Mi-juillet. Un joueur de football de bon niveau ouvre enfin son « programme de reprise ». Au menu : courir 40 minutes, plus quatre séries de 75 abdos ciseaux. Et avant ça ? Rien. Aucun suivi de toute la saison. On le laisse seul pendant des mois, puis on lui colle un protocole sorti de nulle part à la dernière minute. Cette scène, tu la croises dans la plupart des clubs et des structures, sous deux formes. Première erreur : couper net, ne plus rien faire pendant deux mois pleins. Deuxième erreur : balancer un programme bricolé qui ne tient sur aucune logique. Dans les deux cas, on rate l'essentiel. Parce que ce qu'on perd à l'arrêt suit des règles précises : la vitesse à laquelle une qualité se dégrade dépend de la qualité elle-même et du régime de contraction que tu as travaillé. Connaître ces règles, c'est gérer ta trêve au lieu de la subir. Voici comment caler ton entretien physique d'intersaison.
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Mi-juillet. Un joueur de football de bon niveau ouvre enfin son « programme de reprise ». Au menu : courir 40 minutes, plus quatre séries de 75 abdos ciseaux. Et avant ça ? Rien. Aucun suivi de toute la saison. On le laisse seul pendant des mois, puis on lui colle un protocole sorti de nulle part à la dernière minute. Cette scène, tu la croises dans la plupart des clubs et des structures, sous deux formes. Première erreur : couper net, ne plus rien faire pendant deux mois pleins. Deuxième erreur : balancer un programme bricolé qui ne tient sur aucune logique. Dans les deux cas, on rate l'essentiel. Parce que ce qu'on perd à l'arrêt suit des règles précises : la vitesse à laquelle une qualité se dégrade dépend de la qualité elle-même et du régime de contraction que tu as travaillé. Connaître ces règles, c'est gérer ta trêve au lieu de la subir. Voici comment caler ton entretien physique d'intersaison.
Pendant la saison, tu entretiens, séance après séance. Arrive la trêve, et avec elle une idée reçue tenace : « si j'arrête, je perds tout ». Faux. Pars une ou deux semaines en vacances, tes qualités physiques tiennent largement le coup. Mieux : après une année entière de charge, une vraie coupure est saine. Elle repose le corps et régénère la tête.
Retiens ce chiffre, il change tout : tu peux t'accorder trois à quatre semaines sans rien faire, sans baisse significative. Ton corps encaisse. La grande majorité de tes qualités résiste à un arrêt court. À une exception près, et c'est là qu'il faut ouvrir l'œil.
Cette exception, ce sont l'explosivité et la vitesse. Elles se dégradent vite, bien plus vite que tout le reste. Ce sont elles que tu continues d'entretenir, même les pieds dans le sable.
Et la bonne nouvelle : entretenir, ce n'est pas remonter un camp d'entraînement complet. Pas besoin de t'imposer un volume de pleine saison. Quelques rappels d'explosivité, bien placés, suffisent à garder le moteur allumé. Tout le reste de ton patrimoine physique peut dormir tranquille. C'est exactement ça qui rend la trêve gérable : tu sais où mettre le peu d'effort que tu as à fournir.
Ce raisonnement vaut surtout pour les sports collectifs. Là, tu as une grosse saison condensée, puis une vraie coupure estivale derrière. La trêve y forme une parenthèse nette dans le calendrier.
Change de discipline, et la logique change avec. En sports de combat et sports individuels, pas de longue coupure annuelle unique. Un combattant de très haut niveau, à l'UFC par exemple, gère son maintien par cycles, tous les trois ou quatre mois, au rythme des échéances qui s'enchaînent. Il existe quand même de grosses saisons et des temps forts dans plusieurs de ces disciplines, mais la périodisation ne prend pas la même forme.
Un fil traverse tout, peu importe le sport : garder un maintien d'explosivité. Sport co ou individuel, c'est la qualité que tu ne laisses jamais filer. Le volume et la fréquence, eux, se règlent sur la structure de ta saison.
Pour planifier sérieusement, il te faut une grille de lecture. La voici, et elle commande tout le reste. Une séance, un cycle et un enchaînement de cycles ne déposent pas leurs effets sur la même échelle de temps. Trois niveaux :
- les effets immédiats, ceux d'une séance ; - les effets retardés, ceux qui suivent un cycle ; - les effets cumulés, ceux qui suivent plusieurs cycles.
