Un jeune basketteur cartonne à l'entraînement. Il enchaîne, il shoote, il bouge bien. Le match arrive, et tout s'écroule. Deux ou trois mauvaises actions suffisent : il revient au banc en lâchant « c'est bon, je fais un match de merde, je suis nul, j'arrive plus à shooter ». Le plus frappant, c'est ceux qui décrochent avant même le coup d'envoi. Lindit Osdautaj, prépa physique et coach de boxe anglaise formée Labo RNP, le formule simplement : « ils ont même pas encore fait l'exercice qu'ils savent déjà qu'ils vont pas y arriver ». Le talent physique, lui, est bien là. Ce qui sabote la performance sportive, c'est le discours intérieur, ces croyances limitantes qui tournent en boucle. Lindit a une phrase pour ça : « on est les meilleurs pour s'autosaboter. » Reste à voir de quoi on parle au juste, d'où ça vient, et comment un entraîneur peut faire sauter ces verrous directement sur le terrain.
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Un jeune basketteur cartonne à l'entraînement. Il enchaîne, il shoote, il bouge bien. Le match arrive, et tout s'écroule. Deux ou trois mauvaises actions suffisent : il revient au banc en lâchant « c'est bon, je fais un match de merde, je suis nul, j'arrive plus à shooter ». Le plus frappant, c'est ceux qui décrochent avant même le coup d'envoi. Lindit Osdautaj, prépa physique et coach de boxe anglaise formée Labo RNP, le formule simplement : « ils ont même pas encore fait l'exercice qu'ils savent déjà qu'ils vont pas y arriver ». Le talent physique, lui, est bien là. Ce qui sabote la performance sportive, c'est le discours intérieur, ces croyances limitantes qui tournent en boucle. Lindit a une phrase pour ça : « on est les meilleurs pour s'autosaboter. » Reste à voir de quoi on parle au juste, d'où ça vient, et comment un entraîneur peut faire sauter ces verrous directement sur le terrain.
Ce sont ces pensées qui débarquent et plombent la performance avant que le geste ait commencé. « Je vais pas y arriver. » « C'est pas pour moi. » « Je suis nul dans ce type d'exercice. » Lindit les entend dès qu'elle propose un exercice un peu corsé à ses jeunes.
Le marqueur central tient en un mot : le discours interne négatif. Le jeune se parle à lui-même, et ce qu'il se raconte le bloque. Lindit est tombée sur le sujet en lisant deux livres, « Plus rien ne pourra me blesser » de David Goggins et « Sans limite » de Jim Kwik, qui creusent tous deux ces croyances. Ça a résonné avec ce qu'elle voyait déjà chez ses athlètes.
Avant de repérer quoi que ce soit, Lindit pose un climat de confiance. À ses débuts au club de basket, elle ne connaissait personne. Sa méthode tient en peu de choses : deux ou trois questions à chaque entraînement sur la façon dont les jeunes vivent, leur milieu familial, pourquoi ils font du basket, ce qu'ils visent. De quoi voir comment chacun reçoit ses conseils.
Ensuite, elle observe dès les premières séances. Deux profils ressortent. Ceux qui posent leur blocage à voix haute. Et ceux qui ne disent rien, mais chez qui le stress grimpe à fond : ils se ferment, ils exécutent, et tu sens bien qu'ils sont coincés. Le discours interne tourne dans les deux cas, sauf qu'il ne sort pas toujours.
C'est en match que l'écart crève les yeux. Des jeunes qui brillent à l'entraînement perdent pied dès la compétition. Quelques actions ratées, et c'est plié : « ah c'est fini », le jeune arrive au banc en se déclarant nul. Tout l'enjeu pour le coach, c'est de les faire basculer de cette pensée négative vers une pensée positive pile au moment où ça compte.
Lindit a fait un lien intéressant entre ces blocages et les réflexes archaïques. En testant sur certains jeunes, elle observe que beaucoup ont le réflexe de Moro actif ou le RPP actif, plutôt corrélés au réflexe émotionnel. Ce sont aussi ces profils qui, sous pression, se figent ou partent dans la fuite. À prendre avec prudence : c'est une observation de terrain sur certains jeunes, pas une règle générale.
Elles s'installent tôt. Dès 15 ou 16 ans, le décor est déjà planté. Le carburant, c'est l'éducation, l'environnement, tout ce que le jeune a vécu jusqu'à ses 15 ans. Lindit le résume crûment : « si tout le temps tu as un discours de merde qui t'entoure, à un moment ça va raisonner en toi en permanence ».
Plusieurs voix pèsent dans la balance : le père, l'entourage, l'entraîneur. Bonne nouvelle quand même, ces croyances restent malléables et influençables. Elles bougent selon les performances vécues, selon les mots qu'on s'adresse à soi-même, selon la manière dont l'entraîneur parle au jeune. Et c'est exactement là que le coach tient un levier.
