Es-tu sûr d'observer la bonne chose quand tu bosses avec un sportif ? Es-tu sûr de lui filer le bon exercice ? Ces deux questions ouvrent le quart d'heure Labo, et la réponse se joue dans la boucle sensori-motrice, sous la surface du geste.
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Es-tu sûr d'observer la bonne chose quand tu bosses avec un sportif ? Es-tu sûr de lui filer le bon exercice ? Ces deux questions ouvrent le quart d'heure Labo, et la réponse se joue dans la boucle sensori-motrice, sous la surface du geste.
Voici l'énigme. Tu fais passer un Overhead Squat à deux personnes. Même problématique de mobilité à peu de chose près, tu cotes pareil, tu poses le même protocole. La première avance vite. La seconde, six mois plus tard, est toujours coincée au même endroit, alors qu'elle fait ses exos un jour sur deux. Départ identique, résultat opposé. Tant que tu restes le nez sur le mouvement, tu n'as pas la réponse.
Le geste que tu vois, c'est la partie émergée. Dessous tourne tout un système d'entrées sensorielles qui calibre le mouvement, et c'est souvent là que se planque l'élément qui bloque. Le bilan sensori-moteur sert précisément à ça : rendre visible ce qui se joue sous la surface, pour choisir l'intervention juste pour la personne en face de toi. On déroule.
La boucle sensori-motrice, c'est la boucle perception-action mise en avant par Gibson : je bouge pour percevoir, je perçois pour bouger. Inutile d'en faire un concept de plus à empiler. Elle tourne déjà chez tout le monde, en permanence. Le boulot du Labo RNP, c'est de la rendre lisible, de l'éclairer pour pouvoir agir dessus.
L'idée centrale tient en une phrase : le sensoriel alimente le moteur. Le moteur, c'est ce qui te permet de bouger, pour la santé comme pour la perf. Mais avant le geste, il y a la perception. Le mouvement découle de ce qu'on perçoit. Quelqu'un débarque avec une problématique motrice, de coordination, de capacité gestuelle ? Tu regardes le geste raté. La cause, elle, se trouve souvent en amont, dans l'information qui nourrit ce geste.
**La qualité et la quantité des informations sensorielles font un mouvement efficient, sans compensation**
Ce sont la qualité et la quantité de tes informations sensorielles qui rendent un mouvement efficient, propre, sans compensation. Information pauvre ou mal calibrée à l'entrée, et le moteur fait avec ce qu'il a : il compense, il bricole, il s'use. Information riche et juste, et le geste se fait sans détour.
Voilà pourquoi un programme qui ne s'occupe que du moteur, de la façon dont la personne bouge, n'attrape que la pointe de l'iceberg. Toute la masse immergée, en bas, c'est elle qui maintient la pointe au-dessus de l'eau. Travailler le haut sans jamais regarder le bas, c'est s'épuiser sur un symptôme.
Le corps dispose de plusieurs grands systèmes de prise d'information, des sortes de GPS qui recalibrent le mouvement en continu. L'entraînement analytique en oublie souvent une bonne partie. Rien que les nommer, ça élargit déjà le terrain de jeu de ce que tu peux aller travailler.
Proprioception : viser le bon propriocepteur et le bon mécanorécepteur, au lieu de seulement renforcer ou étirer
Quand on dit proprioception, on range souvent là-dedans le renforcement, l'étirement, la mobilité. C'est vrai, mais c'est trop court. La proprioception, c'est avant tout viser le bon propriocepteur, le bon mécanorécepteur, aux différents endroits du corps qui coincent.
La nuance change tout sur le terrain. Tu ne te contentes plus de « renforcer » ou « étirer » une zone parce que le manuel le dit. Tu cherches quel récepteur, à quel endroit, est mal calibré, et tu vas stimuler celui-là. Les étirements, le renforcement, la mobilité au sens large restent tes outils : on est préparateur physique. Tu les poses simplement avec une vision plus fine de ce que la proprioception recouvre vraiment.
