Devenir préparateur physique sans diplôme universitaire ? Sébastien Offner a un BPJEPS, et il te le dit lui-même, sans détour : avec ça, impossible d'être préparateur physique. Sa réponse à ceux qui se lancent tient en deux choses, un travail personnel énorme et la capacité à s'adapter sur le terrain, et on va les dérouler tout l'article.
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Devenir préparateur physique sans diplôme universitaire ? Sébastien Offner a un BPJEPS, et il te le dit lui-même, sans détour : avec ça, impossible d'être préparateur physique. Sa réponse à ceux qui se lancent tient en deux choses, un travail personnel énorme et la capacité à s'adapter sur le terrain, et on va les dérouler tout l'article.
Le parcours de Sébastien est atypique, il le reconnaît volontiers. Quinze ans sapeur pompier à Paris, puis sous-officier en Seine-et-Marne. À 42 ans, il vit aujourd'hui en Savoie et travaille comme salarié en préparation physique dans le rugby, en National 2, à Rumilly.
À un moment, pour plusieurs raisons, il décide d'arrêter les pompiers. La prépa physique l'a toujours attiré. Il vient du judo, et à l'époque le seul nom qui circulait dans le milieu, c'était Aurélien Broussal. La bascule se fait par un BPJEPS, AGFF à l'époque, avec les deux mentions, fitness et musculation. Un détail résume bien le passage d'un monde à l'autre : ses tests de fitness, il les passe dans une caserne de pompiers de Paris.
La leçon de ce départ tient en une phrase : la reconversion devient réaliste dès que l'intention est là. Sébastien sait très vite qu'il ne fera pas carrière dans le fitness, ça ne l'attire pas, et le BP le lui confirme. L'envie de la prépa physique, elle, est bien installée. Le diplôme initial ne lui aura servi que de porte d'entrée, jamais de destination.
Après le BPJEPS, Sébastien aurait pu enchaîner sur une licence, un master, un autre BP. Il prend une autre direction : les formations privées. Sa logique tient en une formule qu'il pose simplement : « je savais pourquoi je payais, je savais pourquoi je me déplaçais ». Se former coûte un temps et un argent fous. En ciblant lui-même ses formations, il s'y retrouve mieux que dans un cursus imposé.
Juste après le BP, il enchaîne avec un DU à Montpellier, au CREPS. Les tout premiers DU à cet endroit. Il en sort un peu déçu par le format, justement parce que tout démarrait. L'expérience finit de le convaincre : la suite passera par des formations privées, choisies une par une.
L'étape la plus structurante de cette voie privée, c'est un mentorat d'un an chez EXOS, avec Frédéric Marcerou. Un format long, encadré, qui n'a rien d'un week-end ponctuel. Ce genre d'investissement, choisi et payé en connaissance de cause, colle exactement à sa façon d'apprendre.
À côté, il accumule pas mal de stages et de séminaires, appelle ça comme tu veux. Le kettlebell, le strongman, par exemple, parce que ça l'attirait en tant que combattant. Chaque formation répond à une envie ou à un besoin précis, jamais à une case à cocher dans un programme. Voilà le fil rouge de sa formation : aller chercher exactement ce dont il a besoin, là où il décide d'en avoir besoin.
Sa vraie montée en compétence ne sort pas d'un diplôme, elle sort de la diversité des terrains. Il a la chance de travailler vite dans le haut niveau féminin, en judo D1, avec deux athlètes principalement, jusqu'à leur retraite. C'est là, dit-il, qu'il fait à peu près toutes les erreurs qu'un jeune prépa peut faire, il pourrait « toutes les cocher ». Il ne les regrette pas : c'est ce qui forge.
Ensuite, les sports s'enchaînent et n'ont plus rien à voir entre eux. Huit ans avec un athlète de haut niveau de grappling, rencontré au départ pour une réathlétisation du genou, et avec qui il traverse tout : les blessures, les douleurs, les compétitions. Puis la moto, en vitesse au championnat de France, puis en endurance type 24 Heures du Mans, avec plusieurs pilotes et des structures très pro. Puis le patin artistique en roller, quand des athlètes venaient s'entraîner dans la salle de prépa qu'il avait montée près du parc Disneyland. Aujourd'hui, troisième année dans le rugby en Haute-Savoie, après avoir vendu sa maison à Paris et embarqué sa femme et sa fille. Tout ça, précise-t-il, c'est du haut niveau amateur, pas les Jeux Olympiques, et c'est selon lui le plus dur.
Le point commun entre des sports aussi éloignés ? Une méthode : l'analyse de la tâche. Entrer dans une discipline qu'on ne connaît pas oblige à s'y intéresser pour de vrai, à comprendre ce que le sport exige du corps. Sébastien va jusqu'à embarquer son propre coach dans un cours de karaté pour qu'il comprenne la tâche de l'intérieur, qu'il vienne faire une séance avec lui. Comprendre ce que le geste réclame avant de programmer quoi que ce soit, c'est la base.
