Janice Thebault le pensait : une sportive d'Élite connaît son corps mieux que personne. Une heure et demie de bilan avec des joueuses de rugby lui a montré l'inverse. C'est tout l'enjeu des neurosciences et performance sportive, un regard neuro qui remet de la logique là où il n'y en avait pas toujours : réflexes, sensorimotricité, proprioception, pour savoir d'où vient le besoin d'un sportif avant de lui tendre un exercice.
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Janice Thebault le pensait : une sportive d'Élite connaît son corps mieux que personne. Une heure et demie de bilan avec des joueuses de rugby lui a montré l'inverse. C'est tout l'enjeu des neurosciences et performance sportive, un regard neuro qui remet de la logique là où il n'y en avait pas toujours : réflexes, sensorimotricité, proprioception, pour savoir d'où vient le besoin d'un sportif avant de lui tendre un exercice.
Janice est kiné, formée à l'école de Vichy, et elle exerce sur Clermont-Ferrand dans deux types de structure : un centre de rééducation et l'Association sportive de la SM, un club omnisport qui rassemble beaucoup de disciplines. Depuis sa sortie de l'école, elle suit l'équipe de rugby sur les matchs. Elle a débuté avec les cadets. Depuis un an, elle accompagne les filles de l'ASM Romagnat, qui joue en Élite, le plus haut niveau du rugby féminin français. Un niveau qui se développe encore doucement, comme le sport féminin en général, et contribuer à ce passage vers le professionnalisme fait partie du challenge.
Côté soins, la structure tourne autour d'un cabinet médical : médecins du sport et kinés présents tous les soirs, qui se relaient (rarement les mêmes d'un soir à l'autre). Janice y tient une soirée par semaine. Jusqu'ici, n'importe quel licencié de l'association pouvait venir s'y faire soigner, toutes sections confondues. Tu prends une licence de boxe française à l'ASM, tu te fais un petit bobo, tu vas voir le kiné du club : c'est compris dans la licence. Ce fonctionnement change avec le passage en centre de santé. La prise en charge se fait désormais via la carte Vitale et la mutuelle, comme dans n'importe quel cabinet libéral, avec en plus l'accès à des médecins spécialisés dans les pathologies du sport.
Toutes ces sections amènent toutes les pathologies du sport possibles. Certaines reviennent plus que d'autres. Les ligaments croisés d'abord, surtout sur les sports pivot, là où l'on trouve le foot, le basket, le hand : une blessure lourde qui revient malheureusement souvent. Beaucoup de blessures musculaires ensuite, notamment dans les sports de sprint. Et tout un volet sports de combat, avec les problématiques d'épaule et de coude liées aux prises, entre une belle section lutte et le judo. Ce panorama, cette habitude de voir défiler ces blessures, c'est le socle terrain sur lequel s'appuie tout le reste.
Janice est venue vers LabO par intérêt personnel pour le fonctionnement de l'être humain et du cerveau, un peu par hasard. Ce que l'approche lui a d'abord apporté, ce sont des liens. Des gestes qu'elle pratiquait déjà sans toujours savoir pourquoi, le travail du rampé (ramper au sol) ou du quatre pattes, elle a pu les rattacher aux réflexes archaïques. De là, elle teste avant et après quand elle fait travailler un sportif. Et elle voit le résultat directement.
Ces liens portent sur tout le travail sensitif et sensoriel, sur la façon de bouger dans l'espace, sur la proprioception (la perception qu'on a de la position de son propre corps). Le gain principal tient en un mot : la précision. Avant, il n'y avait pas forcément de logique derrière les exercices. Maintenant, Janice sait mieux d'où vient le besoin, donc quel moyen y répond vraiment. Sa pratique de base s'est enrichie d'exercices supplémentaires et d'un regard plus adapté à chaque sportif.
Le bénéfice se mesure aussi en rigueur. Faire l'exercice du bon côté, au bon niveau, change tout sur les résultats. Janice parle d'un niveau gagné sur la précision et l'optimisation du sportif, parce que rien n'est laissé au hasard dans le choix comme dans l'exécution. La sollicitation intellectuelle qui va avec, cette obligation de réfléchir en permanence pour faire les bons liens, fait qu'on ne s'ennuie jamais. D'un patient à l'autre, jamais la même chose : tout dépend de la pathologie, du niveau sportif, de l'implication que la personne a envie d'y mettre.
