Tu réintègres un réflexe de Moro proprement. Six mois plus tard, il est revenu. Et si tes résultats ne tenaient pas parce que tu travailles la mécanique pendant que le système nerveux, lui, n'a rien oublié ? Ce mois spécial trauma attaque par la base : ce qui relie trauma et posture.
1/4h LabO #141 · Regarder l'épisode sur YouTube
Tu réintègres un réflexe de Moro proprement. Six mois plus tard, il est revenu. Et si tes résultats ne tenaient pas parce que tu travailles la mécanique pendant que le système nerveux, lui, n'a rien oublié ? Ce mois spécial trauma attaque par la base : ce qui relie trauma et posture.
Adrien garde tout. Chaque bilan depuis le début, filmé, avec un rapport complet derrière. Plusieurs années, plusieurs heures de vidéo. Quand il replonge dans ce matériel, une évidence remonte : les gens qu'il teste sont stressés. Même ceux qui n'en disent rien, ça ressort pendant les tests. Et de plus en plus de monde porte un trauma.
Le chiffre, il hésite à le lâcher tellement il sonne absolu, mais on est sur du quasi 100 %. Sur l'ensemble des bilans, il retrouve une problématique de stress. Stress ou anxiété, chronique ou ponctuel, le fond émotionnel est presque toujours là. Ce qui le marque le plus : ça vaut pour monsieur tout-le-monde, pour les enfants, pour les personnes âgées, et même pour les sportifs de haut niveau. À un moment ou à un autre, il y a toujours quelque chose d'émotionnel en dessous.
Adrien vient de la prépa physique, puis s'est formé en neuro posturologie. La neuro chez les enfants l'a beaucoup occupé, le moteur et le cognitif, encore plus depuis qu'il a le sien. Le mental le travaille depuis longtemps : prépa mentale dès l'année de son BPJEPS, puis hypnose, PNL plusieurs fois, EMDR (le traitement par mouvements oculaires), gestion du stress.
Avant tout ça, il a bossé en gendarmerie, dans un peloton de surveillance et d'intervention, une unité de premier niveau. Concrètement, ceux qui frappent à la porte à 6 h du matin, et qui font aussi de la prévention, des patrouilles de nuit, beaucoup d'interpellations. Commandant adjoint de son unité, en charge de la prépa physique, du tir, des techniques d'intervention. Il y a même formé des gendarmes, dont des unités spécialisées, à la gestion du stress.
Ce passage compte. À 18 ans, en sortant de l'école, tu mûris d'un coup : on te demande d'être autonome, tu croises tes premiers cadavres, tu dois gérer des conflits entre des gens qui ont 30 ans de plus que toi, des violences conjugales, des disputes, et rester planté au milieu pour apaiser sans choisir de camp. Ça forge un rapport au stress qui finit par servir sur le terrain.
Comment ce fond émotionnel devient-il visible ? Par les questions de l'anamnèse, et par les tests neuro sur le système nerveux : les nerfs crâniens, l'équilibre, tout ce qui touche à la proprioception. Adrien voit revenir de gros soucis de proprioception autour des réflexes archaïques qu'on dit émotionnels.
Quelques réflexes archaïques sont en effet plus émotionnels que les autres. Et chez beaucoup de gens, ils sont encore actifs. C'est ce détail qui met la puce à l'oreille et pousse à creuser : un réflexe émotionnel toujours allumé chez un adulte, ça raconte quelque chose que la personne n'a pas forcément mis en mots.
Voici le mécanisme central. Dans toute la gestion émotionnelle, tu as l'amygdale, l'hippocampe, le cortex préfrontal, le thalamus. Ces structures forment les circuits du stress. Et ces circuits, au bout du compte, projettent sur le tronc cérébral.
Or le tronc cérébral, via la formation réticulo-ponto-bulbaire, pilote la motricité. Il gère aussi les fonctions autonomes : la respiration, la digestion. Tout ce qui remonte de l'amygdale et de l'hippocampe finit donc par peser sur la motricité. Quelqu'un de stressé en permanence, quelqu'un qui encaisse un stress fort à l'instant T (une compétition qui approche, ou la frayeur d'avoir failli se faire écraser cinq secondes plus tôt), quelqu'un qui porte un stress post-traumatique : dans les trois cas, ça appuie directement sur la sphère motrice.
