Une athlète de haut niveau répète depuis des mois un schéma technique qu'elle maîtrise et sait verbaliser. Sur le terrain, son corps ne suit pas. Après une seule séance d'intégration d'un réflexe archaïque (le RTA), elle gagne cinq mètres : preuve que les réflexes archaïques pèsent sur la performance sportive bien avant le volume d'entraînement.
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Une athlète de haut niveau répète depuis des mois un schéma technique qu'elle maîtrise et sait verbaliser. Sur le terrain, son corps ne suit pas. Après une seule séance d'intégration d'un réflexe archaïque (le RTA), elle gagne cinq mètres : preuve que les réflexes archaïques pèsent sur la performance sportive bien avant le volume d'entraînement.
Cédric est entraîneur d'athlétisme spécialisé en lancer, surtout javelot et disque, avec dans son groupe des athlètes médaillés ou sélectionnés en équipe de France. Il a entraîné Romain, ancien javeliste passé par LabO RNP, à l'époque où il était sélectionné en équipe de France, déjà à fond dans la compréhension du geste à 19-20 ans. Cédric s'est formé à la neuro et l'a intégrée à sa philosophie d'entraînement.
Son fil rouge tient en une phrase : optimiser le potentiel de l'athlète. La neuro l'aide à débloquer des choses et à avancer beaucoup plus vite. Sur le javelot, ça se traduit par des gains de mobilité. Et la mobilité, c'est de l'amplitude gagnée dans le mouvement. Ça touche aussi la motricité, la capacité de coordination, la motricité fine. Autant de qualités qui séparent un geste qui plafonne d'un geste qui se libère.
L'outil joue en direct, c'est son gros avantage. Cédric le résume par un effet « one shot » : tu crées la mobilité et la coordination, puis tu entretiens. La logique de travail découle de là. D'abord gagner en mobilité, ensuite réutiliser cette mobilité dans le geste spécifique pour consolider l'acquis. Le travail neuro ouvre la porte, le travail technique installe ce qui passe par cette porte.
Au javelot, l'amplitude dépend directement de la mobilité disponible. Quand une épaule est limitée, le geste se bride tout seul, même chez quelqu'un qui maîtrise sa technique. En allant chercher de la mobilité par le travail neuro, Cédric crée la marge dont l'athlète a besoin pour amener le javelot plus loin dans son armé. La coordination et la motricité fine font le reste : elles orchestrent le geste proprement, sans déperdition.
Le cas concret part d'une athlète que Cédric suit en neuro et en réflexes archaïques depuis le début de l'année. Le travail a commencé sur la partie neuro, intégrée au fur et à mesure. En testant les réflexes avec les protocoles vus en formation, un RTA s'est révélé. Au départ, il n'était pas franchement flagrant sur le test. Une fois réintégré, le changement sautait aux yeux : « plus la même personne », dit Cédric.
Le RTA, c'est le réflexe tonique asymétrique du cou : un réflexe primitif qui lie la position de la tête à la tonicité des bras. Quand il reste actif chez un adulte, il parasite les gestes qui demandent de dissocier la tête et les bras. Exactement ce que réclame un lancer.
Le résultat est chiffré. Après l'intégration du RTA, l'athlète a gagné plus de cinq mètres sur sa séance d'entraînement de l'après-midi. Sur une première intégration, elle était passée de 53-54 mètres à un intervalle de 58 à 60 mètres dans son geste technique.
Cinq mètres, il faut bien mesurer ce que ça pèse. Chez un débutant, cinq mètres se grappillent vite. Chez une athlète élite qui se bat pour des centimètres, c'est un saut considérable. Voilà tout l'intérêt de regarder du côté neuro quand un athlète de ce niveau stagne malgré un travail technique sérieux.
Voilà le point qui rend ce cas parlant. Avant la réintégration, l'athlète avait le schéma technique en tête depuis des mois. Cédric le savait, parce qu'elle le verbalisait bien : elle avait compris, elle savait dire ce qu'il fallait faire. Le problème vivait ailleurs. Tout ce qu'elle portait dans sa tête restait coincé au moment de le mettre en pratique.
Après l'intégration du réflexe, la première chose qu'elle a dite à Cédric, c'est qu'elle arrivait enfin à exécuter ce qu'elle travaillait depuis des mois. Il décrit un relâchement à la fois corporel et presque cognitif. Une meilleure connexion au corps, et une prise de conscience de ce dont elle est réellement capable.
L'idée à retenir tient là : un réflexe non intégré peut verrouiller l'exécution d'un geste pourtant maîtrisé mentalement. La compréhension était présente. C'est la base neuro qui manquait pour que la commande arrive jusqu'au mouvement. Quand cette base se remet en place, le geste compris devient un geste réalisable.
Comment Cédric évalue-t-il tout ça ? Sur un lancer réalisé proprement, il observe des gains avant et après l'intégration du réflexe, en mobilité comme au test de force, notamment pour le RTA. Cette partie-là se voit et se mesure.
Pour le suivi au fil des semaines, il s'appuie surtout sur le ressenti et sur le discours de l'athlète. Il lui explique les principes rapidement, sans entrer dans tous les détails, puis il écoute ce qui remonte. Pour le RTA, la réponse a été sans ambiguïté : plus cinq mètres. La question du placebo se pose toujours, quelle que soit la technique. Prévenir ou non l'athlète de ce qu'on réintègre fait partie des paramètres à manier, justement pour limiter les biais.
