Les neurosciences et la performance sportive avancent main dans la main sur le terrain, bien au-delà du laboratoire. Un préparateur physique le prouve au quotidien, du Pôle France de bowling à une salle de CrossFit toulousaine. Un pratiquant de CrossFit bloqué depuis des années. Incapable de se mettre sur les mains, tétanisé à l'idée de basculer. Rien à voir avec la force, rien à voir avec le volume : le gars bosse dur, comme les onze autres du groupe ce soir-là. Son coach, Alexis Martin, le repère, l'isole une minute, lui demande de fermer les yeux et lui fait passer un test rapide. Le réflexe de Moro répond fort, très fort. Quelques exercices de réintégration calés au milieu de la séance, un retest dans la foulée, et la peur de basculer lâche. Tac au tac. Reste cette question qui gratte : et si une partie de ce qui plafonne un athlète se jouait dans son système nerveux, accessible avec des tests simples ? Alexis a fini par se la poser pour de bon. Formé « à fond » en biomécanique au STAPS, focalisé pendant des années sur la prépa physique pure, il a basculé vers la neuro avec Labo RNP. Aujourd'hui il l'utilise au quotidien sur deux terrains que tout oppose : le Pôle France de bowling et une salle de CrossFit à Toulouse. Voilà comment il s'y prend, ce qu'il teste, et ce qu'il reconnaît ne pas encore savoir mesurer.
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Les neurosciences et la performance sportive avancent main dans la main sur le terrain, bien au-delà du laboratoire. Un préparateur physique le prouve au quotidien, du Pôle France de bowling à une salle de CrossFit toulousaine. Un pratiquant de CrossFit bloqué depuis des années. Incapable de se mettre sur les mains, tétanisé à l'idée de basculer. Rien à voir avec la force, rien à voir avec le volume : le gars bosse dur, comme les onze autres du groupe ce soir-là. Son coach, Alexis Martin, le repère, l'isole une minute, lui demande de fermer les yeux et lui fait passer un test rapide. Le réflexe de Moro répond fort, très fort. Quelques exercices de réintégration calés au milieu de la séance, un retest dans la foulée, et la peur de basculer lâche. Tac au tac. Reste cette question qui gratte : et si une partie de ce qui plafonne un athlète se jouait dans son système nerveux, accessible avec des tests simples ? Alexis a fini par se la poser pour de bon. Formé « à fond » en biomécanique au STAPS, focalisé pendant des années sur la prépa physique pure, il a basculé vers la neuro avec Labo RNP. Aujourd'hui il l'utilise au quotidien sur deux terrains que tout oppose : le Pôle France de bowling et une salle de CrossFit à Toulouse. Voilà comment il s'y prend, ce qu'il teste, et ce qu'il reconnaît ne pas encore savoir mesurer.
Alexis Martin est coach sportif et préparateur physique sur Toulouse. Il forme aussi sur des cursus BPJEPS, côté métiers de la forme, et il coache en CrossFit depuis cinq ans environ. Son terrain de jeu d'origine, c'est autre chose : rugby, pelote basque. Du costaud, du contact, à des années-lumière du bowling. Côté diplômes, licence puis master STAPS, avec une formation très orientée biomécanique et prépa physique.
Le bowling, il y tombe par pur hasard, comme souvent dans le sport : du réseau. Une connaissance passe son contact. Au départ, on l'appelle pour de la prépa mentale auprès du Pôle France. Ça matche, et la mission s'élargit à la prépa physique, au CREPS de Toulouse. De fil en aiguille, chaque année, l'objectif est de faire progresser l'accompagnement des athlètes et l'optimisation de la performance. L'entraîneur est ouvert d'esprit, et ça change tout. Quand Alexis lui propose d'intégrer ce qu'il découvre en neuro avec Labo, il reçoit carte blanche. Depuis, il en fait régulièrement, au bowling comme en CrossFit, et même avec des gens qui ne sont pas sportifs du tout.
