Un réflexe encore actif à l'âge adulte trahit une boucle sensorimotrice restée immature. L'intégration des réflexes archaïques devient alors un outil de recalibration pour qui cherche un meilleur équilibre. Reste à situer sa place exacte dans la boucle, et à savoir quand l'utiliser.
1/4h LabO #158 · Regarder l'épisode sur YouTube
Un réflexe encore actif à l'âge adulte trahit une boucle sensorimotrice restée immature. L'intégration des réflexes archaïques devient alors un outil de recalibration pour qui cherche un meilleur équilibre. Reste à situer sa place exacte dans la boucle, et à savoir quand l'utiliser.
Tu fais passer un bilan. Tiens sur une jambe, lui dis-tu, et tu regardes. Test de Romberg, le plus simple qui soit. Elle tombe d'un côté, pas de l'autre. Ou alors elle décroche dès qu'elle charge une fente, dès qu'elle descend en squat, dès qu'elle part à la détente. Devant toi, une vraie problématique d'équilibre.
En STAPS, la réponse tient en une phrase : pour mieux tenir en équilibre, tiens-toi en équilibre plus longtemps. Refais l'exercice, encore et encore, une minute sur une jambe, puis l'autre. C'est déjà mieux que rien. Reste une question que ce 1/4h LabO veut prendre de front : et si le déséquilibre venait d'une entrée sensorielle mal calibrée, pas seulement d'un manque de temps de pratique ? C'est là que les réflexes archaïques entrent en scène. Et c'est leur place exacte dans la boucle sensorimotrice qu'on va situer.
Prépa physique, coach, kiné, dès que tu accompagnes l'humain, tu testes l'équilibre presque par réflexe. Le test de Romberg en est l'exemple le plus simple : une jambe, et tu regardes si la personne tient. Certains protocoles vont plus loin, comme le Diagnoform, où tu chronomètres le temps qu'elle reste stable.
Le plus parlant, c'est ce que tu vois ensuite à l'entraînement. Sur un squat, sur une fente, à la détente, la personne part d'un côté et tient de l'autre. Des observables terrain, rien de plus. Ils te font dire : il y a une problématique d'équilibre devant moi.
Arrive alors la vraie question du praticien. Comment je fais pour que cette personne progresse réellement sur son équilibre ? Pas juste « tiens la position plus longtemps », mais une progression qui se transfère dans le mouvement qu'elle cherche à améliorer.
Sur cette question, le chemin de LabO est d'abord passé par les kinés vestibulaires. Ces spécialistes réhabilitent le système vestibulaire, ils travaillent les conditions dites pathologiques de l'équilibre. La logique a été de reprendre leur manière de calibrer ce système, puis de la réutiliser sur des personnes qui ne sont pas pathologiques, avec un objectif simple : améliorer leur équilibre.
Concrètement, en séance, tu fais faire une fente à quelqu'un sans qu'il perde l'équilibre. Tu charges ensuite, surcharge progressive, et tu vises le résultat recherché : prise de masse, vitesse de course, ce que tu veux.
De là, tu arrives vite aux savoirs de la neurologie fonctionnelle, du côté du Carrick Institute ou de Z-Health. Tu y trouves des situations qui ciblent précisément le système vestibulaire, avec un testing qui peut devenir très fin. Et un testing précis ouvre des exercices précis.
Ce point change tout pour le sportif sain. Fini la pathologie, on parle de calibration à 100 %. L'idée : que la personne tienne l'équilibre quoi qu'il arrive. Un sportif stable dans un gros changement de direction, capable d'appliquer une force au sol sans tomber.
Tout ça nous ramène au cadre posé dans le 1/4h précédent. Le système vestibulaire est l'une des entrées sensorielles de la boucle sensorimotrice. Quand tu cherches à le calibrer à 100 %, tu travailles en réalité la calibration de la boucle entière.
Et calibrer cette boucle ne sert qu'à une chose : améliorer le mouvement. C'est le cœur du raisonnement. Tu pars de l'objectif, mieux bouger, tu passes par la boucle sensorimotrice, et tout le reste en découle.
