« Vous dites souvent que les facteurs émotionnels bloquent la posture, pour quelles raisons ? » Cette question de terrain a lancé le quart d'heure Neuro, et la réponse relie réflexes archaïques et posture plus étroitement qu'on ne le croit. Pour comprendre, il faut remonter à la construction du cerveau, du nourrisson au système nerveux de l'adulte.
1/4h LabO #25 · Regarder l'épisode sur YouTube
« Vous dites souvent que les facteurs émotionnels bloquent la posture, pour quelles raisons ? » Cette question de terrain a lancé le quart d'heure Neuro, et la réponse relie réflexes archaïques et posture plus étroitement qu'on ne le croit. Pour comprendre, il faut remonter à la construction du cerveau, du nourrisson au système nerveux de l'adulte.
Premier constat de l'épisode. Chez l'enfant, c'est le contact sensoriel qui développe certaines zones du cerveau, en particulier les aires pré-motrices et motrices. Le corps touche, ressent, bouge, et ces aires se câblent.
Une fois ces aires développées, et seulement à ce moment-là, vient se construire tout l'émotionnel. Il s'installe par-dessus la base motrice. La conclusion tombe d'elle-même : l'émotion se développe avec la posture. Les deux partagent la même racine, elles grandissent ensemble. Quand tu touches à l'émotionnel, tu touches forcément à quelque chose qui s'est bâti sur les mêmes fondations que la posture.
Deuxième constat. Les réflexes archaïques que l'enfant développe au fur et à mesure viennent mettre en place des éléments précis au niveau émotionnel. Chaque réflexe installe son truc à lui. Certains posent la confiance en soi, l'estime de soi (deux choses bien distinctes), la mise en retrait, la peur.
Un réflexe archaïque, c'est un mouvement automatique de survie. Tu n'y penses pas, il se déclenche tout seul. Et tous n'ont pas le même destin. Certains restent avec toi toute ta vie. D'autres s'effacent une fois leur travail fait, et ne reviennent que quand il le faut pour te sauver la vie. Ils ne disparaissent jamais vraiment, ils se mettent en veille.
Tout commence dans le ventre de la mère. La maman bouge, le bébé est ballotté dans tous les sens, et il développe déjà sa sphère vestibulaire (l'équilibre, l'oreille interne) et sa proprioception (la perception de la position de son corps dans l'espace). Vient ensuite la descente du canal de naissance : pour sortir, le bébé se tord dans tous les sens, et là encore il développe des réflexes. Puis ça continue chez le tout-petit. Ce sont ces réflexes archaïques qui vont mettre en place la posture. D'où leur surnom de piliers du développement postural. Et c'est là que la posturologie entre en scène, la discipline qui permet de rééquilibrer la posture.
Parmi tous ces réflexes, il y en a un particulièrement embêtant : le réflexe de paralysie par la peur. C'est un réflexe émergent, il se met en place à un moment donné pour ouvrir la voie aux suivants.
Son utilité de survie se saisit en une seconde. Une voiture te fonce dessus, tu te jettes sur le côté : c'est lui. Une réaction immédiate, sans réflexion, qui te sort du danger.
Le problème vient de son rôle de chef d'orchestre. C'est parce que ce réflexe s'installe correctement que toute une série d'autres réflexes archaïques peuvent s'installer à leur tour, six ou sept selon l'épisode. Il est en première ligne, et les autres dépendent de lui.
La conséquence coule de source : ne pas avoir intégré ce réflexe de paralysie par la peur peut causer de gros problèmes de posture. Rien d'étonnant, puisque ce sont justement les réflexes archaïques qui construisent ta posture. Si le premier domino ne tombe pas correctement, la chaîne derrière ne se met pas en place comme elle le devrait. Et ça peut se voir des années plus tard, à l'âge adulte.
Voici la nuance centrale de l'épisode, celle qu'on oublie souvent. Dire que les facteurs émotionnels bloquent la posture, c'est incomplet. Ils peuvent aussi l'améliorer. Tout dépend de la façon dont tu perçois le facteur émotionnel : positif ou négatif. Le même mécanisme peut te tirer vers le bas comme vers le haut.
Et le changement se fait quasiment immédiatement. Raison de plus pour intégrer ces facteurs émotionnels au moment du bilan postural. Sans ça, tu mesures un instantané sans comprendre ce qui le déforme.
Reprends l'exemple du début. Tu fais le bilan d'une personne dont le père vient de mourir, le tout en deux jours. Ce bilan ne ressemblera pas à celui d'un an plus tard, quand cette même personne vient de se marier et d'avoir un enfant. Le corps n'a pas changé de nature, mais l'état émotionnel a redessiné la posture. Ignorer ce facteur, c'est se tromper de diagnostic.
Au-delà de la posture, parlons performance, la performance motrice et physique. Ton cerveau a besoin de sécurité. S'il ne se sent pas en sécurité, il bascule en mode survie et déclenche des mécanismes de défense. L'un de ces mécanismes, ça peut être justement une mauvaise posture, le corps un peu replié sur lui-même. C'est l'activation du système sympathique, la branche du système nerveux autonome qui te met en alerte.