LabO échange tous les jours avec énormément de kinés et de coachs, sur les réseaux et en visio. De ces discussions remonte un constat partagé, et autant le dire sans culpabiliser personne : dans le milieu professionnel, il manque parfois des étapes, du cheminement, une structure qui reprend vraiment les choses à la base. On voit souvent une façon de faire très sensori-motrice, mais qui saute des marches. Il arrive même qu'on se trompe sur certains termes, certaines façons de faire, certains protocoles. Le travail perd alors un peu de son sens.
Le bilan neuro, tel que LabO essaie de l'enseigner, répond exactement à ça. Reprendre un bilan qui permet de dire précisément : voilà ce qu'il y a à travailler. Puis bâtir une progression cohérente là-dessus. Le bilan devient le point de départ qui redonne de la logique à la suite, au lieu d'empiler des exercices sans fil conducteur. Cette structure, ce retour à la base avant de complexifier, c'est ce qui distingue la démarche.
Concrètement, Janice jongle entre deux modes de pratique selon le temps disponible. Les deux versants l'intéressent autant l'un que l'autre, et c'est justement de pouvoir expérimenter les deux qui rend la pratique stimulante.
Lors de sa soirée au cabinet, en soins, pas le temps de dérouler un bilan complet. Elle travaille donc sur une problématique précise. Face à une aponévrosite plantaire, par exemple, elle teste rapidement avec des outils comme le RTT ou le Babinski. Si ça correspond, elle glisse dans la prise en charge quelques exercices qui vont travailler le côté neuro, ou de l'isométrie controlatérale (une contraction sans mouvement, réalisée du côté opposé), pour faire baisser la douleur.
Le point important : elle ajoute, elle ne casse pas tout. Plusieurs intervenants travaillent avec le même patient. Impossible de changer du mardi au jeudi ce que les autres ont mis en place, sous peine de perdre toute cohérence. Les exercices neuro viennent donc en plus de ce que le patient fait déjà.
L'autre versant, c'est le suivi individuel, lancé cette année avec les filles de Romagnat une fois sa formation assez avancée pour pratiquer efficacement. Là, elle prend le temps. Le bilan dure une heure à une heure et demie, tout est checké. De ce bilan sort un programme sur 6 semaines, que les joueuses exécutent seules de leur côté.
Comme Janice les croise régulièrement sur les matchs, elle récupère le feedback et fait évoluer le programme au fil du temps. Pour l'instant, trois ou quatre filles ont fait le travail, celles qui étaient un peu plus disponibles. Une blessure de Janice, trois mois sans pouvoir travailler, a coupé la dynamique, mais le projet doit reprendre et grandir dans les années à venir. Et celles qui s'y mettent entraînent les autres : leurs voisines voient ce qu'elles font en routine d'échauffement, et viennent poser des questions.
Pour qu'un travail neuro serve vraiment chez un sportif, il faut qu'il se rapproche le plus possible de la fonctionnalité du geste. La logique est progressive : une fois l'exercice de base maîtrisé, on complexifie en collant au geste réel de la discipline.
L'exemple parle de lui-même. Une des joueuses suivies par Janice est talonneuse. Elles ont donc travaillé beaucoup de choses en position de lancer, et des exercices en quadrupédie en rapport avec la mêlée. Les besoins changent selon le poste : les trois-quarts n'ont pas les mêmes demandes que les avants, qui jouent devant. Adapter l'exercice au poste, voilà ce qui le rend utile plutôt que générique.
Une différence nette saute aux yeux avec les sportifs de haut niveau : la progression va plus vite. Ils maîtrisent la base rapidement, même quand il faut la reprendre, et leur capacité d'apprentissage est élevée. Il y a chez eux une conscience corporelle différente, et la rigueur propre au haut niveau. Pas besoin de se battre pour qu'ils fassent leurs exercices : dès qu'ils comprennent pourquoi et ce que ça va leur apporter derrière, ils font le travail. Cette habitude de l'entraînement et de la répétition paie dans le traitement.
