À l'école, les enfants restent assis sur une chaise du matin au soir. Et celui qui gigote, qui n'arrête pas de bouger sur son siège, file directement dans la case « mal élevé ». Sarah, prof des écoles devenue coach sportif, voit la scène à l'envers : l'enfant qui s'agite ne te tourne pas le dos, il se mobilise pour réussir à t'écouter. Cette stimulation, il en a besoin pour tenir. Au fond, motricité et apprentissage de l'enfant avancent ensemble. Elle pousse l'honnêteté plus loin. En formation, à moitié enseignante à moitié encore élève, on l'asseyait elle aussi pour des amphis de trois ou quatre heures. Au bout d'un moment, elle décrochait, elle passait à autre chose. Le constat fait mal : on exige des enfants ce que nous, adultes, on n'arrive même pas à tenir. Alors retourne la question. Et si le mouvement était la condition de l'apprentissage plutôt que son adversaire ? Sarah garde un souvenir qui résume tout. Un enfant venu en stage, toujours en mouvement, toujours dans l'excès. Après un simple bercement de dix secondes au moment du retour au calme, il lui glisse : « c'est la première fois de ma vie que je sens mon corps apaisé. » Le feedback vient de l'enfant lui-même, en direct.
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À l'école, les enfants restent assis sur une chaise du matin au soir. Et celui qui gigote, qui n'arrête pas de bouger sur son siège, file directement dans la case « mal élevé ». Sarah, prof des écoles devenue coach sportif, voit la scène à l'envers : l'enfant qui s'agite ne te tourne pas le dos, il se mobilise pour réussir à t'écouter. Cette stimulation, il en a besoin pour tenir. Au fond, motricité et apprentissage de l'enfant avancent ensemble. Elle pousse l'honnêteté plus loin. En formation, à moitié enseignante à moitié encore élève, on l'asseyait elle aussi pour des amphis de trois ou quatre heures. Au bout d'un moment, elle décrochait, elle passait à autre chose. Le constat fait mal : on exige des enfants ce que nous, adultes, on n'arrive même pas à tenir. Alors retourne la question. Et si le mouvement était la condition de l'apprentissage plutôt que son adversaire ? Sarah garde un souvenir qui résume tout. Un enfant venu en stage, toujours en mouvement, toujours dans l'excès. Après un simple bercement de dix secondes au moment du retour au calme, il lui glisse : « c'est la première fois de ma vie que je sens mon corps apaisé. » Le feedback vient de l'enfant lui-même, en direct.
Sarah a enseigné plusieurs années, beaucoup en REP. Dès le plus jeune âge, elle voyait débarquer des enfants en difficulté scolaire. Pas forcément des troubles diagnostiqués, juste des difficultés, là, au point de départ.
Le souci, c'est que le système ne lui donnait pas les moyens d'agir. Une seule consigne revenait en boucle : « il faut différencier ». D'accord. Mais ça veut dire quoi, concrètement ? Comment je fais ? Qu'est-ce que je fais ? Le mode d'emploi n'arrivait jamais. L'éducation nationale, pour elle, restait un système trop compliqué, qui ne lui convenait pas.
Le sport, lui, c'était sa passion de toujours, son premier amour. Elle y est retournée. Et en creusant, elle a compris qu'avec le mouvement, le sport notamment, on débloque pas mal de choses chez les enfants, et même chez les adultes : les apprentissages, la concentration. Une découverte qui gagnerait selon elle à prendre beaucoup plus de place à l'école primaire, parce que chez les jeunes enfants, c'est primordial.
Elle n'a donc pas lâché son premier métier, accompagner des enfants. Elle y revient autrement, par la porte du sport.
Le mécanisme tient en une idée simple. Certains enfants ne tiennent pas en place parce qu'ils ont besoin de se stimuler pour, comme dit Sarah, comprendre qu'ils existent. Pas de l'impolitesse là-dedans, un besoin sensoriel. Prive-les de mouvement, tu fabriques du conflit. Donne-leur de quoi bouger, tu leur donnes de quoi se concentrer.
Le geste le plus accessible : venir à l'école à pied. Sarah parle d'une marche d'une vingtaine de minutes avant de déposer l'enfant. Ça calme le système nerveux et, en même temps, ça réveille les zones cognitives du cerveau, celles qu'il va devoir mobiliser pendant sa journée. Il arrive posé, prêt à démarrer. Ça ne tiendra peut-être pas jusqu'au soir, mais au moins il commence sereinement.
Le signe le plus parlant, elle le lit directement sur l'écriture. Le matin, des enfants écrivent vraiment mal. Après la récré, où ils ont bougé, ça va mieux. Puis ça se redégrade au fil de la matinée, à mesure qu'ils restent immobiles. Le mouvement ne récompense pas le travail une fois fini, il le carbure.
Et l'attention a ses limites de toute façon, on le sait. Encore plus chez les tout-petits. Si même un adulte décroche en amphi, espérer d'un enfant qu'il reste figé toute la journée n'a aucun sens.
