Charger la barre, refaire le même schéma chaque semaine, ça marche un temps, puis le corps s'habitue. Les techniques d'entraînement musculation servent exactement à ça : faire vivre un même exercice autrement pour relancer des gains qui plafonnent. Kevin Arsenault, kinésiologue et auteur d'un recueil de plus de 230 techniques, explique comment varier sans forcément changer d'exercice.
1/4h LabO #115 · Regarder l'épisode sur YouTube
Charger la barre, refaire le même schéma chaque semaine, ça marche un temps, puis le corps s'habitue. Les techniques d'entraînement musculation servent exactement à ça : faire vivre un même exercice autrement pour relancer des gains qui plafonnent. Kevin Arsenault, kinésiologue et auteur d'un recueil de plus de 230 techniques, explique comment varier sans forcément changer d'exercice.
Kevin Arsenault raconte ses débuts à la salle, et beaucoup vont se reconnaître. « 8 à 10, 6 à 8, je poussais, j'essayais d'augmenter mes charges, c'était vraiment focusé là-dessus, aucune technique. » Charger la barre, refaire le même schéma, recommencer la semaine suivante. Ça fonctionne un temps. Et puis le corps s'habitue.
Kevin est kinésiologue, entraîneur depuis plus de 21 ans, basé à Québec avec son bureau au gym à Montréal. Onze ans d'université derrière lui : bac en kinésiologie, bac en nutrition, naturopathie, diplôme supérieur en nutrition, maîtrise en entraînement avec de l'électromyographie (poser des électrodes sur les muscles pour voir comment ils travaillent). Il signe aussi un livre qui recense plus de 230 techniques d'entraînement, publié chez Human Kinetics aux États-Unis sous le titre « La bible des stratégies et planification d'entraînement ».
Le constat qu'il martèle tient en une phrase. Tu peux garder le même squat pendant 12 mois, ton corps finira par s'adapter à ce que tu lui imposes toujours de la même façon. Reste alors la vraie question : comment faire vivre un même exercice autrement, pour que les gains se multiplient au lieu de plafonner ?
Tout part d'une histoire d'adaptation. Tu choisis un squat, tu le fais toujours avec la même amplitude, le même range de répétitions, disons 8 à 10. Au début, ça progresse. Puis le muscle s'habitue. Kevin le dit simplement, « le corps s'adapte », et « un moment donné le muscle, oui on change, mais ça vient à voir une certaine limitation ».
Le scénario se répète sur un front squat ou un back squat répété séance après séance avec le même type d'effort. Le geste reste bon, la charge monte peut-être un peu, mais le stimulus devient prévisible pour le corps. Et un corps qui a tout prévu n'a plus de raison de changer.
Ce plafond justifie tout le reste. Kevin ne te demande pas de jeter ton squat. Il dit que tu peux le garder pendant 12 mois « mais de le faire vivre justement d'une façon différente qui va faire que les gains vont juste se multiplier ». La technique d'entraînement, voilà l'outil qui rouvre la progression sans changer d'exercice.
Quand Kevin a cherché un livre comme le sien, il n'a rien trouvé, ni en français ni en anglais. À ses yeux, ça n'avait aucun sens. Des livres d'exercices, il en existe de très bien faits : tu veux travailler tes quadriceps ou tes biceps, tu ouvres un Delavier aux éditions Vigot, tu repères le groupe musculaire visé, tu choisis ton exercice. Cette première décision répond à la question « quel mouvement je fais ».
La technique répond à une autre question, qui arrive juste après. Selon ses mots : « une fois que tu as choisi ton squat, qu'est-ce que tu fais avec ? Est-ce que tu fais juste 8 répétitions ? » Choisir la technique, c'est décider ce que tu fais de tes répétitions une fois l'exercice posé.
Cette distinction a porté tout son recueil. Des livres pour la première question, oui ; rien d'équivalent pour la seconde. Il a donc passé des années à rassembler ces techniques au même endroit, jusqu'à la publication.
Un débutant n'est pas exclu des techniques d'entraînement, loin de là. Kevin le rappelle directement : « une super série, c'est une technique d'entraînement ; un drop set, c'est une technique ; une super série antagoniste, c'est une technique ». Ces outils restent à portée de quelqu'un qui commence, à condition de choisir les bons.
La super série et le drop set travaillent sur un même groupe musculaire. Tu enchaînes le travail sur le même muscle au lieu de t'arrêter et de récupérer comme tu le ferais sur une série classique. Pour un débutant, c'est une première façon d'augmenter la sollicitation sans aller chercher des protocoles complexes.
