Quinze ans de badminton, un genou droit tendu en permanence, des tendinites qui reviennent toujours à la même cheville, et des examens (IRM, radios) qui ne montrent rien. C'est le cas type qu'on voit débarquer régulièrement, et la douleur est bien réelle. Pour prévenir ces tendinites au badminton, il faut lâcher la zone qui crie et regarder un cran plus haut : ton système nerveux et ton historique de blessures.
1/4h LabO #28 · Regarder l'épisode sur YouTube
Quinze ans de badminton, un genou droit tendu en permanence, des tendinites qui reviennent toujours à la même cheville, et des examens (IRM, radios) qui ne montrent rien. C'est le cas type qu'on voit débarquer régulièrement, et la douleur est bien réelle. Pour prévenir ces tendinites au badminton, il faut lâcher la zone qui crie et regarder un cran plus haut : ton système nerveux et ton historique de blessures.
Reprenons la situation telle qu'elle se pose. Genou droit tendu en permanence, sensation d'inflammation, tendinites qui reviennent à la cheville du même côté, et des imageries impeccables. La médecine classique a fait son travail, elle conclut qu'il n'y a rien à traiter localement. La douleur, elle, reste plantée là.
Première chose à digérer : avoir mal sans diagnostic visible, c'est banal. On reçoit souvent des gens dans cette configuration. Pas d'avis médical qui colle, et pourtant une douleur bien présente. Donc « pourquoi j'ai mal alors qu'on ne voit rien ? » est une excellente question. Elle a des réponses.
Deuxième chose, qui pèse autant que la première : tu as raison d'avoir mal. On ne cherche pas à te rassurer en minimisant. On cherche à comprendre ce qui produit cette douleur, parce que tant que le mécanisme n'est pas clair, on tourne en rond à soigner une cheville qui n'est sans doute que le bout de la chaîne.
Un principe qu'on répète dans presque tous les quarts d'heure neuro : la douleur n'est pas corrélée à une lésion des tissus. Tu peux souffrir énormément sans la moindre lésion tissulaire. Et l'inverse tient aussi : on peut avoir une lésion sans ressentir quoi que ce soit. Les deux n'avancent pas main dans la main comme on l'imagine.
Ça colle parfaitement au cas du badiste. Si la douleur dépendait directement d'une lésion, l'IRM la verrait. Elle ne voit rien, et ça fait mal quand même. La conclusion s'impose : la douleur vient d'ailleurs que d'un dégât local.
Du coup la bonne question change de forme. Plutôt que de chercher « où est la lésion ? », question sans réponse ici, on demande : qu'est-ce qui crée cette douleur ? Et pour répondre, il faut aller voir là où la douleur se fabrique en premier lieu, c'est-à-dire le cerveau.
La douleur est produite par le cerveau. Et quand on dit cerveau, on parle large : tout le système nerveux. Le cerveau, le cervelet, le tronc cérébral, et l'ensemble des aires motrices et sensorielles. C'est tout ce monde-là qui interprète ton environnement et qui décide, ou pas, de fabriquer une douleur.
Avant de t'acharner sur la cheville, pose-toi donc une question simple : est-ce que ton système nerveux fonctionne bien ? Est-ce qu'il interprète correctement sa réalité, l'environnement dans lequel il évolue ? Si ça penche vers non, c'est là qu'il faut commencer à creuser. Pas dans le tendon.
Pour comprendre pourquoi, rappelle-toi le continuum de performance dont on parlait dans les premiers quarts d'heure neuro. L'idée : quand ton cerveau ne se sent pas en sécurité, il enclenche des mécanismes de défense. Ces mécanismes prennent plusieurs formes, et l'une d'elles, c'est la création de douleur. Une douleur qui récidive sans cause locale peut donc être un signal de protection : ton système nerveux te freine parce que quelque chose, quelque part, ne lui inspire pas confiance. Toute la logique de la reprogrammation neuro-posturale tient là : revenir à ce niveau plutôt que de poncer le symptôme.
Voilà le point qu'on sous-estime le plus, et souvent c'est le fil qui débloque tout. Beaucoup de gens arrivent en répétant « j'ai mal, j'ai mal, j'ai mal », point. Tu leur demandes : « est-ce qu'il y a déjà eu une première douleur, même il y a longtemps, de ce côté ou ailleurs ? » Et la réponse tombe presque à chaque fois. « Ah ouais, maintenant que tu le dis, vers 10-12 ans je me suis fait une entorse de ce côté, et ça ne s'est jamais bien remis. Après j'ai eu des soucis aux genoux, et ainsi de suite. »
Le scénario typique est là : une vieille entorse, souvent vers 10-12 ans, du même côté, jamais réhabilitée correctement. À partir de ce point, le corps installe des compensations qui s'empilent et qui remontent. Une cheville qui n'a jamais récupéré peut très bien finir par parler au genou des années plus tard.