Cette grille s'appuie sur le syndrome général d'adaptation, transposé à l'entraînement. C'est le socle de la planification, de la programmation et de la périodisation. Et c'est, dans les faits, mal connu : peu de gens maîtrisent réellement les effets retardés.
Pourquoi elle est si précieuse ? Parce qu'elle te permet de surimposer les effets des différents régimes de contraction au moment clé, la compétition que tu vises. En saison d'un sport individuel, tu joues sur les effets immédiats pour faire des rappels et maintenir. Pour préparer un pic, tu joues sur les effets retardés. Tout le secret tient là : faire converger toutes ces qualités au même instant.
La question que tout le monde pose : « combien de temps avant de perdre ? » La réponse dépend du régime de contraction. Chaque type d'effort a sa propre durée de persistance avant que la performance ne baisse vraiment.
Une fois ces durées en main, le jeu consiste à les empiler intelligemment. Réfléchis ton intersaison en tenant compte de l'arrêt de la compétition et de la période où tu continues à t'entraîner juste après : tu peux alors organiser ta prépa pour que les effets retardés se surimposent. Le résultat ? Pendant tes trois à quatre semaines de repos, aucune baisse significative. Tu reprends ta pré-saison sans avoir rien lâché, sauf, toujours, la vitesse et l'explosivité, que tu maintiens à côté.
Concrètement : place ta préparation physique juste après la compétition, dans la fenêtre où tu t'entraînes encore. Construis-la pour que le report des effets recouvre la coupure qui suit. C'est ça, exploiter le calendrier plutôt que le subir. Le mieux reste de te fabriquer tes propres tableaux : effets immédiats, effets retardés, effets cumulés. Tu poses tes durées, tu empiles, tu lis.
Les durées de référence, par régime de contraction, jusqu'à la baisse significative de performance :
- concentrique léger : environ 3 semaines ; - concentrique lourd : environ 6 semaines ; - force max : 6 à 9 semaines ; - isométrie : 6 à 9 semaines ; - excentrique : 9 à 12 semaines.
Garde aussi un repère de calendrier pour les sports collectifs : après l'arrêt de la compétition, la période où tu continues à t'entraîner dure souvent quatre à six semaines. C'est ta fenêtre de travail post-compétition, celle où tu vas caler la prépa qui doit « tenir » pendant le repos.
Un cas d'école de cette surimposition : la méthode triphasique (le triphasic training). Elle découpe le travail en trois blocs successifs. D'abord l'excentrique sur ton premier bloc, deux à trois semaines. Puis l'isométrie, deux à trois semaines. Puis le concentrique.
Pourquoi cet ordre, et pas un autre ? À cause des durées d'effets retardés. L'excentrique persiste 9 à 12 semaines, l'isométrie 6 à 9 semaines, le concentrique plutôt 3 à 4-5 semaines. En attaquant par le régime à effet le plus long et en terminant par le plus court, tu provoques la surimposition : les trois régimes culminent ensemble, environ quatre semaines après la fin de ton cycle orienté force.
Cet alignement te libère ensuite trois à quatre semaines pour bosser la puissance et la vitesse, dont les effets retardés sont bien plus courts. Et tout converge au même point : la compétition cible. Toutes tes qualités de force, tous tes régimes de contraction, tous les types d'entraînement se retrouvent au sommet au moment qui compte. C'est précisément ça, la prépa physique. Ces bases (la fonction des phases, leur enchaînement, leur traitement) restent maîtrisées par très peu de monde.
Même logique du côté des sauts et des bondissements. Là encore, des effets immédiats, retardés et cumulés, et chaque type de bondissement a ses propres délais d'effets immédiats :
- pliométrie basse : 24 à 48 heures ; - bonds verticaux : 36 à 72 heures ; - pliométrie haute : 72 à 96 heures.
Sur ces qualités de vitesse et d'explosivité, les effets cumulés sont rares. Mais même à l'intérieur de ta semaine précompétitive, tu peux surimposer les effets de la pliométrie pour arriver affûté le week-end. En pratique : la pliométrie basse se place jusqu'à dix jours avant la compétition, en activation. La pliométrie haute, elle, au minimum trois jours avant, ou alors avec un volume très faible si tu la rapproches. Rien qu'avec la pliométrie, tu raisonnes donc tes dernières semaines au jour près.