C'est la technique que Kevin privilégie pour cette clientèle. Le principe : travailler des muscles opposés, des « groupes respectifs » qui s'opposent dans le mouvement. « Une super série antagoniste, des groupes opposés, je vais jouer plus avec cette technique-là » pour les gens qui débutent. On reste dans une vraie utilisation de technique, taillée pour un corps qui apprend encore.
La timeline que décrit Kevin est concrète. « Après trois mois, quatre mois, six mois, dès que la personne a commencé à s'entraîner, que son muscle a une meilleure capacité, je suis déjà capable de passer à des techniques un peu plus poussées. » Le muscle a gagné en capacité, on peut donc pousser plus loin.
Sur les 230 techniques du livre, pourtant, beaucoup restent hors de portée un bon moment. Kevin est clair : certaines sont « réservées pour les avancés », et un débutant « ne touchera jamais avant au moins vraiment un bon deux ans, trois ans d'expérience en entraînement ». Les sortir trop tôt, c'est risquer la blessure. Avancer dans les techniques, c'est avancer au rythme de ce que le corps peut encaisser.
Entre les deux, certaines techniques se transposent au grand public. Kevin cite la force intermittente : « de la musculation, du cardio, de la musculation, du cardio ». On alterne les deux dans la séance. Elle reste intéressante pour monsieur et madame tout le monde, qu'on cherche à prendre de la masse musculaire ou à perdre du gras. Une même technique se laisse adapter selon l'objectif.
La variation joue sur le muscle, mais aussi sur la planification. Avec un client, Kevin construit une suite : « telle technique sur son premier programme, le deuxième, le troisième », et il bâtit une vraie progression dans le temps. Le résultat se lit sur l'assiduité. Ses clients « reviennent tout le temps », ils « ont tout le temps hâte de voir c'est quoi la nouvelle technique », parce qu'ils « vivent l'entraînement totalement différemment » et que « ça fait moins redondant ».
Il existe aussi tout un réservoir d'idées que beaucoup ont oublié. Kevin pointe le fossé entre les techniques françaises et nord-américaines. Se former auprès de préparateurs d'Amérique du Nord a ouvert les yeux de l'équipe sur « des façons de faire différentes, peut-être qu'en France on connaissait mais qu'on a vraiment oublié ». Lui-même rouvre son livre avant de planifier, parce qu'il en oublie aussi.
Et il s'applique à lui-même ce qu'il prescrit. « J'adore m'en introduire tout le temps, j'ai toujours une technique que j'introduis dans une de mes séances d'entraînement », dit-il, ce qui ajoute « un peu de plaisir » et, bien sûr, des gains. La variété entretient l'envie de revenir. Et l'envie de revenir, c'est la régularité qui fait les résultats.
Sur le terrain, Kevin voit revenir les mêmes déséquilibres. Le plus marqué oppose la portion antérieure du haut du corps à la portion postérieure : les épaules partent vers l'avant, les pectoraux tirent un peu plus, et le haut du dos passe souvent à la trappe à l'entraînement.
L'explication est contre-intuitive. Beaucoup pensent qu'en faisant du pec et du dos, ils travaillent deux opposés. Or « le pec et le dos sont deux rotateurs internes de l'épaule ». Du coup, les rhomboïdes et les trapèzes, tout le travail de tirage qui sollicite réellement le haut du dos, restent sous-stimulés. On enchaîne les exercices habituels sans jamais venir équilibrer cette zone.
S'ajoutent les déséquilibres classiques droite/gauche, un bras plus gros ou plus fort que l'autre, et les questions de proportion : la circonférence du bras devrait se rapprocher de celle du mollet, et l'écart trahit un déséquilibre du haut vers le bas.
Le facteur que Kevin met le plus en avant, c'est la posture. Avec le travail de bureau à la maison, beaucoup passent des heures sur un poste mal installé, le corps qui part vers l'avant. « Rester 8 heures dans une position statique non optimale », ça enclenche les déséquilibres. Et son point clé : « on a beau travailler le tirage, on est 23 heures les épaules vers l'avant, c'est pas l'heure d'entraînement qui va faire la grosse différence. » Une heure de salle ne renverse pas vingt-trois heures de mauvaise posture.
C'est ici que la spécialité LabO entre en jeu, sur un terrain que Kevin reconnaît ne pas avoir creusé lui-même. Le problème démarre souvent par des positions inconscientes : la personne avachie à son bureau, à qui on demande de se redresser, et qui se ravachit un peu plus tard. Ces patterns se retrouvent jusque dans la salle, avec des épaules enroulées qui peuvent entraîner des conflits articulaires ou musculaires.