Et ça appuie aussi sur le cognitif, parce que tout est mélangé. On a le réflexe de découper : pour la cognition, des exercices pour le cerveau ; pour la motricité, du renfo ou de la mobilité ; pour l'émotionnel, un psy. Le système nerveux fonctionne plus large que ça. Quand le cerveau active des choses dans le cortex, tout s'allume en même temps. L'impact ne reste jamais sagement dans la case émotionnelle.
L'hippocampe est une structure remarquable. Sans lui, aucun souvenir des bons moments de ta vie. Il a aussi un rôle protecteur très concret : enfant, tu touches la casserole sur le feu alors que ta mère t'avait dit de ne pas le faire, et hop, retrait immédiat. C'est l'hippocampe qui grave la leçon et te rappelle de ne pas recommencer.
Le revers, c'est que cette même structure garde une trace puissante des traumas. Adrien cite une étude relayée il y a quelques semaines dans Neuroscience News : un enfant qui vit ce genre de petit trauma (toucher la casserole chaude, le geste de retrait) peut en traîner des répercussions cognitives bien plus tard. La mémoire qui te sauve est exactement celle qui peut te piéger. Une raison de plus de prendre au sérieux les structures émotionnelles quand tu travailles la posture.
Trois formes reviennent dans l'épisode. Le pic ponctuel d'abord : tout va bien dans ta vie et d'un coup un stress fort te traverse, une compétition, une frayeur soudaine. Le stress chronique ensuite, installé dans la durée. Le syndrome post-traumatique enfin, qui est encore autre chose et qui réclame une prise en charge à part.
Leur point commun : aucune ne reste dans sa case. Toutes touchent le moteur et le cognitif en même temps, parce que le système nerveux s'allume d'un bloc au lieu de cloisonner cerveau, muscle et émotion. Voilà pourquoi une charge émotionnelle qu'on croit purement psychologique peut bloquer un résultat moteur, et l'inverse aussi.
D'où une conséquence très pratique pour ton travail. Si une structure pèse en permanence sur le tronc cérébral, donc sur le mouvement, comment veux-tu améliorer la posture sur le long terme sans aller la toucher ? Tu obtiendras bien quelques résultats. La vraie question, c'est combien de temps ils vont tenir.
Deux cas cliniques montrent à quel point ce lien est concret, et ce qu'il faut en faire au moment du dépistage en bilan.
Reviens à la patiente du début. Douleur à l'épaule, la gauche de mémoire. Adrien déroule les tests neuro-posturaux, propose trois exercices. La neuro est censée apporter les bonnes stimulations à la boucle sensori-motrice, celle qui régule les fonctions motrices, et chez 90 % des gens la posture s'améliore tout de suite. Chez elle, rien du tout. Un cas très rare.
Il la questionne en profondeur. Elle finit par lâcher : il y a trois ans, elle a assisté au meurtre de son meilleur ami. Un an et demi à deux ans plus tard, elle a découvert son petit ami qui s'était suicidé chez eux. De vrais traumas. Adrien, formé à l'hypnose mais qui ne la pratique pas en séance, se sent dépouillé sur le moment. Il l'oriente vers Marine, qui intervient dans le Labo mental à cinq minutes de chez lui et qui fait de l'hypnose et du traitement par mouvements oculaires. On le sait, plusieurs études le montrent : l'hypnose et l'EMDR ont un impact positif sur les syndromes de stress post-traumatique.
Elle y va. Elle ressort d'une séance sans douleur d'épaule. Plus rien. Quelques mois plus tard, la douleur revient un peu, elle refait un coup d'hypnose, et de nouveau ça se calme. La leçon est là : une douleur d'épaule peut tenir à la sphère émotionnelle autant qu'à la mâchoire, à l'œil ou à un réflexe archaïque. Et la question qui suit te concerne directement : combien de tes patients sont dans ce cas sans que tu l'aies repéré ?
Pas plus tard que la semaine dernière, une personne arrive et annonce d'entrée qu'elle n'est pas stressée du tout. On discute, en surface elle a raison. Mais Adrien creuse : questions sur le sommeil, longue anamnèse, batterie de tests. Dès la marche, des petits signaux s'allument. Le système vestibulaire, les nerfs crâniens, une proprioception très dégradée, des réflexes archaïques mauvais, en particulier sur le versant émotionnel.
