Il y a huit ans, Jonathan Colombet mettait trente minutes à s'échauffer avant un squat. Cette galère l'a conduit à l'entraînement neuro-athlétique, une approche où la vision, la posture et la respiration commandent le mouvement avant le muscle. Voici ce que sa box CrossFit lui a appris sur le système nerveux et la performance.
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Il y a huit ans, Jonathan Colombet mettait trente minutes à s'échauffer avant un squat. Cette galère l'a conduit à l'entraînement neuro-athlétique, une approche où la vision, la posture et la respiration commandent le mouvement avant le muscle. Voici ce que sa box CrossFit lui a appris sur le système nerveux et la performance.
Il y a huit ans, Jonathan Colombet mettait 30 minutes à s'échauffer avant un squat. Trente minutes. Un jour, une question lui tombe dessus et fait tout basculer : « ce n'est pas normal. Si quelqu'un me courait après pour me tuer, je m'échaufferais comment ? »
La question a l'air bête. Elle ouvre tout. Gérant de sa box CrossFit depuis huit ans, coach depuis une quinzaine d'années, il part de ce constat minuscule pour aller voir ailleurs que l'articulation et le muscle. Ce qu'il trouve déplace le regard. La raideur, l'épaule qui coince, le tronc qui décroche, le souffle court : tout ça dépend en grande partie de ce que le cerveau perçoit de son environnement. Vision, posture, réflexes, respiration. Le muscle se contente d'exécuter ce que le système nerveux autorise.
Dans cet entretien « 1/4 Heure LabO », Jonathan déroule cette bascule avec des cas pris dans sa salle. Voici ce qu'un kiné, un coach, un prépa ou un pratiquant peut en tirer pour observer un athlète autrement.
Son parcours ressemble à celui de beaucoup de coachs qui se cognent à un mur. Huit ans de box, une quinzaine d'années sur le terrain, et au départ une approche classique : une articulation, un muscle, on échauffe, on charge. Pour lui, ça coince. Trente minutes pour préparer un squat, c'est le symptôme que quelque chose tourne mal en amont.
Au lieu de s'en accommoder, il va chercher. Il se forme à Z-Health, une méthodologie qui étudie le mouvement et les systèmes nerveux. Puis à la posture. Puis à la respiration. Il devient même formateur en thérapie par le froid. De fil en aiguille, il assemble une approche qui regarde l'humain dans son ensemble au lieu de s'arrêter au geste visible.
Son fil rouge tient en une idée : le besoin d'échauffement raconte quelque chose, il n'est pas une fatalité. Quand le système nerveux tourne bien, le corps réclame beaucoup moins de préparation pour se sentir en sécurité dans un mouvement.
C'est la logique de fond. Plus ton système nerveux fonctionne bien, moins tu as besoin de t'échauffer longtemps. Le cerveau se sent prêt, il libère l'amplitude et la force sans réclamer un long sas de mise en route.
Jonathan reste honnête sur les limites du raisonnement. Pour une simple démonstration de squat au poids de corps, inutile de surenchérir : il ne va pas se torturer à savoir « il faut absolument que je m'échauffe ou pas ». Le sujet n'a rien de binaire, entre celui qui pédale dix minutes et celui qui charge à froid sans réfléchir.
Là où le gain saute aux yeux, c'est dans l'accompagnement des gens. Sur sa propre pratique, ça a déjà changé pas mal de choses. Mais quand il prend les autres en charge, la différence devient spectaculaire.
Voilà le retournement qu'il revendique : tout ce qui lui a mis des bâtons dans les roues finit par le servir. À la base, il n'a aucune mobilité naturelle. Pour beaucoup, ce serait un handicap. Chez lui, c'est devenu un outil de coaching.
Ce manque l'a forcé à comprendre, de l'intérieur, ce que vit quelqu'un de contraint. Il a croisé des coachs capables de squatter profond après deux minutes qui galèrent à se glisser dans la peau d'une personne raide. Quand ton corps a toujours suivi, tu imagines mal pourquoi celui d'en face bloque.
Lui sait, parce qu'il l'a vécu. Cette empathie corporelle l'a poussé à tester d'abord sur lui-même, son propre cobaye, avant de bâtir des protocoles pour la salle.
Sa distinction centrale tient dans deux mots qu'on confond tout le temps : la posture et la position. La position, c'est ce que tu vois à l'instant T sur l'athlète : le dos, l'angle, le placement. La posture, c'est l'organisation profonde qui tient (ou ne tient pas) ce placement dans la durée.
Un coach qui ignore cette différence matraque la position visible. « Place le dos », « attention à ta poitrine », « va moins vite ». Le problème : si la posture est désorganisée, dès que la personne arrête de penser à son mouvement, elle revient à son schéma de départ. Inconsciemment. Elle a beau s'appliquer, le verrou est ailleurs.
Là-dessus se greffent les réflexes archaïques, ces automatismes installés très tôt qui, mal intégrés chez l'adulte, continuent de parasiter le mouvement. Quelqu'un qui connaît un peu la posture repère aussitôt leurs signatures : une épaule plus basse, une barre qui part en biais vers les côtes, un côté plus fort que l'autre. Sans cette grille de lecture, difficile d'avoir la moindre bille pour comprendre ce qui se passe.
