Comment intégrer les réflexes archaïques avec une classe de dix enfants pendant les vacances, une équipe de sportifs ou une personne qu'on ne peut pas manipuler de près ? La réponse de Perrine tient en deux mots : par le jeu, avec la joie comme guide. C'est tout son travail, intégrer les réflexes archaïques par le jeu, qu'elle a baptisé Neuro Ludo.
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Comment intégrer les réflexes archaïques avec une classe de dix enfants pendant les vacances, une équipe de sportifs ou une personne qu'on ne peut pas manipuler de près ? La réponse de Perrine tient en deux mots : par le jeu, avec la joie comme guide. C'est tout son travail, intégrer les réflexes archaïques par le jeu, qu'elle a baptisé Neuro Ludo.
Perrine accompagne des enfants et des adultes qui cherchent à passer par-dessus des difficultés d'apprentissage. Au niveau des émotions. Au niveau du comportement. Au niveau des apprentissages plus académiques et cognitifs, comment je m'organise dans ma tête. Au niveau postural aussi. Sa phrase résume tout : « tout est lié tout le temps ». Elle est formatrice en réflexes archaïques avec la méthode IMP, et Neuro Ludo, c'est son « petit bébé » : dépasser nos limites posturales et cognitives quasiment exclusivement par le jeu, et par la joie.
Tout l'intérêt de cette transposition se joue sur le public qu'elle touche. Avec le jeu et les activités motrices, tu peux t'adresser à des enfants comme à des personnes en situation de handicap, à des sportifs dans une équipe comme à des gens lambda tout simplement. Là où la table de massage te ferme des portes, le jeu les rouvre.
Perrine avait déjà la base théorique des réflexes, comme formatrice, et elle mettait ça en pratique en individuel sur table : manipulations, pressions isométriques, petites stimulations. Le déclic Neuro Ludo, c'est d'avoir pris cette théorie et de l'avoir fait passer dans le jeu, pour les patients que la table ne touche pas et pour les praticiens à qui elle ne convient pas. Elle était de toute façon déjà très portée sur le jeu : elle a elle-même utilisé le jonglage pour dépasser des blocages et des petits tracas émotionnels, cognitifs et posturaux.
Le déclic théorique est venu d'une conférence du professeur Hüther, un neurobiologiste allemand. Son point de départ : le petit enfant s'émerveille toutes les trois minutes. Avec un bout de ficelle, une petite voiture, n'importe quoi. Et à chaque émerveillement, il se passe quelque chose de précis sur le plan neurochimique.
Concrètement, à chaque fois qu'il s'émerveille, l'enfant synthétise la protéine qui sert de précurseur à la gaine de myéline. C'est cette gaine qui nous fait passer du « bas débit » au « haut débit » dans le système nerveux. En langage simple : l'émerveillement accélère la conduction nerveuse, il fait passer l'information plus vite.
La conséquence pratique est limpide, et Perrine la formule comme un principe : « que la joie soit ton guide ». Là où tu vas, là où tu trouves ta joie, ton enthousiasme, ta motivation, ton émerveillement, tu deviens plus intelligent dans les zones impliquées dans le mouvement que tu es en train de faire. Adrien le résume d'un mot : c'est très pavlovien. Tu associes le travail moteur à la joie, et le système nerveux apprend mieux, exactement là où tu travailles.
Le jeu sert d'exercice, oui, mais il révèle aussi. Mets deux enfants l'un en face de l'autre, ou même deux adultes, les mains posées pour jouer à la bataille. Tout d'un coup, tu en as un qui devient tout mou, dans l'air de dire « bouffe-moi, c'est bon », et un autre chez qui se réveille un « je ne vais pas me laisser faire ». La dynamique du jeu te montre ça en direct : est-ce que je suis passé en mode agressif, je lutte pour ma survie, ou est-ce que je suis passé en mode je m'efface parce que c'est beaucoup plus écologique pour moi de me faire bouffer.
Ces dynamiques se rejouent partout. Dans les dynamiques posturales. Dans les dynamiques émotionnelles du quotidien. Et elles se rattachent au réflexe de parachute, celui qui nous permet de nous rattraper quand on va au sol. Pourquoi ce lien ? Parce que ce réflexe touche à la façon dont j'ai établi la conscience de mon espace.
