La question revient en boucle chez les coachs qui découvrent l'approche RNP : doit-on faire des exercices neuro toute sa vie ? Derrière elle se cache le vrai enjeu des exercices neuro performance, savoir quand une dose a fait son travail et quoi faire ensuite. Romain pose le cadre avec une image que tout préparateur physique connaît dans ses jambes.
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La question revient en boucle chez les coachs qui découvrent l'approche RNP : doit-on faire des exercices neuro toute sa vie ? Derrière elle se cache le vrai enjeu des exercices neuro performance, savoir quand une dose a fait son travail et quoi faire ensuite. Romain pose le cadre avec une image que tout préparateur physique connaît dans ses jambes.
Romain refuse le oui ou le non, parce que la question tombe à côté. Lis-la en langage de prépa physique. Quand tu planifies 5×5 à 100 kg, tu attends un niveau d'adaptation derrière. Si tu poses cinq séries, c'est que tu sais que dix proprement, ce n'est pas pour aujourd'hui, à condition que ta charge soit bien placée. Tu vises une cible d'adaptation. Pas un rituel que tu répètes à l'identique jusqu'à la fin des temps.
Les exercices neuro tournent sur la même logique. L'idée n'a jamais été d'installer une routine infinie. Tu vises un niveau d'adaptation du système. Tant que tu n'y es pas, tu travailles. Une fois que tu y es, la donne change, et ce changement répond précisément à la question de départ.
Garde l'analogie du squat sous le coude pour toute la lecture. Elle revient à chaque étape du raisonnement de Romain, et c'est elle qui rend le reste limpide pour un préparateur.
Un mot de vocabulaire avant d'avancer, parce qu'il commande tout. RNP travaille sur une boucle sensorimotrice. Concrètement : des afférences sensorielles, ces informations qui remontent de ton corps et de ton environnement, sont intégrées par le système nerveux, et cette intégration accouche d'un output, un mouvement. Romain renvoie aux autres quarts d'heure pour le détail. L'idée à retenir reste simple.
Le point central : ces exercices ne touchent pas le geste directement. Ils touchent les entrées sensorielles qui nourrissent le geste. Tu n'agis pas sur la sortie, tu agis sur ce qui rentre. Cette nuance change tout, parce qu'elle explique pourquoi on stimule la vision, le vestibulaire ou la proprioception plutôt que de répéter mille fois le mouvement final.
Tout ce qui suit (non concordance, surcharge, spécialisation) se joue à l'intérieur de cette boucle. Tiens ce vocabulaire, et le reste s'enchaîne tout seul.
Voilà le cœur de l'épisode. Romain le présente d'abord comme une notion volontairement vulgarisée, une manière trouvée pour expliquer simplement aux gens ce qui se passe. La non concordance sensorielle, c'est un mismatch : deux entrées rentrent dans le système nerveux et racontent deux histoires différentes. Le cerveau reçoit ces informations contradictoires, et dans ses centres d'intégration, il doit trancher sans savoir laquelle dit vrai.
L'objectif de RNP tient en une phrase. Aller chercher ces non concordances, cibler l'entrée sensorielle responsable, la stimuler (travail chez l'orthoptiste, travail vestibulaire, et ainsi de suite), jusqu'à ce que les entrées se remettent à raconter la même histoire. Quand tout le monde raconte la même histoire, l'intégration redevient fluide. Romain insiste : ça ne va pas plus loin.
Un repère logique avant de descendre dans les exemples. Tu poses une stimulation, une convergence des yeux par exemple, et ton output bondit d'un coup ? C'est en réalité le signe que quelque chose clochait. Dans un système sain, une convergence anodine n'a aucune raison de modifier ta performance. Quand elle le fait, elle révèle une non concordance tapie en arrière-plan.
L'exemple grand public, c'est le mal des transports. Ton visuel te donne une information, ton vestibulaire, l'oreille interne, t'en donne une autre, et les deux ne collent pas. Dans les centres d'intégration, le cerveau se retrouve coincé : visuel en x, vestibulaire en y, comment je me place au milieu de tout ça, je ne sais pas lequel des deux dit vrai. Faute de réponse claire, il sort une réponse de survie : une petite migraine, une nausée, un vomito.
Chez le sportif, le même mécanisme existe, à moindre mesure qu'un mal des transports. Ça ne se voit pas, mais ça pèse. Le tactile sous le pied ou la proprioception de la cheville, quand tu marches ou quand tu cours, peuvent ne pas délivrer la même information. Ta proprioception t'annonce que tu tombes à droite pendant que ton vestibulaire te jure que tu es bien droit. Le cerveau retombe sur le même dilemme : je ne sais pas si c'est un mécanorécepteur de la proprioception qui se trompe ou le vestibulaire.
Face à cette incertitude, le cerveau a une priorité absolue, et ta performance passe loin derrière : ce qui compte, c'est ta survie. Tout ce qu'il veut, c'est ne pas tomber. Alors il agit en conséquence. Il réduit la capacité de production de force, de coordination, de vitesse. Il bride, pour te garder debout avant tout.
