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Réflexes archaïques et intégration : avons-nous conscience de nos limites ?

Réflexes archaïques et intégration : derrière ces mots se cache une question intime, avons-nous conscience de nos propres limites ? L'ostéopathe Adrien Malfroy replace la défense de soi là où elle se joue pour de vrai, dans le corps et dans des réflexes qu'on peut réveiller à tout âge.

Par l'équipe LabO RNPÉpisode 13927:11Lecture 9 minMis à jour 2026

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Sommaire

  1. Un enfant qui se croyait incapable de défendre
  2. Que sont les réflexes archaïques, et pourquoi leur intégration touche bien plus que la posture
  3. A-t-on vraiment conscience de ses propres limites ?
  4. Le réflexe de chute : se défendre par la détermination
  5. Quand se défendre devient impossible : peur, sidération et culpabilité
  6. La deuxième face du réflexe de chute : accueillir et recevoir
  7. Pourquoi nos limites d'adulte se nichent dans l'émotionnel
  8. FAQ
  9. Articles liés

1/4h LabO #139 · Regarder l'épisode sur YouTube

Réflexes archaïques et intégration : derrière ces mots se cache une question intime, avons-nous conscience de nos propres limites ? L'ostéopathe Adrien Malfroy replace la défense de soi là où elle se joue pour de vrai, dans le corps et dans des réflexes qu'on peut réveiller à tout âge.

Un enfant qui se croyait incapable de défendre

Un gamin de CM2 voit un copain se faire tabasser par la brute de l'école. Il reste planté là. Il n'intervient pas. Et quand tout est fini, il s'en veut de ne pas avoir su défendre l'autre. Dans sa tête, une idée colle à la peau : pour défendre quelqu'un, il faudrait être violent. Et lui ne l'est pas. C'est un enfant très sensible, une sensibilité qui déborde, qu'il a du mal à canaliser.

Adrien Malfroy, ostéopathe formé aux réflexes archaïques, raconte cette histoire pour ouvrir la question qui traverse tout l'épisode. Avons-nous vraiment conscience de nos propres limites ? Savons-nous où s'arrête ce que nous acceptons, et d'où vient notre capacité à dire stop ? Sa réponse replace la défense de soi là où elle se joue pour de vrai : dans le corps, et dans des réflexes qu'on peut réveiller à tout âge.

Que sont les réflexes archaïques, et pourquoi leur intégration touche bien plus que la posture

Adrien est ostéopathe depuis 2010, et formé aux réflexes archaïques depuis un peu plus de cinq ans. Le déclic, il le doit à sa sœur, qui sort d'une conférence et lui lance : « c'est obligé que ça te parle ». Une fois le doigt dedans, c'était plié. Il était conquis. Le travail s'est imbriqué tout seul dans son ostéopathie, déjà bâtie sur le contact physique. Une boîte à outils en plus, dans le prolongement de ce qu'il faisait déjà.

Premier malentendu à dégager. On a le réflexe de ranger certains réflexes archaïques dans la case « émotionnel » et d'autres dans la case « postural ». Faux. Ils portent tous une part émotionnelle. La raison est anatomique : ils siègent dans le tronc cérébral. Or le tronc cérébral ne s'occupe pas que de la posture. Il gouverne la cognition, la façon dont je me tiens, le sommeil, la digestion, toutes les fonctions autonomes, et l'émotionnel avec.

D'où une conséquence directe. Travailler un réflexe, même celui qui paraît purement mécanique, c'est toujours toucher à une charge émotionnelle. C'est ce qui rend ce travail puissant. Et délicat à mener.

Réflexes archaïques et intégration : avons-nous conscience de nos limites ?

A-t-on vraiment conscience de ses propres limites ?

La question a l'air simple. Elle ne l'est pas. La subtilité, comme la pose Adrien, tient en deux versions : nos limites sont-elles à découvrir, ou existent-elles déjà sans qu'on les voie ? Parce que nous ne sommes pas des êtres illimités. Le corps, à lui seul, est une forme de limite. Et son expression a ses propres bornes : la facilité de certains à communiquer, la peine des autres à le faire ; l'aptitude à se défendre, ou à l'inverse ce sentiment d'être indéfendable.

Découvrir ses limites, déjà, ça rassure. Adrien fait le parallèle avec l'enfant. Un enfant a besoin de limites. Celui qui n'en a pas va les chercher lui-même, parfois en allant taper dans le dramatique ou l'illégal. Ce qu'il lui faut, c'est un cadre, et de l'amour dans ce cadre. Nous, c'est pareil. Avoir conscience de limites identifiées, c'est savoir qu'on est capable d'accueillir et de se défendre, parce qu'on a les ressources pour.

