La question revient au comptoir presque chaque semaine. « C'est quoi le protocole de réathlétisation après une blessure musculaire ? » Le préparateur physique veut la recette : claire, applicable, réutilisable. Et sur les réseaux, le ton monte d'un cran. Un post affirme que la réathlétisation revient au préparateur physique et pas au kiné, et la riposte fuse aussitôt, côté kinés cette fois. Deux camps qui se disputent un terrain dont la frontière reste floue. La réponse honnête va décevoir ceux qui attendent une fiche à imprimer. Il n'y a pas « un » protocole. Il y a une bonne question, et elle tient en trois morceaux : quels principes, pour qui, et avec qui. Une lésion musculaire se travaille par principes individualisés, en remettant d'abord en route le système sensoriel avant de rebâtir la charge, dans une collaboration où kiné et préparateur restent chacun dans leur cadre. On déroule à partir de là.
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La question revient au comptoir presque chaque semaine. « C'est quoi le protocole de réathlétisation après une blessure musculaire ? » Le préparateur physique veut la recette : claire, applicable, réutilisable. Et sur les réseaux, le ton monte d'un cran. Un post affirme que la réathlétisation revient au préparateur physique et pas au kiné, et la riposte fuse aussitôt, côté kinés cette fois. Deux camps qui se disputent un terrain dont la frontière reste floue. La réponse honnête va décevoir ceux qui attendent une fiche à imprimer. Il n'y a pas « un » protocole. Il y a une bonne question, et elle tient en trois morceaux : quels principes, pour qui, et avec qui. Une lésion musculaire se travaille par principes individualisés, en remettant d'abord en route le système sensoriel avant de rebâtir la charge, dans une collaboration où kiné et préparateur restent chacun dans leur cadre. On déroule à partir de là.
Avant même de parler technique, une chose change tout : qui pose la question. Un kiné et un coach sportif n'attendent pas la même réponse, parce qu'ils n'occupent pas la même place dans la prise en charge. Et dès qu'on prononce les mots « rehab » et « lésion musculaire », quelle que soit la lésion, on entre dans le domaine du kinésithérapeute. Pas du préparateur physique. Si tu es coach et que la personne en face de toi est blessée, le bon réflexe tient en une ligne : tu la renvoies vers un kiné du sport compétent, que tu trouveras sur les réseaux ou autour de chez toi.
Cela posé, il existe un pont entre ces métiers. La rééducation, la réhabilitation, la réathlétisation et la préparation physique se touchent, avec entre elles une frontière un peu sombre, jamais tout à fait nette. C'est précisément là que les disputes naissent. Chacun pose ses bornes sur un terrain mal délimité.
La bonne nouvelle, c'est que cette zone grise devient un atout dès qu'on la travaille à deux. Chacun dans son métier, kiné et préparateur arrivent à faire des choses intéressantes ensemble. À condition de nommer la frontière au lieu de se la disputer.
Les protocoles ont une utilité réelle. Ils servent de repères, ils structurent l'apprentissage, ils donnent un cadre aux étudiants. Personne ne dit le contraire. Seulement voilà : chaque personne est un individu à part entière, et un protocole tout fait, collé sur cette singularité, perd vite en pertinence.
Le problème saute aux yeux dès qu'on essaie de figer la recette. Quelle blessure ? Dans quel contexte ? Pour quel sport ? Le champ est trop vaste pour tenir dans une fiche unique. Les guidelines te donnent des ordres de grandeur, et c'est utile, mais elles ne disent pas à quelle semaine précise tu y arriveras. Prends un repère comme « 1,5 fois le poids de corps à la presse » : il ne tombe jamais à la même date pour deux personnes différentes, même blessure, même chirurgie.
D'où le choix de parler de principes de prise en charge. Un principe s'adapte à la personne, à son contexte, à sa journée. Un protocole, lui, reste figé pendant que le réel bouge. Dans la formation RNP, tout un module y est consacré, six à sept heures sur la réathlétisation, justement pour remettre des bases et questionner ce réflexe du « protocole tout fait ».