Le rugby illustre parfaitement la méthode. Quand il arrive, Sébastien connaît le rugby comme tout amateur de sport en France : il regardait le Top 14 et l'équipe de France. Pas de quoi préparer des joueurs. Alors la première année, il passe deux mois dans son petit appart de 25 m² à regarder toutes les vidéos qu'il déniche sur YouTube et sur des sites d'Afrique du Sud et d'Australie.
En parallèle, il « ponce » ses collègues qui bossent dans le rugby : comment tu vois ça, comment tu fais ça, et surtout pourquoi tu le fais. Il note tout sur un cahier, qu'il préfère à l'ordinateur. Au fil des semaines, le stress, énorme au départ, se dissipe, et il se rend compte qu'il sait faire. Le travail d'immersion transforme l'angoisse de l'inconnu en compétence réelle.
Le patin artistique, c'est un autre choc, mental cette fois. Passer d'athlètes de combat, testostérone et adrénaline, à de jeunes patineuses, Sébastien pense au départ qu'il n'y arrivera pas. Sa solution ne consiste pas à rester au chaud dans sa zone de confort. Il va chercher un axe sur lequel il pèche : la pliométrie. Il met le focus là-dessus, et il apprend.
Ce réflexe revient tout le long de sa carrière : repérer son point faible et aller bosser dessus, au lieu de rabâcher ses points forts. On y reviendra dans son conseil final, parce que c'est très exactement ce qu'il recommande à ceux qui se lancent.
Sébastien ne tape pas sur la fac, et il ne la met pas non plus sur un piédestal. Sa réponse est honnête : les ennuis arrivent quand on ne travaille pas, quelle que soit la voie. Pour le prouver, il cite un de ses meilleurs collègues et amis, Flavien Guek, préparateur physique de rugby depuis des années, lui issu du système universitaire. Le diplôme ne dispense personne de bosser.
Ce que l'universitaire a en plus, il le dit franchement : certaines réflexions qui viennent plus vite, et un rapport aux études scientifiques pris tôt. Lui, ça ne l'intéresse pas, et il enchaîne aussitôt en admettant que c'est facile à dire, qu'au fond c'est parce qu'il n'a pas été éduqué à ça. Son terrain de prédilection, c'est le terrain.
L'autodidacte, à l'inverse, doit aller chercher seul ce que la fac sert dans son cursus : l'anatomie, la biomécanique, le développement des qualités physiques. Sébastien le prend volontiers, parce qu'il y a énormément à comprendre. Et le corps lui rappelle vite l'humilité : tu as beau connaître le biceps, parfois c'est le triceps qui lâche, parce qu'un autre muscle plus loin dans la chaîne ne fait pas son boulot. C'est compliqué, c'est sans fin, d'où sa règle : faire des choses simples et efficaces.
Au passage, il renvoie les deux diplômes dos à dos sur un point. Le BPJEPS, il en vient, donc il peut le critiquer : impossible d'être préparateur physique avec ça, quel qu'il soit, le point de départ ne suffit pas. Et le master fait illusion un temps, jusqu'au moment où il faut creuser plus loin par soi-même. Dans les deux cas, sans travail personnel, le mur arrive.
S'il fallait garder une seule qualité du coach, pour Sébastien c'est l'adaptation. Il la tient du terrain militaire, d'une phrase qu'un sous-officier lui a rentrée dans le crâne et qui l'a suivi toute sa carrière : « on s'adapte, on domine », dans sa version complète « on improvise, on s'adapte, on domine ». Dans les corps étatiques, sur le terrain, tu n'as pas le choix. La théorie est belle, mais quand tu es dans l'action il faut s'adapter en deux secondes.
Il avait un modèle, un sous-officier qu'il n'aimait pas du tout, mais ultra compétent, et il s'était dit qu'un jour il serait comme lui. Aujourd'hui, à ses stagiaires en prépa physique, il sert exactement la même phrase. Concret : un joueur débarque avec mal au genou alors que tu avais prévu du squat lourd, il faut savoir s'adapter derrière pour quand même le faire travailler, et savoir justifier un minimum sa vision, le pourquoi, sans dérouler une dissertation à l'athlète.
L'histoire des ligaments croisés résume tout. Première année en judo féminin, son athlète se fait les croisés. Serein, Sébastien imprime 150 pages de protocoles, se dit que c'est plié, qu'il n'a plus qu'à suivre. Il suit, tout marche. Du coup il s'inscrit à une formation d'un week-end avec Michael Bertomier, en pensant presque lui apprendre son métier.
Là, il se prend « une gifle monumentale sur le genou ». Il ne soupçonnait pas qu'il y avait autant de choses dans un genou, autant de réflexion autour de la réathlétisation, qui se résumait pour lui jusque-là à de l'entraînement. Deuxième année, autre athlète, mêmes croisés, il se dit que ce sera facile avec son cahier. Bizarrement, ça ne l'est pas. Il en est aujourd'hui à une dizaine de cas, et à dix façons de faire différentes. La même blessure n'appelle jamais le même protocole.
