L'intention dans le mouvement, c'est le pont entre la salle et le terrain. En salle, tu entraînes des patterns dissociés. Un soulevé de terre. Un step-up. Un swing. Sur le terrain, ton athlète fait tout autre chose : il produit des gestes d'une complexité folle. Le handballeur saute et tire pour aller chercher la lucarne. Le perchiste s'expédie à six mètres de haut. Le tennisman réussit un amorti en pleine course. Entre ta salle et ce terrain-là, il y a un fossé. On le sait depuis longtemps : imiter le geste sportif en musculation ne marche pas. La course lestée pour le tennisman, la perche alourdie ou le gilet pour le perchiste, la balle lestée ou l'élastique pour le handballeur, tout ça trahit la gestuelle réelle. Reste la vraie question : par où passe le pont entre la salle et la compétition ? Pablo Hammouche, préparateur physique des équipes de France (ski, karaté, et du handball à Annecy), responsable de formation chez Transfert et instructeur Strong First, pose un mot sur ce pont. Dans *intention*, il y a *tension*. C'est ce facteur X qu'on déballe ici.
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L'intention dans le mouvement, c'est le pont entre la salle et le terrain. En salle, tu entraînes des patterns dissociés. Un soulevé de terre. Un step-up. Un swing. Sur le terrain, ton athlète fait tout autre chose : il produit des gestes d'une complexité folle. Le handballeur saute et tire pour aller chercher la lucarne. Le perchiste s'expédie à six mètres de haut. Le tennisman réussit un amorti en pleine course. Entre ta salle et ce terrain-là, il y a un fossé. On le sait depuis longtemps : imiter le geste sportif en musculation ne marche pas. La course lestée pour le tennisman, la perche alourdie ou le gilet pour le perchiste, la balle lestée ou l'élastique pour le handballeur, tout ça trahit la gestuelle réelle. Reste la vraie question : par où passe le pont entre la salle et la compétition ? Pablo Hammouche, préparateur physique des équipes de France (ski, karaté, et du handball à Annecy), responsable de formation chez Transfert et instructeur Strong First, pose un mot sur ce pont. Dans *intention*, il y a *tension*. C'est ce facteur X qu'on déballe ici.
La matière première du coach, c'est le mouvement. Tu le travailles dans un cadre très normé : une technique, une méthode, une planification que tu périodises. Sauf qu'à l'intérieur de ce cadre standardisé, l'athlète mobilise des ressources physiques, techniques et mentales qui débordent largement le cadre lui-même. Ce débordement, c'est précisément ce qui produit la magie du transfert : tu gagnes en force, en vitesse, en précision, en agilité sur un mouvement de salle, et tu retrouves ces qualités sur le geste sportif.
Le problème vient de l'écart de complexité. En prépa physique, tu entraînes des mouvements dissociés. Sur le terrain, l'athlète enchaîne des gestes d'une richesse qu'aucune barre ne reproduira jamais. Et la tentation de « singer » le sport en salle reste un piège bien connu. Dès que tu lestes la balle, la perche ou la course, tu déformes la gestuelle réelle, et tu cesses d'entraîner le bon geste.
Si copier le mouvement ne fonctionne pas, le pont passe ailleurs. Il passe par la petite faille que Pablo appelle le facteur X : l'intention. C'est elle que le coach amène à son athlète pour faire transférer le travail de salle vers la performance.
Tout part du mot. Dans intention, il y a tension. Et cette tension a un cahier des charges : elle doit rester cohérente avec la force que l'athlète va appliquer, ou avec celle à laquelle il va résister. Parce que dans toute pratique, tu es soit en production de force, soit en résistance à une force externe, soit les deux en même temps.
Prends un sauteur en hauteur ou un combattant. Lui, il doit produire une force, par exemple aller de l'épaule vers l'adversaire. Inverse la situation : quand tu te déplaces, quand on te projette et que tu dois rester debout, tu résistes à une force externe pour éviter la chute. L'intention, c'est ta décision : quelle tension tu mets, et où tu la mets, en accord avec ce scénario.
D'où deux dimensions à cette tension. Elle est d'abord localisée : où crées-tu la contraction musculaire ? Et elle s'organise ensuite parfois en chaîne, parfois de façon très analytique sur un point précis.
Le soulevé de terre te montre les deux niveaux d'un coup. D'un côté, une logique de chaîne parfaitement lisible : la chaîne postérieure qui se met en jeu pour relever la barre. De l'autre, quelque chose de très localisé : le grip, la force de prise.
