La réathlétisation après blessure décide du retour au sport, et c'est pourtant la phase qu'on bâcle le plus, dans les cursus comme sur le terrain. Dimitri Juré a passé trois ans à suivre des épaules opérées pour objectiver ce retour. On déballe tout.
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La réathlétisation après blessure décide du retour au sport, et c'est pourtant la phase qu'on bâcle le plus, dans les cursus comme sur le terrain. Dimitri Juré a passé trois ans à suivre des épaules opérées pour objectiver ce retour. On déballe tout.
La réathlétisation prend le relais quand le kiné a terminé son travail. Le sportif a récupéré, l'articulation tient, la douleur a disparu. Reste à le ramener à son sport, avec ses vitesses, ses contacts, ses contraintes spécifiques. Tout se joue là.
Pour structurer cette phase, Dimitri pose une distinction qui revient en boucle dans son discours : d'un côté le retour à l'activité physique sans restriction, de l'autre le retour à la performance. Dans le premier cas, la personne reprend l'entraînement sans limitation particulière, elle fait de l'activité physique normalement. Dans le second, l'objectif devient spécifique au sport : retrouver le geste, la vitesse, l'intensité de la compétition.
Cette frontière commande tout le reste. Elle te dit où tu en es, ce qu'il reste à faire, jusqu'où tu accompagnes le sportif. Garde-la en tête, elle revient à chaque section.
Dimitri prévient d'entrée : sa vision est « un petit peu biaisée ». Sa recherche et ses tests se sont concentrés sur une blessure précise, on y revient plus bas. Sur le terrain, pourtant, certaines pathologies reviennent plus que d'autres, et elles dépendent largement du sport pratiqué.
Au volley, ce sont « généralement des pathologies de surutilisation ». La raison est mécanique : le joueur est « toujours en rotation interne », à frapper le ballon « à des vitesses angulaires qui sont très importantes ». La vitesse angulaire, c'est la vitesse de rotation du bras au moment de l'armé et de la frappe. Répète ce geste des milliers de fois à pleine intensité, et l'épaule s'use. Des déficits qui s'installent dans la durée, pas un accident ponctuel.
Au judo, on bascule dans le traumatique. Dimitri cite surtout la fracture de clavicule, l'instabilité, et la disjonction acromio-claviculaire, cette atteinte de l'articulation entre la clavicule et le sommet de l'épaule. Il la décrit avec l'image que tout judoka connaît : « la fameuse touche de piano où on a la petite clavicule qui ressort parce qu'on est tombé sur le moignon de l'épaule ». Lui-même y est passé : les deux épaules au judo, avec de l'instabilité et une entorse acromio-claviculaire de stade 1 et de stade 2.
Le cœur de son travail, c'est l'instabilité antérieure de l'épaule. Ni la multidirectionnelle, ni la postérieure : uniquement l'antérieure, et uniquement chez des patients opérés selon la même procédure chirurgicale, la Latarjet, une butée osseuse. En partenariat avec le centre orthopédique Santy, référence nationale voire internationale sur le genou et l'épaule, il a suivi « quasiment 400 personnes en 3 ans » opérées de cette butée. C'est sur cette population qu'il a bâti sa batterie de tests de retour au sport.
Voici le principe que Dimitri martèle. L'épaule « reste que la fin de d'un mouvement », et « le mouvement il part du bas jusqu'en haut ». L'épaule, et même la main, sont là pour finir le geste. Prends l'exemple du volley : le joueur s'élève en suspension, puis il vient taper. Si dès le départ ses pieds n'ont pas été bien sollicités, ou s'il traîne des déficits à ce niveau, « peut-être que in fine l'épaule elle sera pas à 100 % ».
D'où une règle pratique : ton bilan ne se contente pas de l'articulation lésée. Tu regardes au niveau cervical, au niveau de l'épaule bien sûr, au niveau thoracique, au niveau du bassin, et pourquoi pas au niveau des pieds. La blessure visible n'est souvent que le bout d'une chaîne, et « quand tu te blesses de toute façon même s'il y a de l'usure, c'est quand même des choses des fois qui datent ». Des usures de long terme.
La réathlétisation est une période rare, où tu as le temps et l'attention du sportif. Si tu repères quelque chose sur lequel il n'a jamais travaillé, ne passe pas à côté. Dimitri formule l'objectif de fond sans détour : « l'objectif c'est de pas le revoir, ton sportif. Si tu le revois, c'est que pas forcément bon signe. » Traduction : sers-toi de cette fenêtre pour faire un vrai travail global et régler les comptes anciens, pas seulement pour réparer la dernière blessure.
« La première chose qui est très importante », dit Dimitri, c'est « d'avoir une super relation avec le kiné qui l'a vu en rééducation ». La relation kiné, préparateur physique, voire chirurgien et médecin du sport, tout le staff, reste primordiale, parce qu'au centre il y a un être humain qu'on traite. Le sportif passe avant tout le reste.
Concrètement, ça change ton travail. Tu commences par voir ce que le kiné a déjà fait. S'il a bien mené le renforcement des muscles autour de l'omoplate (les périscapulaires) et qu'il a déjà rééquilibré le ratio entre rotation interne et rotation externe, alors tu ne refais pas ce travail. Tu te concentres sur le retour à la performance spécifique. Cette relation t'aiguille ou, à l'inverse, te fait « enlever tout un panel d'exercices qu'il a déjà fait ».