C'est là que la théorie retrouve sa juste place : un guide, pas une parole d'évangile. On te donne un cadre général, ça ne veut pas dire qu'il faut s'interdire de creuser, de sortir un peu du carcan, de tester. Sébastien pointe le travers inverse, trop courant dans les formations : prendre le guide général pour une vérité, du genre « j'ai appris ça, donc je l'applique ».
Ce qui fait évoluer, c'est la confrontation au terrain. Tout ce que tu connais en théorie, tout ce qui a déjà marché, le jour où une problématique te bloque, tu ne sais plus quoi faire, et c'est là que tu crées de nouveaux protocoles, que tu essaies. Sur dix personnes avec le même type de problème, on ne refait pas deux fois la même chose, parce que les structures en jeu diffèrent chez chacun. D'où l'impératif d'individualiser au lieu de recracher du préconçu.
Son premier conseil : se donner les moyens. Si tu veux être préparateur physique, il faut y aller. Concrètement, ça veut dire combler tes points faibles : si tu es bon en muscu, tu es potentiellement moins bon sur le cardio conditioning, et inversement. Pas question d'avoir peur d'aller chercher là où tu es mauvais.
Le deuxième : rester gourmand et curieux. Écouter ce qui se fait dans le foot, la natation, le CrossFit, n'importe quel sport. Avec les podcasts, c'est devenu simple d'entendre la réflexion de tel ou tel. L'entraînement, on ne va pas le réinventer, des gens bossent dessus depuis des années, mais comprendre pourquoi ils font les choses, voilà ce qui le nourrit le plus aujourd'hui. Il lit de moins en moins d'articles et écoute de plus en plus l'expérience des autres, des jeunes prépas de 25 ans comme des anciens de 45-50 ans. Il cite l'épisode de podcast avec Jean-Pierre Egger, « une tuerie ». Et il le précise : pas besoin d'un entraîneur d'athlète de super haut niveau pour s'inspirer. Un type qui a gagné, ou fait gagner, même au cross du bout de la rue, avec une bonne réflexion, ça lui suffit.
Le troisième, et il insiste, c'est le réseau. Il en fait beaucoup. La preuve par son livre, écrit avec Antoine Martinez et Laurent Martinez (Laurent Maréchal, co-auteur de la « méthode française », était d'ailleurs invité dans un précédent épisode). Le projet naît d'une soirée à Paris où Antoine lance pour rigoler « et si on écrivait un livre » ; quinze jours plus tard, ils ont un teaser pour l'éditeur 4Trainer, chez qui Sébastien est depuis longtemps. Sept mois d'écriture, des directives d'édition, le covid qui plombe la sortie, puis des ventes correctes, et un second titre qui marche encore très bien. Peu importe d'où tu démarres, conclut-il : ce qui compte, c'est l'intention que tu mets dans ton parcours, et les bonnes personnes que tu croises en route.
Oui, pour le haut niveau amateur, c'est faisable. C'est même la réponse directe que donne Sébastien. Mais il pose une condition non négociable : beaucoup de travail. Énormément d'investissement personnel, de recherche, de partage de connaissances, et ça dans des sports différents, donc beaucoup d'analyse de la tâche. La voie sans fac demande sans doute plus d'efforts, pas moins.
Oui, et Sébastien les a toutes empruntées : un BPJEPS au départ, un DU au CREPS de Montpellier, puis surtout des formations privées choisies une par une, un mentorat d'un an chez EXOS avec Frédéric Marcerou, et des séminaires ou stages ciblés comme le kettlebell et le strongman. Sa logique pour préférer le privé : savoir précisément pourquoi il payait et pourquoi il se déplaçait.
Non, selon Sébastien, et il est bien placé pour le dire puisqu'il en vient. « On ne peut pas être préparateur physique avec un BPJEPS, c'est impossible », quel qu'il soit. Le point de départ ne suffit pas. Il ajoute que le master lui-même fait illusion un certain temps, jusqu'au moment où il faut aller chercher plus loin dans l'anatomie, la biomécanique et le développement des qualités physiques.
Pour Sébastien, c'est une des étapes les plus structurantes de son parcours. Son année de mentorat chez EXOS avec Frédéric Marcerou est un format long et encadré, qui correspond à sa façon d'apprendre bien mieux qu'un cursus imposé. Couplé aux formations privées ciblées, c'est ce qui lui a permis de monter en compétence sans passer par le master.
Oui, et son histoire le montre. Quinze ans pompier de Paris et sous-officier, puis bascule vers la prépa physique jusqu'à un poste de salarié dans le rugby National 2. La condition, c'est l'intention : la préparation physique l'a toujours attiré, et c'est cette envie tenue dans la durée qui rend la reconversion possible.
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