Vision et posture forment un seul système, pas deux mondes séparés. Frédéric Sabre, optométriste à Lausanne, le résume d'une phrase : « il n'y a pas que les yeux dans les yeux ». Voilà pourquoi « je vois 10/10 » ne dit presque rien de ta qualité posturale ni de ta performance.
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Vision et posture forment un seul système, pas deux mondes séparés. Frédéric Sabre, optométriste à Lausanne, le résume d'une phrase : « il n'y a pas que les yeux dans les yeux ». Voilà pourquoi « je vois 10/10 » ne dit presque rien de ta qualité posturale ni de ta performance.
Une insuffisance de convergence sévère : les yeux du patient ne convergent plus qu'à 20 ou 25 cm. Autant dire à terre. Frédéric Sabre, optométriste à Lausanne, raconte la scène qui a tout déclenché pendant son cursus. Le formateur fait quelques tests. Puis il plie une simple feuille en quatre, la glisse sous le pied du patient, et la convergence se débloque. Un appui plantaire qui corrige la vision.
Une phrase ouvre toute la suite : « il n'y a pas que les yeux dans les yeux ». Depuis des années, le discours habituel se résume à ça : insuffisance de convergence, des exos à faire, point. La feuille sous le pied dit autre chose. L'œil et la posture forment un seul système. Voilà pourquoi « je vois 10/10 » ne dit presque rien de ta qualité posturale ni de ta performance. On va dérouler le pourquoi, fonction par fonction.
L'œil compte parmi les principales entrées sensorielles de la posture. Frédéric rappelle un chiffre qui circule dans les formations : autour de 70 % des entrées sensorielles passent par la vision. Quand une entrée pèse ce poids-là, impossible qu'elle reste sans effet sur la façon dont tu tiens debout.
Le lien marche dans les deux sens, et c'est ça qui surprend. La posture influence la vision : c'est l'histoire de la feuille pliée qui débloque la convergence. La vision influence la posture : la dominance oculaire modifie l'équilibre, on y revient plus bas. Deux portes d'entrée sur le même couloir.
En pratique, travailler l'un sans regarder l'autre revient à se priver de la moitié du tableau. Un appui qui change la convergence, un œil directeur qui déséquilibre la station debout : deux faces d'un même système.
La confusion est réelle, même chez les pros du mouvement, qui au début parlaient uniquement d'orthoptiste. En Suisse, où exerce Frédéric, l'orthoptiste suit une formation d'environ deux ans, spécialisée dans la rééducation des axes visuels, la stimulation d'un œil qui fonctionne moins bien que l'autre (l'amblyopie), les vergences. Surtout chez l'enfant.
L'optométriste, lui, passe par un cursus plus long : en Suisse, environ trois ans d'opticien plus trois ans de spécialité. Frédéric a un master passé en France, soit cinq années de spécialisation. En Suisse, on trouve un optométriste par magasin d'optique, responsable des examens de la vision et des lentilles de contact. Son examen comporte une part de dépistage : s'il voit quelque chose qui cloche au niveau physiologique, il renvoie à l'ophtalmo ; si c'est juste une lunette ou une lentille, il fait le nécessaire.
Au cabinet de Frédéric, la répartition avec sa collègue orthoptiste est nette. Vision double franche et amblyopie partent chez l'orthoptiste. Confort et performance relèvent de l'optométriste. Sur le « corriger quelque chose qui déconne pas mal », l'orthoptiste reprend la main. D'autres cabinets répartissent autrement, c'est leur droit.
Pourquoi le pays change tout. Suisse, France, Belgique, Luxembourg : les délégations de tâches diffèrent d'un pays à l'autre. Typiquement en France, l'optométriste n'a pas de réglementation propre ; en pratique ça s'arrête à l'opticien, et la rééducation s'oriente plutôt vers l'orthoptiste. Le schéma qui marche chez Frédéric ne marche pas forcément ailleurs.
Le conseil de Frédéric tient en une phrase : renseigne-toi directement auprès des professionnels de la vision de ton pays pour savoir qui fait quoi. Adapte le discours au terrain local.
Tout en haut de la pyramide trône la stéréoscopie, la vision du relief. Sauf qu'elle repose sur des strates en dessous, et c'est là que tout se joue. À la base, l'iso-acuité : que les deux yeux fonctionnent à peu près au même niveau d'intensité. Tu peux afficher une performance égale entre les deux yeux, par exemple 16/10 de chaque côté, avec malgré tout un œil qui fournit plus d'effort que l'autre pour y arriver. Cet effort asymétrique crée des désordres, notamment posturaux.
L'accommodation avant les vergences. Chez l'enfant, Frédéric retrouve très souvent un blocage accommodatif : le muscle de la mise au point est un peu grippé. Sa pratique le confirme régulièrement. Derrière ce blocage se cachent aussi des soucis de vergence. En rééduquant d'abord l'accommodation avec un petit outil appelé les flippers, ça marche très bien, et ça débloque souvent les vergences dans la foulée.