Reste un obstacle bien humain : la peur. Certains coachs ou kinés hésitent à recommander d'autres praticiens « parce qu'ils vont avoir peur de se faire prendre leurs clients ». Dans un staff, on peut se sentir menacé par quelqu'un qui vient de l'extérieur. Dimitri l'a vécu avec un basketteur professionnel, passé par la NBA pendant quatre ou cinq saisons et qui jouait alors en Lituanie. Les préparateurs physiques en place voyaient son arrivée d'un mauvais œil. La bascule s'est faite quand le chirurgien a tranché : « tu vas bosser avec Dimitri parce que j'ai confiance en lui ». Tout de suite, l'équipe s'est sentie moins menacée.
Sa position est nette : « je suis pas là pour prendre la place de quelqu'un d'autre ». L'idée, c'est de ramener le sportif le plus vite possible et dans les meilleures conditions. « Il y a pas de bataille. L'ego, il faut le ranger. » Et si tu es compétent dans ton domaine, tu n'as pas à craindre que d'autres apportent un plus au sportif. C'est même tout l'intérêt d'un réseau de professionnels autour de toi.
Les protocoles validés existent, Dimitri en a construit. Mais il prévient sur le rééquilibrage du ratio rotation interne / rotation externe : « il faut voir un petit peu ». Tout dépend du sport et de l'athlète.
Son exemple parle de lui-même. En début de carrière, Rafael Nadal était connu pour un bras gauche très développé et un bras droit « limite atrophié », et cette asymétrie s'est « complètement gommée » au fil du temps. Deux leçons en sortent. D'abord, si tu connais bien ton sportif et que tu disposes de ses valeurs d'avant la blessure, tu peux t'en servir de repère, à une réserve près : ces valeurs pré-blessure n'étaient peut-être pas bonnes au départ, donc ne t'y accroche pas aveuglément. Ensuite, viser un ratio parfait de 1 sur les rotateurs n'a pas toujours de sens. Pour un volleyeur, c'est « quasiment impossible » : te fixer cette cible te fait « passer beaucoup trop de temps » et « perdre du temps ».
Le maître mot, répété encore et encore : connaître le sport, connaître le sportif, et rester global. C'est ce trépied qui décide de ton protocole, pas un modèle copié-collé.
Comment jalonner concrètement la progression ? Avec des tests, qui existent aujourd'hui en nombre, et avec les outils de mesure du marché.
La progression se lit sur les deux niveaux vus plus haut. D'abord une batterie de tests transversale, adaptable à tous les sports, qui balaie plusieurs dimensions : le versant psychologique, la stabilité, la mobilité, l'endurance, l'explosivité. Cette première étape valide le retour à l'activité sans restriction.
Pour le sportif qui veut un suivi jusqu'à la performance, tu passes à des tests spécifiques, calés en amont avec l'entraîneur. C'est lui qui te donne les repères du jeu réel. L'idée : ramener progressivement l'athlète aux vitesses angulaires de sa pratique, sans le remettre d'un coup à pleine intensité. Pour un volleyeur, ces vitesses d'éjection du ballon sont très élevées, donc « on va pas pouvoir le remettre très vite à ces vitesses-là, il va falloir y aller progressivement ». Tu montes par paliers jusqu'à la cible fixée avec le staff.
Côté matériel, Dimitri salue le travail de Kinvent, qui a beaucoup apporté avec des petits appareils accessibles. On y trouve des capteurs de force, des capteurs sensoriels, de l'EMG portative (la mesure de l'activité électrique des muscles, hors du labo), et des capteurs de grip, la force de préhension. Le grip, précise-t-il, est « très intéressant pour avoir la santé de l'épaule ». Et quand tu approches du retour terrain, tu sors les radars de vitesse pour mesurer le geste en conditions proches du jeu. Autant d'outils qui « font du bien au prépa physique » parce qu'ils transforment des impressions en chiffres.
La réathlétisation est la phase qui prend le relais quand le kiné a fini la rééducation. Elle distingue deux objectifs : le retour à l'activité physique sans restriction (reprendre l'entraînement normalement) et le retour à la performance, spécifique au sport (retrouver les gestes, vitesses et contacts de la compétition).
Tout le staff autour du sportif : le kiné qui a mené la rééducation, le préparateur physique, le chirurgien et le médecin du sport. La relation entre eux est primordiale, et le sportif reste au centre. Dimitri insiste : pas de bataille d'ego, l'objectif commun est de ramener l'athlète vite et dans les meilleures conditions.
À l'épaule, ça dépend du sport. Au volley et dans les sports d'armé, des pathologies de surutilisation liées à la rotation interne permanente et aux vitesses élevées. Au judo et dans les sports de contact, du traumatique : fracture de clavicule, instabilité, disjonction acromio-claviculaire (la « touche de piano »). Le cas central de son travail : l'instabilité antérieure opérée par butée osseuse (Latarjet).
Des protocoles validés existent, mais ils ne dispensent pas d'individualiser. Le ratio rotation interne / externe se travaille selon le sport et l'athlète. Viser un ratio de 1 pour un volleyeur est quasiment impossible et fait perdre du temps. Connaître le sport, connaître le sportif, rester global.
Tu t'appuies sur les tests de retour au sport. D'abord une batterie transversale (psychologique, stabilité, mobilité, endurance, explosivité) pour valider le retour à l'activité. Ensuite des tests spécifiques calés avec l'entraîneur, pour remonter progressivement jusqu'aux vitesses et intensités du jeu réel.
Quatre piliers : un bilan global qui regarde bien au-delà de l'épaule (cervicales, thorax, bassin, pieds), la coordination avec le staff en partant de ce que le kiné a déjà fait, l'individualisation selon le sport et l'athlète, et un jalonnage objectif par les tests jusqu'à la performance spécifique.
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