Faire des abdos, est-ce que ça muscle ton gainage ? La plupart des programmes rĂ©pondent oui sans mĂȘme y penser. Pourtant, renforcer ses grands droits et construire un vrai gainage fonctionnel sont deux chantiers diffĂ©rents, et forcer volontairement les muscles du tronc revient le plus souvent Ă taper Ă cĂŽtĂ©.
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Faire des abdos, est-ce que ça muscle ton gainage ? La plupart des programmes rĂ©pondent oui sans mĂȘme y penser. Pourtant, renforcer ses grands droits et construire un vrai gainage fonctionnel sont deux chantiers diffĂ©rents, et forcer volontairement les muscles du tronc revient le plus souvent Ă taper Ă cĂŽtĂ©.
L'épisode pose les bases avec la définition reprise sur Wikipédia, celle d'Emmanuel Légaré. Elle se lit lentement, parce que chaque mot porte :
> « On obtient le gainage non pas par des séries d'abdominaux, mais en apprenant à embrayer dans le bon ordre les vitesses des voies motrices descendantes. Ces voies motrices activent des patrons moteurs en quelque sorte enchùssés les uns dans les autres, comme des circuits gigognes. Il faut connaßtre leur fonctionnement pour les exploiter adroitement, savoir exploiter les synergies suivant des stratégies physiologiques. Autrement dit : donner des impulsions dans le bon sens, recruter les bons muscles dans le bon ordre. »
Décortiquons. Les voies motrices descendantes, ce sont les chemins que tes commandes nerveuses empruntent du cerveau vers les muscles. Les patrons moteurs, ce sont des programmes de mouvement déjà cùblés, emboßtés les uns dans les autres comme des poupées gigognes. Tu remarques ce qui manque dans cette définition : pas un mot sur les répétitions, pas un mot sur le volume. Elle parle d'ordre de recrutement et de synergies.
Le gainage est donc une affaire de coordination. Les bons muscles, dans le bon ordre, au bon moment. Une sĂ©rie d'abdos, mĂȘme impeccable, ne te dit rien sur cet ordre. Tu peux avoir des grands droits costauds et un gainage qui part en vrille dĂšs qu'une extrĂ©mitĂ© bouge.
Contracter volontairement ses grands droits, chercher leur hypertrophie comme on travaille un biceps, c'est une démarche analytique parfaitement valable quand l'objectif, c'est le volume. Mais le centre du corps au quotidien, c'est un autre objet. Lui, il bosse en inconscient et en réflexe. Quand tu te rattrapes, quand tu portes une charge, quand tu marches, personne ne pilote ses abdos à la main.
D'oĂč le doute que pose l'Ă©pisode : Ă forcer les muscles qui composent le centre, tu n'amĂ©liores pas forcĂ©ment ton gainage. Le gainage tient surtout Ă une idĂ©e de transmission de force, de collaboration entre plusieurs facteurs. Le muscle n'est qu'un maillon. ArrĂȘte de penser « ça part du muscle, ça finit sur le muscle ». Il se passe plein de choses au milieu.
Il y a aussi une nuance de prĂ©pa physique Ă poser. Un versant a pris toute la place aujourd'hui : ĂȘtre indĂ©formable, encaisser, ne pas bouger. L'autre compte autant : rester solide tout en bougeant. On rejoint lĂ les notions de rĂ©silience et d'anti-fragilitĂ©. Un tronc utile sur le terrain n'est pas un bloc figĂ©. C'est un centre capable de tenir sa soliditĂ© pendant que les extrĂ©mitĂ©s travaillent.
Quand on parle gainage, on parle beaucoup d'alignement. On te demande d'ĂȘtre alignĂ© sur ta planche. Mais le premier alignement que regarde LabO, c'est l'alignement postural : l'observation de la statique, de la posture, qui n'a rien Ă voir avec une simple position tenue. Et cette posture, tu ne la pilotes pas consciemment.