C'est ce cadre qui sépare l'approche LabO du vieux conseil STAPS. Quand on te dit « tu as un problème d'équilibre, alors passe du temps en équilibre », la seule méthode proposée, c'est l'exercice lui-même. Reviens à dire que le seul moyen d'avoir un meilleur squat, c'est de squatter. Ou que, parce que tu sens moins ton pec droit que ton gauche, il faut juste ajouter quelques répétitions à droite. Tu as aujourd'hui d'autres outils que cette simple compensation.
À l'origine, ce sont les réflexes archaïques qui nous ont permis de calibrer cette boucle sensorimotrice. Reprends l'image de l'enfant. À force de tomber, son système commence à trouver des stratégies pour mieux s'équilibrer.
Cette calibration passe par le système vestibulaire, mais aussi par l'ensemble des systèmes en jeu. À ne jamais oublier : ils travaillent tous ensemble, de concert. Les réflexes archaïques sont les outils d'origine qui ont permis cette mise au point progressive.
Le produit de ce travail de calibration, ce sont les actions de base de l'être humain. Se tenir debout. Marcher. Des acquis fondamentaux qui reposent sur une boucle calibrée pas à pas, grâce à ces réflexes, pendant le développement moteur.
Un réflexe archaïque encore présent à l'âge adulte, et la lecture devient simple : la boucle sensorimotrice est restée un peu immature. Pour comprendre pourquoi, regarde comment un réflexe fonctionne.
Un réflexe archaïque part d'une stimulation sensorielle. Bien calibrée, cette stimulation remonte jusqu'au tronc cérébral. De là, l'information est interprétée par le cerveau, au niveau cortical, qui peut alors produire du mouvement. Stimulation, tronc cérébral, interprétation, mouvement : voilà le trajet normal.
LabO avait d'ailleurs publié sur ce point un article sur l'académie du site, pour comprendre les réflexes archaïques en moins de cinq minutes. Le mécanisme y est détaillé pas à pas.
Quand le réflexe reste présent, qu'il n'est pas inhibé selon la nomenclature, ça signale une immaturité au niveau cortical. Le cortex perçoit alors un certain niveau de menace. Conséquence directe : il ne peut pas créer le mouvement le plus adéquat, le plus efficient, le plus efficace possible.
Avoir des réflexes archaïques encore actifs témoigne donc d'une seule chose : la boucle sensorimotrice n'est pas calibrée à 100 %. Et ça se paie. Des répercussions à court, moyen et long terme sur le mouvement, sur l'output moteur, sur toute la performance avec un grand P.
Voilà la nuance la plus actionnable de l'épisode. Travailler un réflexe archaïque « passe-partout » revient à filer un programme de débutant en musculation. Tu tapes « meilleur programme » sur internet, tu tombes sur un 4×10, un 4×12, peut-être un 10×10. Méthode bazooka : tu travailles un peu tout, sans rien individualiser. Pareil pour les réflexes. Tu ouvres un livre, tu repères quel réflexe émerge à quel moment, tu prends deux ou trois exercices génériques. Mieux que rien, oui, mais une simplification qui peut vite devenir erronée, parce que tu passes à côté des besoins réels de la personne.
Tu peux raisonner dans l'autre sens. Avec les savoirs de la neurologie fonctionnelle, tu fais un testing vestibulaire précis sur les canaux antérieurs et postérieurs. Et si ce testing analytique pointe une problématique, il y a de fortes chances que le RTL, le réflexe tonique labyrinthique, soit présent au testing du RTL.
À partir de là, as-tu forcément besoin de tester chaque réflexe archaïque ? Pas sûr. En revanche, ça fait sens de réutiliser les stades de développement et les mouvements permis par l'émergence du RTL. C'est cette émergence qui a apporté le travail sensorimoteur au niveau vestibulaire, donc la capacité à se tenir debout et à marcher.
Tu reprends alors les exercices dérivés de ce que réalise un enfant dans son développement moteur, et tu t'en sers pour retravailler le système vestibulaire. Les réflexes archaïques deviennent des outils, abordés comme des stades de développement. En repassant par ces stades, tu recalibres sensoriellement la boucle, tu te rapproches du 100 %, tu gagnes un meilleur sens de l'équilibre. Et tu réponds enfin à la problématique terrain de départ : la personne qui perd l'équilibre en fente, le sportif moins efficace sur un changement de direction à droite qu'à gauche.