L'exemple le plus parlant vient d'une personne suivie en kiné. Une amie la lui envoie, parce qu'elle sent qu'il interviendra sur d'autres paramètres que la kinésithérapie seule.
La personne arrive. Ils bossent ensemble sur des tests, des rotations de tête, des réflexes. En fin de séance, elle tourne la tête comme elle ne l'avait plus fait depuis cinq ans. En larmes. Cinq ans sans retrouver cette amplitude.
Pour Jonathan, ce moment-là dit qu'on est dans le vrai. Mettre tout un savoir de prépa physique et de coaching au service de ça, lever pour de bon des restrictions, voilà ce qui rend le métier intéressant. L'amplitude dormait là, intacte. Il fallait juste rouvrir le bon canal.
Le wall walk montre à merveille comment un input sensoriel mal réglé bloque un geste qui paraît purement musculaire. Le wall walk, c'est ce mouvement où tu pars au sol et où tu remontes le long du mur, les mains qui se rapprochent du mur, le corps gainé.
Une personne n'y arrive pas. Épaules impossibles à garder fixes, tronc qui décroche. Le réflexe d'un coach non formé à la neuro : renforcer le gainage, travailler la mobilité, étirer. Jonathan, lui, va tester ailleurs. Il repère un gros problème de convergence oculaire, la capacité des deux yeux à se coordonner sur un point proche.
Il fait travailler la convergence, ajoute un peu d'oculomoteur derrière. Résultat : la personne monte à la verticale et devient stable comme jamais auparavant. Le mouvement avait des airs musculaires. Le frein logeait dans l'information visuelle que le cerveau recevait de son environnement. Coacher uniquement la technique, c'est passer à côté de tout ce qui, en amont, bride le geste.
Même logique sur le soulevé de terre. Le coach qui répète « place le dos, place le dos » a raison sur le principe, mais ça ne tient pas si la posture est désorganisée. Dès que l'athlète arrête de penser à son dos, il y retombe. Tu peux le reprendre cent fois, lui demander de ralentir : l'inconscient reprend la main.
L'approche de Jonathan ne supprime jamais la demande de pousser fort. Elle s'attaque d'abord aux sous-systèmes qui vont permettre de stabiliser la barre. Quand il trouve ce qu'il appelle la clé, le « verrouillage sécuritaire », le changement est tel qu'on croirait à de la magie. Aucune magie là-dedans. Juste la connaissance de ces inputs sensoriels qui produit l'effet. La barre se tient droite, l'énergie est conservée au lieu de partir en compensation, et la performance suit.
Le piège classique de l'épaule résume toute sa philosophie. On t'a appris que là où tu as mal, tu mets ton attention. Tu as mal à l'épaule droite, donc tu fixes l'épaule droite. Sauf que Jonathan observe souvent une épaule droite basse qui ramasse trop, une barre tordue vers les côtes, parce que la gauche, elle, n'était plus haute et déstabilisait l'ensemble. La douleur est à droite, la cause à gauche.
Le cas le plus net : un compétiteur de bon niveau, 3e par équipe aux Games, qui vient s'entraîner chez lui. Une épaule un peu tournée, une barre qui penche. Jonathan lui fait passer deux ou trois tests pour repérer ce qui ne fonctionne pas. Le gars refait l'exercice : la barre est droite. Quelques tests bien ciblés ont remis l'organisation en place. Et avec une barre droite, l'énergie est économisée, la contrainte disparaît, l'épaule cesse de faire mal.
La question revient souvent : est-ce que ça marche mieux sur un compétiteur que sur monsieur et madame tout le monde ? La réponse de Jonathan recadre tout. Ce qui fait que ça fonctionne, le niveau n'y est pour rien. Ce qui compte, c'est l'état de croyance et le fait que la personne soit prête.
Notre cerveau fonctionne par la croyance. Il a accompagné des athlètes comme des non-athlètes avec d'excellents résultats, y compris une personne qui traversait une grosse phase d'anxiété, où le travail neuro et le travail sur les bases du mouvement ont fini par bien régler l'émotionnel. Ces gens-là étaient dans la bonne disposition. À l'inverse, certains arrivent à reculons, à trois pattes, parce qu'un proche leur a dit d'essayer. Là, Jonathan refuse. Il leur dit qu'il ne fera pas de bilan, qu'il ne veut pas bosser avec eux. Aucune vexation : il sent juste que ça ne vient pas, que ce n'est pas le moment. Quand tout va mal dans une vie, ajouter un protocole à respecter n'a aucun sens.
Et ces protocoles restent légers. Pas quatre heures par jour. Cinq à dix minutes quotidiennes au maximum, voilà ce qu'il propose. Quand quelqu'un dit « je n'ai pas eu le temps », c'est souvent le signe que l'objectif n'était pas vraiment ancré au départ. Le mythe du « réservé à l'élite » s'écroule : le frein vient rarement du niveau, presque toujours de la disponibilité mentale.
