Un sportif se blesse, passe par la thérapie, s'entend dire « tu peux reprendre », et le suivi s'arrête à peu près là. Le maillon faible se loge entre la clinique et le terrain, dans cette zone où le sportif reste seul. La réathlétisation et le retour au sport se jouent précisément dans cet entre-deux, et c'est là que tout se gagne ou se perd.
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Un sportif se blesse, passe par la thérapie, s'entend dire « tu peux reprendre », et le suivi s'arrête à peu près là. Le maillon faible se loge entre la clinique et le terrain, dans cette zone où le sportif reste seul. La réathlétisation et le retour au sport se jouent précisément dans cet entre-deux, et c'est là que tout se gagne ou se perd.
Mai Linh la définit avec ses propres mots : combiner le métier d'entraîneur et les compétences de réadaptation pour ramener un sportif à son sport, voire au-delà de son niveau d'avant. Elle a coaché pendant toutes ses études, elle a une formation en réadaptation, et un jour elle a jumelé les deux. Sa spécialisation est née là.
Pour LabO RNP, la grille de lecture est identique. La réathlétisation, c'est de la préparation physique appliquée à un corps qui sort de blessure. Rien de plus mystérieux : remettre les bonnes choses en mouvement en apportant les bonnes stimulations au bon moment. Pose le problème comme ça, et tu comprends tout de suite pourquoi quelques exercices de rééducation ne bouclent jamais le travail.
Elle occupe donc un endroit précis du parcours. Elle démarre quand la blessure aiguë et les premiers soins sont derrière, et elle accompagne le sportif jusqu'au moment où il refait sa préparation physique spécifique. Tout l'entre-deux. C'est là que le métier se joue.
Mai Linh est thérapeute du sport agréée au Canada. Le métier ressemble au kiné du sport, sans exister sous cette forme en France. Le thérapeute du sport se spécialise dans la prévention, le traitement et la réadaptation des blessures musculo-squelettiques liées au sport et à l'activité physique. Il travaille avec une population active, souvent au contact des équipes sportives, et son métier inclut aussi une part de premier soin et de gestion d'urgence sur le terrain.
Ce flou de définition a une conséquence directe côté français. Beaucoup de préparateurs physiques et de coachs veulent aller vers la réathlétisation, mais le contenu manque, et les formations disponibles restent souvent préétablies. Personne n'occupe vraiment la place. Le sportif blessé tombe alors dans un angle mort, coincé entre des métiers qui ne se parlent pas.
C'est le cœur de l'épisode, et Mai Linh le formule sans détour. D'un côté, des gens très bons sur la partie proche de la blessure : la phase aiguë, le post-chirurgie, le soin. De l'autre, des gens capables de reprendre l'athlète une fois qu'il refait sa préparation physique et son entraînement spécifique. Entre les deux, un trou énorme.
Pourquoi ce trou ? Parce que les spécialistes de la rééducation ne poussent pas le pont assez loin, et parce que le préparateur physique ne peut pas récupérer l'athlète assez tôt. Chacun s'arrête à la frontière de son métier. La personne, elle, reste seule au milieu, sans logique de progression pour relier les deux rives.
Attention à ne pas caricaturer la distinction. La rééducation fait un travail réel, indispensable, sur la zone abîmée. La réathlétisation prend le relais avec une autre compétence : savoir suivre la personne depuis la phase problématique jusqu'à l'entraînement complet. Deux moments d'un même parcours. Le problème vient de ce que personne ne tient la couture entre les deux.
Tu ne peux pas dire à un sportif que tu vas simuler un entraînement en allégeant simplement la charge et en modifiant un ou deux exercices. Mai Linh est claire là-dessus : il faut une pensée logique derrière. Réduire la charge et adapter deux mouvements, ça reste du bricolage déguisé en programme.
Le schéma classique, elle le décrit précisément : thérapie, puis exercices de rééducation, puis un peu de renforcement, puis retour tranquille au sport en laissant la transition se faire toute seule. Est-ce que ça peut fonctionner ? Elle ne prétend pas que ça échoue à tous les coups. Mais est-ce optimal pour récupérer 100 % de sa performance d'avant ? Non. Pour éviter une nouvelle blessure ? Absolument pas.
Le pattern de récidive qu'elle observe ne change jamais. La douleur grimpe assez fort, ou la blessure devient assez aiguë, pour que l'athlète arrête de jouer. Il fait de la thérapie, quelques exercices de renforcement, un retour progressif au jeu. Ça tient un moment. Et ça ne tient jamais sur la durée. L'élément absent du décor, toujours le même : une vraie préparation physique de fond. Sa formule résume tout : sa meilleure prévention, c'est une bonne préparation physique.
Ce qui manque le plus dans ces parcours improvisés, c'est une logique de programmation. Dans ses formations, Mai Linh travaille à partir d'évaluations, d'interventions et de séquences spécifiques d'exercices, pour s'assurer qu'on touche à tous les aspects à travailler. Et elle insiste lourdement sur un point : la périodisation de l'entraînement.
Périodiser, ça veut dire piloter la progression dans le temps en fonction de la blessure. Comment tu fais avancer la personne, comment tu manipules son plan d'entraînement, ce que tu vas chercher en priorité selon les considérations propres à chaque blessure. Une compétence à part entière. Exactement ce qui fait défaut quand le suivi se résume à « tu peux reprendre ».
Mai Linh repère ce manque jusque chez des pros sérieux. En France, des kinés se forment au sport et glissent vers la préparation physique, ce qui est une bonne chose, mais leur programmation reste souvent light. En face, des coachs sportifs proposent de prendre le relais après le kiné, sans avoir non plus cette approche de périodisation et de programmation. Tout le monde veut bien faire. Peu de gens tiennent la structure dans la durée.