Le switch, c'est passer d'une pensée négative à une pensée ressource. Un outil de travail central en préparation mentale. Lindit insiste sur un point : ça se construit en routine bien avant le match, jamais au moment T où ça bloque. Si la capacité de switcher est déjà en place, le jeune bascule directement quand la pression débarque.
Les joueurs le font parfois tout seuls, d'ailleurs. Mené à la mi-temps ou au quart-temps, un joueur se dit « la prochaine période, je vais chercher la gagne ». Voilà déjà une forme de switch.
Pour désamorcer le « je suis nul », on va déterrer une réussite déjà vécue. « Rappelle-toi la fois où tu étais excellent alors que tu étais en échec. » Un match mal embarqué puis gagné. Et si ça n'existe pas dans le basket, ça se trouve ailleurs, même dans une partie de jeu vidéo mal partie qui finit bien.
Quand le jeune est trop jeune pour avoir ce recul, on prend une référence connue : ces remontadas en Ligue des Champions où une équipe perd 4-0 et finit par l'emporter. Le principe tient dans une phrase de Lindit : « tant que le jeu ne s'est pas arrêté, c'est pas la fin. » Combien de matchs de basket se jouent sur le gong, avec le trois points qui sauve l'équipe.
On écrit ses croyances limitantes sur des post-its. On les colle bien en vue, dans un livre, sur une armoire. Puis on imagine un deuxième personnage qui porte ces croyances, et on le détache de soi. L'idée : saisir que ces croyances ne sont pas toi.
Comme une croyance s'efface difficilement, on la remplace : par une affirmation positive ou une visualisation positive, une à la fois. Lindit conseille même d'écrire le switch juste en face de la croyance. L'écrit parle aux profils kinesthésiques, le voir parle aux visuels. Et le switch peut rester tout simple. Sur « je suis nul parce que j'ai loupé le panier », pas besoin d'aller chercher loin : « c'est pas grave, la prochaine fois je ferai mieux, il faut que j'ajuste ça ». Cette capacité à s'adapter en continu, voilà ce qui fait les champions. Sans elle, on reste bon en club et mauvais en match.
La pyramide de Dilts vient de la PNL. Elle empile des niveaux logiques. À la base, l'environnement. Au-dessus, les comportements, le quoi. Encore au-dessus, les capacités. Puis les croyances et les valeurs. Et tout en haut, l'identité (certains placent même la spiritualité par-dessus).
Le principe est limpide : pour changer un étage, tu travailles celui du dessus. Tu veux modifier un comportement, tu retravailles tes capacités. Tu veux changer tes capacités, tu retravailles tes croyances et tes valeurs. Au-dessus des croyances, il y a l'identité. À un « je ne suis pas capable » répond donc la question : « qu'est-ce que tu es vraiment dans la vie ? Qu'est-ce qui te définit ? » Pas un prénom, mais la façon dont tu te définis. C'est le niveau le plus dur à toucher, mais agir déjà sur les croyances et les valeurs suffit souvent à se recentrer.
Le travail de clarification se pose simplement. On part d'une liste de valeurs, on en garde 10, puis 5, puis 3. On le fait à l'échelle de l'équipe et à l'échelle de chacun, puis on vérifie si tout le monde est aligné. Si les joueurs ne le sont pas du tout sur les valeurs de l'équipe, il faut redéfinir.
Le lien avec le blocage est direct. Lindit prend un exemple : si une de tes valeurs principales est la famille, et que dès que ta famille est à la maison tu n'as pas envie de travailler, tu ne progresseras pas dans ton travail. Une valeur personnelle qui rentre en conflit avec l'effort fait plafonner la performance. D'où l'intérêt de retravailler ce niveau.
Une trentaine de joueurs sur deux équipes, ça fait des profils très contrastés : les ambitieux qui veulent aller loin, ceux qui se servent du sport comme soupape pour relâcher, ceux qui viennent pour le plaisir. Lindit a vécu ce grand écart en cross training, avec un créneau de 18h ultra compétitif (« on veut se massacrer ») et un créneau de 20h, les rigolos, ambiance cool. Impossible de parler aux deux groupes de la même façon. Quand un joueur de 20h devait venir à 18h, il ne se sentait pas à sa place.
Repérer ces profils en amont aide à comprendre, et aide les joueurs à se comprendre entre eux. En club amateur, on ne peut pas écarter quelqu'un qui freine le groupe. Dans un cadre plus pro, oui. Lindit l'a constaté : quand des joueurs trop partis dans l'esprit compétitif ont créé une dissonance, leur départ a redynamisé le groupe, alors que certains voulaient arrêter. Retirer un élément dissonant peut faire avancer tout le monde.