Le toucher, la vision et le vestibulaire : les entrées qu'on oublie en entraînement analytique
À côté de la proprioception, il y a la somesthésie au sens large, donc tout le sens tactile, le toucher. Et puis deux autres gros GPS : la vision, ta capacité de prise d'informations sur le plan visuel, et le système vestibulaire, l'équilibre.
Ces entrées passent à la trappe dès qu'on raisonne en exercices isolés. Les stimulations vestibulaires, tiens : on les vit de façon naturelle sans jamais les intégrer à un entraînement analytique. Pourtant, elles pèsent sur la qualité du geste autant que la force ou la souplesse. Quelqu'un qui « manque de mobilité » peut avoir un système visuel en cause : tu étires autant que tu veux, tant que le visuel n'est pas réglé, ça reste problématique. C'est l'intégration de tout cet ensemble qui fait le mouvement.
Les réflexes archaïques, pour leur part calibratrice ontogénétique des sens
Le Labo RNP s'appuie aussi sur les réflexes archaïques, pour leur part calibratrice des sens d'un point de vue ontogénétique. Dit autrement, ils participent à la manière dont les sens se sont réglés au fil du développement. Un levier de plus dans la boîte à outils quand tu cherches à comprendre pourquoi une entrée sensorielle est mal calibrée chez la personne.
Avant d'intervenir, on observe. Le bilan du Labo RNP, c'est une cinquantaine de tests calés en quinze minutes. Son rôle : aller lire l'état de calibration de la boucle sensori-motrice. Et c'est cet état de calibration, repéré au bilan, qui te permet ensuite de faire des choix sur les solutions d'intervention, diverses, variées et complémentaires, au regard de la problématique de départ.
Prends ta voiture. Ce que tu vois, c'est la carrosserie, ce qui t'emmène d'un point A à un point B. Ce qui fait avancer, c'est la part invisible : le moteur, les roues, le liquide de refroidissement. Tous ces composants restent cachés à l'œil et pourtant ils font tourner l'ensemble. La panne vient du moteur et tu changes les roues ? Tu peux y passer des mois, la voiture n'avancera pas mieux. Le bilan sert à détecter, parmi toutes ces pièces planquées, lesquelles posent le plus problème. Chez l'humain : quels éléments sensoriels empêchent le corps de tourner à plein, que la demande soit perf ou santé.
Même logique avec l'iceberg. La manière dont quelqu'un bouge, c'est la pointe au-dessus de l'eau. Le bilan va chercher la masse immergée. Tant que tu n'as pas éclairé les sens un peu moins bien calibrés, tu ne peux pas trouver les bonnes stimulations. Une fois la lumière faite, le choix de l'exercice devient évident, parce qu'il répond à un manque identifié et plus à une intuition.
Beaucoup d'outils de screening, donc de bilan, te montrent des observables : voilà les patterns de mouvement, voilà ce que le geste devrait donner face à telle problématique. La personne fait son mouvement, tu juges s'il est bien exécuté ou pas, tu lui colles une note entre 1 et 8. Pas bon ? Tu déroules un protocole type, toujours le même : automassages, mouvements tractés, rotation articulaire contrôlée, un peu d'isométrie.
Ce qui manque dans cette chaîne, c'est le pourquoi. Pourquoi ce mouvement coince-t-il à la base ? Vrai manque d'amplitude de hanche ? Mobilité de cheville ? Ou bien d'autres facteurs pèsent-ils sur cette cheville, sur cette rotation de hanche, sur ce manque de stabilité d'épaule ? Une instabilité d'épaule ne vient pas forcément de l'épaule ni de ses stabilisateurs, ceux que tu fais bosser en salle à coups d'élastiques et d'haltères. Les yeux ont un impact sur l'épaule. La mâchoire a un impact sur l'épaule. Le système vestibulaire a un impact sur l'épaule.
Anatomy Trains le résume bien : c'est rarement le criminel qui crie, c'est la victime. Tu as mal à l'épaule ? Ça ne fait pas de l'épaule la coupable. Elle, c'est la victime. Le criminel se cache ailleurs, et tout le boulot consiste à mener l'enquête pour le débusquer. C'est aussi l'image de la chaîne et de son maillon le plus faible.