À partir de là, plusieurs cas de figure que tu reconnais sur le terrain. Soit j'ai conscience de l'espace de l'autre et je le respecte. Soit je n'en ai pas conscience et je vais sans arrêt envahir l'autre, le « bouffer ». Soit je n'ai pas conscience de mon propre espace et je me laisse envahir. Soit c'est très flou pour moi et je me maintiens loin de tout le monde, pour ne pas envahir et ne pas être envahi. On est en plein dans les dynamiques harceleur / harcelé, et le jeu te les met sous les yeux.
Ce qui rend la lecture possible, c'est la théorie en arrière-plan. Comme on connaît la théorie des réflexes archaïques et qu'on sait à peu près où ça se loge dans le corps, comment le réseau nerveux s'organise, on sait quoi observer et quoi aller travailler ensuite.
Une fois la dynamique repérée, ce travail-là se place beaucoup dans la chaîne des bras, avec des exercices visuels. Tu travailles la chaîne des bras, tu ajoutes des exercices de coordination avec les yeux, et tu mets la personne dans une dynamique où la question « comment je gère mon espace ou l'espace de l'autre » est en jeu.
Et tu observes le résultat tout de suite : tiens, lui respecte beaucoup mieux l'espace de l'autre ; lui fait beaucoup mieux respecter le sien. Tu pars de tout ce que tu observes dans le quotidien de cet enfant ou de cet adulte, de ce sur quoi il veut se dépasser, tu trouves les jeux adaptés et tu regardes ce qui bouge.
Adrien pose la question directement : est-ce que toute ton évaluation passe par du jeu, un jeu qui en entraîne un autre, ou est-ce que tu fais quand même au départ un testing spécifique des réflexes ?
La réponse de Perrine est nuancée. Elle vient de l'IMP, qui a un protocole d'observation qu'elle trouve génial, plein de détails croustillants. Elle ne le jette pas. Seulement, dans les séances, parfois ce n'est pas le moment : l'enfant ou la personne n'est pas disponible pour ça, ou bien il s'est passé quelque chose en début de séance et on part tout de suite en interaction. À ce moment-là, en connaissant la théorie des réflexes archaïques (très simple, très accessible, ce qui plaît beaucoup à Perrine), il y a largement moyen d'observer par le jeu.
L'exemple du cabinet est parlant. Un enfant arrive, il n'est pas centré, c'est le bazar. Tu lui lances un sac, il te le relance : tu observes déjà les coordinations. Tu le lances d'un côté, puis tu le lances en croisé : tu observes d'autres choses. Puis « allez, viens chercher le sac, il est parti là-bas, on y va à quatre pattes ». Tu construis ton observation à partir des seules informations que tu vas chercher autour de toi.
Autre exemple, tiré de la semaine de stage. Perrine avait installé une poutre avec des tapis pour la sécurité, dans un circuit où il fallait passer dans un tunnel, monter sur la poutre, etc. Certains enfants refusaient de monter sur la poutre, ils n'y avaient pas du tout accès : réflexe tonique labyrinthique, et d'autres processus de coordination à mettre en place pour leur permettre de le faire. Déjà, être en sécurité avec eux-mêmes. Et pendant que les enfants font le parcours, ils se dépassent sur plein de choses grâce à cet attrait et cet émerveillement, pendant que toi tu observes et que tu fais retravailler ensuite, plus individuellement, avec des exercices plus précis.
Les formats sont volontairement transposables. Le parcours d'intégration passe par différentes étapes : parfois des mouvements de réflexe archaïque posés sur des danses, sur des chants ; parfois des jeux avec des balles ou avec des sacs de grains, et plein d'autres choses encore.
Le concept qui a beaucoup parlé à Adrien, coach sportif, c'est celui des petits « circuit training neuronaux ». Quand tu fais beaucoup de circuit training en coaching, tu te dis « ah punaise, c'est comme ça qu'on peut l'intégrer ». Et ça s'intègre aussi bien à l'échauffement que dans un circuit d'entraînement, entre deux exercices musculaires, en guise de récupération active.