C'est là qu'intervient la notion de curseur. Entre survie et performance, ton système nerveux pousse le curseur vers la survie. Ce déplacement est une adaptation, une compensation, un compromis entre les deux entrées contradictoires. Le travail du praticien : repérer (« spotter ») que c'est la proprioception de telle articulation, sur telle action articulaire, qui pose souci, et redonner les bonnes informations. Le jour où la personne court et que sa proprioception et son vestibulaire concordent enfin, le cerveau se dit qu'il peut relâcher le frein et libérer du potentiel.
Romain donne un exemple qui parle aux terrains. Les gens qui ont eu des semelles orthopédiques : il est très rare d'avoir exactement la même à gauche qu'à droite. Regarde ça au niveau des mécanorécepteurs du pied, et tu obtiens une information proprioceptive différente sous le pied gauche et sous le pied droit.
Le compromis que le système déniche, c'est une bascule, des rotations au niveau du bassin et au niveau des épaules. Est-ce optimal ? Non. Est-ce une réponse, à l'instant T, qui satisfait les deux parties ? Oui. Mais elle reste sous-optimale, parce qu'avec ces bascules et ces rotations tu génères moins de force, tu as moins d'équilibre, et tu installes des chaînes de compensation qui finissent parfois en douleurs.
Le point à ne pas rater : cette compensation n'a rien de bien ni de mal. C'est un moyen que le cerveau a trouvé pour faire au mieux avec ce qu'il reçoit. Le travail consiste à remettre des informations plus ou moins symétriques et optimales dans chacun des systèmes, pour rouvrir l'accès au plein potentiel.
On peut maintenant répondre frontalement à la question d'ouverture. Tant que ta stimulation sensorielle ciblée améliore le mouvement, c'est qu'elle régule une non concordance bien réelle. Puis un jour, l'exercice devient neutre : il n'améliore plus le mouvement et il ne le détériore pas non plus, sur le continuum performance/survie. Ce moment veut dire quelque chose de précis. Le système est recalibré, du moins sur cette stimulation.
Recalibré ne signifie pas recalibré à 100 %. Comme en prépa physique, tu vas pouvoir monter le curseur d'intensité en faisant évoluer les exercices. D'où un travail organisé en continuums : sur le vestibulaire, par exemple, une vingtaine à 20-25 étapes, avec une dizaine d'exercices différents répartis dessus. Ces continuums te permettent de situer la personne : elle est à ce niveau, cette typologie d'exercices à cette difficulté lui amène une amélioration, donc on régule encore une non concordance. Deux, trois, quatre, six semaines plus tard, ce ne sera plus le cas, et c'est exactement l'objectif.
Reprends le squat. La finalité de 5×5 à 100 kg, c'est peut-être de pousser ce 5×5 à 150, 160, 170 kg si tu es powerlifter et que tu vises le titre de champion de France. Sur les exercices neuro, même principe : quand la dose du moment est digérée, tu complexifies la tâche. Un exercice « acquis » est un palier franchi, jamais une ligne d'arrivée.
Romain ajoute une nuance que tout coach a déjà vécue côté physique. Une stimulation qui te fait du bien aujourd'hui, par rapport à ce que tu as révélé sur une convergence par exemple, peut te faire régresser si tu la répètes trop. Pourquoi ? Parce qu'au-delà d'un certain point, elle décroche de ton besoin du moment.
La dose effective de travail compte donc autant qu'en préparation physique ou en coaching. Trop, et tu te tires une balle dans le pied. Le bon réflexe : surveiller l'effet réel sur le mouvement, étape par étape, et ajuster, comme tu ajusterais une charge mal placée.
Le « pourquoi » de toute la démarche est là. Quand tu lèves une non concordance, tu sors le cerveau de son mode survie, et tu débloques un potentiel qui était sous clé. Le système nerveux arrête de brider la production de force, de coordination, de vitesse. L'objectif de RNP : amener le sportif au 100 % de son potentiel génétique au jour J.
Ça se joue en complément de la prépa physique, à côté d'elle, pas à sa place. La prépa physique cherche à faire monter le potentiel. Mais si tu développes un système qui plafonne, disons, à 80 % de son optimisation, et que tu lui colles 5 % de qualités physiques par-dessus, tu bâtis sur une base bancale. Romain illustre avec le stylo et le tennisman : ta balle arrive, et si tu pars sur une convergence des yeux qui n'a pas lieu d'être, elle déforme ton output, ta précision de coup droit ou de revers. Ce que tu veux, c'est une base optimale tout le temps, pas seulement à l'instant d'une stimulation.
Cette base bancale coûte cher, et de deux façons concrètes. Un risque de blessure plus élevé, que RNP cherche aussi à mitiger. Et des gestes moins efficaces. Optimiser le système nerveux, c'est aller chercher toutes les non concordances une à une pour ramener l'ensemble au plus proche du plein potentiel.