C'est l'a priori que Janice a vu tomber. Le sportif de très bon niveau ne se connaît pas forcément de manière optimale. Même chez un athlète d'élite, il reste toujours des choses à faire, et on revient souvent à des éléments très basiques : la respiration, le sommeil, l'alimentation. Un sportif de haut niveau n'est pas un coach sportif, c'est un passionné de son sport. Il connaît deux ou trois notions, parfois autour de certains muscles, surtout quand il s'est blessé et qu'il s'y est intéressé. À côté de ça, beaucoup de choses passent à la trappe. Travailler avec lui, c'est donc aussi faire de l'éducation.
Dans ses coachings individuels, Janice constate une part énorme de mental, vraiment complémentaire du travail des préparateurs mentaux qui suivent déjà les joueuses. La connaissance de soi, de ses limites, de son sommeil, occupe une vraie place. Elle s'est aussi beaucoup formée sur les spécificités du sport féminin, avec la gestion du cycle. L'accompagnement déborde largement la sphère physique.
La respiration montre bien pourquoi un simple conseil ne suffit pas. Dire à un patient « pense à bien respirer » ne parle à personne. En les faisant travailler, Janice s'est rendu compte qu'ils ignorent souvent ce qu'est, concrètement, bien respirer. La respiration est technique, elle ne se transmet pas en une phrase.
Son conseil de fin va donc ailleurs, vers une routine à tenir au moins une fois par jour : prendre le temps de se poser et de faire un peu d'introspection. Comment je me sens aujourd'hui ? La journée s'est-elle bien passée, ou je me sens fatiguée et je ferais mieux de me coucher un peu plus tôt ? Est-ce que j'ai bien mangé ces deux ou trois derniers jours, et sinon faire un effort sur les prochains repas ? Se poser la question, simplement, de comment je vais, et de ce que je peux faire s'il y a une difficulté. Parce qu'en kiné, on retrouve des gens qui ne se sont pas posé ces questions pendant trente ans, et qui ont accumulé derrière une foule de problèmes.
En remettant de la logique dans le choix des exercices. L'approche neuro permet de faire des liens entre le travail sensitif, sensoriel et les réflexes, de tester avant et après, donc d'être plus précis. On sait mieux d'où vient le besoin de chaque sportif, et on lui donne le moyen vraiment adapté plutôt qu'un protocole sans fil conducteur. Le gain se joue sur la précision du geste et l'adaptation au besoin réel.
Il prend deux formes selon le temps disponible. En soins, faute de temps pour tout dérouler, on fait des tests rapides face à une problématique précise (par exemple un RTT ou un Babinski sur une aponévrosite plantaire), puis on ajoute quelques exercices ciblés. En suivi, le bilan est complet : une heure à une heure et demie où tout est checké, d'où sort un programme structuré sur 6 semaines avec des solutions à court, moyen et long terme.
Oui. Des gestes comme le travail du rampé ou du quatre pattes se relient directement aux réflexes archaïques, et ils trouvent leur place jusque chez des joueuses d'Élite. Le haut niveau ne dispense pas de revenir aux bases : un athlète très performant ne se connaît pas forcément de manière optimale, et il y a souvent du fondamental à reprendre avant de complexifier.
Oui, pour qu'ils servent vraiment, il faut les rapprocher le plus possible de la fonctionnalité du geste. Une talonneuse se travaille en position de lancer et en quadrupédie pour la mêlée. Et les besoins diffèrent selon le poste : les trois-quarts n'ont pas les mêmes demandes que les avants. On part de l'exercice de base maîtrisé, puis on le complexifie en collant au geste réel du poste.
Une place énorme, et complémentaire du travail des préparateurs mentaux. Beaucoup passe par la connaissance de soi : ses limites, son sommeil, son ressenti du jour. Le conseil concret est de tenir une routine quotidienne d'introspection, prendre le temps de se demander comment on va et d'ajuster en conséquence, pour éviter d'accumuler des années de questions jamais posées.
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