Le réflexe de chute : se défendre par la détermination

Le réflexe de chute, tu l'as vu cent fois : l'enfant tombe et tend les mains pour que la tête ne cogne pas le sol. En surface, rien d'émotionnel là-dedans, juste se protéger d'un danger. Adrien, lui, le décortique en deux temps. Premier temps : me défendre, vérifier que je suis capable de repousser ce qui vient à moi, de repousser ce qui n'est pas bon pour moi. Deuxième temps, celui qu'on oublie : suis-je capable d'accueillir ce qui est bon pour moi, de recevoir ?

C'est là que la notion de limite se noue. Repousser ce que je n'autorise pas, c'est remettre à distance, c'est tracer l'espace où je me sens en confiance. Adrien rattache d'ailleurs ce réflexe à celui de paralysie par la peur, qui touche lui aussi à l'environnement et à l'espace de vie. La nuance entre les deux : suis-je réellement envahi par ce qui se passe, ou ai-je le sentiment d'être envahi quoi qu'il arrive, parce que je n'ai rien à défendre, parce que mon espace est tellement illimité qu'aucune limite ne se laisse percevoir ?

L'histoire de l'enfant qui se croyait sans ressources

Reviens au gamin de CM2. Sa croyance l'enfermait : défendre quelqu'un serait forcément violent, donc hors de sa portée. Adrien lui a fait sentir autre chose. Il a travaillé la résistance par la paume de la main : « regarde comme tu résistes, regarde la détermination ». Plus il appuyait, plus l'enfant découvrait qu'il pouvait tenir face à ce qui paraissait l'envahir. Et le regard qui s'allume : « ça y est, je ressens ce dont j'avais peur, mes ressources ».

Le déplacement est exactement là. Défendre, ou se défendre, ça tient d'abord à la détermination, au courage de surmonter sa peur, à la confiance que le corps peut initier le mouvement. La violence n'a rien à faire dans l'histoire. Au passage, Adrien refuse le mot « hypersensible » pour ce gamin. Il est sensible, sa sensibilité déborde et il a du mal à la maîtriser. Ce qui n'a rien à voir avec une étiquette qui enferme.

Le lien avec le réflexe palmaire

S'il passe par la paume, ce n'est pas pour rien. Le réflexe de chute est en lien avec le réflexe palmaire. L'idée importante : selon le contact au niveau de la paume, la personne apprécie ce contact ou pas. La main qui repousse, la main qui accueille. Le contact révèle, sans un mot, de quel côté on se trouve à cet instant : dans la capacité à recevoir, ou dans le réflexe de mettre à distance.

Quand se défendre devient impossible : peur, sidération et culpabilité

Il existe des situations où la limite ne peut tout simplement pas être posée. Adrien évoque les problématiques de mœurs : des enfants abusés, des adultes incapables d'imposer leur limite, ou qui n'en ont pas le pouvoir. Le point capital : un enfant n'a pas les moyens physiques de se défendre. La sidération devient alors une option de survie. Se soumettre, dans ce contexte, c'est une stratégie intelligente, pas un échec.

Pour le comprendre, Adrien rappelle qu'il y a trois réactions à la peur. La sidération arrive en premier. C'est une étape d'analyse, censée déboucher ensuite sur l'action : soumission, attaque ou fuite. Quand ces actions n'ont pas pu être menées, il reste souvent un sentiment d'avoir « accepté », de ne pas avoir fait ce qu'il fallait. Et c'est ce qui rend la chose terrible : ces personnes sont victimes, et pourtant c'est elles qui portent la culpabilité. Le nombre de femmes qui s'en veulent de ne pas avoir su réagir, dit-il, c'est une réalité de sa pratique. Alors que la plupart du temps, au moment des faits, les ressources n'étaient tout bonnement pas là.

Le travail ne réécrit pas le passé. Mais se réapproprier ces scènes change la manière de les vivre. Les circonstances ne bougent pas ; la façon de les considérer, oui. Adrien aime rappeler que dans le mot émotion, il y a l'idée de mouvement. Quel mouvement l'émotion appelait-elle ? Quel mouvement n'ai-je pas pu faire ? Remettre le réflexe en place, réapprendre à repousser l'envahisseur, c'est rendre possible ce mouvement resté en suspens, là où la peur l'avait gelé.