Parmi les leviers les plus simples à installer, Jonathan cite le test de Bolt. Un test qui mesure la tolérance au dioxyde de carbone, le CO2.
On présente souvent le CO2 comme un mauvais ami, un déchet à évacuer au plus vite. Pourtant, pour faire simple, sans CO2, l'oxygène ne se libère pas dans les cellules. Si tu veux que l'oxygène arrive aux cellules et serve à fabriquer de l'énergie, ton corps doit savoir en tolérer davantage. Quand la tolérance est basse, tu le rejettes trop vite, tu respires de façon hachée dès que l'effort monte, et tu plafonnes.
Le plus frappant, ce sont les athlètes persuadés d'être à l'aise. Pose-leur la question, ils te jurent que côté cardio tout va bien. Fais-leur passer le test de Bolt : ils tiennent dix secondes. Jonathan raconte un coach très ouvert sur ces sujets, qu'on voit s'entraîner en cardio sans broncher, et qui plafonne à dix secondes au test. Avoir l'air bon en cardio ne garantit pas une bonne mécanique respiratoire de fond.
L'avantage, c'est l'accessibilité. Travailler ce paramètre reste bien plus simple que d'enchaîner quatre séances de PMA dans le rouge pendant trente minutes. Tu améliores ton test de Bolt, tu remets le système à niveau, et la performance progresse sans forcément repasser par des séances en zone rouge.
Tout se relie dans une approche systémique. L'humain ne se résume pas à ses muscles. Il y a les muscles, les nerfs qui les pilotent, l'endocrinologie, et tout ce que la naturopathie apporte comme connaissances. Empiler ces briques, c'est viser la vision la plus holistique possible. L'oxygène, par exemple, fait partie des aliments essentiels du cerveau avec le glucose. Mieux respirer, c'est donc nourrir tout le reste.
Concrètement, dans la box, les membres ont accès à un bilan avec une ostéopathe à la démarche holistique, un check-up de la structure pensé pour que l'équipe puisse mieux les coacher. Ils ont aussi droit à un rendez-vous nutritionnel éducatif avec Jonathan. Une heure, un PDF, un retour aux bases de l'alimentation. Son but n'est pas de distribuer un tableau à suivre. Cherche sur internet si la viande est bonne pour toi : on te répondra mille fois oui et mille fois non. Lui veut éduquer les gens pour qu'ils se forgent leur propre avis et restent libres, y compris un vendredi soir invités chez des potes, sans perdre leur sociabilité ni culpabiliser.
Quand on lui demande ce qui compte le plus côté nutrition, beaucoup répondent « les calories » ou « les couleurs dans l'assiette ». Sa réponse à lui : la gestion du stress et la respiration. Tu peux manger le plus naturel, le plus sain, le plus homemade des repas, si ta respiration est bloquée, les nutriments n'arrivent pas dans les cellules.
Le but final, c'est l'autonomie. En début de carrière, il tenait la main des gens, et ça flattait son ego de coach. Aujourd'hui, il veut qu'on puisse se détacher de lui. Il met l'athlète au centre, lui apporte le meilleur, tout en sachant qu'il n'est qu'une pierre sur le parcours. Son objectif avoué : regarder quelqu'un s'entraîner et n'avoir rien à dire. Le jour où une personne sent qu'elle doit aller voir ailleurs, aucun problème. Il est en paix avec ça.
Le cerveau capte en permanence des informations de l'environnement, par la vision, la posture, le système vestibulaire, et il ajuste le mouvement en fonction. L'approche consiste à travailler ces entrées sensorielles, au-delà du seul muscle. Quand l'information est mal réglée, comme un problème de convergence oculaire, le geste se bloque même s'il paraît purement physique.
Lever les restrictions de mobilité et de stabilité, réduire la douleur, raccourcir le temps d'échauffement, et au bout du compte rendre l'athlète autonome. Jonathan cite la personne suivie en kiné qui retrouve une rotation de tête perdue depuis cinq ans : l'amplitude existait, il fallait rouvrir le bon canal.
Des résultats observables sur le terrain : une barre de soulevé de terre qui se tient droite, une épaule qui arrête de faire mal, une amplitude retrouvée, un wall walk enfin stable, un meilleur test de Bolt. Le gain de force peut même apparaître dès le début d'un protocole.
Par les systèmes sensoriels qui informent le cerveau et conditionnent le geste : l'oculomoteur, la posture, la respiration. En réglant ces entrées, on agit sur l'organisation profonde du mouvement, la posture, au lieu de corriger sans fin la seule position visible.
Ni le sport ni le niveau ne décident. Ce qui compte, c'est l'état de croyance et la disponibilité de la personne. Ça vaut autant pour le compétiteur que pour monsieur et madame tout le monde. Quelqu'un qui vient à reculons n'en tirera rien, et Jonathan préfère alors ne pas commencer.
Avec des repères avant/après simples cités dans l'épisode : le test de Bolt qui progresse, la barre qui se stabilise, le gain de force dès les premières séances d'un protocole. Le compétiteur des Games dont la barre se redresse après quelques tests en est l'illustration directe.
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