Sarah accompagne tous les âges. Des enfants de 3 ans, en maternelle, qu'elle encadre avec sa collègue Nathalie pour les tout-petits. Des plus grands jusqu'à 12 ans. Et des ados ensuite. Forcément, ni les mêmes stages ni les mêmes activités selon l'âge.
Côté public, il y a de tout. Des enfants malentendants, des enfants avec des troubles autistiques, des dyslexiques, d'autres qui ont juste un peu de mal à s'exprimer parce qu'à 4 ans ils sont un peu en retard sur les autres. Et puis des enfants qui vont bien, mais qui ont besoin de se dépenser, d'évacuer, et qu'on amène là pour ça. Sur tous, elle arrive à travailler quelque chose, ne serait-ce que pour qu'ils tiennent mieux sur leur chaise à l'école.
Un choix de communication qui surprend : elle ne met pas la difficulté en avant. Elle propose des stages multiactivités, multisport, ouverts à tous. La raison est terre à terre : afficher la difficulté, ça fait peur aux parents. Dans les faits, la plupart de ceux qui viennent amènent quand même des enfants avec des difficultés ou des handicaps. Et ils préviennent en général en amont, d'autant que sa collègue, prof des écoles, croise souvent ces enfants ou connaît leur maîtresse. Bosser à deux donne beaucoup d'infos.
Sur le TDAH, elle reste factuelle. Son tout premier stage, c'était un enfant très compliqué, un gros TDAH avec un peu de trouble de l'opposition. Elle ne l'a appris qu'au troisième jour, parce que les grands-parents le déposaient et que pour eux il était surtout « mal éduqué ». Le sport l'aide à mieux repérer et à mieux accompagner ces profils, sans recette miracle réservée au TDAH pour autant.
Côté formats, trois entrées. Des suivis personnalisés, réguliers, sans être forcément hebdomadaires. Des ateliers montés avec Nathalie depuis septembre, tous les mercredis, une heure, en petit groupe, à la salle de sport. C'est là, à force de revoir les enfants chaque semaine, qu'on voit les progrès. Et des stages pendant les vacances scolaires.
Le contenu s'ajuste aux besoins, qui varient d'un enfant à l'autre. Mais beaucoup d'exercices conviennent à plusieurs enfants et à plusieurs types de difficultés à la fois, ce qui permet de jouer sur un même socle.
On vient taper, toucher plein de matières différentes, avec les mains, avec les pieds, avec tout le corps. L'idée : nourrir les sensations. Dans le même esprit, pour les micro-pauses, Sarah cite les balles sensorielles type petites balles à picots, ou le jeu tout bête du papier qu'on froisse puis qu'on défroisse. Facile à mettre en place, et ça stimule.
Sarah a la chance d'avoir une salle équipée de murs d'escalade et de barres. Les enfants adorent s'accrocher aux barres, aux cordes, et ça permet de travailler énormément. Le vestibulaire d'abord : tête en bas sur les barres, pirouettes, roulades. Au milieu des parcours, elle glisse des déplacements d'animaux, des sauts, du cloche-pied. Un point l'inquiète d'ailleurs : de plus en plus d'enfants, même grands, n'arrivent plus à sauter à cloche-pied. Le parcours sert aussi à remuscler ces gestes de base.
Ce volet est porté par sa collègue, kinésiologue, qui insiste beaucoup sur le langage et l'expression : mettre des mots sur ses sentiments, sur ses envies. Précieux chez les tout-petits, qui peinent parfois là-dessus. L'exemple le plus net : un enfant qui avait des difficultés d'élocution. Elles ont mis en place des jeux de joues, gonfler les joues, pousser avec la joue, pour stimuler tout ça. Maintenant on le comprend bien mieux, au point qu'une maîtresse extérieure aux ateliers l'a remarqué et a demandé comment elles avaient fait. La réponse : on l'a fait jouer.
La séance suit un déroulé, et ce déroulé compte. Les enfants arrivent souvent le mercredi, le seul jour où ils peuvent dormir un peu, donc à moitié réveillés. On démarre par des petits jeux tranquilles, assis, au calme, pour réveiller le corps : des tapotements, des bercements, et un travail de conscience du corps, où est le haut, le bas, le devant, le derrière.
Vient ensuite un temps d'expression. On invite les enfants à dire comment ils se sentent aujourd'hui et ce dont ils ont envie. Et on calibre la séance sur leurs envies du jour, parce qu'elles changent d'une fois sur l'autre.
Puis on attaque les réflexes, selon ce qu'on a repéré. C'est là que se joue la logique de Sarah : elle suit un ordre privilégié, lié à l'ontogenèse, pour que les choses s'ancrent durablement. Travailler au hasard, pour elle, ne sert à rien. Cet ordre tient toute l'année. Si un réflexe demande plus de temps, on le travaille plus longtemps. S'il faut le reprendre de temps en temps, on le reprend.
Ensuite on se met en mouvement : on jongle, on travaille l'équilibre. Et on finit presque toujours par un grand parcours, escalade, barres, cordes, avec des défis. Grimper stimule le système vestibulaire, s'accrocher fait travailler le réflexe palmaire, plein de choses se passent en même temps, et les enfants sont hyper motivés, ils enchaînent 18 tours en 20 secondes.