Point clé : la sécurité se joue de manière réelle ou perçue. C'est exactement pour ça que l'émotionnel pèse autant. Toutes les situations sont réelles ou perçues, et ton cerveau ne fait pas toujours la différence. Si tu perçois des menaces, réelles ou non, tu glisses vers le mode survie. Tu te situes sur un continuum de performance : soit en mode survie, soit en mode performance. Tant que tu restes en mode survie, la performance reste hors de portée. Or qui dit performance dit posture équilibrée. Les deux sont liés.
Face au stress, plusieurs réponses cohabitent : le combat, la fuite, le figement (tu te pétrifies), ou au final le retour au calme. C'est le registre fight, flight, freeze. C'est aussi le terrain de la théorie polyvagale, entre système sympathique et parasympathique. L'idée : trouver le juste milieu plutôt que fuir le stress. On a besoin de toutes ces réponses pour passer de l'une à l'autre selon les situations.
Plusieurs travaux appuient ce lien entre posture et état interne. Une corrélation a été établie entre une posture repliée et le stress, tandis que quelqu'un qui a confiance en lui « fait le beau », torse ouvert.
L'exemple le plus parlant, c'est le TEDx d'Amy Cuddy sur le power posing. Elle y parle de la variation du taux de testostérone en deux minutes selon la position que tu prends. Pecs sortis, posture ouverte, « j'ai confiance en moi », d'un côté. Avachi dans le canapé, de l'autre. Deux minutes suffisent à faire bouger l'hormone. La position du corps parle au système hormonal, et pas seulement l'inverse.
Autre exemple cité : l'ostéocalcine, une hormone de stress. Quand quelqu'un stresse, l'ostéocalcine se répand. Elle vient de l'os, et on sait que cette stimulation de l'os permet au corps d'être en meilleure santé, parce que plus de 40 acides aminés sont alors envoyés au cerveau. La conclusion à retenir : le stress n'a pas que du mauvais. On a besoin de stress pour évoluer. Le tout, c'est de ne pas avoir peur de tout, de ne pas vivre chaque situation comme une menace.
Côté application, le facteur émotionnel fait partie des tout premiers points à travailler, c'est essentiel. C'est d'ailleurs un module à part entière dans la formation, parce que la demande revient souvent.
Et le geste le plus simple pour commencer, c'est la respiration. C'est l'un des premiers leviers à avoir une incidence directe sur ta séance sportive. Mettre un peu de respiration au début de ta séance peut déjà changer beaucoup de choses. Avant de chercher à corriger la posture ou à pousser la performance, tu calmes le système nerveux. Tu sors du mode survie, tu ouvres l'accès au mode performance. Tu commences là, et tout le reste devient plus accessible.
Ce sont des mouvements automatiques de survie qui se déclenchent sans réflexion. Certains restent actifs toute la vie, d'autres s'effacent une fois leur rôle joué et ne reviennent que quand il le faut pour te sauver la vie. Exemple typique : le réflexe de paralysie par la peur, qui te fait te jeter sur le côté quand une voiture te fonce dessus.
Ça commence dès le ventre de la mère : la maman bouge, le bébé est ballotté et développe sa sphère vestibulaire (équilibre) et sa proprioception. Ça se poursuit pendant la descente du canal de naissance, où le bébé se tord pour sortir, puis chez le tout-petit. Ces réflexes sont les piliers du développement postural.
Le réflexe de paralysie par la peur fonctionne comme un déclencheur en cascade. Quand il se met en place correctement, il permet l'installation de six ou sept autres réflexes archaïques. Ne pas l'avoir intégré peut donc poser de gros problèmes de posture à l'âge adulte, puisque ce sont ces réflexes qui construisent la posture.
L'épisode pointe surtout une posture repliée, le corps un peu refermé sur lui-même, signe d'une activation du système sympathique en mode survie. À l'inverse, une posture ouverte traduit la confiance. Autre observation : la posture change avec l'état émotionnel, parfois en quasi-immédiat (comparer deux bilans après un deuil puis après un événement heureux). Et tant que la personne reste en mode survie, l'accès à la performance reste fermé.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
L'activité physique change la donne pour le TDAH de l'enfant. Adrien Chartier, préparateur physique depuis plus de vingt ans et cofondateur de Labo RNP, le résume en une phrase : on envoie nos enfants deux heures aux devoirs et trente minutes de sport le mercredi, il faudrait faire l'inverse. Voici le mécanisme neurologique, comment juger les approches selon leur niveau de preuve, et un plan progressif sur douze semaines à lancer dès demain.
L'hyperactivité motrice de l'enfant est d'abord un signal. Quand un enfant bouge sans arrêt, son système nerveux cherche le plus souvent à se réguler, à se stimuler ou à évacuer une tension. Comprendre ce que ce mouvement résout change tout ce qu'on va lui proposer.