Ce grip, tu peux le chiffrer. Il se raisonne en newtons, en ce que tu es capable de produire comme force de préhension. Mais il dépend aussi de tes facultés techniques : tu génères de la tension parce que tu as l'intention de faire le mouvement d'une certaine façon. Le localisé et le global cohabitent dans la même répétition.
Un soulevé de terre, tu peux le faire de plein de manières. Pablo en rit : les tutos, les podcasts et les vidéos qui t'annoncent « LA méthode pour faire le soulevé de terre » oublient un détail. Juste à côté, il y a quelqu'un avec une autre morphologie, ou une autre faculté première. Celui qui a un meilleur grip va développer ses propres stratégies pour être efficace. Ces stratégies sont personnalisées, et c'est là que le coach entre en jeu : il traduit une intention qui colle à la personne.
L'image, c'est le shooter à trois points au basket. Si tu as dans ton effectif des joueurs excellents à longue distance, ton intention collective doit amener la balle à trois points. Coller la balle systématiquement à l'intérieur quand tes meilleurs tireurs sont au large, c'est mal jouer ton effectif. Reporte ça sur un mouvement : si ton athlète a un grip fort, tu lui demandes une intention qui correspond à sa tension préférentielle, là où il est bon, plutôt que de le forcer dans une stratégie technique apprise en cours ou vue sur un séminaire.
Pablo nuance, là où d'autres créent des clivages dans la prépa physique. Tant que la sécurité reste raisonnablement préservée, si une personne est performante dans sa façon de faire, c'est une bonne réponse. Il existe plusieurs chemins pour arriver au même point, et la meilleure réponse reste celle qui correspond à la manière dont cet athlète-là transfère.
Regarde un basketteur. Il doit créer un jump rapide, avec une intention explosive sur les pieds plutôt que sur les hanches. Lui faire faire du hip thrust devient moins intéressant. Le step-up lourd, lui, travaille l'appui de pied, la pose de pied, le contact au sol : c'est là que ce joueur ressent la force. Tu choisiras peut-être le step-up.
Et ce choix tient même si un graphique de la science du sport désigne le hip thrust comme le meilleur extenseur de hanche de l'histoire de l'humanité. Le classement théorique de l'exercice n'a pas le dernier mot. Tout se joue dans le contexte, le transfert recherché et le profil de l'athlète.
Pour chercher la bonne intention, tu cherches d'abord une tension. La méthode Strong First (l'école de Pavel Tsatsouline, autour de la kettlebell) la rend concrète avec deux idées.
La première, c'est la tension préventive. Elle est inhérente au mouvement, du côté prophylactique. Pablo prend l'image de l'autoroute : tu ne te lances jamais à pleine vitesse en partant de zéro. Tu prends une bretelle d'insertion, et tu accélères progressivement. Une performance de compétition, c'est l'autoroute en intensité, pas la ville à 30 km/h. Avant de monter à ton intensité cible, il te faut cette voie d'insertion. Elle se génère par une mise en tension musculaire : le grip pour les sports avec prise (le kimono en judo, une barre, le sol en gym), les appuis pour les sports qui poussent dans le sol.
La seconde idée, ce sont les points d'ancrage. Cinq pierres à l'édifice, chacune autant stabilisateur que moteur :
- Le grip. La force de prise, première voie d'insertion de la tension sur tout ce qui s'attrape. - Les pieds. Tout appui au sol part de la pose du pied. Un pied actif génère les mêmes relations de tension que le grip. - Le fessier. Le muscle le plus puissant du corps humain, mais surtout le meilleur stabilisateur du bassin sur la chaîne postérieure. - Les abdos. La chaîne abdominale, en antagoniste, avec une mise en tension associée à l'engagement du transverse, lui-même lié à l'action des planchers pelviens. C'est le pont vers la logique Pilates. - Les dorsaux. Le grand dorsal, très fort sur le plan moteur et excellent stabilisateur. Pour le haut du corps, il joue le rôle du fessier pour le bas : il stabilise les épaules, sécurise la poussée comme le tirage sous tous les angles, et te garde compact avec un minimum de perte d'énergie.
Cette logique de mise en tension d'abord rejoint des points de la méthode StrongFit de Julien Pinault : plusieurs concepts se recoupent.