Ces alignements se gĂšrent en inconscient, surtout dans le tronc cĂ©rĂ©bral. C'est lĂ que passent diffĂ©rents nerfs crĂąniens et diffĂ©rentes voies rĂ©flexes. Leur boulot : rĂ©guler le tonus autour du centre du corps, et stabiliser ce centre quand une extrĂ©mitĂ© bouge. Tu lĂšves un bras, ton centre s'ajuste avant mĂȘme que tu y penses. Ce travail-lĂ est automatique.
La qualité de ton gainage dépend donc largement de la qualité des informations sensorielles qui remontent au cerveau. Les bonnes infos montent, la stabilisation s'organise bien. Elles montent mal, aucune série d'abdos ne corrigera le pilotage.
Une fois admis que le gainage se construit en inconscient et en rĂ©flexe, la consĂ©quence saute aux yeux : vouloir le travailler uniquement par du volontaire, c'est souvent taper Ă cĂŽtĂ©. Un biais mĂ©thodologique, le mĂȘme que de croire qu'on travaille la proprioception juste en montant sur un bosu. L'outil n'est pas en cause, c'est le raisonnement qui saute une Ă©tape. Ouvrir cette rĂ©flexion, ça permet justement de sĂ©parer les situations et de les ranger dans les bonnes cases : Ă certains moments il faut du renforcement, Ă d'autres c'est par les voies rĂ©flexes qu'on travaille le gainage.
Voilà ce qui rapproche LabO d'une approche fonctionnelle. PlutÎt que de viser directement chaque groupe musculaire du centre, on cherche du mouvement divers et varié, dans les trois plans de l'espace, pour solliciter le centre dans son ensemble. Ce gainage fonctionnel colle bien mieux à la définition de Légaré qu'un travail purement analytique. L'analytique garde sa place à certains moments, mais seul, il ne suffit pas.
Le principe Ă saisir, c'est la transfĂ©rabilitĂ©. Le gainage doit ĂȘtre transfĂ©rable Ă la personne et Ă son sport. Celui d'un basketteur ne sera pas celui d'un lanceur de javelot. Sur le corps humain, le mĂ©canisme de fond reste Ă peu prĂšs le mĂȘme : la stabilitĂ© rĂ©flexe vient avant le mouvement volontaire. Ta tĂąche spĂ©cifique, un shoot au basket, un lancer de javelot, une frappe au foot, demande une dynamique de mouvement qui ne devient efficace et efficiente qu'Ă partir du moment oĂč tu es stable.
C'est lĂ que le cĂŽtĂ© RNP prend tout son sens : travailler sur l'homme derriĂšre le sportif. Tu cherches d'abord Ă stabiliser quelque chose, et c'est seulement ensuite que ça s'exprime de la façon la plus efficiente. Parce que ton cerveau, lui, se fiche de gagner deux centimĂštres au lancer ou d'ĂȘtre plus prĂ©cis au panier. Il cherche Ă survivre, Ă se stabiliser, Ă rester Ă©quilibrĂ©. Et pour ça, il s'appuie sur des processus inconscients et involontaires. La performance se pose par-dessus cette stabilitĂ©, jamais Ă sa place.
Le travail se joue sur deux versants complĂ©mentaires, et c'est lĂ qu'on Ă©vite les dĂ©rives de l'entraĂźnement classique, oĂč l'on se contente d'empiler du gainage sous toutes ses formes. Certains rajoutent « un peu de neuro », du vestibulaire par exemple, parce que ça aide Ă stabiliser l'axe. Bonne intention. Mais il faut que ça aille vers le spĂ©cifique : ton gainage vestibulaire, qu'est-ce qui t'empĂȘche de l'amener dans ta position sportive ?
Premier versant, le travail précis. Tu identifies les voies réflexes qui posent souci chez le sportif en face de toi, celles qui rendent son gainage moins efficient. Tu travailles ces voies réflexes, et par voie de fait tu améliores le gainage. C'est assez facilement faisable une fois que tu as les outils de testing et les exercices qui vont en face.
