Un avocat brillant de 45 ans, immobile au point de ne plus pouvoir tourner la tête sans pivoter tout le corps. Alain Couturier a vu là son propre futur, et il a choisi le mouvement. Le mouvement humain, c'est justement ce regard qui sépare un corps qui se fige d'un corps qui reste vivant.
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Un avocat brillant de 45 ans, immobile au point de ne plus pouvoir tourner la tête sans pivoter tout le corps. Alain Couturier a vu là son propre futur, et il a choisi le mouvement. Le mouvement humain, c'est justement ce regard qui sépare un corps qui se fige d'un corps qui reste vivant.
Demande une définition à Alain, il refuse de fermer la porte. Figer le terme, ce serait exclure d'autres choses, alors il le garde ouvert. Ce qui l'intéresse, ce sont les traits communs qu'on retrouve dans toutes les disciplines pour venir nourrir un corps. Le mouvement humain est moins une discipline de plus qu'un regard transversal sur tout ce qui fait bouger un humain.
Pour lui, ça remplit plusieurs fonctions en même temps. Un outil pour vieillir jeune et vivre avec vitalité. Une pratique de bien-être. Et une pratique d'exploration de soi, autant sur sa physicalité que sur le travail interne. Alain va jusqu'au bout de l'idée : à travers le mouvement, on apprend même à manipuler ses émotions.
Il insiste sur un détail qui change tout : cette pratique est infinie. Elle se transforme avec l'âge au lieu de s'épuiser, et c'est ce qui en fait une affaire de toute une vie.
Au départ, la vision d'Alain collait de près à celle d'Ido Portal. C'est lui qui a apporté le mot « mouvement » et qui a créé ce qu'on appelle la movement culture. Alain l'assume comme point de départ, sa première grille de lecture.
Avec le temps, l'âge, la réalité du terrain, il s'en est détaché. Il n'a rien renié de l'origine, il l'a fait évoluer vers sa propre vision, davantage centrée sur la longévité et l'exploration de soi. Connaître la source aide à comprendre d'où vient le mot, et ça te permet de juger ensuite ce qu'Alain en a gardé et ce qu'il a laissé.
La beauté du mouvement, selon Alain, c'est qu'il ne demande pas la même chose à 25 ans qu'à 50. Il décrit trois grands moments. De 20 à 30 ans, on a souvent envie d'acrobaties, de spectaculaire. De 30 à 40 ans, on cherche à connaître son corps plus en profondeur, par des pratiques internes.
De 40 à 50 ans et au-delà, l'enjeu se déplace encore : avoir un corps qui consomme peu, qui vit bien, qui s'articule et s'orchestre toujours bien. Chaque décennie a sa porte d'entrée. Et comme les objectifs bougent en continu, la pratique ne plafonne jamais. Voilà pourquoi Alain la considère infinie.
La vision d'Alain est d'abord exploratoire : que peut-on faire de son corps ? Et elle est transformatrice. On part d'un stade donné, et à force d'explorer et de pratiquer, ce qui semblait impensable devient réalisable, puis carrément facile. Tout son enseignement vise à déplacer cette frontière.
Le point qui surprend le plus tient dans ses cours. Quand il propose un sujet à étudier, il n'y a aucune ambition de réussir la tâche. Pas d'obligation de réussir l'acrobatie, la figure de parcours, la coordination. La seule ambition, c'est d'explorer, de sentir qu'il se passe quelque chose, et que ça fait du bien. En retirant la pression du résultat, il retire du même coup le principal frein à l'apprentissage.
Alain raconte une scène qui revient souvent. Il fait une démonstration pour montrer ce qu'il y a à faire, et les élèves veulent le reproduire exactement comme lui. Il les arrête : on a tous une intelligence de corps différente. Il y a la tâche à accomplir, et à chacun de trouver sa propre voie.
Concrètement, ça veut dire chercher comment réaliser la figure avec le moins de difficultés et le moins d'efforts possibles. Quelqu'un de plus mobile passera par un certain angle, un autre devra résoudre le mouvement autrement, avec son propre corps. Le but n'est pas de copier le prof. C'est de montrer à ton corps qu'il est intelligent et qu'il peut bouger sans subir toutes les contraintes.
Dans sa pratique, Alain met l'accent sur le « solving body riddles », résoudre des énigmes avec son corps. L'exemple type : les tâches de coordination, où tu fais certains mouvements du bras droit et d'autres du bras gauche, tout en gérant des pas en même temps.
C'est compliqué, mais on y arrive en se concentrant. Alain compare ça au sudoku : une énigme intellectuelle, sauf qu'ici elle se joue dans le corps. L'image change tout, parce qu'elle transforme un exercice frustrant en jeu de résolution, où chercher fait déjà partie du plaisir.
Autre pilier de l'enseignement d'Alain : le mouvement doit s'insérer dans ta vie, comme une routine quotidienne. Sa formule est simple. De la même façon qu'on se brosse les dents, on injecte du mouvement. Pas besoin de bouleverser ton emploi du temps. L'idée, c'est de pouvoir caler du mouvement un peu tout le temps.