Le bowling est un sport de régularité extrême. Pour scorer, il faut répéter le même geste, lancer après lancer, partie après partie. Et dans cette exigence de constance, un système se retrouve en première ligne : le système vestibulaire, ce capteur logé dans l'oreille interne qui gère l'équilibre et te dit où se trouve ta tête dans l'espace.
Regarde le geste de près. Le travail est unilatéral. En fin de mouvement, le pratiquant se retrouve en appui sur une seule jambe, donc en équilibre monopodal, avec en plus une tête fortement inclinée et un point de fixation au loin, vers les quilles, tenu tout au long du lancer. Tête penchée, regard fixé à distance, équilibre sur un pied : tu réunis là exactement les conditions où le vestibulaire travaille à plein régime. Pour Alexis, c'est l'un des points les plus importants sur ce sport.
À côté de ça, il mobilise aussi tout l'aspect neuro vu en formation, notamment les réflexes archaïques (les RAS) et les autres outils du programme. Mais sur le bowling, le vestibulaire reste la porte d'entrée logique.
Au bowling, Alexis a un luxe qu'il n'a pas ailleurs : le temps. Une heure et demie de séance, de petits effectifs, et un public de jeunes entre 13 et 18 ans. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles il aime bosser avec eux : friands de nouveaux exos, ouverts à découvrir, faciles à embarquer. Il leur présente la neuro le plus simplement possible, même quand ce n'est pas évident à expliquer, et il pose le cadre clairement : tout ça sert l'optimisation de la perf.
Avec ce temps devant lui, il peut dérouler un bilan complet au lieu d'aller au plus pressé. Il teste largement pour repérer les déficits avant de prescrire quoi que ce soit.
Concrètement, il s'appuie sur les tests appris en formation : les tests de nerfs crâniens, le test vestibulo-oculaire, et d'autres du même genre. L'idée est de voir où ça coince, de repérer un déficit objectivable au lieu de prescrire à l'aveugle. Une fois le déficit repéré, il associe des exercices ciblés et il vérifie tout de suite si ça « matche » : juste après la stimulation, est-ce qu'il y a une amélioration de la perf ?
Quand un exercice améliore vraiment la performance juste après stimulation, Alexis le garde. Et le plus souvent, il le bascule en échauffement. C'est devenu un réflexe d'organisation : chaque athlète a son petit protocole d'échauffement perso, qu'il déroule avant les parties. Aux championnats d'Europe récents, les jeunes avaient ainsi leurs routines à exécuter systématiquement avant de jouer. Le bilan ne reste pas un exercice de labo : il débouche sur une routine concrète, intégrée à la prépa d'avant-match.
En CrossFit, le contexte est inversé. On enchaîne les heures, parfois avec un quart d'heure de battement entre deux, parfois rien du tout. Le temps manque. Pas question de dérouler un bilan complet et de tester tous les nerfs crâniens un par un. Il faut des choses qui s'appliquent très vite et qui montrent un effet rapide. D'où le choix d'Alexis : droit aux réflexes archaïques.
Le déclencheur, c'est l'observation. Quand il voit quelqu'un en grande difficulté sur un mouvement, et surtout quand il sent une appréhension forte (peur de chuter, peur du vide, refus de se mettre sur les mains), il se dit qu'il y a peut-être un gros réflexe planqué derrière. Ces blocages-là, très marqués, l'orientent vers un test ciblé plutôt que vers un travail technique classique. Le signal émotionnel devient une piste neuro.
La scène est typique. Groupe de douze, dix ou onze qui bossent de leur côté, une personne visiblement bloquée. Alexis l'appelle, lui demande de fermer les yeux, lui fait le test du Moro. Là, gros Moro. Il enchaîne avec des exercices de réintégration faits sur le tas, en pleine séance, puis il reteste. Et souvent, grosses améliorations, en particulier sur la peur de basculer. Ça répond tac au tac. C'est précisément parce que ça va vite et que l'effet se voit tout de suite qu'il privilégie les RAS en CrossFit, là où le bilan exhaustif reste réservé au bowling.
