Trente ans après les faits, Muriel sent encore « comme une ancre » les mains de son ex-mari. Son histoire éclaire le lien entre trauma et posture : comment un choc ancien continue de bloquer la marche, et comment la reprogrammation neuro-posturale aide à s'en relever, sans médicament et à condition d'accepter le temps long.
1/4h LabO #144 · Regarder l'épisode sur YouTube
Trente ans après les faits, Muriel sent encore « comme une ancre » les mains de son ex-mari. Son histoire éclaire le lien entre trauma et posture : comment un choc ancien continue de bloquer la marche, et comment la reprogrammation neuro-posturale aide à s'en relever, sans médicament et à condition d'accepter le temps long.
Elle se présente en quelques mots : 56 ans, divorcée, maman de quatre enfants. Derrière cette phrase simple, une vie chargée de chocs successifs. Depuis l'enfance, elle a encaissé des traumas divers : soucis familiaux, un très grave accident de la route, beaucoup de problèmes au travail, des problématiques en cascade venues se greffer après cet accident.
Et puis la violence conjugale, à une époque où le sujet restait tabou. « Il a fallu que je me batte pour m'en sortir », résume-t-elle. Plus tard, d'autres traumas se sont ajoutés, qu'elle juge peut-être moins graves que la violence conjugale, « mais quand même ».
Retiens le mot-clé : le cumul. On ne traite jamais un trauma isolé ici, on traite une superposition. Un accident de voiture, des violences, d'autres accidents entre-temps, des problèmes familiaux : tout s'empile, couche après couche.
Et c'est souvent là que tombe la phrase qui enferme : « C'est normal, madame, avec tout votre passé, c'est normal que votre corps ne réponde plus correctement. » Muriel a refusé de s'en contenter. Elle a relevé ses manches et cherché une issue.
À la première consultation, le motif est clair et brutal : des troubles neurologiques qui l'empêchent de marcher correctement. Le diagnostic porte un nom, troubles neurologiques fonctionnels, et une origine, post-traumatique. Traduit en clair : le corps cesse de répondre aux ordres que le cerveau lui envoie.
L'installation a été progressive. Son corps ne réagissait plus comme il aurait dû. Elle vivait au ralenti. Une énorme fatigue générale s'est posée, avec un besoin de dormir énormément. Puis des problèmes musculaires, des tendinites, qui ont gagné tout son corps. Même la parole a lâché : tenir un dialogue comme celui de l'interview lui était devenu impossible.
L'effondrement a aussi été psychologique, et l'entourage l'a nourri. Les gens l'évitaient. Plus de soutien, des critiques dures parce qu'elle ne pouvait plus participer aux sorties ni aux réunions de famille. Elle se décrit devenue « un peu un boulet » pour ses proches. Pour quelqu'un qui aimait la vie, qui aimait sortir, s'intéresser à tout, le choc moral a été une catastrophe.
Garde le mécanisme en tête : ces symptômes ont une cause. Le corps, saturé par l'histoire traumatique, finit par décrocher de la commande cérébrale. Le ralentissement, la fatigue, les douleurs, la marche bloquée appartiennent au même tableau.
C'est l'idée centrale de l'épisode, et elle tient dans une image. Muriel sent encore, physiquement, les mains de son ex-mari qui la saisissaient avant la violence. « Comme une ancre. » Or les faits remontent à plus de 30 ans.
Quand le praticien réentend cette phrase, sa conclusion tombe net : si la sensation est toujours là trois décennies plus tard, c'est que les marqueurs traumatiques sont presque intemporels. Le corps n'a pas de calendrier. Une empreinte forte ne s'efface pas toute seule au fil des années.
Les violences intrafamiliales de Muriel datent de plus de 10 ans, plus de 15 ans, certaines de plus de 30 ans. Toutes restent ancrées. D'où l'ordre de traitement : cette empreinte se travaille en premier, sinon le reste ne suit pas. Vouloir corriger la posture ou la marche sans toucher à l'ancre, c'est bâtir sur un sol qui bouge encore.
Avant la reconstruction, il y a la recherche d'aide. Et là, tout dépend de la personne en face. Muriel le dit sans détour : si tu te livres, si tu racontes ton histoire et qu'on te comprend, d'autres portes s'ouvrent. Si on te dirige mal, tu n'avances pas. Il te faut alors une force intérieure pour te dire « je ne lâche rien » quand un interlocuteur t'a mal reçue.