D'où l'image du photographe. Pour avoir du détail, il se rapproche, il fait un gros plan. Mais pour voir tout ce qui entoure le détail, il prend du recul et passe en grand angle. Sur le terrain, on a longtemps fait du gros plan sur un seul pattern de mouvement, une seule problématique articulaire. Dézoomer en grand angle, c'est observer la personne dans sa globalité, voir ce qui coince vraiment et comment l'aider au mieux.
On ne réinvente pas les exercices. Un étirement reste un étirement, une stimulation visuelle reste une stimulation visuelle, une stimulation vestibulaire reste une stimulation vestibulaire. Ce qui change, c'est la cible. En tenant compte de toutes ces entrées, tu donnes l'exercice dont la personne a besoin, pas celui qu'elle a envie de faire. Toi, tu as besoin de force. Toi, tu as besoin de stimulation de la vision périphérique. Les méthodes découlent des principes de fonctionnement du système nerveux et de l'être humain. C'est ça qui te permet de bien cibler.
Études de cas : la petite fille dyspraxique, la cheville qui stagne, la poutre franchie en quelques jours
Une petite fille dyspraxique, donc avec un défaut de perception de son corps dans l'espace, contrôle mal sa motricité fine et écrit difficilement, que ce soit en endurance ou en force. On lui dit de se masser les mains avec une balle à picots, parce que ça aide. Au test, cette balle à picots lui dégrade complètement la posture, la bascule en mode survie. L'exercice ne lui correspond pas, même s'il marche sur d'autres. On la met alors au travail de la perception du corps dans l'espace, allongée sur le dos, yeux fermés : « je touche un doigt, soulève-le, repose-le ; je touche ton coude, soulève-le ; je touche ton épaule, lève-la, apprends à contrôler ton corps ». Juste après, la petite fille écrit nickel. L'outil de départ tenait la route, il était mal employé pour elle, parce qu'on avait oublié de dézoomer sur la vraie cause : la perception du corps dans l'espace, et pas la main.
Même histoire avec la mobilité de cheville en salle. Tu donnes l'automassage, les mobilisations tractées, le kettlebell posé sur le genou en fente. Certains progressent énormément. D'autres, six mois plus tard, sont au même point alors qu'ils s'y tiennent. Sans une carte assez large des causes possibles, tu n'as accès qu'à une seule route, une autoroute, et tu fonces dessus sans jamais pouvoir consolider ton chemin par les autres routes.
Et la poutre. Une petite fille de sept ans, incapable en début de stage de tenir debout sur une poutre à vingt ou trente centimètres du sol. À la fin, quatre jours plus tard, elle jongle dessus. Une poutre, ou n'importe quoi en hauteur : monter un escalier, faire un sport qui demande de l'équilibre. On l'avait promenée de rendez-vous en rendez-vous sans jamais cibler la bonne problématique de motricité. Une fois la bonne cible trouvée, elle bouge bien mieux.
Le protocole tout fait, c'est le manuel qui te dit : pour faire pousser une plante, plante une graine, mets de l'eau, un peu de lumière. La même graine, le même arrosage, mais posés dans la neige, sur du macadam ou sur du gazon, ne donnent pas du tout le même résultat. Même protocole, même méthode, et pourtant le contexte fait tout. Sur le macadam, la plante ne poussera pas, et le manuel continuera de te répéter de faire pareil. Si tu as la chance d'être sur le bon terrain, ça pousse, et tu crois que la méthode est bonne.
Voilà pourquoi on raisonne comme avec une recette de cuisine. L'objectif, c'est un bon plat. Tu as beau avoir suivi la recette à la lettre, si le plat n'est pas bon, on se moque de savoir que la recette a été respectée. Tu changes la recette. Ça vaut pour cet agacement qu'on entend chez certains profils, souvent paramédicaux : « on n'a pas une obligation de résultat, juste une obligation de moyens ». Se dire qu'on pose des choses et tant pis si ça ne marche pas, c'est se brider dans son potentiel d'action et dans sa capacité à se creuser la tête quand ça bloque. Au-delà du besoin de moyens, il y a le besoin de résultats concrets sur le terrain.
