« On m'a donné ces exercices il y a six mois. Je les fais toujours, mais je ne vois plus d'amélioration. » Cette phrase revient presque chaque semaine. La réponse tient dans une comparaison simple : neuroplasticité et entraînement obéissent au même mécanisme, aux mêmes principes. Une fois que tu tiens ça, tu comprends pourquoi un exercice qui transformait tout au départ finit par ne plus rien produire. Et surtout, tu sais quoi faire à la place.
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« On m'a donné ces exercices il y a six mois. Je les fais toujours, mais je ne vois plus d'amélioration. » Cette phrase revient presque chaque semaine. La réponse tient dans une comparaison simple : neuroplasticité et entraînement obéissent au même mécanisme, aux mêmes principes. Une fois que tu tiens ça, tu comprends pourquoi un exercice qui transformait tout au départ finit par ne plus rien produire. Et surtout, tu sais quoi faire à la place.
Reprends la logique de l'entraînement. Au début, tu progresses. Puis, au bout d'un moment, tu butes sur un plateau. Tout bêtement. Disons que tu veux gagner en force max et que tu enchaînes des séries de 5 à 100 kg. Si tu gardes ces séries de 5 à 100 kg pendant six mois sans rien toucher, ça va devenir de plus en plus facile. Tu vas maîtriser le geste, techniquement. Mais tu ne progresses plus, parce qu'il n'y a aucune progression de la charge.
Pour continuer à avancer, tu appliques la surcharge progressive. À un moment, tu passes à des charges plus lourdes. C'est ce changement qui relance l'adaptation. En neuro, même histoire. Répète le même exercice à l'identique pendant des mois, ton système finit par le maîtriser, et le stimulus ne provoque plus rien.
Le plateau ne dit pas que ton exercice était mauvais. Il dit l'inverse : l'exercice a fait son travail, et l'heure est venue de le faire évoluer.
À l'entraînement, tu jongles avec des paramètres. Le 5x3 à 100 kg, c'est cool, ça travaille la technique, mais derrière tu as plein d'autres paramètres physiques que tu peux faire varier. En neuro, pareil. Là où beaucoup de gens se plantent, c'est qu'ils croient au « one shot » : je fais ça une fois, c'est réglé, ça ira mieux pour toujours.
Sauf que ta vérité d'aujourd'hui ne sera plus ta vérité dans trois semaines. Pourquoi ? Parce que tu auras progressé, donc tu auras créé du changement. Tes besoins d'aujourd'hui ne sont déjà plus ceux d'il y a trois semaines. Le facteur qui te limite maintenant aura cédé la place à un autre dans un mois, parce qu'entre-temps tu travailles sur autre chose.
Et les gens espèrent souvent une solution miracle pour une grosse problématique. Elle n'existe pas. Ce qui existe, c'est un ensemble de combinaisons qui, mises bout à bout, te font progresser sur le long terme. Une dizaine de critères entrent en jeu dans la neuroplasticité. Aucun n'agit seul. Aucun n'agit une fois pour toutes.
Parmi ces critères, l'intensité arrive en tête. La difficulté doit monter. Et le plus simple pour le saisir, c'est de regarder comment un seul exercice peut se complexifier.
Prends quelqu'un avec une immaturité vestibulaire, donc au niveau de l'oreille interne, ton système d'équilibre. Un seul exercice d'équilibre contient déjà tout un continuum de progression. Tu sais le faire assis ? Debout ? Les deux pieds posés, puis pieds serrés ? Sur un pied ? En marchant ? À travers le même exercice, la difficulté grimpe rien qu'en changeant la consigne. Faire monter l'intensité, c'est ça : pas forcément changer d'exercice, mais changer ce que tu en demandes.
Le deuxième critère porte son nom anglais : « use it or lose it ». Utilise-le, ou perds-le. Avec son corollaire, « use it and improve it » : utilise-le, et tu progresses.
C'est le cœur du problème de départ. Si tu es allé voir un posturologue, si tu as fait une reprogrammation neuro-posturale, c'est que tu avais perdu quelque chose. Et tu l'avais perdu parce que tu ne t'en servais plus. Le corps marche comme ça : ce qui n'est pas sollicité s'efface.
Reviens au développé couché. Au bilan, tu détectes un maillon faible. Tu bosses dessus. Dans un mois, ce maillon faible aura progressé, et c'est un autre maillon faible que tu détecteras. En plus, d'autres paramètres entrent en jeu, que tu peux encore actionner pour continuer à améliorer ce même développé couché.
C'est exactement ce qui se passe en neuro. Quelqu'un vient au bilan, on repère des points faibles, on travaille dessus. Au bout de six mois, ces points faibles sont recalibrés. Nouveau bilan, et là on s'aperçoit qu'il y en a d'autres. Parfois des choses qu'on n'avait même pas vues la première fois, et qui sortent seulement maintenant, parce que les plus grosses ont été nettoyées et laissent enfin la place au reste.
