Tu peux avoir la programmation la mieux calculée du monde et tout rater le jour J. Julien Vecchione le dit sans détour : si ton athlète pense que tu es un con, ça ne marchera pas. Toute sa philosophie d'entraînement sportif tient dans cette tension entre la technique parfaite et la relation humaine, avec une question qui ne lâche pas : qu'est-ce qui fabrique vraiment un bon entraîneur ?
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Tu peux avoir la programmation la mieux calculée du monde et tout rater le jour J. Julien Vecchione le dit sans détour : si ton athlète pense que tu es un con, ça ne marchera pas. Toute sa philosophie d'entraînement sportif tient dans cette tension entre la technique parfaite et la relation humaine, avec une question qui ne lâche pas : qu'est-ce qui fabrique vraiment un bon entraîneur ?
Julien Vecchione est entraîneur de judo et préparateur physique. Il a connu le haut niveau côté staff, sur l'équipe de France jeune en judo, au pôle France de Marseille. Le milieu fédéral, lui, ne lui convenait pas. Frustré par la politique fédérale, il a préféré en sortir pour monter sa propre structure privée, l'Athletic Club, qui existe toujours et qui a depuis complètement basculé vers le coaching.
Ses années de préparation physique se passaient bien. Mais l'envie de changer le travaillait. Il avait déjà lancé quelques conférences dans la salle, avec des intervenants invités, et c'est là que le déclic est venu : discuter avec ces gens-là lui plaisait. Il s'est dit qu'il pouvait monter ça à plus grande échelle. Il a donc vendu sa boîte fin 2022.
Presque un an jour pour jour plus tard, il crée la société JV Sport, qui héberge le projet, et lance Secret d'entraîneur le 26 juillet 2023. S'il cite la date au jour près, c'est parce qu'elle tombe pile un an après. En moins d'un an, le média dépasse les 32 000 abonnés. Le succès est venu vite, porté par des discussions, des réflexions et des invités pertinents.
L'idée de départ tient en une phrase : donner la parole à ceux qui ne la prennent pas. Julien aurait pu faire comme beaucoup de podcasts du milieu, aller chercher les figures de proue qui cumulent des dizaines voire des centaines de milliers d'abonnés, histoire de faire de la vue. Ça le saoulait. Ces personnes sont souvent brillantes, très qualifiées, très bonnes, sauf qu'on les a déjà entendues dix fois dire les mêmes choses. Une onzième fois, tout le monde s'en fout.
Sa logique va dans l'autre sens : aller chercher des gens qui ont une vraie qualité, humaine ou d'entraîneur, et qui peuvent apporter quelque chose à la communauté des éducateurs sportifs. Certains ont l'habitude des médias, d'autres pas du tout. Et surtout, ce sont eux qui choisissent le sujet. Quand il contacte un invité, il demande de quoi la personne a envie de parler, ce qui lui fait plaisir. On définit ensuite quelques thèmes, toujours très vagues, et on enregistre. L'exemple parle de lui-même : plutôt que de relancer un physiologiste sur le lactate, sujet dont il a déjà fait le tour cent fois, Julien le suit là où il est en ce moment, le sport santé. L'épisode a cartonné, justement parce qu'il montrait une autre facette de l'invité.
Le format colle à cette intention : le podcast vidéo long, où les invités ont vraiment le temps de s'exprimer. On ne les coupe pas. On les laisse digresser s'ils veulent. C'est ce qui laisse le plus de place à la parole.
Une posture va avec, et elle est exigeante : ne jamais aller à l'encontre des idées de la personne reçue. Quand un invité dit des choses clivantes, Julien ne rentre pas dans le jeu du conflit. Il dit oui, d'accord, même quand il bouillonne intérieurement et trouve que c'est une aberration. Pourquoi ? Parce qu'il préfère que l'auditeur se fasse son propre avis. Ce qui ne fonctionne pas dans sa situation à lui est peut-être pertinent dans celle de l'invité. En prenant ce recul, il met l'invité à l'aise, et un invité à l'aise donne beaucoup plus d'informations que si on l'amène au conflit. Il se place en intervieweur, pas en coach qui corrige.