DeuxiĂšme versant, ramener du stress dans le systĂšme pour qu'il se renforce et progresse. MĂȘme principe qu'Ă l'entraĂźnement : la surcharge progressive. Tu charges le systĂšme petit Ă petit pour que les voies rĂ©flexes deviennent de plus en plus efficientes, et que le recrutement se fasse dans le bon ordre, avec des stratĂ©gies de stabilisation optimales pour ton sport.
Aucun des deux ne prime sur l'autre. Ils se combinent. L'un sans l'autre te laisse à mi-chemin : des réflexes propres mais jamais chargés, ou un systÚme chargé qui s'organise mal.
Il y a un truc qu'on utilise dans toute la musculation et dans chaque geste athlĂ©tique, jusque dans un saut, et qu'on oublie pourtant d'entraĂźner : la respiration. Fais le test. Un squat oĂč tu expires pile au moment oĂč tu dois produire le plus de force. Tu n'arriveras pas Ă stabiliser ton centre. Pour tenir, tu dois monter la pression abdominale, stabiliser le centre grĂące Ă la respiration. Et quoi de plus central, quand on parle du centre du corps, que la cage thoracique posĂ©e juste lĂ ? Elle est richement dotĂ©e en mĂ©canorĂ©cepteurs, ces capteurs qui renseignent le cerveau sur les tensions et les positions.
L'enjeu, c'est de retravailler la coordination et la fluiditĂ© de la respiration sur le continuum le plus large possible. Es-tu capable d'une inspiration vraiment complĂšte, avec les muscles principaux et accessoires, puis d'une expiration vraiment complĂšte, jusqu'Ă l'Ă©tirement du diaphragme ? Si tu disposes de tout ce continuum, tu peux accepter un maximum de charge tout en gardant beaucoup de variabilitĂ© : de la stabilitĂ© d'un cĂŽtĂ©, de l'adaptabilitĂ© de l'autre. Si Ă l'inverse certaines amplitudes respiratoires te sont fermĂ©es, tu auras des problĂ©matiques de gainage. Bien souvent, ton gainage s'amĂ©liore d'abord en retravaillant la coordination respiratoire entre la tĂȘte, la cage thoracique et le pelvis.
Le mécanisme qui boucle tout : en travaillant la respiration, tu impactes plein de muscles et d'articulations. Or contraction plus mouvement articulaire, ça nourrit la proprioception, le sens de la position du corps. Et la proprioception du centre est gérée par une partie centrale du cervelet, le vermis, qui s'occupe aussi du reste de la cage du corps. Mieux respirer améliore donc ton gainage par voie de fait. Tant que cette mécanique n'est pas maßtrisée, tu progresses rien qu'en bossant là -dessus.
Prends la position athlĂ©tique de rĂ©fĂ©rence : genoux flĂ©chis, pieds lĂ©gĂšrement vers l'extĂ©rieur, genoux lĂ©gĂšrement ramenĂ©s Ă l'intĂ©rieur des pieds, dos droit. Mets quelqu'un dedans, viens d'un cĂŽtĂ©, pousse sur l'Ă©paule et sur la hanche. Observe la rĂ©sistance, sa capacitĂ© Ă tenir face Ă la pression. Garde ensuite exactement la mĂȘme pression de poussĂ©e, mais demande-lui de faire varier les placements : tĂȘte en flexion, tĂȘte en extension, bassin en antĂ©version, bassin en rĂ©troversion. Tu vois la rĂ©sistance changer.
Ce que ça rĂ©vĂšle : l'antĂ©version et la rĂ©troversion du bassin, la flexion et l'extension de la tĂȘte, ça s'accompagne d'une augmentation et d'une rĂ©duction du volume de la cage thoracique. Une coordination que tout ĂȘtre humain devrait possĂ©der sur une inspiration et une expiration. Le gainage que tu testes lĂ , c'est aussi, au dĂ©part, une respiration bien placĂ©e dans les mouvements athlĂ©tiques.
