À l'échauffement tout colle, en compétition la symétrie s'effondre. La plupart des bilans cherchent alors un muscle faible, et tournent en rond. L'analyse du mouvement par la boucle sensorimotrice répond autrement : avant de corriger le geste, regarde comment le cerveau lit les informations qui le précèdent.
1/4h LabO #242 · Regarder l'épisode sur YouTube
À l'échauffement tout colle, en compétition la symétrie s'effondre. La plupart des bilans cherchent alors un muscle faible, et tournent en rond. L'analyse du mouvement par la boucle sensorimotrice répond autrement : avant de corriger le geste, regarde comment le cerveau lit les informations qui le précèdent.
Un coureur débarque sur le terrain. À l'échauffement, montées de genoux tranquilles, peu d'intensité, et tout colle : alignement nickel, cadences propres, temps d'appui droite-gauche identiques. Du beau travail. Puis tu montes l'intensité, plus d'appui au sol, plus de frappe. En quelques foulées, la symétrie a disparu. Plus moyen de réguler. À l'entraînement ça passe, en compétition ça casse.
Le réflexe qu'on a tous eu, c'est d'aller chercher un muscle faible ou une amplitude qui manque. Tu testes, tu renforces, tu étires. Et tu tournes en rond. La vraie piste est ailleurs : une information proprioceptive de la cheville, héritée de plusieurs entorses, qui fait remonter une fausse alerte au système nerveux. Le cerveau reçoit des signaux qui ne concordent pas, il ne sait plus qui croire, et il tire le frein à main avant même que l'athlète ait pu poser sa force au sol.
D'où la question qui ouvre toute la suite : et si le problème n'était pas dans le geste lui-même, mais dans la façon dont le cerveau lit les informations avant de bouger ? Voilà l'angle mort des bilans qu'on pratique tous. On va voir comment relire un bilan à travers la boucle sensorimotrice, et pourquoi ça change ta manière de corriger.
Regarde ce qui se pratique vraiment, chez les coachs sportifs, les prépas physiques, les kinés, les ostéos. Le bilan se limite presque toujours à une chose : la sortie motrice. On mesure le geste produit. On note des amplitudes, des raccourcissements, des ratios de force. C'est utile, et ça décrit pourtant le résultat final sans jamais interroger ce qui le précède.
Les outils, tu les connais. Le FMS (Functional Movement Screening) donne une note finale qui extrapole vers une sorte de risque de blessure : bon indicateur de qualité de mouvement, à garder de côté. Les tests de raccourcissement musculaire, cotés de 0 à 4 (0 ou 1 pour du très raide, 4 pour de l'hypermobilité et de l'hyperlaxité), construisent une cartographie en toile d'araignée, groupe musculaire par groupe musculaire, côté droit, côté gauche. Les ratios de force repèrent les groupes en retard pour cibler des cycles de spécialisation. Tous ces outils tiennent debout et méritent de rester dans le bilan.
Reste qu'il leur manque quelque chose d'essentiel : ils se font sur une ou deux répétitions. Pas de fatigue, pas de double tâche. Or sur un terrain de sport collectif, la fatigue et la double tâche sont la norme, pas l'exception. Un athlète peut être parfait sur une répétition à froid et décrocher dès que le système est vraiment sollicité.
Et puis la sortie motrice représente un tiers du système, et c'est la dernière étape de la chaîne. Mieux tu es calibré du côté des perceptions, mieux l'interprétation et la prise de décision se feront, et mieux la sortie motrice sera exécutée. Travailler uniquement le bout de la chaîne, ça revient à ignorer les deux tiers qui le déterminent.
Une phrase résume tout : je bouge pour percevoir, je perçois pour bouger. Ce que tu perçois va médier directement la capacité de mouvement que tu observes chez la personne en face de toi. C'est la boucle perception-action, à la base des théories de l'apprentissage moteur et de la coordination motrice.
Tape « comment on bouge » dans un moteur de recherche, tu tombes sur une réponse courte : le mouvement volontaire est commandé par le cerveau via le cortex moteur. C'est vrai, et c'est bien trop pauvre pour un professionnel du mouvement. La boucle sensorimotrice est une manière imagée de comprendre le système nerveux et son fonctionnement réel. Elle permet au corps de bouger de façon précise et coordonnée. Déséquilibre-la, et le mouvement trinque.
