'une perception sensorielle perturbée. Le fil se boucle : des réflexes mal intégrés vers des problématiques sensorielles, en passant par l'hémisphère droit.
Sur le terrain, ça prend deux visages. Quand le système est hypoactif, l'enfant cherche la stimulation, parce qu'il en manque. C'est l'enfant autiste qui tourne sur lui-même très vite et repart marcher sans avoir la tête qui tourne : il a besoin de stimulation vestibulaire. C'est peut-être aussi celui qui gigote sans arrêt sur sa chaise. Son sens vestibulaire n'arrive pas à s'activer, et c'est en bougeant qu'il y parvient. Certaines études font d'ailleurs le lien entre activation vestibulaire et amélioration cognitive.
Regarde les classes flexibles, c'est exactement ça. Au lieu de la classe figée qu'on a connue en France, on y trouve des Swiss ball, des petits vélos, des élastiques aux chaises, des coussins d'air proprioceptifs sous les fesses. Et les professeurs le remarquent : l'enfant est mieux concentré, tout simplement parce qu'il gère sa problématique sensorielle. Il a la bougeote, et bouger l'aide.
Le cas de Jules, mon fils, diagnostiqué TDAH et HPI, le montre bien. En classe, il est seul, derrière, parce qu'il bouge tout le temps. Une intervenante m'a raconté un exercice de maths : trois minutes après le début, Jules était déjà reparti, en train de bouger, de vivre sa vie. Quand elle est allée le voir, il avait déjà tout fini. Gesticuler lui permet de se concentrer. Pareil sur Mario Kart : il ne peut pas jouer sans bouger les jambes, très vite.
Cette compensation peut traverser l'âge adulte. Moi-même, mon réflexe d'agrippement plantaire n'est pas intégré. Ce réflexe, c'est quand on stimule sous les têtes métatarsiennes du pied et que le pied se recroqueville pour agripper. Une formatrice me demandait s'il y avait là-dedans une composante que j'aimais, et oui, j'adore frotter mes pieds. Ma lecture va plus loin : je manque sans doute d'exploration sensorielle au niveau du pied. Là où Jules bouge les jambes, ma compensation d'adulte, c'est de bouger les pieds. Dès que la tâche devient monotone, lire au lit, regarder la télé, jouer à Mario Kart, je bouge les pieds pour me concentrer.
À l'inverse, quand le système est hyperactif, l'enfant sature. Trop de bruit, une lumière trop forte, et la colère monte : cris, pleurs. Ou alors il s'isole pour calmer ces moments-là.
Ce qui ressort beaucoup des études, c'est ce lien : beaucoup de réflexes archaïques non intégrés dans l'enfance peuvent causer des problématiques plus tard. C'est une manière de prédiagnostiquer une problématique autistique. Une nuance reste capitale : avoir des réflexes mal intégrés ne veut pas dire être autiste, ni qu'un problème atypique va forcément arriver.
Mais il y a un repère temporel fort. Plus il y a de réflexes mal intégrés, surtout vers l'âge de 9 mois, plus on remarque de retards cognitifs à l'âge de 5 ans. C'est là, dans cette fenêtre, qu'agir compte le plus.
D'où l'intérêt, avec un enfant, de réguler tôt. On parle de motricité libre, mais aussi de lui offrir les capacités d'intégrer ses systèmes sensoriels très tôt, pour éviter qu'une difficulté sensorielle ou cognitive ne s'installe plus tard. Travailler le vestibulaire et le proprioceptif avant que le problème ne se fixe.
En pédiatrie, un postulat veut qu'à 1 an les réflexes archaïques soient intégrés. C'est sans doute pour ça que les pédiatres arrêtent de les tester après un an, dès lors que l'enfant marche, parle, entend bien et ne présente pas de problème neuro.
Or une étude de Melillo, datée de 2022, note, références à l'appui, que beaucoup de réflexes archaïques peuvent rester actifs tout au long de la vie. Plus on avance en âge, plus ils ressurgissent, sans forcément poser problème. De quoi parler dans un prochain épisode.
Parce que réflexes archaïques et systèmes sensoriels forment un même socle : les uns soutiennent les autres, et sans système sensoriel aucun réflexe ne se développe. Les travaux de Melillo relient les troubles du spectre à un développement insuffisant du cerveau droit, lui-même porté par l'intégration des réflexes archaïques sur les trois premières années. Quand ces réflexes ne s'intègrent pas, la perception sensorielle est perturbée.
Ce sont des réflexes automatiques qui se développent en majeure partie pendant la première année de vie et qui sont censés s'intégrer ensuite. Exemple concret, le réflexe d'agrippement plantaire : quand on stimule sous les têtes métatarsiennes du pied, le pied se recroqueville pour agripper. Quand un réflexe reste non intégré, il peut continuer à s'exprimer, y compris chez l'adulte.
Deux profils. Hypoactif : l'enfant cherche la stimulation, il tourne sur lui-même très vite, gigote sur sa chaise, a besoin de bouger pour se concentrer. Hyperactif : il sature face au bruit ou à la lumière forte, se met en colère, crie, pleure, ou s'isole pour se calmer.
En régulant tôt. Motricité libre, travail sur les systèmes vestibulaire et proprioceptif, et aménagements comme les classes flexibles (Swiss ball, élastiques aux chaises, coussins d'air proprioceptifs) qui aident l'enfant à gérer sa problématique sensorielle et à mieux se concentrer.
Avec une prise en charge plurifactorielle et collaborative, autour de plusieurs professionnels (neuropsy, orthophonistes, psychomotriciens, ergothérapeutes, kinés, parfois IME), parce qu'aucun intervenant n'a la science infuse. Et en intervenant tôt, avec des aménagements sensoriels adaptés au profil de l'enfant.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
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L'hyperactivité motrice de l'enfant est d'abord un signal. Quand un enfant bouge sans arrêt, son système nerveux cherche le plus souvent à se réguler, à se stimuler ou à évacuer une tension. Comprendre ce que ce mouvement résout change tout ce qu'on va lui proposer.