Le point de départ de tout le projet, c'est l'isolement. Quand tu es entraîneur, ou éducateur sportif au sens large, tu es très souvent seul, et tu as du mal à trouver de l'information neuve, à te former, à développer tes connaissances. Julien en parle parce qu'il l'a vécu lui-même.
Et il met un sens précis derrière le mot « se former ». Pas payer une formation trouvée via tel ou tel réseau. Acquérir des connaissances qui te permettent, dans ta pratique, d'évoluer. Se former et s'informer en même temps. D'où sa formule : aider les éducateurs sportifs à s'informer.
Le cœur de sa conviction : développer sa philosophie de l'entraînement et sa pédagogie compte autant que maîtriser les outils techniques. Or ça, on ne le voit ni en formation fédérale ni à la fac, alors que ça lui paraît crucial. La compétence technique est nécessaire. Elle ne suffit pas si aucune réflexion sur la façon de transmettre ne l'accompagne.
Sur la manière de se former, Julien identifie deux écoles, sans en privilégier une seule. La première : devenir ultra-expert dans un domaine. Tu te formes à fond sur un sujet précis, tu le vis, tu ne fais plus que ça, et tout le monde vient te voir pour cette expertise. C'est faisable et ça a sa valeur.
La seconde école, c'est celle de Rodolphe Boucher, entraîneur des équipes de France de gym. Lui s'intéresse à tout, surtout via les formations de base, mais ne va jamais au-delà. Sa logique : quand il a besoin, avec ses gymnastes, de développer tel ou tel point, il sait que ça existe et il va chercher l'expert qui le fera mille fois mieux que lui. Ce qu'il acquiert, lui, c'est la compréhension générale, de quoi savoir quand et vers qui se tourner.
L'idée d'individualisation, Julien la tient notamment d'un de ses formateurs, Victor Sébastiao, rencontré en préparation physique spécifique sports de combat. Pendant la formation, Victor allait voir tout le monde et demandait à chacun ce qu'il faisait. Il y avait des gens de 50 ans, d'autres de 18 ans. Et l'une des personnes, la cinquantaine, faisait des étirements depuis toujours, à une époque où le discours ambiant disait justement qu'il fallait arrêter les étirements.
Le message de Victor : il y a des choses qui fonctionnent pour certaines personnes, et ce n'est pas parce qu'on nous dit d'arrêter qu'il faut tout balayer. Notre vision est souvent figée par notre croyance à l'instant T, mais cette croyance ne prouve pas que la pratique de l'autre ne marche pas. Le ressenti de la personne compte, et le mental aussi.
Julien applique ce principe sans jugement. Chacun fait ce qu'il veut. Si quelqu'un veut manger McDo six fois par semaine et qu'il est heureux comme ça, ça ne change rien à sa vie à lui. La nuance arrive quand la personne se plaint en permanence des conséquences de ses propres choix : là, à un moment, il le dira. Mais tant qu'une pratique fait du bien, même si ce bien est seulement mental, autant la garder.
La question des étirements, on la lui a souvent posée, surtout au pôle France, où les athlètes venaient le voir matin, soir, avant ou après l'entraînement. Sa réponse est simple : fais ce qui te convient, peu importe le moment. Si tu as l'habitude de t'étirer après, fais-le après. On s'en fiche de l'instant où tu le fais.
La seule limite qu'il pose : ne pas rester 45 minutes en étirement juste avant l'entraînement, ne pas se massacrer. Pour le reste, fais ce que tu aimes faire, mets-toi bien mentalement, et continue. Si un jeune s'étire et se sent bien, aucune raison qu'il arrête.
