Tu demandes un squat à quinze athlètes, une seule phrase, et tu récoltes quinze mouvements différents. La communication coach sportif décide de la progression, pas seulement de l'ambiance. Michaël Fullum, kinésiologue à Montréal, en a fait une expertise à part entière après près de dix ans auprès d'équipes de sport collectif.
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Tu demandes un squat à quinze athlètes, une seule phrase, et tu récoltes quinze mouvements différents. La communication coach sportif décide de la progression, pas seulement de l'ambiance. Michaël Fullum, kinésiologue à Montréal, en a fait une expertise à part entière après près de dix ans auprès d'équipes de sport collectif.
Fullum pose ça d'entrée comme une question de retour sur investissement. Tu communiques bien, une connexion se passe entre l'athlète et toi. Cette connexion fabrique une meilleure relation de confiance. Et c'est cette confiance qui rend les résultats plus faciles à atteindre.
La communication ne se rajoute pas en bonus quand tu as le temps. Elle conditionne tout le reste. Un athlète qui te fait confiance exécute mieux, s'engage davantage, reste plus longtemps. La qualité de l'échange et la qualité des résultats avancent côte à côte.
Pour Fullum, c'est devenu une expertise à part entière au fil des années passées avec les équipes et les athlètes. La technique d'entraînement compte, évidemment. Mais coupe le canal qui permet à cette technique d'arriver intacte chez la personne, et ton expertise reste coincée dans ta tête.
Voici le cœur de l'épisode : ta perception d'une situation pèse plus lourd que la situation elle-même. Prends trois personnes qui vivent exactement la même rencontre. Demande à chacune ce qu'elle en retient. Chacune va sortir des points différents. Ces points, ce sont leurs perceptions face à la même scène.
Reviens au squat. Tu dis « pousse les genoux vers l'extérieur, sors les fesses ». L'un comprend qu'il faut pousser fort les genoux. L'autre comprend juste un léger mouvement des fessiers. Un troisième cambre le dos. Un quatrième descend et recule les fessiers, exactement ce que tu voulais. Une seule phrase, autant de lectures que d'athlètes. La perception qu'un athlète a de ton message dépend de son passé, de ses expériences, de sa culture, de son environnement social.
L'exemple du « joyeux festin » résume tout. Les mœurs de la France et celles du Québec ne se ressemblent pas exactement, et les mots non plus. Le même objet porte deux noms selon l'endroit où tu as grandi. Quand tu donnes une consigne, tu pars du principe que ton vocabulaire est universel. Il ne l'est pas. Le mot quitte ta bouche avec un sens, il arrive dans l'oreille de l'autre avec un autre sens, celui que son vécu lui a appris.
Du coup, ta première variable à ajuster, c'est ta lecture de la façon dont l'autre perçoit. Tu crées les perceptions par tes mots et par ta présence. Garde ça en tête à chaque consigne.
Pour Fullum, tu dois toujours avoir la « big picture » de la personne en face. Quand il donne une conférence sur la communication auprès des coachs, c'est le premier réflexe qu'il transmet. Et il entend systématiquement la même réponse des entraîneurs : « moi je fais déjà ça ». La réalité est souvent plus mince.
Il raconte une scène vécue la veille de l'enregistrement. Un nouvel entraîneur de son équipe rencontre un nouveau client. Fullum le laisse mener, prend des notes en retrait. Après, il lui demande : « est-ce que tu connais ton client ? ». Réponse : « oui, il veut courir, s'entraîner quatre fois par semaine ». Question de Fullum : « c'est quoi le nom de son chat ? ». L'entraîneur ne sait pas. Pourtant le client en avait parlé.
Le mécanisme est là. Reviens à la séance suivante sur un détail noté la fois d'avant, sans aucun lien avec l'exercice du jour, et l'athlète remarque que tu accordes de l'importance à sa personne, que tu l'écoutes vraiment. Le chat s'appelle Harold ? « L'autre jour tu me disais que tu avais un chat, Harold, comment il va ? ». Ça peut être les enfants, le foot d'Adrien, le week-end. Fullum applique exactement ça avec ses athlètes : il leur demande comment était leur week-end, et le vendredi suivant il essaie de se rappeler l'info et de la reconnecter. Principe simple, effet réel sur le lien.
La transparence fait partie du jeu. Fullum le dit à ses préparateurs physiques : pas besoin que les gens connaissent ta vie, mais sois transparent. Parle un peu d'une activité que tu as faite avec ta conjointe. En disant ça, l'autre se reconnaît, répond « ah oui, moi aussi j'ai fait ça », et tu peux reprendre la balle pour la renvoyer vers lui. Les gens aiment parler d'eux. Tu leur donnes une porte d'entrée, ils la prennent.