D'où le poids de l'historique de blessures, que tu sois en prépa physique, en posturologie ou ailleurs. C'est lui qui te permet de remonter les niveaux de compensation : retrouver d'où part la chaîne, regarder comment les anciennes blessures ont été rééduquées (ou pas), et retravailler dessus. L'anamnèse, ce travail de fond pour reconstituer ce qui t'est arrivé, reste vraiment sous-évaluée.
La plupart des bilans s'arrêtent à « où as-tu mal ? ». Au mieux on ajoute « tu t'es déjà fait quoi comme bobos ? », puis on passe à la suite. Avec une approche neuro, on gratte plus loin : on traque le premier petit truc, le déclencheur d'origine, celui que la personne avait presque oublié.
Et en grattant, on finit quasiment toujours par tomber dessus. Un détail dont le gars ne se souvenait plus trop, et qui resurgit : « ah ouais, ça, c'était vers mes 10-12 ans ». Il y a presque toujours un petit déclencheur. Une fois qu'on le tient, on devine à peu près comment va se dérouler le reste des tests. Comme on en fait beaucoup, ça crée des corrélations : un indice confirme l'autre, et on identifie la piste à creuser pour de bon.
Un exemple concret, vu récemment. Un gars arrive avec des soucis côté droit, plutôt bas du dos et jambe droite. On le fait marcher, et tout de suite ça parle : un PMRF droite bien présent, beaucoup de difficultés à droite. À la marche, le pied droit s'ouvre complètement. Asymétrie nette.
On pousse les tests. Le système vestibulaire, l'oreille interne qui gère l'équilibre et l'orientation dans l'espace, n'est pas en place, surtout sur les diagonales. On regarde aussi un test tout simple : pieds joints, bras écartés, on soupèse la symétrie de tension quand la personne tourne la tête d'un côté puis de l'autre. Chez lui, les réponses partaient dans le désordre, du mauvais côté à chaque fois. Côté droit, aucune vraie mise en route. On note en plus un léger souci sensoriel et tactile à droite, au niveau du pied notamment.
Puis le détail qui relie le tout : une vieille cicatrice sous l'œil, à droite, souvenir d'une chute d'enfance. Une grosse cicatrice qu'on ne remarque même pas au premier coup d'œil. En la touchant, en la manipulant pendant les tests, les choses bougeaient : difficultés en rotation cervicale, difficultés à se mouvoir côté droit, tout ce côté droit qui se tenait ensemble. À ça s'ajoutait un gros blocage lombaire, séquelle d'un plongeon de 8 mètres mal réceptionné, tombé sur le coccyx. Bilan : une masse d'informations qui bloquent à droite, du pied à l'œil. Tu vois la logique : la douleur est en bas, l'histoire est partout sur le même côté.
Pour saisir pourquoi s'acharner sur la cheville ne change rien, il faut parler de stabilisation réflexe. Quand tu réalises un mouvement volontaire, par exemple bouger le bras gauche, environ 10 % de la commande passe par le cervelet, la partie « contrôle fin » du geste. Les 90 % restants partent en ipsilatéral, du même côté donc, au niveau du tronc cérébral via une structure appelée PMRF, et servent à la stabilisation réflexe.
La conséquence est directe, et franchement contre-intuitive : quand tu crées un mouvement du côté gauche, c'est le côté droit du corps qui se stabilise en réflexe. Le système croise. Autour des articulations, ce PMRF gère aussi les équilibres entre muscles agonistes et antagonistes, le tonus des fléchisseurs et des extenseurs, tout le tonus de base. Du côté du PMRF, tu retrouves souvent une tension musculaire plus marquée, et même une tension artérielle plus haute, qui est d'ailleurs une des façons de le tester.
Applique ça au badiste. Sa douleur est à droite. Si stabiliser le côté droit passe par un travail du côté gauche, alors la méthode traditionnelle (« j'ai mal à droite, donc je travaille à droite ») rate complètement la cible. Tu manques la cause, qui se joue ailleurs, et tu t'épuises sur le symptôme.
En préparation physique, on cherche le maillon faible. C'est juste, mais c'est la moitié du travail. L'autre moitié, c'est de bâtir une base solide sur laquelle le mouvement pourra s'appuyer.
