Arrête de bosser à l'empirisme, pose de la data. Le velocity based training et les plateformes de force font bien plus que suivre une charge : utilisés comme instruments de mesure, ils objectivent l'effet réel d'un travail sur le système nerveux et sur la boucle perception-action. Voilà pourquoi tu vas vouloir des chiffres, et comment vérifier concrètement qu'une intervention améliore vraiment la motricité de ton athlète ou de ton patient.
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Arrête de bosser à l'empirisme, pose de la data. Le velocity based training et les plateformes de force font bien plus que suivre une charge : utilisés comme instruments de mesure, ils objectivent l'effet réel d'un travail sur le système nerveux et sur la boucle perception-action. Voilà pourquoi tu vas vouloir des chiffres, et comment vérifier concrètement qu'une intervention améliore vraiment la motricité de ton athlète ou de ton patient.
Avant tout le reste, il faut poser la mécanique. Le système nerveux travaille en quatre étapes, version très simplifiée. Un : tu captes des informations sensorielles via tes différents récepteurs. Deux : ces informations sont interprétées. Trois : le cerveau décide. Quatre : il envoie une commande motrice au muscle, et le mouvement naît.
Cette chaîne tourne en boucle, elle ne file pas en ligne droite. Une phrase résume tout : « je perçois pour bouger, je bouge pour percevoir ». Tu bouges selon ce que tu perçois, et ce que tu perçois se modifie parce que tu bouges. Les deux s'alimentent sans arrêt.
Ce qu'il faut saisir ici : le mouvement final, la contraction du muscle, arrive en dernier. Tout ce qui se passe avant, la prise d'info, l'interprétation, la décision, conditionne la qualité de ce qui sort. Quand tu travailles la neuro, c'est sur ces étapes amont que tu agis.
Le système nerveux a une priorité qui passe avant la performance : se protéger. Et à force de vouloir te protéger, il pose indirectement des freins. Il bride les sorties motrices pour rester dans une zone qu'il juge sûre.
L'image qui colle, c'est la voiture qui roule frein à main serré. Tu vas bien d'un point A à un point B, tu fais ta distance, tu sors ton déplacement de barre, ta vitesse de sprint, ton amplitude articulaire. Sauf qu'un frein reste actif pendant tout le trajet. Gênant à court terme, et usant pour le système à moyen et long terme.
Le travail neuro vise précisément ce point : relâcher ce frein à main pour que l'athlète puisse mobiliser toutes ses capacités physiques, motrices, de coordination. Le job ne consiste pas à empiler de la performance par-dessus. Il consiste à rendre au corps son plein potentiel de mouvement, qu'on parle d'exploiter une amplitude articulaire, une vitesse de barre, une vitesse de déplacement ou n'importe quelle habileté motrice.
Une fois le frein à main compris, une question arrive : comment tu sais que tu l'as relâché ? Les datas répondent à ça. Une data, c'est simplement un moyen de mesurer ta capacité à lever ce frein. Prends n'importe quel test classique du coaching sportif (amplitude, vitesse de sprint, puissance développée) : tu restes sur la dernière étape de la boucle, ta capacité à contracter, donc à bouger.
Sur le terrain, on s'appuie souvent sur des observables simplifiés, des tests de mobilité, rapides à remettre en place et faciles à observer. Pratique. Pour gagner en précision et en objectivité, il faut quand même aller chercher des datas pondérées, avec des outils dédiés.
Le VBT et les accéléromètres
Le VBT, velocity based training, s'appuie sur des accéléromètres et des capteurs qui tracent la vitesse de barre et toutes les métriques associées. Tu poses le capteur, tu enchaînes tes répétitions, et tu lis la vitesse d'exécution réelle de chaque mouvement. Des applications existent aussi, comme VBT Matrix.