L'intention n'arrive pas d'un coup. C'est de la formation, de l'apprentissage. Tu amènes l'athlète à mettre en place ces stratégies spécifiques au fur et à mesure. Le bon grip, la bonne pose de pied, ça s'installe progressivement. C'est un cheminement, un développement.
La visualisation, elle, se travaille en amont. Et elle agit sur deux registres : l'intention que tu vas mettre, et l'attention que tu vas y porter. Avant tout, il faut savoir où tu veux amener l'athlète dans son mouvement. Sur un soulevé de terre, il doit comprendre qu'il reste compact, parce que la charge fait partie de lui. S'il fait corps avec la barre, tout redressement de son corps relève la barre. Le but du jeu : ne jamais se dissocier de la barre. Quand je redresse mon corps, la barre se redresse.
Le coach averti repère tout de suite l'inverse : la barre qui se désolidarise du grip, des dorsaux, des abdos, des fessiers et des pieds. Tu vois le bassin se relever alors que la barre ne décolle pas, puis le buste qui remonte dos légèrement arrondi. Pour éviter ça, tu cherches des images qui correspondent à des intentions, des volontés de faire le geste dans un certain sens. Et ce sens n'a rien de dogmatique.
Voilà le point d'orgue. Prends un même soulevé de terre, et deux athlètes. Le mouvement reste le même. L'intention que tu transmets en coaching, elle, change du tout au tout, et tu n'emmènes pas les deux dans la même direction avec pourtant le même outil.
Le judoka, tu l'amènes vers le grip, la vitesse, l'accélération. Tu cherches presque un mouvement balistique, quelque chose qui rappelle l'intention d'un swing. Le rugbyman de mêlée, un pilier de première ligne, c'est l'inverse : tu lui demandes d'entrer dans le sol, d'être fort, de repousser le sol en permanence, de ne pas se déformer. Les mêlées tournent en dessous de 0,8 mètre par seconde ; les premières lignes ne comptent pas parmi les plus rapides, et ce n'est pas ce qu'on leur demande.
Pousse le curseur plus loin. Avec la même méthode, tu peux programmer un 5×3 à 90 % de la RM pour les deux, et coacher à l'opposé. Pour le judoka, tu veux qu'il accélère sa barre en permanence ; s'il décolle les talons, à la limite, c'est sa performance. Pour le rugbyman, tu veux qu'il reste ancré au sol, que ses pieds ne génèrent surtout pas ce décollage. Même série, même charge, intention contraire, parce que les profils force-vitesse sont contraires.
C'est ça, l'intention comme angle d'attaque du coaching. Avant chaque série, pose-toi la question : quel sens je donne à ce mouvement, qu'est-ce que je veux que l'athlète y mette ? La formule de Pablo résume tout : le transfert, pour transformer.
Tu peux retrouver Pablo sur Instagram (@lepabz) et via Transfert formation, où il partage ses contenus sur l'haltérophilie en prépa physique, le gainage et la musculation kettlebell fonctionnelle, ainsi que des séminaires (Nantes, Nevers, Montpellier, Lyon et la région alpine).
Une tension dirigée. L'intention contient la tension, et cette tension doit rester cohérente avec la force que tu produis ou avec celle à laquelle tu résistes. Tu décides où tu mets la contraction et dans quel sens, en accord avec l'objectif du geste.
Parce que c'est le facteur X qui fait transférer le travail de salle vers la performance sportive. Tu entraînes des mouvements dissociés, l'athlète performe sur des gestes complexes, et copier le geste sportif en le lestant ne marche pas. L'intention est le pont qui reste.
Avec des images concrètes, et en partant de la tension préférentielle de l'athlète, là où il est bon, plutôt que d'une technique standard sortie d'un tuto ou d'un séminaire. Le coach traduit pour la personne : un athlète au grip fort reçoit une intention qui exploite ce grip.
Dès la mise en tension préventive, cette voie d'insertion qui te fait monter en intensité progressivement au lieu de partir à froid sur l'autoroute. Puis tout au long de l'apprentissage, parce que le bon grip et la bonne pose de pied s'installent par étapes, pas d'un coup.
Ça dépend du transfert recherché et du profil de l'athlète, pas du classement théorique de l'exercice. Un basketteur qui doit créer un jump explosif sur les pieds peut tirer davantage d'un step-up lourd, qui travaille l'appui et la pose de pied, même si un graphique désigne le hip thrust comme le meilleur extenseur de hanche.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
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