Au débrief, il pose la question franchement : avez-vous connu un fort trauma dans votre vie ? La personne se met à pleurer. Elle qui se jugeait parfaitement sereine. Cette sphère émotionnelle, c'est une priorité de travail à Labo RNP. Et le message pour toi est direct : si tu ne détectes pas le stress chez les gens qui viennent te voir, c'est peut-être que tu ne pousses pas assez loin tes questions.
Tant que la sphère émotionnelle reste sur le côté, les gains restent instables. C'est exactement l'histoire du Moro réintégré qui réapparaît au bout de six mois. Si une structure émotionnelle continue de projeter sur le tronc cérébral, le réflexe que tu as calmé a toutes les raisons de se rallumer. Beaucoup de praticiens veulent croire qu'un seul outil suffit. Réintégrer le Moro ne réglera rien si la charge émotionnelle reste active.
Avant même de parler interprétation, il y a un problème en amont : le test lui-même. Les trois quarts des gens qui testent le réflexe de Moro se plantent, ils confondent deux voire trois réflexes différents. Moro mal testé, donc mal interprété. À partir de là, difficile d'aider qui que ce soit sur la sphère émotionnelle : quand tu ne maîtrises pas le test que tu poses, le résultat ne veut plus dire grand-chose.
Autre cas. Une petite fille consulte pour des problèmes cognitifs. Adrien travaille son RTAC et son RTSC, les réflexes cognitifs en cause. Amélioration de fou. Elle revient en septembre, après la rentrée, six semaines sans la voir parce qu'elle était en vacances chez ses grands-parents.
Il la reteste : tout a ressauté. Pourtant le RTAC était nickel, tout avait été bien réintégré. La mère raconte qu'à l'école c'est un carnage, comme avant. Adrien reprend les réflexes archaïques et tombe sur des réflexes émotionnels qui n'étaient pas là peu de temps auparavant. Que s'est-il passé en six à huit semaines ? Un changement de maîtresse. La fillette a vécu sa relation avec la nouvelle maîtresse comme un trauma. Une petite fille toute mignonne, et l'émotionnel a suffi à faire ressurgir l'ensemble des troubles moteurs et cognitifs qu'on avait fait disparaître.
La plupart des gens imaginent qu'un simple suivi côté psyché va régler l'affaire : un psy, un hypnothérapeute. C'est déjà bien de le mettre en place. Mais ça reste insuffisant, et des études le montrent clairement. À Labo RNP, l'idée est de combiner les approches, avec ce qu'on appelle la méthode bazooka pour travailler l'émotionnel. Et sur un stress post-traumatique, même ça ne suffit pas en une fois : il faut des piqûres de rappel régulières.
Adrien est net là-dessus : on ne peut pas vendre aux gens qu'on va améliorer leur trauma facilement, parce que c'est faux. Les études actuelles sur les syndromes de stress post-traumatique ne donnent pas de solution à l'heure qu'il est. Il existe d'ailleurs plusieurs syndromes, qui varient selon les gens et leur façon de réagir. Aider, oui. Promettre une guérison simple, non.
Le sujet est à la mode. Les gens lisent deux ou trois livres, Taleb, Aberkane, Cyrulnik, des auteurs excellents qui parlent d'hormèse et de résilience, et ils en concluent qu'ils tiennent la solution. Pour Adrien, encore raté. L'hormèse, c'est donner une dose de stress à l'organisme pour déclencher un processus d'adaptation, ni trop faible ni trop forte, la juste dose. Mais si la personne déborde déjà de stress, comment veux-tu réguler quoi que ce soit en en rajoutant ? Recracher des citations lues dans un bouquin ne dit rien de ce que tu mets vraiment en place sur le terrain.
Le problème de fond, c'est que tout le monde voudrait vendre une méthode unique : une pour la posture, une pour le cognitif, une pour l'émotionnel. Faux. C'est une pluralité de leviers qui marche, et certains marchent mieux que d'autres selon les personnes. Quand Adrien teste 100 personnes en formation ou en webinaire sur les mêmes exercices, il obtient en gros un quart qui réagit d'une façon, un quart d'une autre, un quart encore autrement. Et quand on creuse à l'intérieur de ces quarts, on retrouve encore des réponses différentes. Personne ne réagit pareil, donc aucune consigne ne tient comme solution ultime pour tout le monde.