La neuro vient travailler en amont, sur le système nerveux, pour qu'il envoie au muscle la bonne commande, du genre « maintenant il faut que tu te tiennes droit ». La musculation porte déjà une part de ce travail : son aspect proprioceptif fonctionne très bien chez certaines personnes, le corps se rappelle qu'il faut renforcer tel ou tel endroit.
Quand ça ne suffit pas, on passe par d'autres zones sensorielles : des stimulations au niveau visuel, ou le système vestibulaire (l'équilibre, l'oreille interne). Ces entrées permettent d'aller activer les chaînes en extension, en haut comme en bas du corps. Un complément à l'entraînement, pour recalibrer ce que la charge seule ne corrige pas toujours.
Demande-lui la technique qu'il aime le plus donner (hors débutants), et Kevin répond sans hésiter : le Big Kahuna. Une technique de contraste interne, où l'on combine dans une même série des charges lourdes et légères, des mouvements rapides et des mouvements lents. Pour lui, « c'est assez complet comme technique ».
Voici le protocole exact qu'il décrit. Tu fais deux répétitions pesantes, environ 90 % de ta charge maximale. Tu enlèves immédiatement 30 % et tu enchaînes trois répétitions explosives. Tu fais ensuite le maximum de répétitions en tempo plus lent, avec trois secondes de descente, jusqu'à l'échec. Puis tu enlèves encore 30 %, tu refais trois répétitions explosives, et de nouveau le maximum de répétitions.
L'effet annoncé : une technique « très payante » et « très demandante énergétiquement », qui crée un grand « Inroad », c'est-à-dire une grande différence de force, avec une forte fatigue musculaire à la clé. Avantage pratique que Kevin souligne : ça se fait bien sur un seul appareil, sans avoir à bloquer une combinaison de trois machines.
Parce que le corps s'adapte. En gardant toujours la même amplitude et le même range de 8 à 10 répétitions, le muscle finit par atteindre une limitation et les gains plafonnent. Varier les techniques permet de faire vivre le même exercice autrement et de relancer la progression, sans forcément changer de mouvement.
La super série et le drop set, qui travaillent sur un même groupe musculaire, et la super série antagoniste, qui travaille des groupes opposés. C'est cette dernière que Kevin privilégie pour les débutants. Ce sont déjà de vraies techniques, adaptées à un corps qui commence.
Après trois à six mois d'entraînement, quand le muscle a gagné en capacité, on peut pousser vers des techniques plus exigeantes. Mais beaucoup des techniques du recueil restent réservées aux pratiquants avancés, avec au moins deux à trois ans d'expérience, pour éviter la blessure.
Une même technique peut souvent s'adapter à l'objectif. Kevin cite la force intermittente, qui alterne musculation et cardio : elle reste intéressante pour le grand public aussi bien en prise de masse qu'en perte de gras.
Une technique de contraste interne, qui mêle charges lourdes et légères, mouvements rapides et lents dans la même série. Le protocole : 2 répétitions pesantes (environ 90 % du max), on enlève 30 %, 3 répétitions explosives, puis le maximum de répétitions en tempo lent (3 secondes de descente) jusqu'à l'échec, on enlève encore 30 % et on recommence. Très demandante, elle génère un grand « Inroad » (une grande différence de force) et se pratique sur un seul appareil.
Parce que la posture du quotidien pèse plus lourd que la séance. Avec huit heures par jour sur un poste de travail mal installé, les épaules vers l'avant, le déséquilibre s'installe. Comme le résume Kevin, on a beau travailler le tirage, vingt-trois heures les épaules en avant contre une heure d'entraînement, l'heure de salle ne fait pas à elle seule la différence.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
L'activité physique change la donne pour le TDAH de l'enfant. Adrien Chartier, préparateur physique depuis plus de vingt ans et cofondateur de Labo RNP, le résume en une phrase : on envoie nos enfants deux heures aux devoirs et trente minutes de sport le mercredi, il faudrait faire l'inverse. Voici le mécanisme neurologique, comment juger les approches selon leur niveau de preuve, et un plan progressif sur douze semaines à lancer dès demain.
L'hyperactivité motrice de l'enfant est d'abord un signal. Quand un enfant bouge sans arrêt, son système nerveux cherche le plus souvent à se réguler, à se stimuler ou à évacuer une tension. Comprendre ce que ce mouvement résout change tout ce qu'on va lui proposer.