Quand on aborde une réathlétisation, le réflexe classique tient en deux gestes : les techniques manuelles d'abord, la mise en charge progressive ensuite. C'est utile, et ça reste nécessaire. Mais ça laisse de côté une couche essentielle : la remise en route du système nerveux central et l'information sensorielle qu'on lui renvoie.
C'est ce que désigne la RNP, reprogrammation neuro-posturale. Remettre en marche le système qui capte, traite et utilise l'information sensorielle, pour redonner au cerveau la bonne information à partir de laquelle il pilote le mouvement. Un traumatisme perturbe cette boucle. Répare le tissu, recharge la machine, et tu rebâtis quand même sur une base sensorielle encore défaillante.
Le piège, c'est la tendance à tout segmenter. On découpe le corps en morceaux, on traite chaque segment isolément, et la vue d'ensemble file entre les doigts. La RNP pousse dans le sens inverse : viser une approche globale, faire le lien entre les zones, remettre en place la base sensorielle commune. C'est un socle sur lequel kiné et coach sportif peuvent s'entendre, et rien que ça, ce serait déjà un bon point de départ.
Depuis quelques semaines, pas mal d'études passent sur le sujet, souvent relayées et traduites sur les réseaux, et la recherche commence tout juste à creuser cet angle. Sur les retours de ligaments croisés, sur les entorses de cheville, sur les pubalgies, un même signal revient : un lien marquant avec la proprioception, ce sens qui te dit où se trouvent tes segments dans l'espace sans que tu aies à regarder.
Concrètement, après ces blessures, des déficits proprioceptifs persistent. Le tissu peut être réparé, la force peut revenir, et la qualité de l'information proprioceptive reste pourtant dégradée. C'est exactement le type de problème que la RNP cible, et c'est ce qui en fait une des premières choses à remettre en place pour construire quelque chose de correct par la suite.
Le point de départ logique, c'est la base sensorielle. Tu remets en route le système sensoriel de fond : proprioceptif, vestibulaire (l'équilibre, l'oreille interne), tactile. Ce sont les entrées qui nourrissent le cerveau en information brute, et le trauma les met à mal.
Dans la foulée, il faut relancer les réflexes que le traumatisme physique a pu mettre en sommeil. Une fois cette base sensorielle et réflexe réveillée, tu peux rebroder autour : la force, la charge, le geste sportif. L'ordre compte. Tu poses d'abord le socle sensoriel, puis tu construis dessus.
Le cadre légal borne ce que chacun a le droit de faire, et ça pèse lourd. En France, si tu es préparateur physique en libéral, tu ne peux pas suivre une personne sans certificat médical. Et quand la personne est blessée, ce certificat prend une forme précise : un certificat médical de non contre-indication à la pratique du sport ou de la préparation physique.
Ce document doit être délivré par le médecin ou le chirurgien, avec l'aval du kiné. Autrement dit, tant que tu n'es pas, par exemple, à six mois post-op d'un LCA, la personne n'a pas ce certificat, et tu ne fais pas de prépa physique. La seule porte ouverte, c'est de le demander en lien direct avec le kiné et le corps médical, pour savoir précisément ce que tu peux faire et ce que tu ne peux pas faire.
Une nuance pour les structures. Dans un centre de formation, par exemple, kinés et préparateurs travaillent côte à côte tous les jours, et la coordination se fait en continu, sur le terrain. Le cadre y diffère du libéral, mais le principe reste le même : chacun à sa place, chacun dans son pool de compétences, sans s'en écarter.
La clé, c'est de faire avancer deux chantiers en parallèle. D'un côté la rééducation tissulaire et musculaire à proprement parler, métier du kiné. De l'autre le travail neuro, la remise en route du système nerveux central. Les deux se mènent en même temps, chacun dans son cadre, tournés vers les objectifs de la personne. Tout le monde travaille de concert.