La deuxième face du réflexe de chute : accueillir et recevoir

L'autre versant passe souvent à la trappe. Apprendre à repousser quand les ressources sont là, d'accord, mais être aussi en mesure d'accueillir ce qui est bon pour soi. Définir son espace, c'est savoir poser ses limites, et ces limites deviennent l'environnement où je construis ma vie, où je peux me rassurer, me réconforter, aimer ce que je suis. Savoir réaccueillir, c'est savoir recevoir.

Pour le thérapeute manuel, ce versant se lit dans le contact. Quand le toucher est qualitatif, ressenti à bon escient, il y a une autorisation. À l'inverse, certaines histoires émotionnelles ne sortent pas tout de suite. Elles prennent leur temps, parce que c'est exactement là que logent les résistances et les biais dans la manière d'être. Les patients viennent rarement pour l'émotionnel : ils viennent parce qu'ils ont mal, parce qu'ils ont un symptôme. Et la recherche de la cause finit par ramener vers l'émotionnel. C'est tout le sens du travail des ostéopathes et des kinés, capables de débloquer des choses sur cette branche.

Pourquoi nos limites d'adulte se nichent dans l'émotionnel

Conscience et mémoire du corps

On croit souvent qu'une émotion qui nous échappe est une émotion inconsciente. Adrien retourne l'idée : pour contrôler un ressenti, il faut d'abord en avoir conscience. On ne maîtrise que ce qu'on a reconnu. Son exercice préféré : si je te demande d'oublier le stylo plume, tu vas penser au stylo plume. Pour mettre une sensation de côté, il faut déjà savoir laquelle. Une part de nous sait toujours.

Cette part qui sait passe par le corps, et par l'hippocampe, la région qui se souvient. Adrien en parle comme d'une alliée et d'un ennemi. Précieuse, parce qu'elle nous permet de nous rappeler tant de choses. Redoutable, parce qu'elle se souvient de tout, traumas compris. Le souvenir, filtré par les sensations corporelles, automatise nos réactions. Et toutes les réactions apprises ne sont pas judicieuses.

Colère, violence et exemple parental

La colère, c'est l'exemple type. Beaucoup y mettent de la violence. Pourquoi ? Parce que si, enfant, on a vu des situations où la colère prenait la forme d'une violence verbale ou physique, on a fait une association d'idées entre colère et violence. Cette association vient ensuite brider l'expression d'une colère saine, celle qui sert à s'affirmer.

Adrien glisse ici une distinction qu'une patiente lui a transmise : l'imprégnation et l'inculcation de l'éducation. Des parents peuvent dire « fais ça » sans jamais montrer l'exemple. Et quand l'exemple est dissonant, c'est lui qui imprime, par effet miroir. Ce que nous sommes tient d'abord à l'exemple reçu, parfois chez des parents très aimants dont le fonctionnement intime ne laissait pas voir l'évolution ou l'affirmation possibles. La bonne nouvelle : tout ça se remet en question. Adrien préfère d'ailleurs le mot évoluer à changer. Le changement fait peur, l'évolution est une continuité vers un mieux. Lui-même se dit aujourd'hui plus délimité qu'avant, dans des limites qu'il apprécie, alors qu'autrefois il n'avait aucune idée à quel point il était limité.

FAQ

Que sont les réflexes archaïques ?

Ce sont des schémas logés dans le tronc cérébral. Comme le tronc cérébral gère la cognition, la posture, le sommeil, la digestion, les fonctions autonomes et l'émotionnel, chaque réflexe archaïque porte une dimension émotionnelle, même ceux qu'on croit purement posturaux comme le réflexe de chute.

À qui s'adresse ce travail sur les réflexes archaïques ?

Adrien travaille beaucoup avec des enfants, notamment autour des troubles des apprentissages. Le travail concerne aussi les adultes qui peinent à poser leurs limites, et les personnes ayant traversé des situations où se défendre n'était pas possible, où la sidération a pris le dessus. Dans tous les cas, une part émotionnelle finit par remonter au cours des bilans, alors même que les gens venaient pour une problématique physique.

Réflexes archaïques et troubles des apprentissages : comment agir en tant que parent ?

Deux leviers ressortent de l'épisode. D'abord le cadre : un enfant a besoin de limites identifiées, posées avec amour. Sans cadre, il ira chercher ses limites lui-même, parfois dans des situations dramatiques. Ensuite l'exemple : l'enfant imprègne d'abord ce qu'il voit, pas seulement ce qu'on lui dit. Un discours dissonant avec le comportement réel des parents marque davantage que la consigne. Travailler ses propres réactions, comme parent, fait donc partie de l'accompagnement de l'enfant.

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