L'aspect ludique fait une partie du travail tout seul : les gens oublient un moment qu'ils sont en train de bosser. Dans leurs séminaires, Perrine et Adrien mettent toujours des jeux à un moment, des petits challenges souvent à base de coordination, de sacs de grains, de balle. Ça crée un espace où je suis dans un contexte, j'apprends à m'amuser avec ce contexte, et mon système nerveux apprend en même temps. Et tout le monde finit par devoir faire un peu de coordination avec la balle : ça « décoince » bien.
Le mouvement, c'est super. « Le mouvement, le mouvement, le mouvement. » Mais Perrine est très claire : ça change tout quand tu viens ajouter la présence au mouvement. C'est quelque chose qu'elle travaille énormément dans Neuro Ludo.
Son exemple. Un petit « marsupilami » arrive et saute partout. Perrine a besoin d'échanger un peu avec le papa, alors elle installe l'enfant sur la table et commence à lui poser des petits pois sur le corps, pour lui faire sentir toutes ses parties, l'aider à bien sentir son corps, à amener sa présence dans son corps, en passif, pendant qu'elle parle au père. Puis l'enfant a terminé, il ne veut plus. Elle le met sur la planche et commence à échanger des sacs avec lui. Et là, le papa la regarde : « mais attends, ça on le fait à la maison, et on n'y arrive pas, il n'est pas capable ». Réponse de Perrine : « oui, mais là il est dans son corps ». Cette notion de présence rend la performance complètement différente.
On retrouve ça chez les champions de haut niveau. Un Djokovic : cette présence qui fait tout. On peut appeler ça le mental, mais derrière il y a des exercices de respiration, de méditation. Perrine va jusqu'au bout du constat : la présence transcende les réflexes, elle transcende les limitations du système nerveux. Tu vois des joueurs devenir des « machines de guerre » sur un court de tennis, enchaîner comme des robots, rattraper toutes les balles, avec un visage presque éteint, l'air de s'ennuyer, parce qu'ils sont dans une telle présence que les mouvements en sont décuplés.
D'où le déplacement de regard qu'elle fait dans ses exercices. Au début, on croit que les résistances sont dans le mouvement, qu'il y a un blocage. C'est vrai à un certain niveau, et elle s'en régale avec les réflexes archaïques. Mais beaucoup de résistance se loge surtout dans la présence, parce qu'on n'est tellement pas habitués à être présents et à explorer cette présence. Sans présence, on a beau travailler plein de choses et avoir de beaux idéaux, on va droit dans le mur.
Une question revient souvent. L'enfant entre dans le cabinet, il retourne tout, il est agité, il est surtout en opposition, il refuse tout, et le praticien ne sait plus quoi faire. La lecture de Perrine renverse le problème. Cet enfant n'a rien d'un enfant « difficile » : tu as affaire à un cerveau reptilien, et il n'y a pas la présence. Le gamin est parti partout, il n'est pas dans ses pompes, il est à côté de la plaque. Ce qui reste aux commandes, c'est le « gardien des lieux », le gardien du bâtiment : le cerveau reptilien. Et heureusement qu'il est là.
Apprendre à faire connaissance avec lui, c'est apprendre à reconnaître ses manifestations. Elles se résument simplement : c'est nouveau, donc c'est dangereux, donc reste en alerte. L'enfant va soulever tous les jouets du cabinet pour voir s'il n'y a pas un crocodile en dessous, parce que son cerveau lui envoie des signaux d'alerte (« tu ne connais pas ici, tu ne sais pas ce que c'est »). Lui voit des jeux, mais à l'intérieur le signal d'alerte pousse, pousse, pousse, alors il va tout retourner. L'opposition relève du même mécanisme : « je suis en train de lutter pour ma survie, il y a une menace, qu'est-ce que tu veux que j'aille répondre à ton jeu de balle ? » Ici Perrine ne parle pas neurophysiologie, elle parle comportement, pour pouvoir dire à l'enfant, en substance : « je vois où tu es, c'est bon, j'ai compris ».