Adrien sort souvent l'exemple de la perte de poids. Pour perdre du poids, tu peux faire du sport, ça marche. Si tu n'aimes pas le sport, tu passes par la nutrition, ça marche aussi. Certains ne répondent ni à l'un ni à l'autre. Et chez d'autres, il faut coupler les deux pour obtenir un résultat, ce que des études scientifiques confirment. Pareil pour les conduites addictives : l'hypnose aide, elle suffit chez certains, pas chez d'autres. En combinant les méthodologies, en adoptant une approche pluridisciplinaire, tu te donnes simplement plus de chances d'y arriver.
Un dernier cas, tout récent. Une personne en suivi reçoit le document d'anamnèse habituel et écrit : « juste une question concernant le trauma ». Rien qu'à cette phrase, on devine qu'il y a quelque chose derrière. Elle pensait avoir réglé ça. Au moment d'en parler, les mots ne sortent pas à l'oral. Elle dit qu'elle doit l'écrire, qu'elle n'arrive pas à le dire.
Elle affirme que pour elle c'est réglé depuis longtemps. Sauf que non : elle n'arrive pas à s'en détacher. Tant qu'un trauma n'a pas été travaillé, il reste présent, même quand la personne est convaincue du contraire. « C'est réglé » est souvent faux, et c'est précisément ce qui sabote tes résultats à bas bruit.
Le constat des bilans d'Adrien va dans ce sens : une problématique de stress ou de trauma ressort chez la quasi-totalité des personnes testées, tous profils confondus, des enfants aux personnes âgées en passant par les sportifs de haut niveau. Le stress, sous une forme ou une autre, est presque toujours là, même chez ceux qui se croient sereins.
Potentiellement très longtemps. L'hippocampe garde une trace forte du trauma, et les réflexes émotionnels qu'on croyait réintégrés peuvent revenir, parfois des mois plus tard, comme le Moro qui ressaute à six mois ou les troubles d'une enfant qui réapparaissent après un changement de maîtresse. Tant que le trauma n'a pas été travaillé, il reste présent.
Trois reviennent. D'abord « pour moi c'est réglé depuis longtemps », alors que la personne n'arrive même pas à en parler. Ensuite l'hormèse présentée comme solution miracle, alors que doser du stress sur un organisme déjà débordé n'a pas de sens. Enfin l'illusion qu'un seul outil suffit, qu'il s'agisse d'un réflexe à réintégrer ou d'un seul type de suivi.
Pas de solution unique. Une approche pluridisciplinaire, qui combine les leviers au lieu de les dissocier. L'hypnose et l'EMDR ont un impact positif démontré par plusieurs études, et un suivi psy aide aussi, mais aucun de ces outils ne suffit seul. Sur un syndrome post-traumatique, il faut des piqûres de rappel régulières. On peut aider, sans promettre de guérison facile, qui serait mensongère au vu des études actuelles.
Parce qu'une part émotionnelle non traitée empêche les résultats de tenir. Le cas de l'épaule le montre : aucune amélioration aux exercices, alors que 90 % des gens progressent, jusqu'à ce que deux traumas découverts à l'anamnèse soient pris en charge par l'hypnose et l'EMDR. La douleur disparaît, revient un peu, cède de nouveau aux séances de rappel. Quand la mécanique ne répond pas, le signal émotionnel mérite d'être entendu.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
L'activité physique change la donne pour le TDAH de l'enfant. Adrien Chartier, préparateur physique depuis plus de vingt ans et cofondateur de Labo RNP, le résume en une phrase : on envoie nos enfants deux heures aux devoirs et trente minutes de sport le mercredi, il faudrait faire l'inverse. Voici le mécanisme neurologique, comment juger les approches selon leur niveau de preuve, et un plan progressif sur douze semaines à lancer dès demain.
L'hyperactivité motrice de l'enfant est d'abord un signal. Quand un enfant bouge sans arrêt, son système nerveux cherche le plus souvent à se réguler, à se stimuler ou à évacuer une tension. Comprendre ce que ce mouvement résout change tout ce qu'on va lui proposer.