L'anecdote qui résume tout : l'assistante sociale venue la recevoir. « De quoi vous vous plaignez ? Il vous aime. Il vous bat mais il vous aime. » Muriel y voit la chute aux enfers, le bourreau soudain conforté par celle qui était censée aider. Pour une victime souvent mère de famille, qui travaille, déjà perdue, ce genre de phrase peut tout faire basculer du mauvais côté.
Le déclic vient autrement. Un jour, tu croises la bonne personne, qui t'envoie vers une autre bonne personne. De fil en aiguille se tisse ce que Muriel appelle un cercle de thérapeutes et de coachs, des gens qui comprennent, avec qui on discute et on progresse, physiquement, mentalement, moralement. Le réseau, voilà ce qui sort de l'isolement.
Disons-le clairement pour comprendre pourquoi les victimes restent : la violence physique arrive souvent en dernier. Avant elle, il y a la violence morale, psychologique, économique. Le « je ne veux plus que tu sortes », le contrôle de la dépense, l'emprise qui se resserre. Quand on en arrive aux coups, le stade est déjà très avancé, et ça ne s'arrangera pas tout seul.
Il y a aussi un cycle psychologique qu'on apprend à repérer. Une victime peut porter plainte puis retourner, quelques semaines plus tard, chez la personne qui l'a frappée. Vu de l'extérieur, ça paraît absurde. En réalité, c'est le déroulé connu de l'emprise. Passe à côté de cet aspect, et tu te dis « elle n'a qu'à revenir un autre jour ». Sauf que recevoir la personne tout de suite est décisif : lui dire de repasser demain, c'est déjà trop tard.
Dernier point, trop peu dit : les hommes aussi sont victimes. Le praticien, ancien gendarme et référent des violences intrafamiliales, se souvient que sa toute première plainte concernait un homme violenté par son épouse. Le pourcentage inverse reste plus élevé, mais l'inverse existe, et plus qu'on ne le croit.
Heureusement, de plus en plus de monde se mobilise. Là où vit Muriel, des groupes de paroles réunissent les victimes, encadrés par des infirmiers et des psychologues. Selon les dispositifs, ils se tiennent tous les mois, parfois tous les vendredis. Côté professionnels, kinés, soignants et accompagnants se rencontrent au moins une fois par trimestre pour échanger sur des études de cas. Les conférences se multiplient.
Autour, d'autres relais existent : le CMP, les associations, et les informations devenues accessibles via Internet, qu'on peut consulter en toute neutralité. Il y a aussi les numéros mis en place par le gouvernement, qui orientent vers les bonnes personnes. Le praticien le rappelle : il y a 20 ou 30 ans, gendarmerie, police et corps soignant fonctionnaient autrement, dans le tabou. C'est l'évolution collective, réseaux sociaux, télé, politiques publiques sur les violences faites aux femmes et aux hommes, qui a libéré la parole.
Vient la prise en charge. Le principe que martèle le praticien : la reprogrammation neuro-posturale se mène à plusieurs, jamais en solo sur la seule posture. C'est un travail multifactoriel, croisant plusieurs professionnels. Dans le cas de Muriel, ça a donné un accompagnement à plusieurs mains : kiné, ostéopathe, orthoptiste, orthophoniste, et même quelques cours de self-défense qui l'ont renforcée.
L'ordre des opérations, lui, est tranché. Les premières semaines, les premiers mois ont porté pour l'essentiel sur l'aspect mental, sur les réflexes émotionnels. Pourquoi commencer là ? Parce que presque 100 % des gens vus en consultation ou en séminaire ont des réflexes archaïques émotionnels encore actifs. Des automatismes de survie restés allumés alors qu'ils devraient s'être éteints. Le prix : du stress, un mauvais sommeil, des difficultés de respiration. Tout ça pèse sur l'organisme.
Voilà le cœur du raisonnement. Tant que l'organisme reste sous tension permanente, changer la posture revient à travailler contre un corps en alerte. Il faut d'abord aller chercher les peurs, le stress, l'anxiété, désamorcer ce fond émotionnel, pour ensuite agir sur le moteur et la posture. L'année de suivi de Muriel a bel et bien comporté du travail moteur, mais cette étape émotionnelle l'a rendu possible.
Le praticien le constate sur le terrain, dans les forums santé : beaucoup de gens n'ont pas l'idée d'aller chercher ailleurs. Ils ne voient pas qu'une douleur à l'épaule peut appeler un travail sur une autre partie du corps. Une fois cette logique saisie, dit Muriel, on a envie d'en connaître toujours plus.