La conséquence pratique tient en un mot : la sécurité d'abord. Souvent, ces enfants ont juste besoin de cette sécurité, de se sentir en sécurité. Adrien raconte avoir beaucoup changé son approche après Neuro Ludo, jusque chez lui, avec son propre enfant : quand mon enfant fait ça, c'est peut-être simplement qu'il manque de sécurité. Avec une classe de dix enfants pendant les vacances scolaires, dont beaucoup avec un trouble de l'attention avec hyperactivité, le réflexe devient : ils ont besoin de sécurité avant tout. Tu remets ça au centre, puis tu poses un cadre (ils en ont besoin), mais ils doivent d'abord se sentir, avant le cadre.
Et les retours suivent vite. À la fin de la semaine, les parents disent : « mon enfant n'a jamais réagi comme ça », « mon enfant n'a jamais été comme ça ». Un enfant de huit ans pour qui aucun matin depuis ses huit ans ne s'était passé sans crise : cette semaine, zéro crise. Et le soir, pour la première fois de sa vie, il a dormi. Ce sont ces petits trucs qui confirment la logique : remettre la sécurité en place, puis construire autour des jeux quelque chose de cohérent qui fait progresser.
> Perrine intervient au séminaire LabO du week-end du 24-25 juin : une conférence le dimanche, puis une formation où l'on revoit ces bases en pratique. Pour préserver ta place, le lien est en description de la vidéo YouTube.
Pour un public très large : enfants, adultes, sportifs en équipe, personnes en situation de handicap, « gens lambda » tout simplement, parce qu'on passe par des activités motrices et des jeux. Et pour quoi ? Pour passer par-dessus des difficultés d'apprentissage à plusieurs niveaux : les émotions, le comportement, les apprentissages cognitifs et académiques (comment je m'organise dans ma tête), et la posture. Le principe de fond, c'est que tout est lié tout le temps.
Parce que la table de massage et les pressions isométriques, aussi formidables soient-elles, ne conviennent ni à tous les patients ni à tous les professionnels : on n'est pas tous amenés à s'approcher des corps d'aussi près. Le jeu rend le travail accessible à des publics et à des praticiens que la table laissait de côté. Et il s'appuie sur un moteur puissant : la joie. Là où tu trouves ta joie, ton enthousiasme et ton émerveillement, ton système nerveux apprend mieux, jusque dans les zones impliquées dans le mouvement travaillé.
En apprenant à reconnaître ses manifestations de comportement, sans entrer dans la neurophysiologie. Quand un enfant retourne le cabinet, s'agite ou refuse tout, c'est le cerveau reptilien qui tient les commandes, faute de présence : le « gardien des lieux ». Sa logique se résume à « c'est nouveau, donc c'est dangereux, donc je reste en alerte ». L'enfant soulève les jouets pour vérifier qu'il n'y a pas de crocodile dessous, ou se met en opposition parce qu'il lutte pour sa survie. Le reconnaître permet de lui signifier « je vois où tu es, j'ai compris », et de remettre la sécurité au centre.
Ils permettent de construire la conscience de l'espace (le sien et celui de l'autre), via le réflexe de parachute, et donc de sortir des dynamiques d'envahissement ou d'effacement, jusqu'aux schémas harceleur / harcelé. Ils permettent de travailler la chaîne des bras et la coordination avec les yeux. Et plus largement, en posant le mouvement sur du jeu, ils aident à dépasser des blocages posturaux et cognitifs, parce que l'attrait et l'émerveillement poussent la personne à aller de l'avant et à se dépasser.
Parce que la résistance ne se loge pas seulement dans le mouvement. Elle se loge beaucoup dans la présence, qu'on n'a tellement pas l'habitude d'explorer, et dans le besoin de sécurité. Un même enfant peut être « incapable » d'un geste à la maison et y arriver en séance, simplement parce que là, il est dans son corps, il est présent. Tant que la présence et la sécurité ne sont pas posées, le travail moteur seul plafonne. Mets-les en place, et la performance change de nature.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
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L'hyperactivité motrice de l'enfant est d'abord un signal. Quand un enfant bouge sans arrêt, son système nerveux cherche le plus souvent à se réguler, à se stimuler ou à évacuer une tension. Comprendre ce que ce mouvement résout change tout ce qu'on va lui proposer.