Fin des années 2000, en STAPS. Romain Kachavenda apprend la technique d'un côté, le physique de l'autre, et au milieu, rien ne relie vraiment ce que le geste réclame à ce que le corps sait produire. Ce maillon manquant porte un nom : l'apprentissage moteur, et c'est de ce point précis que part toute la démarche de LabO RNP.
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Fin des années 2000, en STAPS. Romain Kachavenda apprend la technique d'un côté, le physique de l'autre, et au milieu, rien ne relie vraiment ce que le geste réclame à ce que le corps sait produire. Ce maillon manquant porte un nom : l'apprentissage moteur, et c'est de ce point précis que part toute la démarche de LabO RNP.
Quand Romain décrit son métier de préparateur physique, il commence par le manque ressenti à la sortie du Master STAPS. Un lien qui ne se faisait pas, entre la demande technique et tactique d'un sportif d'un côté, sa demande physique de l'autre. L'apprentissage moteur, c'est précisément cet élément central, celui qui se tient au milieu et fait la jonction.
Reprends les pièces. Un sportif a besoin de qualités physiques, la force, la vitesse, tout ce qui le rend plus performant. Il a aussi besoin de gestes techniques justes dans sa discipline. Tant que tu travailles ces deux mondes en parallèle sans jamais les brancher l'un sur l'autre, il manque une pièce. L'apprentissage moteur est cette pièce. Celle qui relie le geste à la capacité physique, celle qui fait qu'une qualité gagnée à l'entraînement se retrouve pour de vrai dans le mouvement de la discipline.
Sur ce sommet, l'équipe parle de motricité au sens large, pas seulement de performance sportive. L'apprentissage moteur en est le socle. Dès que tu cherches à comprendre comment quelqu'un apprend à bouger et à optimiser ses mouvements, tu passes par là. C'est la porte d'entrée, et elle ouvre droit sur deux notions que Romain place au cœur de sa réflexion : la boucle perception-action et la boucle sensorimotrice.
Romain le dit sans détour : dès qu'on s'intéresse à l'apprentissage moteur et à la motricité, on tombe très vite sur la boucle perception-action et sur la boucle sensorimotrice. Pas un détour théorique. Le chemin naturel quand tu creuses la question du mouvement.
L'idée de boucle tient en une chose : bouger et percevoir ne sont jamais deux étapes séparées. Tu perçois, ce que tu vois, ce que tu sens, où se situe ton corps dans l'espace. Tu agis en fonction de cette perception. Et l'action elle-même te renvoie de nouvelles informations qui ajustent le geste d'après. Le mouvement et la perception tournent en continu l'un dans l'autre. Voilà ce que recouvrent les mots « perception-action » et « sensorimoteur » : du sensoriel qui nourrit le moteur, du moteur qui fabrique du sensoriel.
L'approche de LabO RNP démarre exactement là. Au lieu de poser la technique et le physique comme deux chantiers séparés, l'équipe prend la boucle perception-action comme point de départ, et s'en sert pour relier les demandes techniques et tactiques du sportif à ses demandes physiques. Te placer à l'interface des deux, c'est te placer sur la boucle elle-même. Ce positionnement donne tout son sens au titre de préparateur athlétique tel que Romain l'emploie.
Romain découpe son métier en deux versants, et le découpage compte. Le développement des qualités physiques d'un côté. L'optimisation du potentiel déjà présent de l'autre. Deux intentions différentes, deux types de travail.
Le premier versant, c'est le boulot classique du préparateur physique : développer ce qui rendra un sportif nettement meilleur dans sa discipline. Tu construis de la qualité, tu ajoutes de la capacité. Le second versant déplace le regard. Au lieu d'ajouter, tu cherches à mieux exploiter ce que la personne possède déjà. C'est ici que la motricité et la boucle sensorimotrice entrent en scène, parce qu'optimiser un potentiel existant revient à optimiser la façon dont la perception et l'action se coordonnent.
Le mot « transfert » est la clé de ce versant. Une qualité physique développée en salle ne vaut que si elle ressort dans le geste réel de la discipline. Une force gagnée qui ne se traduit jamais sur le terrain n'a rien transféré du tout.