En observant quelqu'un de profil sur sa posture, tu repÚres deux profils. Certaines personnes sont plutÎt sur l'inspiration, avec le bassin en antéversion. D'autres plutÎt sur l'expiration, avec le bassin en rétroversion. Pour le valider simplement, regarde l'angle infrasternal, l'angle des cÎtes. Un angle ouvert penche vers le profil inspiration, un angle fermé vers le profil expiration. à partir de là , tu peux faire les liens que tu veux, y compris avec le systÚme nerveux autonome, sympathique et parasympathique, pour orienter le type d'exercice à proposer à cette typologie de personne. Et ce type d'exercice inclut la respiration, qu'on a vu reliée au gainage.
En clĂŽture, l'ordre des prĂ©requis se dessine clairement. D'abord une bonne mĂ©canique de respiration. La respiration sert les Ă©changes gazeux, l'oxygĂ©nation, mais sa mĂ©canique, la coordination tĂȘte, diaphragme, pelvis, compte tout autant que les Ă©changes eux-mĂȘmes. Ensuite, la stabilisation rĂ©flexe : le tronc cĂ©rĂ©bral, siĂšge des rĂ©flexes archaĂŻques. Et seulement ensuite, le gainage « type » qu'on connaĂźt, en anti-dĂ©formation : anti-flexion, anti-extension, anti-rotation, anti-inclinaison, avec toutes les variantes sur la planche.
Ces « anti » forment un continuum, pas une liste à cocher. Tu les utilises au regard de la discipline sportive visée. Ce travail reste du volontaire, et il faut le faire : comme toute qualité physique, il demande du temps et un retard d'entraßnement avant que les effets s'installent. Le volontaire et l'inconscient cohabitent, ils ne s'excluent pas.
La vraie bascule est méthodologique. Redéfinis, sois précis sur ce que tu appelles gainage et renforcement, et tu te donnes une méthodologie propre à chaque réflexion. Tu ouvres le champ des possibles, tu peux pousser le raisonnement trÚs loin, et surtout tu choisis tes situations selon la personne en face de toi si tu es coach, ou selon tes propres besoins si tu es sportif. La rÚgle qui clÎt l'épisode tient en deux temps : avoir une justification, savoir pourquoi tu mets tel exercice en place, puis aller vérifier sur le terrain s'il produit les effets escomptés. Au lieu de copier ce qui passe sur les réseaux sociaux.
D'aprÚs la définition d'Emmanuel Légaré reprise dans l'épisode, le gainage s'obtient en apprenant à embrayer dans le bon ordre les voies motrices descendantes, qui activent des patrons moteurs enchùssés comme des circuits gigognes. En clair : recruter les bons muscles dans le bon ordre, avec les bonnes synergies. Un processus largement inconscient et réflexe, pas une accumulation de séries d'abdos.
La question mĂ©rite d'ĂȘtre recadrĂ©e. L'Ă©pisode invite Ă penser systĂšme plutĂŽt que liste de muscles isolĂ©s : « arrĂȘte de penser ça part du muscle, ça finit sur le muscle, il y a plein de trucs au milieu ». Le gainage est une affaire de transmission de force et de collaboration entre facteurs. C'est aussi pour ça que forcer ses grands droits, comme on muscle un biceps, ne suffit pas Ă le construire.
L'épisode oppose deux logiques. D'un cÎté, rester statique et fort, encaisser sans bouger. De l'autre, la capacité à s'adapter dans l'instant pour une meilleure transmission de force. Ce second versant, rester solide tout en bougeant, est celui que la prépa physique tend à oublier au profit du « indéformable ».
Celui qui est transférable à la personne et à son sport. Le gainage d'un basketteur diffÚre de celui d'un lanceur de javelot. Aucun gainage n'est universellement supérieur : l'efficacité se mesure au transfert vers la tùche réelle, une fois la stabilité réflexe installée sous le geste volontaire.
Sur deux versants combinés : identifier et travailler les voies réflexes problématiques (avec testing et exercices associés), et ramener progressivement du stress dans le systÚme par surcharge progressive. Et dans le bon ordre : d'abord la mécanique de respiration, puis la stabilisation réflexe, et seulement ensuite le gainage en anti-déformation et ses variantes sur la planche, adaptées à ta discipline. La rÚgle qui tient tout : justifier chaque exercice, puis vérifier ses effets sur le terrain.
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