Sur ce changement de direction, justement, la question reste ouverte sur le terrain. Un changement de direction, c'est une extension et une rotation thoracique, la tête qui tourne et part dans le sens visé, donc de grandes accélérations de la tête. Quand un sportif est moins fort à droite qu'à gauche, est-ce que ça vient de la biomécanique, ou d'un système vestibulaire moins efficace d'un côté que de l'autre ? En testant ces hypothèses sur un panel de sportifs depuis plusieurs années, LabO a obtenu des résultats probants, de quoi systémiser une réflexion qui garde la boucle sensorimotrice comme point central.
Attention quand même à ne pas tout ramener au sensoriel. Les entrées sensorielles restent une entrée, une partie de l'équation. Le structurel et la biomécanique comptent aussi. C'est l'objet d'un échange suite à une publication sur les épaules arrondies, où un commentaire lançait « il n'y a pas que les récepteurs ». Personne ne l'a prétendu. Il y a l'aspect neuroactivation, il y a l'aspect structurel, les deux dans l'équation globale.
Au final, l'objectif reste d'améliorer le mouvement. Pour ça, tu passes obligatoirement par la boucle sensorimotrice. En revanche, aucune obligation d'utiliser les réflexes archaïques. Ils sont un outil pour calibrer la boucle. La neurologie fonctionnelle en est un autre. La posturologie aussi. Comme tu n'es pas obligé de passer par un dropset pour avoir de gros biceps, ou par le triphasique pour progresser, rien ne t'oblige à utiliser tel ou tel outil. Te cantonner à un seul, c'est te limiter énormément dans ta pratique et dans le résultat possible. Garde plusieurs outils en main.
Ce sont les premiers outils qui ont calibré la boucle pendant l'enfance. À force de tomber, l'enfant trouve des stratégies d'équilibration, et les réflexes archaïques participent à calibrer le système vestibulaire et l'ensemble des systèmes, jusqu'aux actions de base : se tenir debout et marcher. À l'âge adulte, ils restent un outil de recalibration de la boucle parmi d'autres.
Un réflexe archaïque part d'une stimulation sensorielle. Bien calibrée, elle remonte jusqu'au tronc cérébral, où l'information est interprétée au niveau cortical, ce qui permet de créer du mouvement. C'est le trajet stimulation, tronc cérébral, interprétation, mouvement.
Un réflexe encore présent, non inhibé, signale une immaturité au niveau cortical. Le cortex perçoit un certain niveau de menace et ne parvient pas à produire le mouvement le plus efficient. Sa présence témoigne d'une boucle sensorimotrice qui n'est pas calibrée à 100 %, avec des répercussions à court, moyen et long terme sur le mouvement et la performance.
Oui. Tout l'épisode s'adresse aux coachs, prépas physiques, kinés et sportifs sains. Chez le sportif sain, l'enjeu est la calibration à 100 % : tenir l'équilibre dans un gros changement de direction, appliquer une force au sol sans tomber.
Non. L'objectif est d'améliorer le mouvement, ce qui passe par la boucle sensorimotrice. Les réflexes archaïques sont un outil utile pour la calibrer, au même titre que la neurologie fonctionnelle ou la posturologie. Un testing vestibulaire précis suffit souvent à orienter le travail, sans tester chaque réflexe. Un bon outil donc, mais pas une obligation, et surtout pas le seul à garder en main.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
L'activité physique change la donne pour le TDAH de l'enfant. Adrien Chartier, préparateur physique depuis plus de vingt ans et cofondateur de Labo RNP, le résume en une phrase : on envoie nos enfants deux heures aux devoirs et trente minutes de sport le mercredi, il faudrait faire l'inverse. Voici le mécanisme neurologique, comment juger les approches selon leur niveau de preuve, et un plan progressif sur douze semaines à lancer dès demain.
L'hyperactivité motrice de l'enfant est d'abord un signal. Quand un enfant bouge sans arrêt, son système nerveux cherche le plus souvent à se réguler, à se stimuler ou à évacuer une tension. Comprendre ce que ce mouvement résout change tout ce qu'on va lui proposer.