Préparation physique individualisée : la formule sonne simple, mais autour d'un seul athlète gravitent souvent un coach de boxe, un coach de lutte, un préparateur personnel et toute la prépa d'un club. Rémi Lancou, kiné du sport et préparateur physique entre le football et le MMA, en a fait son terrain. Sa réponse tient en un mot qu'il répète sans cesse : la communication.
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Préparation physique individualisée : la formule sonne simple, mais autour d'un seul athlète gravitent souvent un coach de boxe, un coach de lutte, un préparateur personnel et toute la prépa d'un club. Rémi Lancou, kiné du sport et préparateur physique entre le football et le MMA, en a fait son terrain. Sa réponse tient en un mot qu'il répète sans cesse : la communication.
Prends un seul combattant de MMA. Autour de lui gravitent un coach de boxe, un coach de lutte, un coach de sol, parfois un préparateur personnel en plus. Chacun fait ses séances dans son coin, sans toujours savoir ce que les autres ont programmé. Même décor au football : un joueur débarque en sélection avec déjà toute la prépa de son club, et parfois un entraîneur individuel qu'il paie à côté. La question arrive vite. Comment individualiser la prise en charge quand autant de monde tourne autour du même athlète, sans que ça vire au désordre, voire au contre-productif ?
Rémi Lancou répond avec un mot qu'il répète d'un bout à l'autre de l'échange : la communication. Kiné du sport et préparateur physique, il travaille avec l'équipe nationale algérienne de football pendant les dates FIFA, et avec des combattants de MMA et des boxeurs pros le reste du temps. Ce double regard, le foot collectif d'un côté, les sports de combat individuels de l'autre, lui donne une lecture précise de ce qui fait tenir une prise en charge individualisée : dégainer le bon outil au bon moment, mettre son ego de côté, et faire parler tous les acteurs autour d'un seul projet, l'athlète.
Rémi fait les deux métiers, et il peine à les dissocier dans sa pratique. Sa logique tient en une image : sortir la bonne casquette au bon moment. Pour lui, le kiné du sport moderne doit maîtriser tous les outils de la préparation physique. C'est devenu un consensus, parce qu'on s'accorde aujourd'hui à mettre du travail actif sur la plupart des troubles musculo-squelettiques. Concrètement : savoir développer la force, piloter le conditioning, planifier au moins une réathlétisation, ce travail de remise en charge progressive d'un athlète après blessure.
L'inverse vaut aussi. Le préparateur physique moderne, pour s'épanouir dans sa pratique, gagne à mener une réathlétisation simple, à proposer des protocoles de prévention des blessures, à travailler la mobilité. Des outils qui appartenaient plutôt au kiné avant. Les deux métiers se rapprochent, et c'est ce chevauchement qui permet de choisir l'outil adapté à l'instant t au lieu de rester enfermé dans une seule lecture.
Là, l'individualisation devient très concrète. Un joueur de sélection n'arrive jamais vierge. Il a sa prépa de club, et parfois un préparateur personnel par-dessus. Rémi prend l'exemple d'un de ses joueurs qui évolue à Milan : sa prépa au club, plus un prépa individuel que Rémi connaît et avec qui il communique. Son travail consiste à regrouper toutes les infos. Quand ce que propose le préparateur individuel lui convient, il s'aligne dessus, veille à ce que le programme soit réalisé correctement à l'entraînement, et adapte si besoin.
La règle qu'il martèle : mettre son ego de côté. Un autre de ses joueurs est suivi depuis Barcelone par un préparateur individuel. Il se blessait beaucoup, et depuis ce suivi, ça va mieux. Rémi ne cherche pas à reprendre la main sur ce contenu. Il accompagne le joueur en salle de musculation, veille à la bonne exécution des exercices, et adapte selon l'état du jour. Un joueur ne débarque pas frais en sélection : il traîne de la fatigue cumulée, des petits bobos quelque part. On ajuste les contenus en fonction. Chacun a sa place, à condition qu'il y ait une logique dans l'ensemble et qu'on communique.
En sélection, les choses sont un peu plus cloisonnées. Des créneaux sont réservés à la préparation physique, avec du travail en salle de musculation programmé avant chaque entraînement. Les soins, eux, se font le soir après le dîner, en plus des soins sur le terrain et des soins à l'entraînement.
Le staff est dense. Un staff médical avec plusieurs kinés, deux masseurs qui sont aussi kinés de formation, un préparateur physique qui gère les échauffements et planifie avec Rémi les contenus et les intensités, un entraîneur des gardiens, un entraîneur adjoint, le coach, plusieurs médecins, sans compter les cuistots et l'analyse vidéo. Beaucoup de monde, donc beaucoup d'interfaces à faire communiquer.