C'est l'observation centrale de Julien, tirée de ses rencontres avec une trentaine, voire une quarantaine d'entraîneurs, à des niveaux différents, mais qui ont tous fait de bons résultats en compétition à un moment donné. Le constat revient à chaque fois : la qualité technique importe finalement assez peu. Ce sont les qualités humaines qui font tout exploser.
Sa formulation est la plus marquante de l'épisode. Tu peux être un génie de la programmation, faire la meilleure prog au monde, tout calculer au millimètre, et pourrir ton pic de forme le jour J si ton athlète pense que tu es un con. À l'inverse, si tu es un peu plus approximatif sur ta prog mais que tu sais amener les choses, communiquer, faire preuve d'empathie, rigoler avec tes athlètes et leur apporter quelque chose humainement, tu les feras progresser, et ils sortiront sans doute de meilleures performances que les autres.
Julien assume d'ailleurs d'avoir été, à ses débuts en haut niveau, un peu « trop humain ». Très proche de ses athlètes, il l'est toujours, et on le lui a souvent reproché. Pas de soirées avec eux, mais beaucoup de discussion, au point qu'il sait beaucoup de choses sur leur vie parce qu'ils se confient à lui. Ce lien, présenté au départ comme un défaut, est précisément ce qui fait la différence.
C'est le thème qui revient le plus souvent dans le podcast. Si tu as de l'ego, tu seras un entraîneur merdique. Le métier ne se fait pas pour soi, il se fait pour les autres. La phrase de Julien est nette : si tu veux être entraîneur de haut niveau parce que tu veux te retrouver à côté d'un podium aux JO, tu t'es raté, tu aurais dû être athlète. Mets ton ego de côté, comprends que tu n'es pas là pour toi, et tu deviendras un bon entraîneur.
À ça s'ajoute la patience, dont manquent beaucoup d'étudiants. Julien reçoit énormément de messages, notamment de jeunes en master qui veulent être entraîneurs de haut niveau et se voient en équipe de France juste après leur diplôme. Ils ne comprennent pas qu'on ne les recrute pas déjà. La réalité est plus rude : les gens en poste sur les équipes de France à 50 ans ont parfois mis trente ans à acquérir l'expérience et les compétences nécessaires. Il faut prendre le temps, savoir se remettre à sa place, et accepter qu'on ne révolutionnera pas tout d'un coup.
Cette génération rend la chose plus difficile. Sur Instagram, on a l'impression d'une démonstration permanente d'ego. Julien, 32 ans, se sent lui-même un peu en décalage. Il observe aussi, lors du tour de France où l'équipe a rencontré pas mal d'abonnés, des jeunes très humbles qui ne se montrent pas trop et qui ne se sentent pas à l'aise dans cette ambiance. Sa lecture : avant, on allait en boîte de nuit pour frimer, aujourd'hui on va sur Instagram pour la même chose.
Reste le sacrifice, qu'il met sur la table sans le maquiller. Être entraîneur de haut niveau, c'est dédier sa vie à faire progresser les autres. Concrètement, au pôle France de Marseille, sur une saison scolaire de septembre à juin, le staff passait trois mois hors du pays, avec en plus des stages type INSEP. Sur les équipes de France, on parle de six à sept mois dehors dans l'année. Quand tu as une famille, ça devient vite compliqué. Si ton conjoint et tes enfants ne sont pas engagés dans le projet avec toi, à un moment ça casse. Et même quand ils le sont, ça reste difficile. Julien glisse d'ailleurs, sur le ton de l'anecdote, que tous les entraîneurs de haut niveau finissent par divorcer.
La suite est dense, sur les trois prochains mois. D'ici une semaine environ sort un réseau social dédié aux éducateurs sportifs et aux entraîneurs, avec des sujets traités par des personnes que Julien considère comme de grands experts, qui viendront écrire des articles et ouvrir le débat sur certains thèmes.