Pour voir concrètement ce qui se joue, imagine un seau. Dedans tombent tous les inputs sensoriels. S'ils sont de mauvaise qualité, le niveau du seau monte. Et si le seau déborde, le corps est obligé de compenser. Il compense par des adaptations : il réduit ta mobilité, il réduit ta force, histoire de ne pas te blesser.
L'objectif de la RNP, la reprogrammation neuro-posturale, c'est de faire baisser le niveau du seau. Plus ce niveau descend, plus tu glisses du côté de la performance, parce que le corps n'a plus besoin de te brider.
D'abord, on regarde ce qui remplit le plus le seau, et on s'attaque à ça en priorité. Ensuite, on enlève encore des niveaux, puis d'autres, puis d'autres. On ne peut pas tout vider d'un coup. Comme pour les réflexes archaïques : il y a un réflexe dominant non intégré, on travaille dessus, puis viennent les synergies. On dépasse vite le simple programme figé. Comme à l'entraînement, il y a des principes à suivre, et ces principes s'adaptent à la personne que tu as en face.
Concrètement, ça donne quoi ? Tu fais un bilan, tu donnes quelques exercices, puis tu modifies, tu ajustes au fil de l'eau.
Prends un bilan neuro-postural couplé aux réflexes archaïques. Chez la personne, plein de choses clochent, et tu observes par exemple un réflexe de paralysie de la peur bien présent. Or ce réflexe-là conditionne la mise en place de beaucoup d'autres réflexes archaïques. Tant qu'il n'est pas bien intégré, la réintégration des autres ne « clique » pas. Rien qu'en modifiant la façon dont le corps prend en compte l'information liée à ce réflexe, tu modifies forcément autre chose en aval.
Et ça bouge dans le temps. À force de travailler beaucoup ce réflexe de paralysie de la peur, dans six semaines, un mois, deux mois, il ne sera peut-être plus là. D'autres prendront le dessus, parce que l'ontogénèse fait que le système se réorganise au fur et à mesure. Face à une personne, en fonction de ce que tu observes, un ordre d'importance se dessine. C'est une histoire de rétro-planning d'intégration : tu sais par quoi commencer, et jusqu'où aller.
Une fois les grosses choses nettoyées, de nouveaux points faibles apparaissent au bilan suivant. C'est normal, et c'est même le signe que ça avance.
Sors-toi de la tête l'idée de l'exercice « beau », « sexy » ou « fun ». L'allure n'a rien à voir là-dedans, ni pour toi ni pour nous. L'exercice qu'on te donne, c'est celui qui est pour toi, et c'est ton cerveau qui le désigne. Lui te signale « j'ai besoin de ça », et le test le confirme : on regarde la résultante, est-ce que ta performance s'améliore ou est-ce qu'elle régresse. C'est cet exercice-là qui aura un impact direct, en protection comme en performance. Et là encore, ce signal aura changé dans un mois, et plus encore dans un an.
Le repère est simple : l'exercice dont tu as vraiment besoin, c'est celui que tu rates en permanence au début. Place un exercice de réflexe tonique asymétrique à quelqu'un. Tu lui dis : je te lance la balle, récupère-la en la passant sous ta jambe. Les gens qui ont un vrai problème, au début, la balle leur tombe tout le temps. Tout le temps. Voilà précisément le signe que tu en as besoin.
À l'inverse, si la personne réussit du premier coup, puis les neuf coups suivants, aucun intérêt de lui donner cet exercice. Il est trop facile pour elle. Pour qu'il serve, il faut le complexifier. On retombe sur la règle de l'intensité : réussir tout le temps, parfaitement, ça veut dire que c'est trop facile, et qu'aucune adaptation ne viendra. Tu es venu chercher un changement, donc il te faut du challenge. Sans challenge, pas de progrès.
Voilà une erreur qu'on croise souvent en posturologie : « j'ai fait mes exercices, c'est intégré, donc c'est fini ». Demande-toi plutôt comment tu en es arrivé là. Tu avais perdu une capacité parce que tu ne t'en servais plus. Donc, une fois recalibré, tu dois quand même entretenir un minimum. Personne ne te demande de tout refaire tous les jours comme pendant la phase de reprogrammation. Mais quand tu t'entraînes, replace un peu de neuro à l'échauffement, remets quelques mouvements. C'est ce qui maintient l'acquis.
Vient ensuite un deuxième temps : le développement. Avoir tout intégré ne rend pas les exercices inutiles, loin de là. À ce stade, tu inocules du stress, de façon à te rapprocher de la demande réelle de ton sport, et tu fais progresser la prise d'information de ton corps pour qu'elle te serve en compétition.