Ça commence par la conscience. En marchant, tu observes comment ton corps s'organise. Quand tu t'assois, tu fais attention à ta posture. Quand tu tapes sur le clavier, tu sens tous tes doigts. Cette attention ne te coûte aucune minute en plus dans ta journée, et c'est déjà du mouvement au sens où l'entend Alain.
Vient ensuite la compensation. Les longues heures assises se contrebalancent par des gestes simples : des extensions de colonne, des jeux avec les poignets, des suspensions. Tu ne rajoutes pas une séance dans un agenda déjà plein, tu glisses le mouvement dans les interstices de ce que tu fais déjà.
L'animateur, qui travaille beaucoup avec des enfants, fait un constat qu'Alain partage. Le divertissement amuse les enfants, c'est ludique. Mais emmène un enfant dans un parc de jeux, où il grimpe et s'amuse, et tu remarques au final peu de développement moteur. Le plaisir est là, le progrès beaucoup moins.
À l'inverse, dès qu'on les laisse explorer, être dehors, accomplir des choses qu'ils n'ont pas l'habitude de faire, les améliorations sautent aux yeux, sur le plan moteur comme sur le plan comportemental. Tout se joue sur l'exploration, pas sur l'amusement seul.
La méthode d'Alain tient en deux temps : donner un guide ouvert de ce qu'on attend, puis laisser la curiosité de la personne, enfant ou adulte, la mener à travers la tâche. C'est plus facile avec les enfants, parce qu'ils n'ont pas la gêne des adultes à se mettre par terre, à explorer et surtout à se tromper. Ils ne connaissent pas vraiment l'erreur, sauf si on leur dit que c'est mal. L'adulte, lui, traîne ce rapport à l'erreur, et le travail consiste à l'accompagner : rien n'est faux, tout est OK, explore.
Notre rapport à l'échec vient de loin. Les parents veulent que les enfants réussissent, l'école veut qu'ils réussissent, et il reste peu de liberté pour échouer. Pourtant l'échec se grave dans les processus du cerveau et sert ensuite à s'améliorer. Te priver du droit de rater, c'est te priver d'un mécanisme d'apprentissage.
En stage, Alain et l'animateur ont vu des gens tellement frustrés d'échouer qu'ils en pleuraient, qu'ils se vidaient, parce que rater était interdit dans leur processus de pensée. D'où un exercice tout simple et très libérateur : prendre une balle, la laisser tomber au sol, et ne pas chercher à la rattraper systématiquement. Juste s'autoriser à échouer. L'objet de l'exercice n'est pas la balle, c'est la permission.
Du coup, qu'est-ce que le succès ? Pour Alain, c'est d'abord échouer mille fois avant d'arriver à la tâche attendue. Il a même une phrase qu'il sert à ses enfants quand ils se comparent aux autres et se traitent de « nuls » : celui qui ne réussit pas, c'est celui qui n'essaie pas. Le succès devient un voyage perpétuel vers quelque chose dont on n'a pas tout à fait la main, et où se tromper fait partie du chemin.
Alain ne se présente jamais comme un pratiquant doué. Aucune physicalité au départ. Se mettre sur les mains, galère. La danse l'intimidait, l'idée même de danser le gênait. S'il est devenu le professeur qu'il est aujourd'hui, c'est justement parce que tout a été difficile pour lui, et qu'il a dû apprendre à apprendre.
Il décrit la boucle telle qu'il l'a vécue : je n'y arrive pas, je n'y arrive pas, je comprends mais je n'y arrive pas, jusqu'au moment où quelque chose s'enclenche. Une fois ce mécanisme accepté, plus rien ne lui fait peur. Il a fini par apprendre les sauts de mains arrière et les saltos arrière, alors qu'il ne s'en serait jamais cru capable. Et la danse qui l'intimidait fait désormais partie de sa pratique : loin d'être le meilleur, mais ça le nourrit. Il s'est lancé parce qu'il s'est autorisé à rater, comme l'artiste qui multiplie les essais jusqu'à être satisfait.
Le premier blocage est mental. Alain le dit franchement : on est les histoires qu'on se raconte. Beaucoup de gens arrivent en cours et se rangent aussitôt dans une case : « je ne suis pas mobile », « je ne suis pas assez fort ». Lui-même était exactement comme ça. Tant que tu te racontes cette histoire, elle se réalise.
Son déclic a été de réaliser que c'était peut-être possible, mais un tout petit peu. Et de ce tout petit peu, c'est devenu un peu plus, puis encore un peu plus. Ce sont les autres qui lui demandaient comment il avait réussi, alors que de l'intérieur il ne sentait pas forcément les progrès, parce que c'était un long process. Sa réponse tient dans une image : il faut donner l'élan. Une fois l'élan donné, la capacité s'ouvre à toi, comme une roue qui se met à tourner.
Il en propose une deuxième, celle de la jungle qu'on apprend à habiter. Au début, on est apeuré par tout ce qui s'y passe, les bruits, les sons, les sensations, l'humidité. Puis on apprend à y vivre, on se construit un petit univers, on apprend à y naviguer. Vivre dans son corps, c'est se sentir vivant, c'est le choisir. Et le contre-exemple reste son ancien boss, immobile à 45 ans : le mouvement est l'outil concret pour vieillir jeune et avec vitalité, au lieu de se figer.
