Demande à un enfant de marcher pieds nus dans l'herbe : de plus en plus souvent, son corps refuse. Pour Victor Segard, préparateur physique holistique formé au Labo RNP, l'entraînement pieds nus est le levier le plus accessible pour rebrancher le corps à son environnement. Aucun matériel, juste recommencer à toucher le sol.
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Demande à un enfant de marcher pieds nus dans l'herbe : de plus en plus souvent, son corps refuse. Pour Victor Segard, préparateur physique holistique formé au Labo RNP, l'entraînement pieds nus est le levier le plus accessible pour rebrancher le corps à son environnement. Aucun matériel, juste recommencer à toucher le sol.
Quand Victor a découvert la neuro au Labo RNP, ce qui l'a marqué, ce sont les stimulations tactiles et sensorielles. Sa question de praticien tient en une ligne : comment rendre ça ludique et le glisser dans la vie de tous les jours, au lieu d'en faire un exercice de plus à caser dans la journée ? Le pied s'est imposé comme point d'entrée.
Marcher pieds nus, s'entraîner pieds nus, ça stimule le tactile sous la plante du pied. Cette stimulation aide à réintégrer des réflexes et des sensations que le corps avait mis de côté. La plante du pied capte énormément d'informations : le sol, sa texture, ses reliefs. La couper en permanence avec une semelle, c'est éteindre une bonne partie de ce dialogue entre le pied et le terrain.
Le point que Victor martèle : tu n'as besoin d'aucun matériel. Le réflexe habituel, c'est « si je n'ai pas ma balle à picots, je ne peux pas travailler ma stimulation plantaire. » Sa réponse tient en une image : la nature t'offre déjà tout ce qu'il faut. Le sol, l'herbe, les graviers, le sable. Le matériel est là, sous tes pieds.
Le problème que Victor cherche à régler est très concret. Les petits exercices correctifs précis, ceux où il faut se trouver 5 à 10 minutes par jour, finissent par lasser. On tombe dans l'ennui, dans la frustration du « encore ce truc à faire aujourd'hui. » Et au bout d'un moment, personne ne tient.
Il est honnête là-dessus, et c'est ce qui rend son propos crédible : même les pros décrochent. Il rapporte une discussion avec Victoria, qui lui disait « en fait je perds tout le monde, et même moi-même. » Sa formule : à part les gens hyper disciplinés, on tient trois semaines, et après on a envie de faire autre chose. C'est normal, c'est humain.
Sa réponse, c'est de changer d'échelle d'objectif. Plutôt qu'un exercice chirurgical que personne ne maintient, viser un impact peut-être moins ciblé, mais réellement tenu dans la durée parce qu'il est fondu dans le quotidien. Un stimulus un peu moins exact mais qui existe vraiment tous les jours vaut mieux qu'un protocole parfait qui s'arrête au bout de trois semaines.
C'est là que ça devient actionnable. Dans son studio, Victor a plusieurs reliefs sous la main : le sol lisse qu'on retrouve dans toutes les salles, de l'herbe, des graviers, du sable. Pendant l'échauffement, il fait travailler les gens là-dessus.
Chaque surface envoie une information différente au pied. Le sol lisse de salle, c'est le degré le plus neutre, celui que le corps connaît déjà. L'herbe, les graviers, le sable montent progressivement en intensité de stimulation. Plus la surface a du relief et de la texture, plus elle réveille le pied. Victor ajuste selon la personne : il y en a qu'il fait travailler dans l'herbe, d'autres sur une surface vraiment lisse, d'autres ailleurs. Le choix de la surface, c'est déjà le réglage du dosage.
Le geste clé, c'est qu'il ne l'annonce pas. Il ne dit pas « aujourd'hui on travaille la stimulation tactile du pied, on va faire tel exercice. » Il propose des allers-retours, de la mobilité, des marches d'animaux, et il varie simplement la surface sous les pieds. La stimulation se fait pendant qu'on s'échauffe, sans devenir une tâche de plus dans la séance.
L'effet déborde souvent du cadre sportif. Une personne lui disait il y a trois jours : « grâce à toi, j'ai redécouvert autre chose que faire du sport, tu m'as mis les mains dans la terre. » Cet ancien militaire a même fait le lien avec les fois où on lui demandait d'aller se cacher dans la boue : il a compris après coup que c'était une forme de communion avec la nature. On vient pour s'entraîner, et derrière, plein d'autres choses se mettent en place.