Les plateformes de force
Les plateformes de force ouvrent un autre versant : le centre de gravité de la personne, donc son équilibre, et la symétrie entre les côtés. C'est ce type d'outil qu'on utilise, Vitruve ou Kinvent par exemple, pour obtenir des données fines sur la façon dont le corps gère l'appui et la stabilité.
Les tests de saut
Côté saut, beaucoup de prépas physiques connaissent déjà les tests de Bosco. Tu mesures un counter movement jump, sa hauteur, la restitution élastique, le RFD (rate of force development, la vitesse à laquelle tu développes ta force). Autant d'indicateurs concrets à comparer dans le temps ou avant/après une intervention.
Voilà le mode opératoire, concret. Tu pars sur un 5×5 suivi au VBT, donc tu regardes la vitesse de barre série après série. Séries 1, 2 et 3 : aucune intervention neuro, tu laisses faire. À la 4e, tu places ton intervention. Puis tu mesures ce qui se passe entre la 4e et la 5e, alors même que l'athlète est fatigué.
Sur ce créneau, tu suis les indicateurs qui parlent à un instant T : la puissance développée, le RFD, la hauteur de saut si tu as de la restitution. Et ce qu'on observe, ce sont des gains de 10 à 20 % entre deux séries, juste avec la récupération intersérie et l'intervention.
Reste un garde-fou important. Ces gains ne relèvent pas d'un simple effet de potentiation post-activation (PAP). On s'est posé la question, et la réponse tient au moment de la mesure. Ces gains apparaissent sur les séries tardives, la 5e, la 6e, la 7e, là où la fatigue devrait tirer la performance vers le bas. Voilà ce qui sépare le phénomène d'une potentiation classique.
Et si la donnée se dégrade au lieu de monter ? C'est aussi une information. Ça signale une boucle sensorimotrice mal régulée, et qu'il va falloir aller chercher une solution. Dans les deux cas, tu apprends quelque chose que l'œil seul ne t'aurait jamais donné. On bosse sur un système complexe, on ne sait pas isoler les variables une à une, mais l'observation chiffrée, elle, reste tangible.
Pourquoi on en arrive à ce type d'observations ? Parce qu'il existe deux grandes familles de théories de l'apprentissage, et qu'elles ne racontent pas la même histoire. D'un côté, le traitement de l'information : le versant décision-action, où l'on retrouve par exemple le modèle de Klein. De l'autre, les théories plus écologiques, du côté de Frans Bosch, de Wolfgang Schöllhorn, ou de Newell.
La différence est nette. Dans le traitement de l'info, on part du principe que les informations sensorielles sont insuffisantes : il faut donc faire une prédiction, une estimation de ce dont on a besoin pour atteindre l'objectif, en s'appuyant sur un modèle interne. Dans l'approche écologique, les informations de l'environnement sont spécifiques et suffisent pour agir efficacement. Plus besoin de générer une prédiction : l'athlète a juste à raffiner son attention et à mieux calibrer ses informations sensorielles.
Newell a écrit autour de cette boucle perception-action en plaçant les contraintes au centre : la tâche, l'environnement et l'organisme, comme un triangle avec les contraintes au milieu. Et un point central des théories écologiques : la perception et la sensorialité sont une seule et même chose. Quand on parle de jouer sur la perception, on parle donc de jouer sur le sensoriel.
Dans cette logique, on ne prédit pas le futur, on contrôle l'action à réaliser à partir des informations du futur immédiat. La question permanente du corps : mon mouvement actuel est-il suffisant pour atteindre mon objectif ? On bascule ensuite sur les affordances (la capacité à voir et comprendre l'environnement autour de soi) mises en relation avec les capacités internes. Les deux dialoguent pour faire des choix sur le terrain. Et c'est souvent là que ça coince. On connaît trop de sportifs qui progressent physiquement mais stagnent en compétition, parce qu'on a développé les capacités internes sans donner la chance d'améliorer la lecture des affordances.