S'il faut retenir une seule chose : le système nerveux fait quatre choses, dans l'ordre. Il prend des informations dans l'environnement. Il les interprète. Il prend une décision à partir de ces interprétations. Il envoie une commande motrice au muscle. La sortie motrice arrive en dernier, après trois étapes que le bilan classique ne voit jamais.
La prise d'informations passe par les récepteurs sensoriels : vision, somesthésie, vestibulaire. Ces entrées créent une afférence, un flux montant vers les centres d'interprétation et de prise de décision. La décision prise, une efférence redescend et produit la sortie motrice. Cette sortie fait bouger le corps, ce qui génère aussitôt de nouvelles perceptions, qui relancent la boucle. D'où le terme boucle perception-action : entrée par les récepteurs, sortie par le muscle, et la sortie qui nourrit en retour l'entrée suivante.
Pour un professionnel du mouvement, ignorer le système nerveux dans le mouvement relève de l'hérésie. Voici la cartographie, non exhaustive, des structures qui fabriquent un geste.
Le lobe frontal crée le mouvement volontaire. Le lobe pariétal gère le placement des membres et du corps dans l'espace. Le lobe occipital traite la vision. Les aires motrices supplémentaires assurent la stabilisation de l'axe et les mouvements bilatéraux. Le tronc cérébral régule les fonctions autonomes, la stabilisation réflexe et le tonus de base : retiens ce point, parce qu'il veut dire que quand tu parles de posturologie, tu parles en réalité en grande partie de tronc cérébral. Les ganglions de la base initient le mouvement. Le thalamus régule entre autres la force. Le cervelet assure la stabilisation et la coordination dans le mouvement. Les nerfs périphériques conduisent l'influx. Chacun de ces étages devrait pouvoir être testé et interprété par un professionnel du mouvement.
En amont de tout ça, trois portes d'entrée alimentent le système. La somesthésie, au sens large, qui comprend la proprioception, elle-même liée aux mécanorécepteurs. La proprioception, c'est la conscience de ton corps dans l'espace et dans le temps : les informations remontantes qui dressent une cartographie de ton corps, et le but, c'est d'avoir la cartographie la plus précise possible. Le système visuel et l'oculomotricité, soit la capacité à bouger les yeux le plus vite possible, en profondeur, à droite, à gauche, en saccades et en poursuites : six groupes musculaires par œil, qui se travaillent comme un biceps ou un quadriceps. Le système vestibulaire, le sens de l'équilibre. Ces trois entrées sont le carburant de toute la boucle.
Le système nerveux se construit comme un oignon. Pendant le développement de l'enfant, de 0 à 7 ans, dans la logique des stades de Piaget, la motricité ajoute des couches au fur et à mesure, jusqu'à obtenir un oignon mature. Garde cette image en tête pour comprendre ce qu'un bilan d'optimisation cherche réellement.
L'objectif d'un bilan, ce n'est pas de traiter une pathologie. Les kinés vestibulaires, eux, prennent en charge le pathologique. L'optimisation vise autre chose : un oignon mature à 100 %, où toutes les entrées sensorielles sont calibrées au maximum. L'équilibre devient une qualité physique à part entière, qu'on pousse à 100 % de ses capacités comme on pousse la force ou la vitesse. La proprioception doit fournir la cartographie corporelle la plus fine. L'oculomotricité doit être la plus efficiente possible, ce qui pèse énormément dans les sports de prise d'information comme le football, le handball, le basket.
À ces trois entrées calibrées s'ajoute une quatrième exigence : la bonne intégration de toutes les informations, quoi qu'il arrive, dans le fait de bouger dans le monde réel, sur un terrain, devant un bureau, ou pour un enfant qui apprend à l'école. Une boucle sensorimotrice robuste, c'est le plus de couches possible, la calibration la plus complète possible, pour des sorties motrices, cognitives et émotionnelles les plus propres possible.
Autre façon de voir la boucle : une balance de menaces. Imagine du sable qui tombe à l'endroit des entrées. Chaque grain est une information : les entrées sensorielles, mais aussi le stress, les émotions, les croyances, l'activité, le sommeil, la nutrition. Tout ce sable tombe dans un filtre d'interprétation muni d'un tamis.