Voilà pourquoi Romain parle de préparateur athlétique plutôt que de simple préparateur physique. Le préparateur athlétique est, selon ses mots, le garant du transfert des qualités physiques dans la discipline. Son rôle : s'assurer que ce qu'on a construit d'un côté arrive bien jusqu'au mouvement sportif de l'autre. Et pour garantir ce transfert, tu reviens à l'apprentissage moteur et à la boucle perception-action, puisque c'est par eux que la qualité physique se relie au geste technique.
Le second versant change le point de départ. Adrien Chartier, posturologue et préparateur physique depuis plus de vingt ans, dit s'être toujours intéressé à la même chose : améliorer le potentiel de base des sportifs, et depuis plus de dix ans, optimiser réellement leur mouvement.
Optimiser le potentiel existant, c'est travailler la qualité de la boucle sensorimotrice de la personne, la manière dont elle bouge déjà, pour en tirer davantage. Les deux praticiens placent ce levier au centre de la démarche. C'est aussi ce qui relie leur travail sur le sportif de haut niveau à leur travail auprès de publics très différents, les enfants par exemple.
La recherche permanente d'Adrien sur la manière dont on bouge l'a mené ailleurs que sur le terrain sportif. À force de chercher comment mieux faire bouger les athlètes, il a constaté de grandes difficultés de mouvement chez les enfants. Depuis plus de dix ans, c'est ce public qui occupe l'essentiel de son travail.
De ce travail de terrain mené dans les écoles, il tire une corrélation forte : le mouvement est hautement lié à la sphère émotionnelle, et lié aussi à la sphère des apprentissages chez l'enfant. Observe comment un enfant bouge, et tu observes en même temps quelque chose de son rapport aux émotions et de sa capacité à apprendre. L'étude qu'il évoque sera détaillée lors du sommet. À ce stade, il pose la corrélation observée, pas un chiffre.
Le raisonnement vaut bien au-delà de l'enfance. Le cerveau qui nous permet de créer du mouvement est aussi celui qui crée nos apprentissages et nos émotions. Traite la posture, le mental et l'émotionnel comme des domaines étanches, et tu passes à côté de l'essentiel. La sphère posturale, la sphère mentale et la sphère émotionnelle ne se dissocient pas. Elles partagent le même socle neurobiologique, et c'est bien pour ça qu'on ne peut pas travailler l'une en ignorant les autres.
Adrien est franc sur son propre parcours. Il a traversé plusieurs phases dans l'univers du mouvement, des phases que beaucoup de pros connaissent : l'entraînement fonctionnel, la mobilité, l'automassage. Des outils partout, qu'on présente souvent comme des incontournables.
Son constat, après plus de quinze ans, tombe net : ces outils ne fonctionnent que très peu. Ils n'ont pas tenu la promesse d'améliorer durablement les sportifs. C'est ce qui l'a poussé à chercher ailleurs, du côté de la compréhension fine de la manière dont on bouge et dont le cerveau produit le mouvement. La critique n'a rien de gratuit : elle vient d'un praticien qui a utilisé ces outils avant d'en mesurer les limites sur le terrain.
L'autre série de critiques, l'équipe l'a prise de plein fouet en voulant fédérer. Au démarrage de LabO RNP, leur premier réflexe a été d'appeler leurs anciens formateurs pour bâtir une grande communauté autour du mouvement. Ils reconnaissent y être allés un peu naïvement. Très vite, les guéguerres de clochers et les critiques, le réflexe de chacun de défendre son pré carré au lieu de bosser ensemble. C'est seulement maintenant, après s'être fait une place dans le milieu, qu'ils jugent le moment venu de relancer ce mouvement fédérateur.
LabO RNP veut dire Reprogrammation Neuro-Posturale. C'est l'organisme de formation que l'équipe fait vivre depuis cinq à six ans. Il forme un éventail large de métiers : coachs sportifs, kinés, ostéopathes, psychomotriciens, ergothérapeutes, éducateurs du mouvement, éducateurs spécialisés, psychologues, préparateurs mentaux. Tous concernés par la motricité, tous croisés rarement autour de la même table.