L'image parle d'elle-même : tu ne tires pas un boulet de canon depuis un canoë. Le canon doit être ancré au sol, sinon toute l'énergie part dans le recul et le tir ne vaut rien. Le corps marche pareil. Si la base, la stabilité réflexe, n'est pas en place, tu peux renforcer le tendon autant que tu veux, le geste continuera de se produire sur des fondations bancales. Et la cheville continuera de payer.
Soyons honnêtes sur un point, et c'est volontaire de l'assumer : il n'y a pas de protocole tout fait. Donner un exercice générique au badiste reviendrait à jouer à pile ou face, une chance sur deux que ça marche. Le résultat dépend de trop de variables : quel côté du corps travailler, quelles articulations, quel travail proprioceptif, quel type de mouvements oculaires, quel type de travail vestibulaire, et comment intégrer tout ça ensemble. Sans avoir vu la personne, impossible de promettre un programme qui « parle » vraiment à son système.
Ça ne veut pas dire qu'on te lâche dans la nature. Les pistes sérieuses démarrent toujours pareil : un vrai bilan et une anamnèse. Reconstituer l'historique de blessures, vérifier s'il y a une concentration de blessures d'un côté (le droit, dans ce cas), puis observer la marche pour voir si tout ça est en lien avec le réflexif, le fameux PMRF. Cette étape de diagnostic oriente tout le reste.
À partir de là, on peut nommer des directions de travail, quitte à les affiner ensuite. Développer les extenseurs en passant par les pieds : allongé sur le dos, on cible les pieds, parce qu'on sait que c'est par là que ça passe. Le travail vestibulaire vient après, encore un peu « fourre-tout » tant qu'on n'a pas individualisé, mais qui peut aider. Et toujours, des questions précises pour caler l'intervention : tu as mal au genou quand exactement ? Au squat ? Sur quel type de mouvement ? Dans la vie de tous les jours ? Il y a beaucoup à savoir avant de poser un programme.
La démarche tient en une phrase : remonter à la cause neuro plutôt que de courir après le symptôme. Une fois le bilan posé et le déclencheur retrouvé, le travail s'individualise, côté à privilégier, articulations, proprioception, yeux, vestibulaire. C'est plus long qu'une recette miracle, et c'est ce qui casse réellement le cycle des récidives.
Parce que la douleur n'est pas corrélée à une lésion des tissus. On peut avoir très mal sans aucune lésion visible, et porter une lésion sans douleur. Voilà pourquoi l'imagerie peut être propre alors que la douleur est bien réelle. La douleur est produite par le système nerveux, donc une imagerie qui ne montre rien ne signifie pas qu'il n'y a pas de problème : elle signifie qu'il faut le chercher ailleurs que dans un dégât local.
En passant par un bilan neuro et par l'historique de blessures, pas par un traitement local de la cheville. On reconstitue l'anamnèse, on cherche le déclencheur d'origine (souvent une vieille blessure mal réhabilitée), on analyse la marche, puis on travaille la cause au niveau de la stabilisation réflexe. C'est ce qui permet de remonter les compensations au lieu de soigner sans fin le bout de la chaîne qui fait mal.
Oui. Une entorse ancienne, typiquement vers 10-12 ans, du même côté, jamais réhabilitée correctement, installe des compensations qui s'empilent et remontent avec le temps. Une cheville qui n'a jamais bien récupéré peut très bien finir par se manifester au genou des années après. C'est précisément pour ça que l'historique de blessures sert de fil pour remonter les niveaux de compensation.
À cause de la stabilisation réflexe. Quand tu fais un mouvement volontaire, environ 10 % passe par le cervelet et 90 % part du même côté via le tronc cérébral (le PMRF) pour stabiliser le corps. Et cette stabilisation se croise : bouger le côté gauche stabilise le côté droit. Donc si ta douleur est à droite et que tu ne travailles que la droite, tu rates la cause, qui se joue ailleurs. Soigner uniquement le côté douloureux revient à passer à côté du vrai levier.
Non, et c'est assumé. Le travail doit être individualisé après un bilan. Donner un exercice générique reviendrait à une chance sur deux que ça fonctionne, parce que tout dépend du côté à travailler, des articulations concernées, du proprioceptif, des mouvements oculaires, du vestibulaire et de la façon d'intégrer le tout. On peut donner des pistes (travail des extenseurs par les pieds, travail vestibulaire), mais elles ne vaudront vraiment que calées sur ton bilan à toi.
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