Cédric cite une formule entendue chez Sean Upside, passé lui aussi en 1/4h : « il n'y a rien de plus objectif que le subjectif. » Ça heurte une approche purement EBP (la pratique fondée sur les preuves), mais sur le terrain, la logique se tient. Si l'athlète se sent mieux, elle a toutes les chances de mieux performer parce qu'elle se sent mieux. Au bout du compte, ce que l'entraîneur cherche, c'est la performance, peu importe le chemin par lequel elle arrive.
Place au « comment ». Le travail neuro et l'intégration des réflexes ne se font pas juste avant le lancer. Ils se placent en préchauffement, sous forme d'un circuit neuro suivi des exercices d'intégration de réflexes. L'athlète passe par ce circuit dans sa routine.
Le cadrage dans le temps reste simple. Un bilan complet en début d'année, puis une évolution toutes les trois à quatre semaines environ. Depuis le début de saison, Cédric a déjà bien avancé sur ce protocole, avec beaucoup d'améliorations. Il n'impose pas systématiquement les exercices avant chaque lancer. L'athlète y va plutôt quand elle en ressent le besoin, en fonction de ses sensations. Une limitation à l'épaule un jour donné ? Une petite simulation pour aller chercher de l'amplitude. Toujours au ressenti, toujours au plus près du besoin technique et de la sécurité.
Ce travail, Cédric ne le fait pas avec tout le monde. Il le réserve aux athlètes engagés dans un projet de performance, réguliers, à l'écoute, et qui ont une sensibilité pour cette approche. Il pointe une nuance de contexte : ses athlètes viennent d'abord pour le lancer, alors que dans un cabinet comme LabO RNP, les gens viennent justement pour ce suivi d'optimisation. La démarche diffère au départ, et ça change la réceptivité.
Une des règles de la neuroplasticité, c'est la saillance : est-ce que l'athlète adhère au programme ? Tu peux donner tous les exercices neuro et réflexes du monde, si la personne n'y croit pas ou ne les fait pas, pour une raison ou une autre, les résultats ne viendront pas. Cédric cite le cas d'une athlète de haut niveau chez qui un bilan complet en moins d'une heure avait donné de grosses améliorations. Il lui confie un petit protocole. Elle le fait pendant deux semaines, ça va mieux, et elle arrête. Sans le travail régulier, le bénéfice ne s'installe pas.
C'est aussi la réponse à une question qui revient souvent : sommes-nous obligés d'inhiber et de travailler ces réflexes primitifs ? Pour Cédric, non, pas pour tout le monde. Ce travail prend tout son sens chez l'athlète investi et réceptif. Sans adhésion, l'investissement en exercices reste incohérent avec les résultats attendus.
Sur les athlètes qu'il a suivis, et chez les jeunes en général, Cédric voit revenir deux réflexes principaux : le Moro, surtout au départ, et le RTA.
Le Moro est un réflexe à forte composante émotionnelle, relié au système vestibulaire. Le lien avec le lancer saute aux yeux quand on regarde le geste. Tu cours, tu fixes un point, et d'un coup tu dois t'arrêter pour lancer. Pour enchaîner ça proprement, il faut un système vestibulaire équilibré. Un Moro encore actif vient perturber cet équilibre au pire moment.
Reste la question du contexte émotionnel chez les athlètes. Cédric pointe le poids des réseaux sociaux et du contexte social actuel, avec cette balance entre l'émotionnel et le physique qui penche plus qu'avant côté émotionnel. L'image lissée qu'on affiche en ligne, le décalage avec la vie réelle, l'impact sur les jeunes : autant de facteurs qui pèsent. Il garde la prudence de rigueur (beaucoup de facteurs entrent en jeu, le recul manque pour trancher), mais il constate, comme depuis la période covid, davantage de réflexes dits émotionnels plus actifs. Il note aussi avoir repéré des réflexes encore présents chez des personnes souvent blessées, notamment aux membres inférieurs.
Avant de conclure, une question rituelle de l'émission : un conseil, à appliquer dans sa vie ? La réponse de Cédric est directe. Passer à l'action, foncer. C'est comme ça qu'on avance. Pour le retrouver, c'est à Bordeaux en physique, ou sur Instagram et Facebook, au nom de Cédric Djerbir.
C'est exactement ce qu'illustre le cas du RTA raconté par Cédric. Une athlète comprenait et verbalisait parfaitement son schéma technique depuis des mois, sans parvenir à l'exécuter. Un réflexe non intégré verrouillait le geste. Après l'intégration du RTA, le verrou saute : relâchement, meilleure connexion au corps, et plus de cinq mètres gagnés sur la séance qui suivait. Un blocage peut donc être d'origine neurologique avant d'être technique.
Non, pas pour tout le monde. Cédric réserve ce travail aux athlètes investis dans un projet de performance, réguliers et réceptifs à l'approche. La raison tient à la neuroplasticité : la saillance, c'est-à-dire l'adhésion, conditionne les résultats. Sans implication réelle (comme cette athlète qui arrête au bout de deux semaines parce que « ça allait mieux »), les exercices ne produisent rien.
C'est l'objectif premier de Cédric : optimiser le potentiel de l'athlète. La neuro permet de débloquer de la mobilité (donc de l'amplitude), de la coordination et de la motricité fine, avec un effet « one shot » qu'on entretient ensuite. On crée l'ouverture, puis on retravaille le geste pour consolider, jusqu'à libérer une exécution qui restait coincée.
Un mouvement de qualité s'appuie sur des réflexes intégrés et sur une coordination orchestrée par le système nerveux. Une technique connue dans la tête ne s'exécute que si la base neuro le permet. Tant que cette base manque, le geste compris reste lettre morte. Quand elle se remet en place, le corps fait enfin ce que l'athlète sait déjà.
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