Cette façon de voir évite aussi d'épuiser les gens. Des enfants enchaînent les suivis énergivores, tous les trois jours chez un spécialiste différent, pendant des mois, chacun avec une vision parfois trop enfermée dans sa seule profession. Avec un regard plus large, on se demande si l'enfant n'aurait pas besoin d'un peu d'orthoptie, d'un travail de perception du corps dans l'espace, d'une stimulation de l'équilibre. La pluridisciplinarité est primordiale. L'exemple de la perte de poids raconte la même chose : l'un maigrit par le sport, l'autre en mangeant mieux, un autre après une intoxication ou une gastro, et tous ont raison sur leur cas. La bonne posture, c'est d'ouvrir la vision, parce que celui qui a maigri par le sport s'en serait sans doute mieux sorti en y associant l'alimentation.
Cinq mots-clés résument la démarche. Le terrain, parce que tout part de l'expérimentation au quotidien avec des sportifs, des enfants, des athlètes, monsieur et madame tout le monde. La logique, simplement avoir de la logique dans ce qu'on met en place. La réflexion, avec le questionnement et la remise en question, sans partir des idées reçues du type « ça, ça fonctionne ». Et le testé et éprouvé, le recul nécessaire pour voir si ça marche ou non, sans écouter les certitudes des autres. La RNP ne joue pas la solution miracle. C'est une boîte à outils qui te donne ce système de réflexion et de compréhension du fonctionnement humain, pour optimiser la personne que tu as en face de toi.
C'est la boucle perception-action mise en avant par Gibson : je bouge pour percevoir, je perçois pour bouger. Elle existe déjà chez tout le monde. Son principe de base : le sensoriel alimente le moteur, donc la qualité des informations perçues conditionne la qualité du mouvement produit.
Parce que le mouvement découle des perceptions. L'information sensorielle précède et conditionne le geste : avant que le moteur agisse, les entrées sensorielles ont déjà renseigné le corps. S'intéresser seulement à la façon de bouger revient à ne regarder que la partie émergée de l'iceberg, en ignorant tout ce qui, en dessous, déclenche et oriente le geste.
Le mouvement devient inefficient et s'accompagne de compensations. Concrètement, ça donne des problématiques de coordination, d'équilibre, de motricité fine. Les exemples du terrain le montrent : la petite fille dyspraxique qui contrôle mal sa motricité fine et peine à écrire, l'enfant incapable de tenir sur une poutre ou dès qu'une situation demande de l'équilibre, la mobilité de cheville qui stagne pendant des mois. Quand la bonne entrée est recalibrée, le geste se débloque.
Quatre grands ensembles. La proprioception, où l'enjeu est de cibler le bon propriocepteur et le bon mécanorécepteur aux endroits qui posent souci. La somesthésie, soit le toucher et le sens tactile. La vision, comme capacité de prise d'informations visuelles. Et le système vestibulaire, pour l'équilibre. Ce sont les entrées à observer au bilan et à stimuler selon le besoin réel de la personne.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
L'activité physique change la donne pour le TDAH de l'enfant. Adrien Chartier, préparateur physique depuis plus de vingt ans et cofondateur de Labo RNP, le résume en une phrase : on envoie nos enfants deux heures aux devoirs et trente minutes de sport le mercredi, il faudrait faire l'inverse. Voici le mécanisme neurologique, comment juger les approches selon leur niveau de preuve, et un plan progressif sur douze semaines à lancer dès demain.
L'hyperactivité motrice de l'enfant est d'abord un signal. Quand un enfant bouge sans arrêt, son système nerveux cherche le plus souvent à se réguler, à se stimuler ou à évacuer une tension. Comprendre ce que ce mouvement résout change tout ce qu'on va lui proposer.