Le réflexe de Moro est un réflexe à forte composante émotionnelle. Les réflexes archaïques touchent à la fois la sphère émotionnelle, cognitive et posturale, et l'impact émotionnel est bien réel. Sur ce terrain, la question du placebo arrive vite : comment être sûr que l'amélioration vient de la stimulation et pas simplement de l'attente du sujet ?
La parade d'Alexis tient en un principe : ne pas prévenir. Il ne décrit pas ce qu'il va faire, il dit juste « viens, on va faire un test ». Le pratiquant ne sait pas trop à quoi s'attendre, ce qui limite les biais et l'adaptation volontaire de la personne, alors qu'il ne devrait pas y en avoir.
Ensuite, il choisit un test biomécanique simple, avec un repère visuel net : ça peut être du ramper, un exercice fonctionnel, un test de mobilité. Des choses rapides à mettre en place et faciles à lire. Il compare l'état avant et l'état après stimulation. S'il voit une différence claire sur ce repère, il tient un effet sur la biomécanique juste après. Il reconnaît avoir tendance à beaucoup parler quand il se lance dans l'explication des liens possibles, et il se reprend pour rester carré : voilà ce qui se passe, voilà sur quoi travailler.
Le message qu'Alexis fait passer à ses athlètes, une fois l'effet constaté, est limpide. Si tu veux vraiment progresser, intègre une chose : le système nerveux répond moins à l'intensité qu'à la fréquence. Donc ça se pratique régulièrement, exactement comme les exercices que te file un kiné. Le faire une seule fois, c'est bien. Le faire un peu tous les jours, cinq minutes par jour, c'est nettement mieux pour décrocher des adaptations qui tiennent dans le temps.
L'implication des pratiquants, elle, varie comme chez le kiné. Certains disent oui oui et ne font rien. D'autres se donnent à fond, surtout ceux qui sont bloqués depuis des années sur un mouvement et qui mettent tout en place pour en sortir. C'est plutôt la population CrossFit, où l'on aime la performance et où l'on veut souvent tout, tout de suite : des débutants de six mois qui visent déjà l'arraché à 80 kg ou l'épaulé-jeté à 100 kg, portés par les progressions rapides qu'ils voient autour d'eux. Sauf que l'amélioration durable demande de la patience, et la neuro fait partie de cet apprentissage de la patience.
À l'inverse, les jeunes du Pôle France évoluent dans un cadre de haut niveau où beaucoup est imposé : bons résultats à l'école, volume d'entraînement à tenir, prépa mentale et prépa physique au programme. Les protocoles neuro en font partie, ils n'ont donc « pas vraiment le choix » de les faire. Résultat : ils suivent, et Alexis observe chez eux des améliorations plus probantes.
Le test avant/après mesure, mais il fait aussi autre chose : il déclenche l'adhésion. Tu fais un exercice, tu testes avant et après, et la personne sent tout de suite que ça fonctionne. Elle se dit « ah ouais, ça marche vraiment, je vais faire les exos ». C'est ce ressenti concret de l'amélioration qui donne la motivation de continuer dans son coin, jour après jour. Sans ce déclic, garder la motivation intacte devient difficile.
Alexis se décrit comme un peu apprenti chimiste : il met des choses en place et il observe. Le test biomécanique avant/après, lui, est simple à réaliser. Le vrai problème vient après : relier la stimulation neuro au score réel reste compliqué.
Un repère pour situer. Au bowling, le score maximum sur une partie est de 300. Un samedi soir entre copains, on tourne plutôt autour de 80, mais au haut niveau les athlètes du Pôle sont à 200 de moyenne, voire un peu plus, ce qui suppose beaucoup de strikes dans la partie. Aux championnats d'Europe, il fallait dépasser 200 de moyenne pour figurer dans les premiers. L'objectif d'Alexis, donc : tester avant et après pour voir si la « scorabilité » bouge. Passer d'une ligne à 200 à une ligne à 250 signe bien une amélioration.