Les chiffres parlent : des réserves fusionnelles mesurées à 7 ou 8 passent à 20 ou 25 après avoir simplement rééduqué l'accommodation. Rien de systématique, on a parfois besoin de retravailler directement la vergence. Mais Frédéric place clairement l'accommodation avant les vergences dans la pyramide : accommodation et vergences sont du moteur, la stéréoscopie relève de l'interprétation, du sensoriel. D'où l'ordre de travail.
L'œil de visée, celui que tu fermes pour viser avec un fusil ou un appareil photo, emporte une grande part de la posture. Fais un examen de la vision en négligeant cette dominance, et tu peux créer ce que Frédéric appelle un mismatch.
Le scénario : l'œil qui domine ta posture de loin n'est pas le même que celui qui domine au niveau sensoriel, ta perception. Les deux dominances ne concordent pas. On n'est pas tous égaux là-dessus, mais selon les personnes, ce décalage se retrouve plus ou moins en défaut au test postural, avec un effort qui n'est pas symétrique.
On peut corriger au-delà de 10/10. Voir net au quotidien et voir de façon équilibrée et confortable sont deux registres distincts. Les gens qui voient bien, sans plainte dans la vie de tous les jours, sont contents, et tant mieux pour les activités standards.
Pour le patient lambda sans plainte, par exemple quelqu'un de 45-50 ans suivi pour un glaucome, on ne va pas chercher au-dessus de 10/10. Question de temps d'examen, et ça ne renseigne pas beaucoup plus. Pour le sportif, l'enfant, ou quelqu'un avec des soucis fonctionnels fins, l'intérêt change : on va chercher le maximum, en général 14 à 16, le 20/10 restant rare.
Frédéric rappelle un chiffre entendu durant ses études : un bon examen de vue, même simple, résout plus de 90 % des problèmes visuels. Mets ce 90 % en face des 70 % d'entrées sensorielles visuelles, et passer au moins une fois par un examen de vue devient évident.
En posturologie, on travaille parfois avec de petits prismes, notamment verticaux, intégrés à la lunette. Le piège : l'opticien peut tout centrer correctement en position droite, mais dès que tu regardes sur les côtés ou que tu bouges, les effets prismatiques se déclenchent. Demande à un athlète de rattraper une balle dans ces conditions, et le geste part en vrille, avec un ou deux millimètres d'écart à chaque répétition. Même pas une instabilité stable.
D'où la règle de Frédéric pour le sport, surtout en contact : lentilles le plus possible, avec un suivi chez un professionnel de santé. Une lunette standard sur du sport de contact, c'est carrément dangereux. L'exception, ce sont les modèles spécifiques typés sport, comme ceux qu'a portés Tony Parker sur ses dernières années. La lentille a sa limite (un œil sec qui se met à gêner en plein match), mais quand c'est possible, en sport de performance ou de compétition, le choix est clair.
Le fil rouge pour ta cible terrain : un raté technique répétitif peut cacher un problème oculaire. Toujours trop court sur les têtes, ballon manqué au même geste deuxième poteau. On met de l'emphase sur la répétition et le travail technique, alors qu'il y a peut-être un problème système d'un point de vue oculaire que l'athlète ne compense pas. Comme pour les réflexes archaïques, tout le monde part du principe que la vision est acquise, intégrée. Mauvais constat de départ. Sur les sports de raquette, le football, le rugby, qui exigent de prendre énormément d'informations de qualité, cette petite lumière vaut la peine de s'allumer.
La vision est une entrée sensorielle dominante, autour de 70 % des entrées selon le chiffre cité par Frédéric. Le lien va dans les deux sens : l'œil agit sur la posture, et la posture agit sur l'œil. Les deux fonctionnent comme un seul système.
Quand l'œil directeur, celui que tu fermes pour viser, n'est pas correctement pris en compte. Si l'œil dominant pour ta posture diffère de ton œil dominant sensoriel, ce mismatch crée un effort asymétrique qui se retrouve en défaut au test postural.
L'exemple fondateur de Frédéric : une feuille pliée en quatre glissée sous le pied d'un patient dont les yeux ne convergeaient plus qu'à 20-25 cm, et la convergence se débloque. Un changement d'appui plantaire qui modifie une fonction visuelle.
Pour la rééducation des axes visuels, des vergences, et la prise en charge de l'amblyopie et de la vision double, surtout chez l'enfant. C'est son périmètre, distinct de l'optométriste qui gère l'examen de vue, les lentilles, le confort et la performance. La répartition dépend du cabinet et du pays.
Souvent, rééduquer d'abord l'accommodation, par exemple avec les flippers, ce qui débloque fréquemment les vergences derrière (réserves fusionnelles qui passent de 7-8 à 20-25). À qui t'adresser dépend de ton pays : renseigne-toi auprès des professionnels de la vision là où tu vis, car les délégations de tâches diffèrent entre Suisse, France, Belgique et Luxembourg.
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