Le discours de l'entraîneur pèse lourd. On le voit au foot, où les changements de staff sont monnaie courante : souvent, le nouveau staff ramène la victoire. Pas grâce à une semaine de prépa physique ni à de la technique gagnée en cinq jours, mais grâce à un effet quasi placebo autour du discours et du changement. Un discours motivant, ça s'apprend, il existe des formations spécifiques. Lindit cite Aimé Jacquet pendant la Coupe du monde 98, dans « Les Yeux dans les Bleus » : ses prises de parole dans les vestiaires donnaient envie de le suivre. Parfois, le discours d'une seule personne suffit à déclencher le switch de toute une équipe.
Lindit aime avoir « le CV de chaque joueur » pour choisir les mots qu'elle emploiera avec lui. Certains, tu peux leur crier dessus, ça glisse : « OK, je ferai mieux la prochaine fois ». D'autres, tu cries dessus et tu les as perdus, ils se ferment (souvent les profils Moro ou RPP, dans la fuite ou la pétrification). On appelle ça la synchronisation, en hypnose comme en sophro : se caler sur la personne pour mieux lui parler. Pas évident dans une équipe, où les caractères se mélangent.
Lindit prend l'exemple d'un footballeur frustré : peu de temps de jeu, il entre toujours en fin de match, il rêve d'être titulaire. En discutant avec l'entraîneur, elle apprend que ce joueur est un finisseur, lancé pile au moment de faire basculer le match. Le hic : personne ne le lui a vraiment dit, ou le message est mal passé. Du coup, lui croit qu'il joue peu parce qu'il est nul.
Nommer sa force change tout. « Tu es mon joueur de fin de match, celui qui va changer la donne, celui qui va marquer les paniers en attaque. » La croyance « si je joue peu, c'est que je suis mauvais » bascule alors vers « il m'utilise pour gagner le match ». Dans sa tête, ça résonne complètement autrement, et l'impact sur la performance est réel. Avec une limite honnête posée par Lindit : valoriser sans mentir. Si un joueur ne joue pas parce qu'il a un vrai point faible, il faut le lui dire (« tu cours vite, mais tu sais pas shooter »), et lui définir les phases à améliorer pour gagner du temps de jeu.
On débriefe spontanément après une défaite, pour corriger. Lindit insiste sur l'inverse : débriefer après une victoire, c'est encore mieux. Ça permet d'analyser les phases bancales même en ayant gagné, de les corriger, et de s'appuyer davantage sur les ressources. On arrête de fixer uniquement le négatif pour renforcer le positif.
Le tout en gardant un discours très positif, surtout pour des U16. Comme le rappelle Lindit, on ne sait pas d'où vient le jeune, ce qu'il vit à la maison ou à l'école. Casser un jeune en match, même sans le faire exprès parce qu'on est nerveux, peut laisser une trace qu'on ne mesure pas. Elle cite le fils d'une amie, 7 ans et demi au handball, qui veut tout arrêter après six mois à se faire crier dessus par un entraîneur qui vit le samedi matin comme une compétition. L'aspect jeu compte. On n'est pas là pour chouchouter ni dorloter, mais on peut toujours prendre le jeune à part et lui expliquer les choses gentiment.
Des pensées qui surgissent avant l'action et conditionnent la performance : « je vais pas y arriver », « c'est pas pour moi », « je suis nul dans cet exercice ». Le marqueur, c'est un discours interne négatif que le jeune s'adresse à lui-même, parfois à voix haute, parfois en silence avec le stress qui monte.
De l'éducation, de l'environnement, de tout ce que le jeune a connu jusqu'à ses 15 ans. Le discours de l'entourage, du père et de l'entraîneur les nourrit. Dès 15-16 ans elles sont déjà bien ancrées, mais elles restent malléables et influençables.
Oui. Le premier levier est le switch mental, qui fait passer d'une pensée négative à une pensée ressource, installé en routine bien avant le match. On s'appuie aussi sur les réussites passées pour contrer le « je suis nul ».
Avec la technique des post-its : écrire ses croyances, les afficher, les attribuer à un personnage extérieur pour les dissocier de soi, puis remplacer chacune par une affirmation ou une visualisation positive, une à la fois. Et avec la pyramide de Dilts, qui travaille les croyances et les valeurs pour faire bouger les comportements et les capacités.
Dans la pyramide de Dilts, l'identité est l'étage au-dessus des croyances. À « je ne suis pas capable » correspond la question « qu'est-ce que tu es vraiment, qu'est-ce qui te définit ? ». C'est le niveau le plus difficile à travailler, mais c'est lui qui commande les croyances en dessous.
En s'appuyant sur ses ressources passées et en valorisant le rôle réel du joueur, comme nommer un finisseur pour ce qu'il apporte au match. Le tout sans mentir : si un point est à travailler, on le dit aussi, et on définit ce qu'il faut améliorer.
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