Si la perception se confond avec la sensorialité, alors la vraie cible devient la calibration des perceptions. Et il faut savoir une chose : pour les fonctions de base de l'être humain, cette calibration se joue normalement entre 7 et 10 ans. Il existe un processus ontogénétique, autrement dit les étapes de développement chez l'enfant, qui amène à une calibration optimale des systèmes sensoriels : vestibulaire, auditif, visuel, proprioceptif, et même l'odorat.
Cette calibration passe par la motricité libre, par le mouvement, et ce mouvement est médié par les réflexes archaïques. D'où le principe de rétro-engineering. Si une personne a une entrée sensorielle mal calibrée, par exemple un vestibulaire qui n'est pas à 100 %, on remonte les étapes du développement qui auraient dû mener cette calibration à terme. Et là, on retombe sur des réflexes archaïques précis : le Moro, le RTL (réflexe tonique labyrinthique), le RTSC, le RTAC.
Attention au cadrage. L'objectif n'est pas de la simple rééducation vestibulaire. On vise le 100 % de la calibration que la personne aurait dû atteindre, en ciblant l'entrée précise qui pose problème. C'est de la neurologie fonctionnelle, un domaine vaste et précis (travail sur les nerfs crâniens, sur le cervelet, sur les différentes structures), où les raccourcis se prennent vite mais tombent rarement juste.
Une nuance qui compte : nerfs crâniens, cervelet et réflexes archaïques se travaillent ensemble. Si un réflexe archaïque fonctionne mal, c'est qu'un nerf crânien fonctionne mal quelque part, et il faut travailler l'un avec l'autre, sinon tu auras très peu de résultats. Neurologie fonctionnelle, posturologie, réflexes archaïques : vus de loin, ça semble séparé. Sur le fond, c'est la même chose.
Et pour le sportif déjà bien calibré ? Un athlète de haut niveau peut se situer au-dessus de la calibration de base. Là, le travail consiste à repousser ces calibrations plus loin pour coller à la demande du terrain. C'est ce qu'on appelle la réathlétisation neuroperformance : développer les capacités sensorielles au même titre qu'on développe les qualités physiques.
Sur les réseaux, tu vois passer des exercices « putaclic ». Le souci, c'est qu'ils marchent pour l'un et pas pour l'autre. Exemple concret : un post sur le développé couché, avec une poursuite oculaire et un objet serré dans la main, qui a pas mal buzzé. Un commentaire racontait avoir fait l'exercice sans voir le moindre changement. Logique : ce qui t'améliore peut détériorer un autre, ou ne rien changer du tout. Tout dépend de l'individu.
La bonne grille de lecture, c'est celle du facteur limitant. Prends un squat : tu soulèves une charge donnée, peu importe le score. La question utile, c'est qu'est-ce qui te limite ? Un souci technique, un mauvais pressing, des fessiers faibles, des quadriceps faibles, des abdos faibles, un dos faible, ou un système nerveux qui ne supporte pas la charge. Côté entraînement, tu cibles ensuite le besoin spécifique en renforcement.
Pour le système nerveux, même logique exactement. Tu as des points faibles à travailler : une poursuite oculaire à droite, un nerf crânien, un réflexe archaïque problématique. Et c'est ça qui, au final, peut débloquer ta technique et ta performance sur le squat, donc tes datas. Tu n'imposes pas une voiture bleue à quelqu'un qui roule en rouge : si l'athlète n'a pas besoin d'une poursuite oculaire, tu ne lui en donnes pas, tu lui donnes ce dont il a réellement besoin.
Un point qui revient souvent : le sensoriel passe avant le moteur. Chez l'enfant, un réflexe archaïque, c'est déjà du sensorimoteur, donc ça suppose un sensoriel au point. Certains enfants n'arrivent pas à intégrer leurs réflexes malgré le quatre pattes et le rampé, parce que le sensoriel, le vestibulaire par exemple, ne s'est pas bien développé. Dans ce cas, travailler le réflexe tonique labyrinthique ne suffit pas, il faut revenir au système vestibulaire lui-même. Même logique après un AVC ou face à de gros problèmes moteurs : la première question, c'est de savoir si la personne a accès à son sensoriel avant d'attaquer le moteur. Le mouvement seul ne suffit pas toujours, il faut parfois venir stimuler directement l'entrée sensorielle.
