Tout est parti d'une question qu'on se posait à nous-mêmes, entre deux formations qu'on enchaîne en ce moment : existe-t-il une manière plus efficace de respirer ? Chez un sportif, mal respirer équivaut à se tirer une balle dans le pied avant même d'entrer sur le terrain. Le vrai chantier est là : avant de courir après LA respiration parfaite, regarde déjà si ton sportif respire juste.
1/4h LabO #66 · Regarder l'épisode sur YouTube
Tout est parti d'une question qu'on se posait à nous-mêmes, entre deux formations qu'on enchaîne en ce moment : existe-t-il une manière plus efficace de respirer ? Chez un sportif, mal respirer équivaut à se tirer une balle dans le pied avant même d'entrer sur le terrain. Le vrai chantier est là : avant de courir après LA respiration parfaite, regarde déjà si ton sportif respire juste.
La respiration est centrale. C'est la première chose que tu vérifies sur une prise en charge. On entend beaucoup parler de respiration diaphragmatique, mais derrière ce mot se cache une foule de choses à observer.
La logique reproduit celle du bilan RNP. Quand tu fais un bilan, tu cherches telle partie du cerveau, telle partie du tronc cérébral, le cervelet, pour savoir où travailler. La respiration suit le même chemin : selon le type de respiration, tu cibles telle ou telle zone. Elle joue donc le rôle d'une porte d'entrée que tu ouvres dès le départ, pas d'un réglage qu'on bricole à la fin.
Attaque la performance sans avoir vérifié ce point, et tu construis sur du sable. Une respiration mal posée plombe tout ce que tu vas empiler par-dessus.
Place ton sujet de profil et regarde-le inspirer, puis expirer. Rien que sa façon de prendre l'air te dit s'il respire « à l'endroit » ou « à l'envers ». Un check proprioceptif tout simple, et pourtant riche.
Tu dois voir une expansion de la cage thoracique, une extension de la tête, une antéversion du bassin. Le corps s'ouvre, l'axe s'organise dans un sens cohérent.
Le mouvement s'inverse. La tête remonte, la cage thoracique redescend, le bassin part en rétroversion. Ces fluctuations de l'axe entre inspiration et expiration te disent si la personne respire bien, et où se planquent d'éventuelles restrictions.
Ne reste pas coincé sur le plan sagittal. Teste aussi le plan frontal. Tu vas débusquer des petites restrictions, un côté qui se remplit moins que l'autre, une capacité à remplir les poumons asymétrique d'un côté à l'autre. Le genre de détail qui file sous le radar dès qu'on se contente de regarder « si le ventre gonfle ».
Quand quelqu'un commence à s'intéresser à sa respiration, que fait-il ? Il gonfle le ventre, puis seulement la cage thoracique. C'est déjà mieux que rien, mais ça reste incomplet, parce que ça ne monte pas jusqu'aux 360 degrés.
Une respiration ample se déploie tout autour : autour du ventre, autour de l'axe, autour du dos. Pas seulement vers l'avant. La respiration thoracique seule, celle qui s'installe sous l'effet du stress et du manque de motricité, reste peu efficiente. Et qui dit respiration peu efficiente dit oxygénation déjà rabotée, que ce soit pour les poumons, pour le cerveau ou pour les échanges gazeux du corps.
Or ces échanges métaboliques pèsent lourd. Respire mal, et tu te mets en difficulté sur tout ce qui en dépend. Voilà pourquoi ce travail se trie avec des professions médicales et paramédicales : on touche à quelque chose de fondamental.
On y revient, à la « balle dans le pied ». Va chercher la performance avec une respiration bancale, et tu te sabotes toi-même. Le mécanisme est concret.
Respire mal, tu oxygènes mal. Donc tu alimentes mal ton cerveau et tes muscles. Résultat : à charge donnée, tout devient beaucoup plus fatigant. L'effort n'est pas le coupable, le carburant que tu ne fournis pas correctement en amont l'est. Tu paies une taxe sur chaque répétition sans même t'en apercevoir.
Une respiration peu efficiente s'accompagne souvent d'un manque de motricité. Apparaissent alors des blocages au niveau des hanches, des restrictions de mobilité, y compris au niveau thoracique. Prends un haltérophile dont le squat coince en position basse : la cause peut être principalement respiratoire. D'où l'intérêt d'en faire une des toutes premières choses à checker, histoire de voir si la personne est déjà capable d'exécuter ses mouvements correctement.
On insiste beaucoup sur la stabilité réflexive, et elle passe notamment par la stabilité de l'axe. Le diaphragme se trouve dans l'axe. La coordination se joue entre la cage thoracique, le pelvis, la tête et les cervicales, le tout dans l'axe. Bien gérer ça te permet de stabiliser, d'être plus efficient, d'avoir moins de fuites d'énergie pour le mouvement et la performance.
Le détail qui intrigue : à l'inspiration comme à l'expiration, un couplage relie la tête, la cage thoracique et le pelvis. On parle de trois diaphragmes. Le premier, tout le monde le connaît. Les deux autres sont un peu plus discrets, et c'est à ces niveaux-là que le couplage se fait. Il aide à la flexion et à l'extension. Or quand tu marches ou que tu cours, c'est de la flexion-extension : on alterne, on met les bras en opposition. Respiration et locomotion partagent la même mécanique.