Reste l'ordre des priorités. On le répète : d'abord un homme, avant un athlète. Beaucoup de gens n'ont même pas encore les qualités de base, et font déjà de l'entraînement spécifique d'athlète. En améliorant l'homme, tu améliores l'athlète. Donc potentialise d'abord l'homme, et seulement après tu pourras vraiment potentialiser l'athlète.
Lors d'une conférence sur les réflexes archaïques, des préparateurs physiques de haut niveau posaient la question : qu'est-ce que je fais avec mes athlètes de très haut niveau, mes footballeurs ? La réponse : ce sont des êtres humains, donc tu travailles les réflexes archaïques comme ça vient. Il n'existe pas des réflexes pour le haut niveau, d'autres pour le niveau intermédiaire, d'autres pour le bas niveau. Et il n'y a pas de fin. Si un réflexe est déjà intégré chez le sportif, on ne va pas lui faire répéter la même chose tous les jours : on le place à l'échauffement, en filler, pour qu'il amène une plus-value pendant l'exercice. C'est ce que résume aussi la méthodologie d'Olivier Pauly : une interaction directe et constante entre l'athlète et l'homme. Un athlète blessé 10 mois sur 12 ne progressera pas et ne fera jamais de compétition. Et quand on parle de footballeurs sous contrat à plusieurs milliers, voire millions selon le niveau, si tu ne joues pas, personne ne met cet argent. Les bases priment, toujours.
S'il y a une chose à retenir : répète tout le temps la même chose, et il ne se passera rien. C'est la définition de la folie, refaire encore et encore le même geste en attendant un résultat différent. Que tu sois en développement personnel, en business ou ici, le principe ne change pas : il faut sortir de sa zone de confort.
Regarde un enfant. Une fois qu'il maîtrise le quatre pattes, qu'est-ce qu'il veut ? Se lever. Il prend des dizaines de gamelles, il tombe tout le temps, et pourtant il ne va jamais vers la facilité. Il pourrait rester à quatre pattes, confortable, facile. Mais il cherche à marcher, puis à parler. Enfant, on ne va pas vers la facilité. Adulte, on file vers le confort. C'est là, précisément, que se creuse la différence.
Chez les athlètes de bon et de haut niveau, cette différence porte un nom : la pratique délibérée. Tu ne vas pas à l'entraînement pour répéter sans réfléchir. Tu y vas dans un processus de progrès, avec des consignes : tu reviens sans cesse au stade débutant avec une nouvelle consigne, et tu repars. Uniquement comme ça, tu progresses. À répéter mécaniquement, tu fais du surplace. C'est une base, tout simplement.
Parce que tu as atteint un plateau, exactement comme à l'entraînement. Au début tu progresses, puis ton système maîtrise l'exercice et le stimulus ne crée plus de changement. Tes besoins d'aujourd'hui ne sont déjà plus ceux d'il y a trois semaines, justement parce que tu as progressé. L'exercice doit donc évoluer pour continuer à produire de l'adaptation.
Il faut le faire évoluer. Soit en le complexifiant quand il devient trop facile (par exemple en montant l'intensité d'un même exercice d'équilibre : assis, debout, pieds serrés, sur un pied, en marchant), soit en passant à autre chose quand un point est intégré et qu'un nouveau point faible apparaît au bilan. Garder un exercice figé pendant six mois ne produit plus rien.
Imagine un seau qui se remplit de tous tes inputs sensoriels. Quand ces inputs sont de mauvaise qualité, le niveau monte, et s'il déborde, le corps compense en réduisant ta mobilité et ta force pour ne pas se blesser. La RNP consiste à faire baisser le niveau de ce seau, en s'attaquant d'abord à ce qui le remplit le plus, puis niveau après niveau. Plus le niveau descend, plus tu te rapproches de la performance.
Littéralement : utilise-le ou perds-le. Ce que tu cesses de solliciter, ton système l'efface. C'est d'ailleurs souvent pour ça que tu as perdu une capacité au départ. Son corollaire, « use it and improve it », dit l'inverse : ce que tu sollicites, tu le développes. C'est l'un des critères majeurs de la neuroplasticité.
Parce que sans difficulté suffisante, il n'y a pas d'adaptation. Si tu réussis un exercice du premier coup et à chaque fois, il est trop facile et n'apporte rien. L'intensité peut monter sans changer d'exercice : un même travail d'équilibre se durcit en passant d'assis à debout, puis pieds serrés, puis sur un pied, puis en marchant. C'est la difficulté qui déclenche le changement.
Oui, au minimum pour entretenir. Tu avais perdu cette capacité parce que tu ne t'en servais plus, donc il faut continuer à la solliciter, sans tout refaire tous les jours : il suffit de replacer un peu de neuro à l'échauffement. Ensuite vient la phase de développement, où on ajoute du stress pour se rapprocher des exigences de ton sport.
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