La preuve chiffrée, c'est le test mené au Kinvent à Vichy, à l'école de kiné, en marge d'une conférence. Travail uniquement sensoriel, et résultat : +15 % sur un counter movement jump, avec des gains sur l'absorption, sur le RFD et sur la symétrie. Le garde-fou final reste essentiel : un gain sensoriel immédiat ne suffit pas. On a juste donné au corps la possibilité d'utiliser au mieux le mouvement. Reste à renforcer cette nouvelle capacité pour l'ancrer. On ne s'arrête pas à « j'ai fait du sensoriel », on consolide.
La conviction de LabO RNP tient en une ligne : mets de la data, sinon tu resteras imprécis dans ce que tu mets en place. L'objectif, c'est de moduler la boucle sensorimotrice quelle que soit la problématique, en sortant de l'empirisme. On modélise, on compile ces observations sur le terrain, on les partage pour que le plus grand nombre les reproduise, et pour intéresser le monde de la recherche, qui pourra un jour isoler les variables que nous, pour l'instant, on ne fait qu'observer. Tout l'enjeu est là : ponter la neurologie fonctionnelle, traditionnellement côté thérapie, avec les savoirs et les données de la prépa physique.
Le VBT s'appuie sur des accéléromètres et des capteurs qui tracent la vitesse de barre et toutes les métriques associées. Tu mesures la vitesse réelle d'exécution de chaque répétition, au lieu de te contenter de la charge soulevée. Des applications comme VBT Matrix existent aussi pour exploiter ces données.
Pour objectiver, et arrêter de deviner. Une data, c'est un moyen de mesurer à quel point tu débloques le frein à main nerveux. Sans capteur, l'amélioration reste invisible et tu travailles à l'instinct. Avec, tu vois si ton intervention produit un effet réel, et tu peux le quantifier (vitesse, puissance, RFD, symétrie, hauteur de saut).
Tu prends un VBT et une application, tu lances plusieurs séries d'un même exercice (par exemple un 5×5). Tu commences à prendre tes datas à partir de la 3e ou 4e série. Tu places ensuite des exercices qui viennent médier la boucle sensorimotrice, puis tu reprends tes datas sur la série suivante et tu observes l'écart. Si ça monte, l'intervention fonctionne. Si ça se dégrade, c'est l'information que la boucle est mal régulée et qu'il faut chercher une solution.
Il s'implémente dans ton suivi existant sans le remplacer. Ton sportif a une séance de sprint prévue ? Tu utilises ces processus pour fluidifier l'information de sa boucle sensorimotrice et tirer le meilleur rendement de la séance du jour. Le VBT rend visible un versant habituellement non travaillé chez le sportif, le patient ou le client : la régulation de la boucle perception-action. Tu optimises ce que tu fais déjà, avec des chiffres pour le prouver.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
L'activité physique change la donne pour le TDAH de l'enfant. Adrien Chartier, préparateur physique depuis plus de vingt ans et cofondateur de Labo RNP, le résume en une phrase : on envoie nos enfants deux heures aux devoirs et trente minutes de sport le mercredi, il faudrait faire l'inverse. Voici le mécanisme neurologique, comment juger les approches selon leur niveau de preuve, et un plan progressif sur douze semaines à lancer dès demain.
L'hyperactivité motrice de l'enfant est d'abord un signal. Quand un enfant bouge sans arrêt, son système nerveux cherche le plus souvent à se réguler, à se stimuler ou à évacuer une tension. Comprendre ce que ce mouvement résout change tout ce qu'on va lui proposer.