Là, on arrive sur des manipulations que des ostéopathes peuvent faire, sur le nerf phrénique par exemple, pour relâcher tout ça. Une fois libéré, tu récupères une respiration bien plus efficiente, qui te sert jusque dans des tâches de motricité comme la marche, la course, et des activités plus évoluées comme le foot ou le rugby.
Voilà l'angle qui change tout. La respiration dépasse la simple affaire de poumons, elle agit comme une entrée sensorielle. Le glucose pour le cerveau et l'oxygène comptent énormément pour jouer sur les entrées sensorielles. En modulant ta respiration, tu modules ce que tu envoies au système nerveux.
On apprend beaucoup la respiration pour le parasympathique, pour stimuler le nerf vague. Le basique tient en une règle : tu expires deux fois plus longtemps que tu n'inspires. Inspiration par le nez, expiration par la bouche, deux fois plus longue. Le point de départ pour solliciter le nerf vague.
Au-delà du nerf vague, il existe plein d'autres respirations : pour le tronc cérébral, pour le pont, pour le cervelet, pour les lobes de manière générale. Selon ton anamnèse et ton bilan, tu choisis le type de respiration qui ira cibler la partie du cerveau qui t'intéresse. Quelqu'un présente un problème au niveau du pont, sur un des nerfs crâniens par exemple ? Tu peux faire des respirations qui ciblent le pont pour maximiser les effets des exercices de réintégration sur cette zone. La respiration devient alors un soutien direct à ton travail de reprogrammation posturale.
Pour situer : en formation RNP, on distingue les problèmes au niveau du cerveau, du tronc cérébral ou du cervelet. Et dans chacune de ces parties, tu peux affiner encore. Le tronc cérébral a une partie supérieure, une partie médiane, une partie inférieure, avec des paires de nerfs crâniens réparties dedans. Pour imager : si le bras représente le tronc, alors le pont serait par exemple le biceps. Une sous-partie que tu peux cibler en particulier. Et si la prise en charge réclame de l'extension, tu orientes la respiration en conséquence, vers des respirations de type extension qui activent ce que tu cherches.
La progression se calque sur la prépa physique. Tu facilites d'abord, puis tu mets de la résistance. Jamais l'inverse.
Commence par redonner à la personne le ressenti de sa respiration, parce que beaucoup ne savent même plus comment bien respirer. Les mini-bands font merveille pour ça : remonte-les sur les côtes basses, ou un peu plus haut au niveau du sternum, et va chercher l'expansion contre la résistance de l'élastique. En tant que coach, fais pencher la personne légèrement vers l'avant, demande-lui d'inspirer, et observe si un côté se remplit plus que l'autre. Tu peux ensuite moduler l'exercice pour lui donner plus de feedback proprioceptif, en lui glissant par exemple « ici, ouvre un peu plus ». Des exercices facilitateurs, donc.
La respiration repose sur des muscles : le diaphragme, les intercostaux, et tout ce qui va avec. Tu les travailles comme tu travailles un biceps, mêmes principes. Une fois la personne à l'aise sur la facilitation, tu ajoutes de la résistance par-dessus. Plein d'exercices possibles, à piocher selon la personne que tu as en face de toi et selon ce que tu veux privilégier (favoriser l'extension ou la flexion, ça dépend de l'individu).
C'est la synthèse de tout ça. Deux versants. Un versant normalisé d'abord : obtenir quelque chose de bien, d'efficient, pour la santé. Un versant optimisé ensuite : cibler tel ou tel exercice pour la performance à venir. Tu peux normaliser le système neuro de la personne et, dans le même geste, préparer la performance. Santé et performance, les deux à la fois.
Et c'est là que tombe la réponse à la question de départ. Une manière plus efficace de respirer dans l'absolu n'existe peut-être pas. Existe en revanche une manière efficiente, fonction de la personne et de ce qu'on cherche à réaliser, une fois qu'elle s'est déjà approprié une respiration correcte.
La thoracique seule, celle qui s'installe sous l'effet du stress, laisse l'oxygénation en deçà de ce qu'elle devrait être. Vise une respiration ample plutôt qu'un simple gonflement, et commence par t'assurer que la personne respire de manière efficiente avant de chercher quoi que ce soit d'autre.
La bonne cible, c'est les 360 degrés : une expansion autour du ventre, autour de l'axe et autour du dos. Le réflexe de gonfler le ventre puis la cage reste incomplet tant qu'il n'atteint pas cette ouverture tout autour de l'axe.
Dans le protocole de base pour le nerf vague : tu inspires par le nez et tu expires par la bouche, avec une expiration deux fois plus longue que l'inspiration. Le réglage de départ pour solliciter le parasympathique.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
L'activité physique change la donne pour le TDAH de l'enfant. Adrien Chartier, préparateur physique depuis plus de vingt ans et cofondateur de Labo RNP, le résume en une phrase : on envoie nos enfants deux heures aux devoirs et trente minutes de sport le mercredi, il faudrait faire l'inverse. Voici le mécanisme neurologique, comment juger les approches selon leur niveau de preuve, et un plan progressif sur douze semaines à lancer dès demain.
L'hyperactivité motrice de l'enfant est d'abord un signal. Quand un enfant bouge sans arrêt, son système nerveux cherche le plus souvent à se réguler, à se stimuler ou à évacuer une tension. Comprendre ce que ce mouvement résout change tout ce qu'on va lui proposer.