Côté formations, beaucoup arrivent. La première se tient sur un week-end, début mai à Marseille, sur l'entraînement de l'enfant et de l'adolescent, en présentiel et en distanciel, avec du théorique et du pratique. Les places partent vite : en présentiel, il ne resterait qu'une seule place VIP au moment de l'enregistrement, le distanciel restant accessible. Suivront des formations certifiantes, avec la création d'un label, pour les entraîneurs, les préparateurs physiques et les préparateurs mentaux. Un second temps, autour de la préparation mentale, est espéré à partir d'octobre. Ces formations lourdes seront segmentées par familles : sports collectifs, sport individuel, sports de combat.
Les formats vidéo s'élargissent aussi. Julien a déjà commencé à tourner avec des thésards qui résument leur thèse en dix minutes, avec des applications concrètes de terrain et sans termes scientifiques, soit l'exercice exactement inverse de ce qu'on leur demande à l'université. Un système d'abonnement et beaucoup de contenu en ligne sont également prévus.
Une conviction traverse tout ça, et elle prolonge sa philosophie : on a toujours à apprendre des autres disciplines. Que tu fasses du judo, de l'aviron, du foot, du tennis ou de la plongée, si tu ne t'ouvres pas aux autres sports, tu passes à côté de quelque chose et de performance potentielle. C'est pourquoi, dans une formation de sport collectif, il tient à inviter des gens du sport individuel pour parler de leur vision de la performance. Pour suivre tout ça, le plus simple reste Instagram, à Secret d'entraîneur, et côté podcast, les plateformes habituelles. La plus grosse part d'écoute se fait sur Apple Podcasts, Spotify pesant environ 30 %.
Selon Julien Vecchione, ce sont d'abord les qualités humaines. Sur la trentaine d'entraîneurs gagnants qu'il a rencontrés, la qualité technique pèse finalement assez peu. L'empathie, la communication, la proximité avec l'athlète et la capacité à lui apporter quelque chose humainement font la différence. À l'inverse, l'ego est le pire ennemi du métier : si tu as de l'ego, tu seras un mauvais entraîneur, parce que tu n'es pas là pour toi mais pour les autres. S'ajoutent l'humilité et la patience.
Il faut se former en continu. Mais se former ne veut pas dire payer une formation, ça veut dire acquérir des connaissances qui font évoluer ta pratique, et développer ta philosophie et ta pédagogie autant que tes outils techniques. Julien distingue deux écoles : devenir ultra-expert d'un domaine précis, ou rester généraliste en faisant surtout les formations de base, puis aller chercher un expert quand un besoin pointu se présente, comme le fait Rodolphe Boucher en gym.
Fais ce qui te convient, peu importe le moment. Si tu as l'habitude de t'étirer après, fais-le après. La seule limite, c'est de ne pas rester 45 minutes en étirement juste avant l'entraînement et de ne pas se massacrer. Si une pratique te fait du bien, même mentalement, garde-la.
C'est le principe selon lequel ce qui fonctionne pour l'un ne s'impose pas à tous. Une pratique peut très bien marcher pour une personne, et ce n'est pas parce qu'un discours dominant dit d'arrêter qu'il faut la bannir. Notre jugement est souvent figé par notre croyance du moment. Il faut écouter le ressenti de l'athlète et tenir compte du mental, plutôt que d'appliquer un dogme à tout le monde.
Julien Vecchione est entraîneur de judo et préparateur physique, passé par l'équipe de France jeune de judo au pôle France de Marseille, avant de quitter le milieu fédéral pour fonder sa structure privée, l'Athletic Club. Après l'avoir vendue fin 2022, il a créé la société JV Sport et lancé Secret d'entraîneur le 26 juillet 2023. Le média donne la parole, en podcast vidéo long, à des éducateurs sportifs souvent peu exposés, pour aider une profession isolée à s'informer et à se former. Il dépasse les 32 000 abonnés en moins d'un an.
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