Plus une information est qualitative, plus le grain est fin. Un grain fin passe le tamis et tombe du côté sécurité : là, le système peut produire de la force, de la vitesse, de la résilience, de l'endurance, de la coordination. Un grain trop gros (entrées sensorielles moyennes, stress élevé, sommeil bancal, nutrition mauvaise) ne passe pas le tamis et tombe du côté survie : fatigue, vertige, tension, douleur. Et si la survie s'accumule trop, on tape sur le buzzer de survie, des états plus avancés encore.
Le filtre d'interprétation se situe entre l'ancien cerveau et le nouveau cerveau. Le nouveau cerveau, ce sont les parties corticales. L'ancien cerveau, ce sont les structures sous-corticales, comme le tronc cérébral ou le thalamus. À cet endroit, le système regarde trois choses : y a-t-il un surplus d'informations, une erreur d'information, ou une non-concordance ? Ce sont elles qui font basculer du gros grain vers la survie.
La non-concordance la plus parlante, c'est le mal des transports. En voiture, côté passager, tu regardes ton téléphone. Ton vestibulaire t'indique que tu bouges, ton système visuel t'indique que tu ne bouges pas. Les deux signaux ne concordent pas. Le filtre ne sait pas lequel a raison, et il doit quand même prévenir le conscient que quelque chose cloche. Comment ? La nausée qui monte, la tête qui tourne : le début du mal des transports, côté survie. Une non-concordance entre deux entrées suffit à faire basculer tout le système.
Reviens au coureur du début. Il a fait plusieurs entorses sur la cheville droite. En course, son système visuel lui dit qu'il va droit, qu'il ne tombe pas. Son système vestibulaire confirme, via les organes otolithiques : bon rebond vertical, bonne avancée horizontale grâce aux utricules, peu de mouvements de tête. Mais côté proprioceptif, à cause des entorses, l'information qui remonte de la cheville, c'est qu'elle part sur le côté, comme au moment des blessures.
Le système nerveux se retrouve face à une non-concordance : la vision dit que ça va, le vestibulaire dit que ça va, la proprioception de la cheville dit qu'il est en train de tomber. Au niveau du filtre, impossible de trancher. Alors il met le frein à main, parce qu'il ne veut ni se refaire une entorse ni tomber. Voilà pourquoi à faible intensité tout reste symétrique, et pourquoi dès qu'on met de l'appui, on stimule certains mécanorécepteurs, on réveille la proprioception de la cheville, et la symétrie s'effondre. Tant que tu n'as pas identifié la problématique proprioceptive, tu cherches au mauvais endroit. À l'entraînement ça passe, en compète ça casse.
Tout ça dessine un continuum. D'un côté, une boucle mal calibrée fait ressortir douleur, fatigue chronique, manque de mobilité, tension, stress, mauvaise posture, mauvais contrôle moteur, manque d'équilibre, vertige, hyperactivité, mauvaise coordination. De l'autre, une boucle qui se calibre, qui ajoute des couches, qui maîtrise mieux le corps sensoriellement, débouche sur plus de liberté de mouvement, de coordination, de force, de vitesse, d'endurance, un bon équilibre, et même une meilleure santé endocrinienne, immunitaire et digestive, parce que le tronc cérébral gère aussi les fonctions autonomes. Et les ponts se font vers les autres publics : l'enfant qui se tient mieux pour écrire, le cadre qui reste concentré plus longtemps. C'est la même boucle, lue de la même façon.
La couche la plus fine de l'analyse décompose tout mouvement en trois étapes ordonnées dans le temps. Premièrement, une stabilité réflexe proactive, ou anticipatrice. Deuxièmement, le mouvement volontaire. Troisièmement, une stabilité réflexe rétroactive, ou compensatrice. Le geste visible n'est que le deuxième temps, encadré par deux temps réflexes inconscients.
Pour saisir une poignée de porte, tu utilises le biceps. Pourtant, si tu regardes les EMG, le gastrocnémien s'active avant le biceps. Cette activation préalable, c'est la stabilité réflexe proactive. L'image qui grave le mécanisme : pour tirer un boulet de canon, tu dois d'abord ancrer le canon au sol. Tire depuis un canoë, le boulet ne part pas loin. La stabilité réflexe anticipatrice stabilise le corps avant le mouvement volontaire, de façon totalement inconsciente, par des voies réflexes qui passent par le tronc cérébral.