Quand un joueur passe du club à la sélection, le risque, c'est la rupture. Rémi cherche à l'éviter en communiquant un maximum avec les clubs, surtout sur le volet médical. On s'envoie le plus d'informations possible, on transmet un rapport médical au moindre pépin, on échange les datas collectées de part et d'autre. L'objectif : une vraie continuité dans la prise en charge, pour que le joueur reçu en sélection s'inscrive dans la cohérence de ce qui se fait en club.
Cette continuité va jusqu'à la nutrition. Un joueur se supplémente d'une certaine manière en club, fait souvent autre chose en sélection, et encore moins en vacances. Rémi essaie de lisser tout ça pour garder un fil cohérent. C'est un travail de fond, systémique : ce sont toutes ces petites choses qu'on agglomère qui finissent par produire un grand résultat. Pris isolément, chaque détail paraît mineur. Mis bout à bout, ils font la différence sur la durée.
Sur les combattants, le fonctionnement diffère. C'est rare qu'un prépa physique existe déjà dans la structure, donc Rémi dirige toute la préparation physique lui-même, sur des créneaux hebdomadaires. Il a formé des coachs qui utilisent sa méthode dans un fight club à Paris, avec des créneaux ouverts en small group pour que même les amateurs et les pros à plus petit budget puissent participer. Quand il n'est pas sur place, une application qu'il a créée permet de transmettre la formation.
Le lien avec les coachs techniques est central. Le MMA, c'est énormément de volume : souvent deux séances par jour, six jours sur sept, réparties entre boxe, lutte, sol et MMA. Si tu ignores le contenu de ces sessions, ça peut vite devenir contre-productif. Un combattant qui enchaîne des séances à haute intensité, sur qui tu viendrais ajouter de la charge sans le savoir, ça se passe mal. La communication sert aussi dans l'autre sens : après une session de sparring, un coach peut lâcher « j'ai le sentiment qu'il a un déficit de puissance à partir du deuxième round ». Ce retour devient une piste de travail pour détecter un éventuel facteur limitant de la performance et l'intégrer à la planification.
Le gameplay dicte le contenu physique. La stratégie prévue pour un combat impacte directement ce que Rémi programme en préparation. Mettre la pression en lutte contre un adversaire puissant, plaqué contre la cage pendant trois rounds, ça n'a rien à voir, côté demande énergétique, avec tourner autour de l'adversaire en cherchant à boxer à distance. Deux plans de jeu, deux contenus physiques. Exactement la même logique qu'au football, où un coach qui veut beaucoup de pressing impose une prépa différente. D'où la nécessité de parler avec les coachs techniques en amont.
C'est d'ailleurs en MMA que le besoin d'un agrégateur se fait le plus sentir. Au foot, les staffs se réunissent. En sports de combat, les coachs sont rarement ensemble : le combattant fait sa boxe à un endroit, sa lutte ailleurs, son MMA dans un troisième lieu. Pour que ça ne tourne pas au bordel, il faut quelqu'un qui centralise. C'est souvent le prépa physique ou le head coach, et plutôt le prépa, parce qu'il passe énormément de temps avec l'athlète. Cette proximité au quotidien en fait la personne référente naturelle.
Ici, Rémi assume une nuance avec le discours « no magic » qui valorise le travail actif à moyen et long terme. Au football, les matchs et les voyages s'enchaînent, parfois un match tous les trois jours. Tu te retrouves dans l'urgence du soin : contusions, petites entorses, récupération. En sélection, c'est tous les soirs trois heures sur la table, les joueurs les uns après les autres. Dans ce contexte, le contact compte. Poser la main sur le joueur joue énormément, parce qu'il y a un rapport humain avec le kiné et une vraie part de subjectif. En MMA, c'est moins le cas : le kiné intervient plutôt en début de séance, avec un bloc de prophylaxie ou des exercices à réaliser à distance, sauf bobo.
Le foot reste très attaché à ce besoin de quelqu'un qui pose la main, avec une palette d'outils et de technologies. L'enjeu : dégainer le bon outil au bon moment, surtout quand le joueur est dans l'urgence et veut juste aller mieux pour jouer dans trois jours. Le massage en est l'exemple parfait. Il n'a pas forcément fait ses preuves sur la récupération mesurée objectivement, mais poser la main produit des retours subjectifs réels : « qu'est-ce que je me sens bien », un joueur qui dort mieux derrière. Indirectement, ça fait du bien, et ce bien-être a sa valeur dans l'enchaînement des matchs.