Le problème repéré dès le début est très concret. Un coach conseille à un sportif d'aller voir un ostéopathe, un kiné ou un psychomotricien, et le sportif ne sait souvent pas ce que fait chacun de ces professionnels. Pire : en discutant avec ces professionnels eux-mêmes, l'équipe a découvert qu'eux non plus ne saisissaient pas toujours le champ de compétences des autres. Chacun travaille bien, dans l'ignorance de ce que fait le voisin.
D'où l'idée d'un référentiel et d'un langage commun. Le constat éclaire tout : un kiné, un ostéopathe, un préparateur physique parlent souvent de la même chose, mais chacun avec son vocabulaire et son spectre propre. Mis bout à bout, leurs discours se révèlent souvent être des descriptions différentes d'une seule réalité. Réharmoniser ce vocabulaire fait deux choses d'un coup : parler de la même chose avec les mêmes mots, et adopter une vision réellement pluridisciplinaire d'une prise en charge.
Le bénéfice, l'équipe le mesure depuis six ans sur ses séminaires. Dans les moments off, autour des repas, toutes les professions échangent à l'horizontale. Des noyaux durs se forment ville par ville, où des pros d'horizons différents commencent à comprendre comment les autres travaillent et à bosser ensemble pour de vrai. Les retours convergent : quand chacun comprend ce que fait l'autre et peut lui référer une personne, l'accompagnement accélère. C'est la finalité du métier au fond, aider la personne en face de soi, et c'est elle qui avance plus vite.
Le Sommet des professionnels de la motricité prolonge cette logique. L'équipe l'a voulu fédérateur et pluridisciplinaire, ouvert à toutes les professions qui gravitent autour du mouvement. Les intervenants, des professionnels que l'équipe connaît et choisit pour leur qualité, sont tous bénévoles. Personne n'a été rémunéré pour ce sommet.
L'enjeu d'argent a été écarté volontairement. Le tarif demandé sert uniquement à couvrir les frais d'organisation du rendez-vous en présentiel, la location de la salle à Paris pour le week-end. L'objectif affiché reste simple : réunir tout le monde, faire parler le même langage à des métiers divers, et entretenir au-delà de l'événement un effort collectif plutôt qu'individuel.
C'est l'élément central qui relie la demande technique et tactique d'un sportif à sa demande physique. Romain Kachavenda le décrit comme le maillon qui manquait dans sa formation STAPS, là où la technique et le physique étaient enseignés séparément. Dès qu'on s'y intéresse, on arrive sur la boucle perception-action et la boucle sensorimotrice, ces allers-retours continus entre ce que l'on perçoit et ce que l'on fait. L'apprentissage moteur est le socle de la motricité au sens large, et la porte d'entrée pour optimiser le mouvement d'une personne.
Il y en a deux à distinguer. D'abord, la critique des outils classiques : Adrien Chartier constate, après plus de quinze ans de pratique, que l'entraînement fonctionnel, la mobilité et l'automassage sont des outils qui ne fonctionnent que très peu, ce qui l'a poussé à chercher du côté de la compréhension du mouvement et du cerveau. Ensuite, les critiques que LabO RNP a essuyées en voulant fédérer les professions : en lançant leur communauté, l'équipe s'est heurtée aux guéguerres de clochers, au réflexe de chacun de défendre son territoire plutôt que de collaborer. C'est après s'être fait une place dans le milieu qu'ils relancent aujourd'hui ce mouvement fédérateur.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
L'activité physique change la donne pour le TDAH de l'enfant. Adrien Chartier, préparateur physique depuis plus de vingt ans et cofondateur de Labo RNP, le résume en une phrase : on envoie nos enfants deux heures aux devoirs et trente minutes de sport le mercredi, il faudrait faire l'inverse. Voici le mécanisme neurologique, comment juger les approches selon leur niveau de preuve, et un plan progressif sur douze semaines à lancer dès demain.
L'hyperactivité motrice de l'enfant est d'abord un signal. Quand un enfant bouge sans arrêt, son système nerveux cherche le plus souvent à se réguler, à se stimuler ou à évacuer une tension. Comprendre ce que ce mouvement résout change tout ce qu'on va lui proposer.