Le travail ne s'arrête pas au moment où le système est « à peu près normalisé », ce sweet spot où les stimulations de base sont devenues neutres. Et la raison pèse lourd : RNP ne se résume pas à un outil de correction, c'est aussi une lentille d'analyse du mouvement sportif.
À partir de ce sweet spot, tu analyses la tâche. La tâche sportive réelle, celle que l'athlète doit produire sur le terrain, confrontée à son profil. Les entrées sensorielles les plus sollicitées varient d'un sport à l'autre : un footballeur et un surfeur ne mobilisent pas leurs systèmes de la même façon. Tu peux donc, via tes situations d'entraînement, solliciter plus ou moins telle ou telle entrée sensorielle, pour monter le niveau de sensibilité et d'adaptation de ces systèmes là où le sport l'exige.
Romain pose deux pôles d'un même continuum. D'un côté, la réathlétisation : on normalise au maximum, vers le 100 % génétique, les entrées sensorielles et leur intégration. De l'autre, l'entraînement : on travaille les entrées sensorielles propres à la tâche pratiquée sur le terrain. Les deux peuvent tourner en même temps, et c'est ce qui rend l'approche souple.
Le parallèle avec la prépa physique est direct. Tu connais la prépa physique générale, la prépa physique spécifique orientée, puis, si on simplifie, les trois grands temps : préparation générale, précompétition, compétition, un continuum sur la saison, très utilisé en sport individuel, un peu moins en collectif. Le versant optimisation RNP suit la même pyramide, vue de l'autre côté. On part du très général (cibler les entrées sensorielles défaillantes, stimuler simplement certains canaux pour le vestibulaire), on oriente, puis on file vers le spécifique.
Et aller vers le spécifique ne revient pas à répliquer bêtement ce qui se fait en match. Tu montes des situations dotées d'un système de valence sur les entrées sensorielles qui posent souci, valence dictée par ton analyse de base RNP. Si l'athlète a une problématique vestibulaire sur certains canaux et certains types de mouvements, tu construis, via des approches écologiques de l'apprentissage, des situations proches du match qui mettent l'emphase précisément sur cette problématique.
Romain élargit avec les quatre co-actifs de la performance : physique, technique, tactique, psychologique. Le psychologique se touche en partie via les réflexes archaïques, le reste relevant des préparateurs mentaux et de leurs outils (PNL, hypnose), avec qui il travaille main dans la main. La technique et la tactique, elles, sont le terrain du préparateur physique et du coach : ton rôle est de mettre entre les mains du coach un sportif capable de réaliser ce qu'on lui demande techniquement.
Et là, une vérité de terrain. C'est relativement facile de faire grimper le physique. Mais si le paramètre limitant de la performance est la technique, tu auras beau devenir un monstre physiquement, tu resteras aussi fort que ton maillon le plus faible. Tu te cognes à un plafond de verre.
La bonne nouvelle : la technique fait la part belle aux entrées sensorielles, à la capacité du sportif à se mouvoir dans le monde, à comprendre son corps dans le mouvement, à la coordination. En ciblant les entrées sensorielles et en couplant ce ciblage avec les théories de l'apprentissage et les approches écologiques, tu vas chercher les problématiques précises du sportif pour le faire progresser techniquement et tactiquement, avec transfert dans l'activité. Romain le résume d'une boutade qui boucle l'épisode : savoir quand ton sportif a progressé sur ses exercices RNP, c'est la même chose que savoir quand il a progressé sur son squat.
Tu les fais tant qu'ils corrigent une non concordance sensorielle, c'est-à-dire tant qu'ils améliorent le mouvement. Quand un exercice devient neutre, tu complexifies la tâche et tu montes l'intensité, comme une surcharge progressive. La logique est celle de la préparation physique, jamais celle d'une routine figée répétée à l'identique.
Oui, quand ils ciblent une non concordance réelle. Le signe que ça marche, c'est que le mouvement s'améliore au moment de la stimulation. Et quand un exercice cesse d'améliorer le mouvement, cela ne le rend pas inutile : cela signale un système recalibré sur cette stimulation, donc un palier franchi.
À optimiser le système nerveux au maximum, pour amener le sportif au 100 % de son potentiel génétique au jour J. En levant les non concordances, tu réduis aussi le risque de blessure et tu rends les gestes plus efficaces. Le tout en complément de la prépa physique, qui fait monter le potentiel sur une base devenue saine.
Oui. Une stimulation bénéfique aujourd'hui peut faire régresser si tu la répètes trop, parce qu'elle n'est plus adaptée à ton besoin du moment. La dose effective de travail se gère comme une charge en prépa physique : tu surveilles l'effet réel sur le mouvement et tu ajustes.
Parce qu'une non concordance pousse le cerveau en mode survie : pour ne pas tomber, il bride la production de force, la coordination et la vitesse. Quand tu redonnes des informations cohérentes et symétriques, le cerveau sort de ce compromis de survie et libère le potentiel qu'il avait verrouillé.
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