Pour que tout ça fonctionne, Rémi s'appuie sur l'alliance thérapeutique. Quand un nouveau joueur arrive, il y a toujours une petite distance au début. Tu dois gagner sa confiance, son adhésion. Le joueur qui te fait confiance adhère à ce que tu proposes, et devient proactif sur sa manière de se soigner et de s'entraîner. La méthode : commencer par des choses simples, pour qu'il en sente l'impact, avant d'aller vers des exercices plus complexes qu'il ne connaît pas encore. Un exercice qui paraît farfelu, dont on ne voit pas l'objectif, on y adhère mal. Le massage est ancré dans les mœurs, tout le monde le connaît ; un travail vestibulaire l'est beaucoup moins. D'où l'importance de l'éducation : expliquer le pourquoi du comment, pourquoi telle amplitude, tel tempo de répétition, telle charge, tel temps de récupération. Quand l'athlète comprend, il adhère, et tout le monde y gagne.
Pour Rémi, l'individualisation est la clé. Le vrai défi, c'est de réussir à l'intégrer dans le collectif. Au foot, ça veut dire prendre des créneaux dans la journée pour voir les joueurs un par un. Le temps existe : entre les entraînements, il y a des plages où l'on peut prendre les athlètes individuellement. Quand un nouvel athlète arrive, il le screene, cherche à lui proposer la prise en charge la plus individualisée possible, et une fois que le joueur maîtrise sa routine, il l'intègre au groupe l'esprit tranquille. C'est aussi comme ça que certains préparateurs physiques du foot seront moins décriés : en montrant un vrai travail individuel.
Le garde-fou tient en une phrase : ne pas se déchirer entre confrères. Rémi insiste auprès de ceux qui l'écoutent. Le réflexe « je suis allé voir un prépa, et un autre m'a dit que ce qu'il avait fait n'était pas bien » abîme tout le monde, et c'est pareil chez les kinés. Quand lui-même reprend une prise en charge, même en désaccord avec ce qui a été fait, il ne démolit pas le confrère : peut-être que ce travail n'était pas utile à ce moment-là, et il propose simplement autre chose. Il reconnaît une petite rivalité interne, un peu moins marquée chez les kinés.
La sortie par le haut : continuer à se former pour garder la caisse à outils la plus large possible, et ne pas jurer que par sa paroisse. De plus en plus d'acteurs gravitent autour des sportifs, et quand tout le monde s'agrège autour d'un même projet, l'athlète, on fait de grandes choses. Dernier principe, et pas le moindre : garder ce qui marche. Te former, c'est prendre ce qui correspond aux besoins de ton athlète et l'intégrer à ta pratique, sans chercher à tout révolutionner. À vouloir tout casser, tu te perds.
Oui. Pour Rémi Lancou, c'est devenu un consensus du métier moderne. Comme on met aujourd'hui du travail actif sur la plupart des troubles musculo-squelettiques, le kiné du sport doit savoir développer la force, gérer le conditioning et planifier une réathlétisation. Dans l'autre sens, le préparateur physique gagne à maîtriser quelques outils de prévention, de mobilité et de réathlétisation simple.
En agrégeant les infos plutôt qu'en reprenant tout à zéro. Rémi communique avec le préparateur individuel du joueur, s'aligne sur son programme quand il lui convient, veille à la bonne exécution à l'entraînement, et adapte selon la fatigue cumulée et les petits bobos. La condition de base : mettre son ego de côté.
En connaissant le contenu des séances techniques. Le MMA, c'est deux séances par jour six jours sur sept, entre boxe, lutte, sol et MMA. Si tu ajoutes de la charge sans savoir que le combattant sort de sessions à haute intensité, c'est contre-productif. Il faut parler avec les coachs techniques, dans les deux sens, leurs retours servant aussi à repérer un facteur limitant.
Par la communication, surtout sur le volet médical : rapports médicaux transmis au moindre pépin, échange des datas collectées de part et d'autre. La continuité va jusqu'à la nutrition, pour éviter qu'un joueur ne change complètement de routine de supplémentation entre le club, la sélection et les vacances.
C'est la relation de confiance qui se construit avec l'athlète. Au début, il y a une distance ; en la gagnant, tu obtiens son adhésion. Le joueur qui te fait confiance devient proactif sur sa façon de se soigner et de s'entraîner. On la construit en commençant par des choses simples, puis en expliquant le pourquoi de chaque exercice pour rendre l'athlète acteur de sa prise en charge.
Rémi nuance. Le massage n'a pas forcément fait ses preuves sur la récupération mesurée objectivement, mais poser la main produit des retours subjectifs réels : le joueur se sent bien, dort mieux. Ce bénéfice indirect, via le ressenti, le sommeil et le contact humain, a sa place dans l'urgence d'un calendrier de matchs serré.
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