Quand Alain a commencé, il n'y avait quasiment rien sur YouTube ni sur les réseaux. Aujourd'hui l'offre est partout, donc l'obstacle n'est plus l'accès. Sa première consigne : être simplement curieux et commencer, selon sa sensibilité. Ça peut être un groupe de mouvement, mais aussi de simples cours de danse, ou des arts martiaux. Tu vas vers ce qui t'intéresse, et tu restes ouvert à ce qui se passe.
La deuxième consigne est plus exigeante : pratiquer sans l'ambition du succès. C'est difficile, parce qu'on est drivé par ça. Mais c'est ce qui te permet d'explorer ce dont tu es capable, au lieu de te crisper sur un résultat.
Alain illustre avec la lutte et le grappling, qu'il a beaucoup pratiqués. L'approche classique vise à soumettre l'adversaire. Tu peux en faire tout autre chose : pratiquer pour comprendre ta relation avec ton corps et avec celui du partenaire au sol, pour éviter les soumissions, ou simplement pour empêcher que son torse reste en contact avec le tien. Ça devient un jeu en soi, sans soumission, et un jeu infini : on se repousse, on crée des cadres, on cherche des positions pour sortir, on met de la distance. Bien plus agréable que ces combats de cinq minutes où on finit complètement arraché parce qu'on a voulu soumettre à tout prix.
L'animateur confirme depuis sa propre pratique du grappling : ne jamais bloquer une position plus de deux à trois secondes, pour continuer à créer du mouvement au lieu de rester figé. Alain ajoute son réflexe : quand l'autre veut verrouiller, il se relâche, le langage corporel fait que l'autre se relâche aussi, et on peut rejouer. Verrouiller une position, c'est travailler en isométrique : on récolte des courbatures, mais on ne progresse ni sur son jeu ni sur sa mobilité. Pratiqué autrement, le grappling devient une vraie plateforme pour apprendre à bouger ton corps au sol, avec un partenaire qui te propose des énigmes corporelles à l'infini. Tu y développes force, mobilité, conscience de corps, sudation et cardio. Comme le dit Alain, il faudrait presque un troisième poumon pour la phase de sol.
Même logique avec le CrossFit, qu'Alain a pratiqué. Beaucoup veulent finir un WOD benchmark le plus vite possible et se mettre une cartouche. Tu peux adopter une autre approche : sentir le corps, travailler avec la respiration, regarder ce qui se passe. Concrètement, tu notes tes émotions avant le WOD, tu le fais, puis tu notes ce qui se passe après, et tu observes ses effets sur ta journée. Si c'était trop intense, le lendemain tu ne refais pas la même chose : tu privilégies une session de danse, de la mobilité, ou simplement du repos et une bonne nuit. La discipline ne change pas, c'est ton attention qui la transforme en terrain d'exploration.
Alain refuse d'en donner une définition figée, parce que figer le terme reviendrait à se fermer à d'autres choses. Il le décrit par ses traits communs : ce qu'on retrouve dans toutes les disciplines pour nourrir un corps. C'est à la fois une pratique de bien-être, une pratique d'exploration de soi (sa physicalité et son travail interne, jusqu'à manipuler ses émotions) et un outil pour vieillir jeune et vivre avec vitalité. Il la considère comme infinie.
C'est l'origine du terme et le point de départ d'Alain. Ido Portal est celui qui a apporté le mot « mouvement » et qui a créé la movement culture. Au début, la vision d'Alain en était très proche, puis il s'en est détaché avec le temps et l'expérience pour développer sa propre approche.
Comme se brosser les dents : on injecte du mouvement sans changer son emploi du temps. Ça passe par la conscience (sa posture en marchant, en s'asseyant, ses doigts sur le clavier) et par la compensation des longues heures assises avec des extensions de colonne, des jeux de poignets et des suspensions.
Oui. Le blocage est surtout mental : on est les histoires qu'on se raconte, et beaucoup se rangent dans une case (« pas mobile », « pas assez fort »). Alain est passé par là. Le déclic est de se dire que c'est possible un tout petit peu, qui devient un peu plus. Il faut donner l'élan, et la capacité s'ouvre. Lui a appris les saltos arrière sans avoir aucune physicalité au départ.
Rester curieux et commencer selon sa sensibilité : un groupe de mouvement, des cours de danse, des arts martiaux. Rester ouvert et aller vers ce qui t'intéresse. Surtout, pratiquer sans l'ambition du succès, pour explorer ce dont tu es capable. Tu peux aussi détourner des disciplines existantes (grappling sans soumission, CrossFit ressenti et adapté) en terrain de jeu.
C'est l'une de ses fonctions centrales pour Alain : un outil pour vieillir jeune et vivre avec vitalité. Le contre-exemple qui l'a marqué est son ancien boss de 45 ans, dont l'immobilité avait engendré encore plus d'immobilité, au point de ne plus pouvoir tourner la tête sans bouger tout le corps. Vivre dans son corps, c'est choisir de se sentir vivant.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
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