Dans un sport collectif, il reste des individus
Le piège des sports collectifs, c'est de ne parler qu'au groupe. On oublie que dans chaque groupe il y a un individu, et chaque individu a besoin qu'on le touche par son propre canal. Fullum le souligne pour le foot et le soccer en particulier, où beaucoup de choses passent par l'ego. Trouver la place de chacun, lui donner un peu de confiance, lui faire sentir qu'il a une relation de confiance et de transparence avec toi, ça devient coton quand tu raisonnes par équipe entière. Le travail reste individuel, même au milieu du collectif.
On parle tout le temps de motivation. Fullum rappelle qu'elle a une limite. La motivation externe, celle que l'entraîneur insuffle, ne tient qu'un temps. Ce qui tient sur la durée, c'est la constance et les habitudes que tu construis.
Le hic, c'est que la constance et les habitudes finissent toujours par sauter, surtout chez les gens qui débutent. Ça va arriver, certitude. À ce moment-là, ton job, c'est de ramener l'athlète à ses valeurs de base et à son objectif secondaire. Et c'est là que la « big picture » sert : tu connais déjà ce qui le fait avancer en dehors du sport.
Fullum donne l'exemple du client qui débarque en disant qu'il veut tout lâcher. Au départ, son objectif principal, c'était d'être prêt pour la saison de son sport. Mais il avait aussi un objectif secondaire, par exemple être prêt pour la plage l'été. Le jour où son sport va moins bien et qu'il n'a plus le goût, tu lui rappelles ce deuxième pourquoi : « là on s'entraîne pour soi, pour notre chef d'été, on fait ce qui nous tente à nous ». Tu ajustes le programme dans la foulée. La perception du client a changé, alors tu travailles avec cette nouvelle perception au lieu de taper sur le clou de l'objectif qui ne lui parle plus.
L'écoute est l'outil numéro un de la communication, et c'est souvent celui qu'on néglige. Comme préparateur physique et entrepreneur, tu as la tête qui va à toute vitesse, tu penses à plein de choses. Écouter pour de vrai demande de t'arrêter, de « télécharger » ce que l'autre dit avant de répondre.
Dans l'écoute, Fullum utilise un outil précis : faire reformuler. Tu ne demandes pas à quelqu'un de répéter tes mots exacts, tu lui demandes de redire dans ses propres mots ce qu'il a compris. « Reformule-moi ce que je viens de te dire, qu'est-ce que tu as compris ? ». Là, tu vois tout de suite qui a compris et qui n'a pas compris, et tu t'épargnes l'étape de frustration du « t'as pas compris ».
Le point clé, c'est où il place la responsabilité. En tant que leader, en tant qu'intervenant, le travail de compréhension t'appartient. Tu communiques et la personne en face ne comprend pas ? À toi de vérifier : « est-ce que tu as compris ce que je voulais ? ». Elle répond « ah, tu voulais que je fasse ça », tu corriges « non, c'était exactement ça ». Tu portes la charge, pas l'athlète.
Avec le temps, ça devient automatique. Fullum n'a même plus besoin de demander à ses athlètes de reformuler : ils reviennent d'eux-mêmes pour valider ce qu'ils ont compris. Tu crées une communication plus saine, qui fait baisser le risque de frustration des deux côtés.
Le coach qui répète et répète la même consigne sans résultat parle simplement un autre langage que la personne en face. Fullum est direct là-dessus : si tu dois tout le temps répéter, c'est le signe que ça ne fonctionne pas et que ta consigne ne passe pas.
L'idée de fond, validée par les deux intervenants de l'épisode : ton contenu est bon, mais la manière de le dire pour que la personne l'exécute compte davantage. Une chose toute bête fait une grosse différence : te placer sur le même canal que l'autre. La personne est plutôt visuelle ? Tu n'emploies pas le même vocabulaire que si elle est plutôt auditive. Ça vaut pour un exercice, pour de la reprogrammation, pour n'importe quelle consigne d'entraînement.
L'exemple parle de lui-même. Tu dis « fais une antéversion du bassin » à un camionneur, il ne comprend rien, le mot ne lui dit rien. Tu reformules « bascule ton bassin comme ça », il commence à suivre. Autre version : « recule les hanches vers l'arrière », la personne reste bloquée sur le mot hanches. Tu changes pour « va toucher le mur avec tes fesses », et elle recule les fessiers exactement comme tu voulais. Le mouvement attendu n'avait pas bougé depuis le début. Tu as juste parlé son langage.
Faire le pont entre les métiers (physio, médecin, coach)
Le même mot ne veut pas dire la même chose d'un corps de métier à l'autre. Dans les séminaires de l'équipe, tu trouves des coachs sportifs, des physios, des ostéopathes, des médecins. Certains avouent avoir dû chercher sur Google la signification d'un terme, parce que dans leur métier on le dit autrement. Si tu n'emploies que des mots qui ne conviennent pas à ton interlocuteur, tu risques de l'éloigner de l'objectif et de le rendre moins engagé.