Le coach n'a pas à exécuter la rééducation, ce n'est pas son rôle et ce n'est pas sa compétence. En revanche, il gagne à connaître la manière dont fonctionne la réhabilitation, les différentes étapes et leur enchaînement selon la pathologie. Pas pour les réaliser lui-même, mais pour parler la même langue que le kiné, avoir un vrai échange, et faciliter le passage de témoin quand vient le moment. C'est le kiné qui lui transmet cette partie, et c'est ce qui permet au coach de proposer ensuite une vision plus globale.
Reste le réel, qui s'invite toujours. Un même athlète n'arrive pas dans le même état d'un jour à l'autre. Un matin il a une grosse patate, le lendemain il débarque avec un genou gonflé. Comme préparateur physique, subir cette variabilité ne fait pas partie de ton job. Comprendre pourquoi elle se produit, oui, et ajuster autour : adapter la séance, démobiliser si besoin, lever le pied au bon endroit. C'est exactement ce qu'un protocole figé ne sait pas faire, et ce qu'une prise en charge individualisée gère naturellement.
Si chacun va aujourd'hui gratter dans le domaine de l'autre, ce n'est pas par caprice. Les cursus laissent des manques, autant côté kiné que côté préparateur physique. De plus en plus de coachs veulent se former à la réathlétisation, de plus en plus de kinés veulent se former à la préparation physique et au coaching sportif. Derrière, il y a de vraies problématiques de terrain où chacun se sent limité par sa formation initiale.
La règle de base reste de devenir d'abord spécialiste de son propre domaine. Un coach sportif a tout intérêt à maîtriser à fond la préparation physique avant d'aller chercher ailleurs. Une fois ce socle solide, se former à la reprogrammation neuro-posturale apporte une vraie valeur, quel que soit ton métier.
Si tu es kiné, ça te permet de bien lancer la remise en route du système sensoriel et nerveux, dès le début de la prise en charge. Si tu es coach, ça te donne les moyens de reprendre ce qui n'a pas été remis en route avant toi, de relancer le système nerveux central et de poser des bases motrices saines pour la suite. Dans les deux cas, tu combles un angle mort de ta formation initiale.
Dès qu'il y a lésion musculaire et rehab, on est dans le domaine du kinésithérapeute, pas du préparateur physique. La réathlétisation se construit ensuite à deux, avec un pont entre les métiers, mais l'entrée se fait par le kiné. Si tu es coach et que la personne est blessée, tu la renvoies vers un kiné du sport compétent.
Par principes. Les protocoles servent de repères et structurent l'apprentissage, mais chaque personne est un individu, et la blessure, le contexte et le sport varient trop pour une recette unique. Les guidelines donnent des ordres de grandeur, l'application reste individualisée.
Parce que la littérature récente montre, sur les retours de ligaments croisés, d'entorses de cheville et de pubalgies, des déficits proprioceptifs persistants. Le tissu peut être réparé alors que l'information sensorielle reste dégradée. Remettre en place la base sensorielle (proprioceptive, vestibulaire, tactile) et les réflexes mis à mal par le trauma, c'est ce qui permet de rebâtir correctement ensuite.
En France, un préparateur physique en libéral ne peut pas suivre une personne sans certificat médical. Si elle est blessée, il faut un certificat de non contre-indication, délivré par le médecin ou le chirurgien avec l'aval du kiné. Tant qu'on n'est pas, par exemple, à six mois post-op d'un LCA, pas de prépa physique, sauf en lien direct avec le kiné et le corps médical.
C'est la remise en route du système nerveux central et de l'information sensorielle, au-delà des techniques manuelles et de la mise en charge progressive. L'idée est de redonner au cerveau la bonne information sensorielle et de sortir du réflexe de tout segmenter, pour viser une approche globale. C'est un socle sur lequel kiné et coach peuvent s'accorder.
Oui, après avoir d'abord maîtrisé son propre domaine. Les cursus laissent des manques des deux côtés. Se former à la reprogrammation neuro-posturale aide le kiné à bien lancer la remise en route, et le coach à reprendre ce qui n'a pas été relancé avant lui, pour rétablir de bonnes compétences motrices.
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