Dernière étape, le retour au calme. On termine avec des chansons, ou avec des stimulations olfactives, le loto des odeurs. Un temps plus posé où l'excitation retombe, histoire de ne pas rendre les enfants surexcités à leurs parents. Puis on fait le point avec eux sur la séance et sur ce qu'on conseille de travailler dans la semaine.
Côté maison, trois gestes simples. Quelques petits exercices avant de partir à l'école, pour que l'enfant arrive déjà bien pour démarrer sa journée. Venir à pied quand c'est possible, le matin, le midi. Et refaire dans la semaine 2 ou 3 exercices ciblés, ceux que Sarah identifie en séance, avec un point la fois suivante pour voir si c'est mieux ou pas.
Côté école, l'idéal reste la classe flexible. Concrètement, un bureau qui peut être un vélo sur lequel l'enfant pédale, un siège en galette, de petits circuits de jeux entre chaque matière. Le principe : bouger pour amener des sollicitations, et glisser du mouvement entre les activités. Sarah le reconnaît, ces classes restent rares, parce qu'il faut aligner beaucoup de conditions, du budget, un maire ouvert, une bonne association de parents d'élèves, un directeur ouvert, une maîtresse ouverte.
Mais beaucoup de gestes ne coûtent rien. Le palming, par exemple, qu'une de ses profs faisait pratiquer chaque matin : se couvrir les yeux avec la paume des mains, au niveau des yeux. Intéressant pour les enfants qui ont de l'hyperactivité sensorielle au niveau oculomoteur, ça aide à réguler les entrées du thalamus. Et ça prend dix secondes, donc rien dans une journée de classe. Même registre, les micro-stimulations de cinq minutes pendant que tu prépares l'activité suivante : serrer un objet dans la main, le passer d'une main à l'autre, l'agrippement palmaire, tout bête. Et le rythme type Pomodoro, 20 minutes de travail puis 5 minutes de pause, qui recentre l'enfant et lui donne un cadre.
Le plus encourageant, c'est que ça devient autonome. Une fois que les enfants ont remarqué que tel geste leur fait du bien, ils le refont d'eux-mêmes. Ils sont assez conscients de ce dont ils ont besoin, un peu comme un enfant autiste qui se balance la tête parce qu'il sait que cette stimulation vestibulaire le calme.
Sarah le répète à sa façon : il n'y a pas de magie. Les résultats viennent des exercices faits régulièrement, pas d'un tour de passe-passe. Les parents qu'elle suit acceptent une heure de route matin et soir parce que leur enfant a une vraie problématique, et ils font les exos derrière. Parce qu'il faut les faire.
Et les retours suivent. Les maîtresses remarquent les progrès. Les enfants eux-mêmes le disent : ma semaine s'est mieux passée, j'ai été plus concentré, je me suis moins fait gronder, je suis content. Quand le ressenti de l'enfant rejoint l'observation de l'adulte, quelque chose a bougé pour de bon.
Sarah organise ses prochains stages aux vacances d'avril. Elle est en Haute-Savoie, entre Thonon-les-Bains et Genève.
Parce que beaucoup d'enfants ont besoin de se stimuler pour se concentrer. Quand ils bougent sur leur chaise, ils se mobilisent pour mieux écouter, pas l'inverse. Le mouvement calme le système nerveux et active les zones cognitives du cerveau. Sarah l'observe directement sur l'écriture, meilleure après la récré, puis dégradée à mesure que l'enfant reste immobile.
Avec des jeux sensoriels (toucher différentes matières avec les mains et les pieds, balles à picots, papier à froisser), des parcours qui sollicitent le vestibulaire (escalade, barres, tête en bas, pirouettes, sauts, cloche-pied), et un travail des réflexes mené dans un ordre précis lié à l'ontogenèse, pour que ça s'ancre durablement plutôt qu'au hasard.
Faire quelques exercices avant l'école pour que l'enfant arrive posé, l'emmener à pied quand c'est possible (une marche d'environ 20 minutes calme le système nerveux et stimule le cerveau), et refaire 2 ou 3 exercices ciblés dans la semaine. La clé, c'est la régularité.
Qu'il n'y a pas de magie. Les progrès viennent des exercices faits régulièrement. Ils sont confirmés à la fois par les maîtresses, qui remarquent les changements, et par les enfants eux-mêmes, qui se sentent plus concentrés, moins grondés, et plus apaisés dans leur corps.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
L'activité physique change la donne pour le TDAH de l'enfant. Adrien Chartier, préparateur physique depuis plus de vingt ans et cofondateur de Labo RNP, le résume en une phrase : on envoie nos enfants deux heures aux devoirs et trente minutes de sport le mercredi, il faudrait faire l'inverse. Voici le mécanisme neurologique, comment juger les approches selon leur niveau de preuve, et un plan progressif sur douze semaines à lancer dès demain.
L'hyperactivité motrice de l'enfant est d'abord un signal. Quand un enfant bouge sans arrêt, son système nerveux cherche le plus souvent à se réguler, à se stimuler ou à évacuer une tension. Comprendre ce que ce mouvement résout change tout ce qu'on va lui proposer.