Mais voilà la limite qu'il assume franchement : difficile de savoir si ce gain vient de la stimulation neuro ou simplement du fait que l'athlète a été plus régulier sur son geste ce jour-là. Pour discriminer la part neuro de la part « régularité du geste », il faudrait filmer les parties, repérer les lancers où le geste était constant, récupérer le maximum d'informations sur chaque lancer. Ça demande du matériel, du monde (seul, ce n'est pas tenable) et l'œil d'un spécialiste du bowling. Alexis apporte la prépa physique ; l'œil de l'entraîneur de bowling, il ne l'a pas. Intéressant, donc, mais loin d'être évident. Posture de praticien rigoureux, pas de vendeur de miracle.
Le conseil d'Alexis aux pros qui écoutent tient en deux temps. D'abord, s'y mettre : focalisé biomécanique et prépa physique à fond depuis le STAPS, la neuro à peine évoquée, il a découvert là un game changer au quotidien. Il cherche d'ailleurs à sensibiliser ses stagiaires BPJEPS à cette approche. Ensuite, le rassurer : une fois que tu commences à comprendre la neuro-anatomie et la logique des outils, beaucoup de choses se mettent en place très vite et très facilement, avec de vrais gains sur l'émotionnel, la performance et la mobilité.
Pour aller plus loin, il oriente vers la formation Labo RNP, avec l'atelier prévu début décembre à Toulouse (un 2 décembre), où les places en early bird partent vite. On peut le retrouver sur Toulouse et sur les réseaux : Instagram « Alexis Martin préparateur physique », Facebook, et son site internet (en refonte). Le plus simple reste Instagram, où il regroupe ses coordonnées.
Sur le terrain d'Alexis, ça passe par deux portes. La prépa mentale d'abord, son point d'entrée auprès du Pôle France de bowling. Le travail sur les réflexes archaïques ensuite, et notamment le réflexe de Moro, qui porte une forte charge émotionnelle. En réintégrant ce réflexe, il voit reculer des peurs qui bloquaient l'athlète (peur de chuter, de basculer), ce qui libère à la fois le mental et le geste.
C'est un réflexe à dominante émotionnelle. Quand il reste actif chez l'adulte, il se manifeste par des appréhensions marquées : peur de chuter, peur du vide, refus de se mettre sur les mains, blocages tenaces sur certains mouvements. En CrossFit, ce sont précisément ces signaux qui mettent Alexis sur la piste d'un Moro actif, qu'il confirme ensuite par un test ciblé.
Le cas du bowling l'illustre bien. En fin de lancer, l'athlète est en équilibre sur une seule jambe, la tête fortement inclinée et le regard fixé au loin vers les quilles. Cette combinaison sollicite directement le système vestibulaire, le capteur de l'équilibre. Dans un sport qui exige une régularité extrême, c'est l'un des points les plus déterminants à travailler.
C'est la situation du CrossFit, où les heures s'enchaînent. La réponse d'Alexis : laisser tomber le bilan complet et aller droit aux réflexes archaïques (les RAS). Tu repères un blocage fort, tu fais un test rapide comme celui du Moro, tu appliques des exercices de réintégration sur le tas, tu retestes dans la foulée. Quelques minutes, un effet visible tout de suite.
Le système nerveux répond à la fréquence plus qu'à l'intensité. La logique est la même que pour les exercices de kiné : le faire une fois aide, mais le faire un peu tous les jours, cinq minutes par jour, donne des adaptations qui durent. La régularité prime sur la grosse séance ponctuelle.
Alexis ne prévient pas le sujet de ce qu'il va faire, pour limiter les biais. Il choisit un test biomécanique simple avec un repère visuel net (ramper, exercice fonctionnel, test de mobilité) et il compare l'état avant et après stimulation. Si le repère bouge nettement, l'effet est tangible. Il reconnaît par ailleurs que relier cet effet immédiat au score final d'une partie de bowling reste, lui, beaucoup plus difficile à prouver.
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