Reste une confusion très répandue à lever. Beaucoup croient que faire des box jumps, c'est de la pliométrie. Enchaîner des box jumps en répétitions n'a rien d'une vraie pliométrie, et le présenter comme tel induit en erreur. Apprends à distinguer la pliométrie réelle de la balistique : à l'œil, les deux se ressemblent fortement, le mouvement peut paraître proche, mais le fonctionnement diffère. La vraie pliométrie, c'est la méthode choc. Une cerise sur le gâteau, jamais un travail extensif. Elle se travaille en allers-retours : tu descends en arrière, tu remontes, tu redescends, et tu règles la hauteur selon le temps de contact au sol que tu vises. Voilà le geste pliométrique, pas une série de montées sur caisse.
La synthèse tient en deux consignes. Un : repose-toi, fais ta vraie coupure. Deux : commence à travailler, et surtout à travailler le neuro. La trêve est le bon moment pour ça.
La raison est mécanique. Certaines personnes se sont adaptées dans leurs déséquilibres. Lancer une reprogrammation neuro/posturale demande de toucher à ces bases, et ce genre de travail peut déstabiliser un peu à court terme. Démarre-le dix jours avant une compétition, et le risque de contre-performance est réel. En trêve, ton volume d'entraînement est bas : c'est justement la fenêtre où ce travail ne fait courir aucun risque sur tes résultats. Beaucoup de joueurs redoutent que reprogrammer abîme leurs performances ; sur cette période, il n'y a que du bénéfice à en tirer. Le système vestibulaire et le cervelet pèsent lourd sur les capacités motrices, c'est largement documenté, et un boost donné maintenant maximise l'impact sur tout le reste.
En pratique, c'est léger : quelques exercices, environ cinq minutes par jour, avec quelqu'un qui ajuste bien le travail à tes déséquilibres. Autre avantage de la trêve : comme tu relâches le volume d'entraînement, tu peux te permettre d'ajouter de la fréquence sur le neuro. Volume physique en baisse, fréquence neuro en hausse, voilà le bon échange de saison.
Entretenir ses qualités ne veut pas dire rejouer ses séances habituelles. Lizarazu l'illustre bien : un joueur qui entretenait sa condition avec d'autres sports, tout en restant au top. Tu vas à la plage, tu fais du surf, du paddle, tu prends du plaisir, et tu entretiens sans t'enfermer. Garde enfin le bon cadrage : le travail neuro vient compléter celui du kiné ou du physio, et la prépa physique. Mixer prépa physique et neuro sur cette période, en t'entourant des bonnes personnes et en échangeant avec elles, c'est la meilleure façon d'utiliser la trêve.
Trois choses. D'abord te reposer : après une saison pleine, une vraie coupure d'une à deux semaines régénère sans te faire perdre tes qualités. Ensuite caler du travail technique, en reprenant les mouvements au tempo avec une exécution propre, et développer ta force, ce que la saison te laisse rarement le temps de faire. Enfin démarrer le travail neuro, que la trêve rend possible sans risque grâce au volume bas.
C'est l'organisation des qualités physiques de manière à ce qu'elles se surimposent toutes au même moment, la compétition cible. Tu empiles les régimes de contraction et les types d'entraînement en exploitant leurs durées d'effets retardés, pour que la force, la puissance et la vitesse culminent ensemble le jour qui compte. La méthode triphasique en est une illustration directe.
Parce qu'elle te permet de traverser la coupure sans déficit. En plaçant ta prépa juste après la compétition et en jouant sur les effets retardés, tu fais en sorte que rien ne baisse significativement pendant tes trois à quatre semaines de repos. Tu reprends ta pré-saison au niveau où tu l'as laissée, à l'exception de la vitesse et de l'explosivité, que tu entretiens à part.
Tu peux t'accorder trois à quatre semaines de repos complet sans baisse significative, hors vitesse et explosivité. Côté travail, retiens aussi la fenêtre post-compétition : dans les sports collectifs, la période où tu continues à t'entraîner après l'arrêt est souvent de quatre à six semaines. C'est là que se cale la prépa qui doit « tenir » pendant la coupure.
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