Point de nuance, et Victor y tient. Marcher pieds nus n'est pas bon pour tout le monde de la même manière, ça dépend du stimulus que la personne peut encaisser. Pour certains, le contact direct avec le sol est déjà une stimulation trop forte. Pour d'autres, ça passe sans problème. Le même geste peut être bénéfique pour l'un et trop violent pour l'autre.
Le cas qui l'a frappé, c'est celui des enfants très sédentaires qu'il suit, dont des enfants avec des troubles de l'apprentissage, notamment des TDAH. Quand il interroge les parents, le tableau revient souvent : beaucoup d'écrans, beaucoup de sédentarité, très peu de jeu dehors. Et quand il leur demande si l'enfant va parfois pieds nus dans l'herbe pour s'amuser, la réponse, c'est ce « mon corps ne veut pas, je ne le supporte pas. » Le pied a tellement perdu l'habitude du contact qu'il le vit comme une agression.
D'où la logique d'exposition progressive. On ne jette pas quelqu'un pieds nus sur les graviers du jour au lendemain. On réintroduit le contact petit à petit, pour réhabituer le pied, le « réensauvager. » Le but, ce n'est pas de tester la résistance de la personne : c'est de laisser son système se réacclimater au sol à un rythme qu'il supporte.
Victor replace tout ça dans le temps long. L'être humain a vécu 200 000 ans pieds nus. Le pied est une structure qui a évolué dans le contact avec le sol, c'est son état de fonctionnement par défaut. Ce qui est récent, à l'échelle de l'espèce, c'est la coupure.
Cette coupure a trois moteurs qu'il cite ensemble : les chaussures portées en permanence, la sédentarité, et les écrans. On vit de plus en plus à l'intérieur, de plus en plus assis, le pied de plus en plus enfermé. Le résultat, c'est ce corps qui ne supporte plus d'enlever ses chaussures et d'être dehors.
Marcher pieds nus, dans cette lecture, c'est revenir à un fonctionnement de base du corps. Tu ne lui ajoutes pas une compétence exotique, tu lui rends une condition dans laquelle il a passé l'essentiel de son histoire. Voilà ce qui rend le geste si simple : il ne demande pas d'apprendre, il demande de retrouver.
Le pied n'est que la porte d'entrée. Ce que vise Victor, c'est l'environnement complet comme stimulus. Il le raconte à partir de son propre matin : il promène son chien autour d'un étang, tôt, parce que c'est apaisant, sans bruit, sans personne. Là-bas, il croise une dame âgée qui fait la même promenade depuis des années et qui observe chaque détail : les petits cailloux qui scintillent dans l'herbe, et qu'on ne voit qu'à la rosée du matin, ce qui se passe dans les arbres. Elle est en immersion, elle perçoit une foule de détails qu'on ne voit plus. Cette attention au détail du vivant, c'est déjà une forme de reconnexion.
Le pied capte les activations tactiles, le relief : marcher sur des cailloux, sur du sable, toucher des troncs d'arbres. Mais l'environnement agit aussi par la lumière. Le soleil règle ton horloge interne, ton cycle circadien. Ton corps lit en permanence où en est le soleil pour savoir à quel moment de la journée on se trouve et quoi faire à ce moment-là. Enfermé en intérieur, tu perds une partie de ce calage. Victor évoque aussi la mise à la terre et la pollution électromagnétique, des choses qu'il dit expérimenter en ce moment, autour de l'idée de recharger ou décharger le corps, en précisant qu'il existe aujourd'hui des études sur ces sujets.
Le constat de terrain est net, et il le tire de son travail avec les enfants : quand il anime ses groupes pendant les vacances, il cherche à être dehors au maximum, même s'il pleut, même s'il fait moins beau. Les périodes d'activité en extérieur sont systématiquement plus calmes et plus enrichissantes que les périodes en intérieur. Et ça aide vraiment au changement de comportement.
Le principe de fond, celui qu'il relie directement aux cours du Labo RNP : le but est de créer un système sécuritaire pour le cerveau. Tant que le cerveau est en survie, en recherche de sécurité, rien ne tient. Une fois cette sécurité installée, alors on peut aller chercher la performance. Voilà pourquoi son intérêt premier, c'est de mettre les gens dans un état sécuritaire d'abord, pour qu'ensuite ils aient l'énergie de tenir des routines plus précises.