Détail décisif : cette stabilité se fait en ipsilatéral, du même côté que l'hémisphère qui initie le mouvement. Pour bouger ton bras droit, c'est ton lobe frontal gauche qui envoie la commande, et avant cette commande, une stabilisation descend du tronc cérébral du côté gauche, le même côté que le bras. L'ancrage précède toujours le geste.
Le tronc cérébral comporte trois grandes structures : le mésencéphale, le pont et le bulbe rachidien. Le mésencéphale porte deux nerfs crâniens, le pont quatre, le bulbe rachidien quatre. Ajoute les deux excroissances au-dessus du mésencéphale, le nerf 1 et le nerf 2, et tu obtiens les 12 paires de nerfs crâniens. Savoir tester précisément chaque paire devrait faire partie de la boîte à outils d'un professionnel du mouvement, justement parce que la stabilité réflexe anticipatrice passe par cette zone.
C'est aussi pour ça que le tronc cérébral est le carrefour central. Il médie le tonus de base, donc la posturologie. Il porte la stabilité réflexe, donc le lien avec les réflexes archaïques. Il est un centre d'interprétation de la boucle, donc le lien avec la neurologie fonctionnelle. Et il commande les fonctions autonomes, donc la santé globale. C'est par cette structure que l'entraînement, la posturologie, les réflexes archaïques et la neurologie fonctionnelle se relient en un seul système cohérent. Localiser le déséquilibre sur la boucle, puis recalibrer l'entrée concernée, voilà ce que vise un bon bilan, au lieu d'empiler des programmes lourds qui ne travaillent que la sortie motrice.
C'est l'évaluation de la sortie motrice : amplitudes articulaires, raccourcissements musculaires, ratios de force, qualité du geste via des outils comme le FMS. Utile et à conserver, mais partielle. Ces mesures décrivent le geste produit sans interroger les perceptions, l'interprétation et la décision qui le précèdent, alors que la sortie motrice ne représente qu'un tiers du système et arrive en dernier dans la chaîne. Elles se font aussi sur une ou deux répétitions, sans fatigue ni double tâche, ce qui laisse de côté les conditions réelles de la compétition.
L'expérience de terrain montre que la posturologie n'est pas un domaine isolé. Les observables posturaux (genoux en flessum ou récurvatum, épines iliaques, centrage de l'ombilic, déroulé de pied, dorsiflexion, hauteur des malléoles) renseignent sur le tonus de base, et le tonus de base est médié par le tronc cérébral. Relier posture, tronc cérébral et boucle sensorimotrice ouvre un versant d'optimisation du potentiel existant, au-delà du seul développement des qualités physiques, jusque chez des sportifs de niveau national et international.
Une fois le déséquilibre localisé sur la boucle sensorimotrice, le travail consiste à recalibrer les entrées concernées, dans une logique de reprogrammation neuroposturale. Si la proprioception de la cheville est en cause, c'est elle qu'on recalibre, plutôt que d'ajouter des programmes lourds de sortie motrice qui ne traitent pas la cause. On ajoute des couches à l'oignon pour faire basculer le système du côté sécurité plutôt que du côté survie.
Plusieurs marqueurs : des formations suivies un peu partout dans le monde (États-Unis, Australie, Angleterre, France), couvrant les cursus existants en neurologie fonctionnelle et réflexes archaïques ; une collaboration avec un laboratoire de neurosciences pour relier mouvement et neurosciences ; une étude scientifique lancée en milieu scolaire en 2025, dont les premiers résultats, arrivés en fin d'année, indiquent que travailler la motricité et le cerveau change la façon d'apprendre ; un livre ; et un retour de terrain accumulé sur quinze ans de pratique avec des sportifs de haut niveau.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
L'activité physique change la donne pour le TDAH de l'enfant. Adrien Chartier, préparateur physique depuis plus de vingt ans et cofondateur de Labo RNP, le résume en une phrase : on envoie nos enfants deux heures aux devoirs et trente minutes de sport le mercredi, il faudrait faire l'inverse. Voici le mécanisme neurologique, comment juger les approches selon leur niveau de preuve, et un plan progressif sur douze semaines à lancer dès demain.
L'hyperactivité motrice de l'enfant est d'abord un signal. Quand un enfant bouge sans arrêt, son système nerveux cherche le plus souvent à se réguler, à se stimuler ou à évacuer une tension. Comprendre ce que ce mouvement résout change tout ce qu'on va lui proposer.