Quand un athlète arrive avec une épaule qui coince en overhead, le réflexe courant pousse à se concentrer sur l'épaule, comme si elle résumait tout le problème. Mai Linh balaie le raccourci. Plusieurs choses interfèrent, et il faut éduquer les gens pour qu'ils en prennent conscience. Sur une épaule chronique d'athlète CrossFit ou d'haltérophile, l'articulation n'est jamais le seul coupable : tu dois compter avec toutes les compensations installées par-dessus, à force de continuer à fonctionner malgré la douleur.
Les exemples qu'elle cite couvrent plusieurs sports. En CrossFit, beaucoup d'entorses et de lombalgies, plus des entorses de cheville et des luxations d'épaule. Avec l'élite du baseball québécois, à l'Académie Baseball Canada, beaucoup de blessures à l'épaule et au coude chez les lanceurs. En sports collectifs, soccer et football, des claquages d'adducteurs à répétition et de la douleur chronique. Chaque fois qu'elle reconstituait le profil de ce que ces athlètes avaient fait comme réhab, le constat tombait : rien de réellement structuré.
L'approche se joue donc à l'échelle du corps entier. Au-delà des facteurs qui déclenchent les symptômes et de la biomécanique locale, il faut regarder ce qui se passe ailleurs. La respiration, par exemple, traîne souvent dans les angles morts : comment tu respires à l'effort, comment tu respires hors effort, surtout chez les gens qui ont des problématiques thoraciques. Tout cela ne se règle pas en trois, quatre ou six séances en clinique. Sans programme, le travail reste inachevé.
Mai Linh le dit sans hésiter : l'épaule est probablement la région avec laquelle elle travaille le plus. Côté LabO, on partage le constat, l'épaule revenant très souvent en consultation. Chez les athlètes d'haltérophilie ou de CrossFit, c'est typiquement une douleur chronique qui ne les empêche pas vraiment de fonctionner, jusqu'au jour où la problématique s'installe pour de bon.
Et l'épaule illustre tout le reste, justement parce qu'elle empile les couches. La gêne initiale s'entoure de compensations bâties par-dessus, séance après séance. Voilà ce qui rend le travail long et qui explique pourquoi une poignée de séances ne suffit pas. Mai Linh propose une analogie parlante : si un sportif sans masse musculaire te demande de devenir le plus musclé possible, tu ne peux pas le lui promettre en quatre semaines. La réathlétisation d'une blessure, surtout chronique, obéit à la même logique de temps long.
Mai Linh porte deux chapeaux, celui de thérapeute du sport et celui d'entraîneur, et ses formations reflètent ce double profil. Le public s'y partage à peu près à 50 % de thérapeutes, kinés ou physios, et 50 % de coachs ou entraîneurs. Ce qui la rend contente, c'est que chacun y trouve son compte, pour des raisons différentes.
L'entraîneur repart avec une foule d'outils applicables à la réadaptation. Le thérapeute, lui, reconnaît qu'une partie de la réadaptation peut s'intégrer dans un processus d'entraînement plus structuré, ce qui amène son patient plus loin. Le kiné qui veut justement dépasser le « light » de la programmation y gagne une vraie structure. Les deux mondes apprennent à parler la même langue.
Le bénéficiaire final reste le sportif. Il arrête d'avoir l'impression de faire sa réhab d'un côté, puis son entraînement de l'autre, comme deux univers séparés. Les deux se soudent en un seul ensemble. Et le but, à terme, vise son autonomie. C'est aussi le conseil que Mai Linh laisse en fin d'épisode : tu as la capacité de le faire, il suffit d'avoir les bonnes intentions et de développer ta pensée critique et analytique. Les outils existent pour percer dans la réathlétisation.
C'est la combinaison du métier d'entraîneur et des compétences de réadaptation, pour ramener un sportif à son sport, voire au-delà de son niveau d'avant. Dans les faits, c'est de la préparation physique appliquée à un corps qui sort de blessure : remettre les bonnes choses en mouvement avec les bonnes stimulations au bon moment.
Les sportifs blessés laissés à eux-mêmes une fois la phase de soin terminée, du loisir jusqu'à l'élite. Et les pros qui veulent faire le pont : kinés et thérapeutes en quête d'une vraie structure d'entraînement, coachs et préparateurs physiques en quête d'outils de réadaptation et d'une logique de progression adaptée à la blessure.
Elle commence par des évaluations, se poursuit par des interventions et des séquences spécifiques d'exercices, et s'organise autour d'un programme périodisé qui couvre tout le chemin, depuis le moment de la blessure jusqu'au retour au sport. Le fil conducteur reste la périodisation, c'est-à-dire une progression pilotée dans le temps selon les considérations propres à chaque blessure.
En s'appuyant sur la périodisation et sur une préparation physique de fond, et en gardant une lecture globale du corps. Concrètement, tu ne te limites pas à la zone blessée : tu prends en compte les compensations accumulées par-dessus et des facteurs souvent négligés comme la respiration à l'effort. Ce travail sur toutes les couches fait la différence pour récupérer la performance et limiter la récidive.
Pas l'affaire de quelques séances. Mai Linh refuse de promettre un délai magique et l'explique avec une analogie : on ne devient pas musclé en quatre semaines, et une réadaptation, surtout sur une douleur chronique, obéit à la même logique de temps long. Les compensations à défaire et la préparation physique à reconstruire réclament un vrai programme dans la durée.
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