La solution de Fullum : nommer la traduction à voix haute. Quelqu'un emploie un mot qui veut dire autre chose chez toi ? Tu le notes, et la fois d'avance tu poses le pont : « en médecine, j'ai entendu que vous utilisez souvent ce mot pour dire ça, ici ça veut dire telle chose ». En un petit mot, tu parles à tout le monde d'un coup. Le médecin ou le physio qui emploie une autre explication comprend alors à quoi correspond la tienne, et la communication circule entre les métiers au lieu de se cogner aux vocabulaires.
Les mots tapent directement sur le cerveau, et un mécanisme précis explique pourquoi certaines consignes se retournent contre toi. L'inconscient n'entend pas la négation. Fullum le démontre avec un classique : « ne pense pas à un éléphant jaune ». L'éléphant jaune n'existe pas, et pourtant ton cerveau vient de le fabriquer. La négation a disparu, l'image est restée.
Conséquence concrète pour le coaching : plutôt que « arrête de faire cette action » ou « je ne veux pas que tu fasses ça », demande clairement l'action voulue. Tu nommes ce que tu veux, pas ce que tu veux éviter. L'exemple de l'enfant est parlant. Le petit lance sa cuillère par terre. Tu dis « lance pas ta cuillère », il la relance, inconsciemment, parce qu'il a entendu l'action « lancer ». Tu dis « arrête », un des rares mots de négation d'action que les jeunes captent bien, et il dépose la cuillère.
Une objection revient toujours : « c'est l'intention que tu mets, ton visage, ton non-verbal qui font le travail ». Vrai en partie. Le non-verbal doit effectivement rester connecté au mot. Mais le mot a un impact en lui-même, et les deux jouent ensemble. Tu ne peux pas compter sur ton visage pour rattraper une consigne formulée à l'envers.
Tout ce travail sur l'impact des mots et sur le profil de la personne s'appuie sur des outils que Fullum a appris en formation : la PNL, qu'il a faite à Londres auprès des cofondateurs de la discipline, et l'ennéagramme, qu'il pratique depuis dix-sept ans pour mieux cerner qui il a en face avant de choisir comment l'aider. L'ennéagramme, ces profils de personnalité avec leurs mots-clés propres, mériterait un épisode à lui seul, et c'est une piste que l'épisode laisse ouverte pour une prochaine fois.
Parce qu'elle déclenche une chaîne. Tu communiques bien, une connexion se crée entre toi et l'athlète. Cette connexion installe une relation de confiance. Et c'est cette confiance qui rend les résultats plus faciles à atteindre. Fullum parle d'un véritable retour sur investissement : le temps passé à bien communiquer revient sous forme de progression.
Trois gestes concrets tirés de l'épisode. D'abord l'écoute active : fais reformuler à l'athlète, dans ses mots, ce qu'il a compris, et porte toi-même la responsabilité de vérifier la compréhension. Ensuite connais l'individu, garde la « big picture » (le nom du chat, le week-end, les enfants) et reconnecte ces détails d'une séance à l'autre. Enfin parle son canal : adapte ton vocabulaire à sa façon de comprendre au lieu de répéter la même phrase.
Oui. Fullum s'adapte à chaque individu, jamais à un public moyen. Concrètement, tu ajustes le canal (visuel ou auditif), le vocabulaire et même les mots selon le métier ou le vécu de la personne. Ça reste vrai avec un athlète de haut niveau : il a aussi son objectif secondaire, ses mots à lui, sa façon de percevoir. Le profil et le canal commandent l'adaptation, pas le niveau de performance.
L'épisode invite à la prudence sur ce terrain. Fullum insiste pour que le non-verbal reste connecté au mot : l'intention, le visage, la présence accompagnent la consigne et participent à sa bonne réception. Une communication purement écrite te prive de ce non-verbal, ce qui en limite la portée. L'écrit peut transmettre l'info, mais il perd la moitié connectée au corps et au ton.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
L'activité physique change la donne pour le TDAH de l'enfant. Adrien Chartier, préparateur physique depuis plus de vingt ans et cofondateur de Labo RNP, le résume en une phrase : on envoie nos enfants deux heures aux devoirs et trente minutes de sport le mercredi, il faudrait faire l'inverse. Voici le mécanisme neurologique, comment juger les approches selon leur niveau de preuve, et un plan progressif sur douze semaines à lancer dès demain.
L'hyperactivité motrice de l'enfant est d'abord un signal. Quand un enfant bouge sans arrêt, son système nerveux cherche le plus souvent à se réguler, à se stimuler ou à évacuer une tension. Comprendre ce que ce mouvement résout change tout ce qu'on va lui proposer.