Le résultat, Muriel le résume par un mot qu'elle revendique : reconstruction. Elle en est très fière. Mais elle prévient aussitôt sur la condition non négociable : la patience. Le travail donne parfois l'impression de tourner à vide, tu te dis que « ça ne marche pas », puis tu réalises que tout finit par servir, à un moment ou à un autre. Elle vient de terminer six semaines d'un programme défini ensemble, et déjà ça lui ouvre de nouvelles envies.
Le basculement le plus parlant tient dans ses larmes. Elle a beaucoup pleuré, avec de bonnes raisons, en pleine souffrance, persuadée que c'était ingérable. Aujourd'hui, quand elle pleure, ce sont des larmes de joie. Elle a repris des activités, retrouvé son moral, retrouvé le sourire et l'envie de donner un sens à sa vie. Sa formule : se sentir « droite dans mes chaussures », des pieds à la tête, forte et battante.
Au-delà du mieux-être, le suivi lui a donné une palette d'outils. L'idée : pouvoir se dire, dans les coups durs, « OK, je sais que je suis capable de le faire. » Des choses concrètes mises en place pour mieux réagir par soi-même et tirer la situation vers le positif.
Et tout ça s'est fait de façon consciente, sans médicament. Pas assommée par des antidouleurs, pas embrumée par des somnifères. Muriel est restée pleinement consciente du changement dans son corps et dans sa tête. C'est peut-être le message qu'elle tient le plus à transmettre : la motricité abîmée par le trauma peut se réparer, lucidement, en réseau, avec du temps.
Dans le vécu de Muriel, c'est un corps qui cesse de répondre aux ordres du cerveau. Ça se traduit par une vie au ralenti, une énorme fatigue générale, un besoin de dormir énormément, des problèmes musculaires et des tendinites, des difficultés à parler, et surtout l'impossibilité de marcher correctement, le motif principal de sa consultation. L'origine est post-traumatique : des problèmes directement liés aux traumas accumulés.
Oui. Muriel sent encore, plus de 30 ans après, les mains de son ex-mari qui la saisissaient avant les coups, « comme une ancre ». Pour le praticien, ça montre que les marqueurs traumatiques sont presque intemporels : le corps n'oublie pas avec le temps. Raison de plus pour travailler cette empreinte en premier si on veut ensuite améliorer d'autres fonctions.
Oui, et c'est très concret dans son cas. Une énorme fatigue générale s'est installée, avec un besoin de sommeil important, des problèmes musculaires, des tendinites qui ont gagné tout le corps, et un ralentissement moteur global. Le corps finit par décrocher progressivement, sous le poids de l'histoire traumatique.
Première idée reçue : « si elle revient, c'est qu'elle exagère ». En réalité, un cycle psychologique de l'emprise ramène la victime, et ne pas le comprendre fait passer à côté de l'essentiel. Deuxième : croire qu'aider, c'est dédramatiser, comme cette assistante sociale qui a lancé à Muriel « il vous bat mais il vous aime ». C'est tout l'inverse d'une aide. Troisième : penser que seules les femmes sont concernées. Les hommes aussi sont victimes, la première plainte reçue par le praticien gendarme concernait d'ailleurs un homme violenté par son épouse, même si le pourcentage inverse reste plus élevé. Et la violence dépasse les coups : elle est aussi morale, psychologique et économique, les coups n'étant souvent que le dernier palier.
Par une approche multifactorielle, et dans le bon ordre. On commence par l'émotionnel, parce que presque tout le monde arrive avec des réflexes archaïques émotionnels encore actifs, source de stress, de mauvais sommeil et de difficultés respiratoires qui pèsent sur l'organisme. On s'appuie ensuite sur un réseau de professionnels coordonnés, kiné, ostéopathe, orthoptiste, orthophoniste, self-défense, et sur des relais comme les groupes de paroles encadrés, le CMP, les associations et les numéros gouvernementaux. Le tout se fait de façon consciente, sans médicament, et demande beaucoup de patience.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
L'activité physique change la donne pour le TDAH de l'enfant. Adrien Chartier, préparateur physique depuis plus de vingt ans et cofondateur de Labo RNP, le résume en une phrase : on envoie nos enfants deux heures aux devoirs et trente minutes de sport le mercredi, il faudrait faire l'inverse. Voici le mécanisme neurologique, comment juger les approches selon leur niveau de preuve, et un plan progressif sur douze semaines à lancer dès demain.
L'hyperactivité motrice de l'enfant est d'abord un signal. Quand un enfant bouge sans arrêt, son système nerveux cherche le plus souvent à se réguler, à se stimuler ou à évacuer une tension. Comprendre ce que ce mouvement résout change tout ce qu'on va lui proposer.