Il relie ça à une discussion avec Matt Bouchard : souvent, un réflexe qui dysfonctionne, comme un Moro hyperactif, vient d'un environnement trop stressant. Plutôt que d'empiler les exercices correctifs, il vaut parfois mieux remonter à la cause des causes. Est-ce que la personne subit trop de stress au travail et à la maison, mange des choses qui agressent son corps ? Si tu joues d'abord sur l'environnement pour retrouver un équilibre de vie, parfois enlever simplement le verre de coca de la journée suffit à ce qu'elle tienne ensuite un ou deux exercices sur trois semaines. Il glisse au passage une critique de l'obsession de la performance : ces gens qui courent une heure pour brûler tant de calories, mais qui ne se sont jamais assis dix minutes à contempler la nature pour vérifier si c'est vraiment ça qui leur fait du bien. Avec, derrière, le réflexe dopaminergique des réseaux sociaux, où il faut aller partager ses exploits du jour.
Le conseil unique qu'il donne pour commencer dès demain est volontairement minuscule : une marche de 10 minutes au lever du soleil, pieds nus si tu peux. C'est ce qui régule le cycle circadien. Et il prend l'angle du sommeil : si tu dors mal, ne commence pas par chercher comment mieux t'endormir, regarde d'abord comment tu te réveilles. Être bien calé avec le soleil, c'est ce qui donne le meilleur équilibre, physiologique et au-delà. Dix minutes suffisent, entre 2 et 10 selon l'intensité de la lumière et de la marche, inutile d'en chercher plus. Une fois cette routine en place, tu peux y ajouter de la respiration, des étirements, de la méditation. Lui aime s'asseoir deux ou trois minutes sur un arbre, un rocher, le paillage de la forêt ou la prairie. Tu kiffes ton moment, et tu te sens vivant.
Pour réactiver la stimulation sensorielle sous la plante du pied, qui capte le relief et la texture du sol et aide à réintégrer des réflexes mis de côté. Et pour recaler ton cycle circadien grâce à la lumière naturelle du matin : ton corps se sert de la position du soleil comme horloge interne. Le geste rebranche à la fois le pied et l'horloge du corps.
En variant les reliefs naturels pendant l'échauffement, de façon progressive. Le sol lisse d'abord, puis l'herbe, les graviers, le sable, qui montent en intensité de stimulation. Tu peux le glisser dans des allers-retours, de la mobilité, des marches d'animaux, sans en faire un exercice à part. Pas besoin de matériel dédié, la nature offre déjà toutes les surfaces utiles.
Parce que l'être humain a vécu 200 000 ans pieds nus. Le pied a évolué dans le contact avec le sol, c'est son état de fonctionnement par défaut. La coupure est récente, et elle vient de trois choses : les chaussures portées en permanence, la sédentarité et les écrans. Marcher pieds nus, c'est rendre au corps une condition dans laquelle il a passé presque toute son histoire.
Non, le stimulus se dose. Pour certains, marcher pieds nus est déjà trop fort, pour d'autres non. Les enfants très sédentaires, avec beaucoup d'écrans et peu de jeu dehors, ne supportent souvent pas le contact direct au début, leur corps le refuse. Dans ce cas, on passe par une exposition progressive plutôt que de forcer.
En réintroduisant petit à petit le contact avec des surfaces naturelles dans la vie de tous les jours, plutôt que via des protocoles isolés qu'on ne tient pas. L'idée de Victor, c'est d'intégrer la stimulation au quotidien, l'échauffement, la promenade du matin, le contact avec la terre, pour viser un effet réellement maintenu dans le temps plutôt qu'un exercice parfait abandonné au bout de trois semaines.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
L'activité physique change la donne pour le TDAH de l'enfant. Adrien Chartier, préparateur physique depuis plus de vingt ans et cofondateur de Labo RNP, le résume en une phrase : on envoie nos enfants deux heures aux devoirs et trente minutes de sport le mercredi, il faudrait faire l'inverse. Voici le mécanisme neurologique, comment juger les approches selon leur niveau de preuve, et un plan progressif sur douze semaines à lancer dès demain.
L'hyperactivité motrice de l'enfant est d'abord un signal. Quand un enfant bouge sans arrêt, son système nerveux cherche le plus souvent à se réguler, à se stimuler ou à évacuer une tension. Comprendre ce que ce mouvement résout change tout ce qu'on va lui proposer.